Le pouvoir de la parole

Les vertus de la parole sont connues de l’homme depuis fort longtemps. Ainsi, la parole a-t-elle servi à soulager la souffrance morale et physique, et ce, dans plusieurs champs : médecine, magie, religion, chamanisme, etc. Avec Pinel, le terme de thérapie morale apparaît. Elle consiste à assister le malade en lui prodiguant, selon sa personnalité, des conseils ou encore en l’intimidant et le confrontant. Chez les aliénistes du XIXe, la thérapie morale faisait partie du traitement : “ Le vrai médecin fait plus de bien par sa parole que par ses ordonnances.”
Il existe des mots qui soulagent et des phrases qui guérissent ! C’est ce que nous constatons dans l’hypnose médicale. L’hypnose médicale moderne est enseignée comme un état d’esprit un peu particulier avec un outil de communication : « les mots qui soulagent et les phrases qui guérissent ».

[show_more more= »your text » less= »your text » color= »#0066CC » list= »» »]
Boris Cyrulnik, quant à lui, utilise une très belle image pour parler de « l’effet papillon » de la parole. Le simple fait de se préparer à parler allège la sensation que nous éprouvons de notre propre corps. «La parole est au corps ce que le papillon est à la chenille. Ce passage de la larve à l’imago (forme adulte définitive de l’insecte à métamorphose complète) s’effectue grâce à l’étonnant processus de la métamorphose.
« Parler, c’est désigner l’objet absent, passer de la distance à l’absence comblée par la représentation. Les mots, les signes représentent la présence dans l’absence. Le langage « est » une présence-absence, présence évoquée, absence remplie ».

Parler c’est désirer. Le désir est mis en circulation, se donne à entendre. L’interlocuteur va lui donner un sens. « Demander » est une demande adressée à l’autre duquel il attend une réponse, un savoir sur son propre désir. On ne se rend pas compte de ce que l’on dit. La parole désire. Parler vrai, vraiment… en vérité… La parole transmet et révèle. C’est l’effet de sens de la parole. Une parole qui énonce se trouve modifiée par son énoncé. L’effet de parole est un effet de désir, une réalisation de désir. Le désir s’accomplit dans une parole qui s’adresse à l’autre.
Toute parole est une action. La lecture de l’autre fait entendre sa voix, voie. Notre voix est ce que nous avons de plus intime. La parole engage parce que son appel amène une réponse du sujet. « Vraiment écouter c’est parler, c’est en dire quelque chose du sujet avec espérance » (F.Dolto).
C’est avec Freud que le terme psychothérapie apparaît. Sans doute influencé par ce qu’il retient de l’hypnose et du célèbre cas de son confrère Breuer (Anna O.), Freud opère ici un renversement radical : ce n’est plus le médecin (ou le prêtre, le chaman, …) qui détient le savoir, mais le patient lui-même. La parole du patient recèle un savoir, mais ce savoir, le patient le méconnaît ; ce savoir, il ne le sait pas ; c’est un savoir insu : l’inconscient. « Les mots qui vont surgir savent de nous ce que nous ignorons d’eux » (René Char).
Le psychothérapeute fait un acte de lecture. Il doit fabriquer une lettre absente. L’inconscient est en quête de lien pour pouvoir s’exprimer. Comme l’enseigne Saussure « C’est dans la parole que se trouve le germe de tous les changements » Il s’agit d’une parole hiéroglyphique qu’il convient de déchiffrer. Le but de la cure s’énonce ainsi, pour Lacan : « Il faut que la parole soit entendue par quelqu’un là où elle ne pouvait même être lue par personne : message dont le chiffre est perdu ou le destinataire mort, un texte où se puisse lire à la fois ce que la parole dit et ce qu’elle ne dit pas » (Actes du Congrès de Rome, 1956, p. 211). Libérer la parole est bien l’objectif de la psychothérapie comme de la cure analytique. Le but est que le patient se réconcilie avec lui-même en mettant à jour les conflits internes et se retrouve à partir de ce qu’il a, de ce qu’il est. Il ne s’agit pas de modifier sa personnalité mais de l’enrichir de ce qu’il porte déjà en lui.
En français le mot parole peut être découpé — à la manière du cuisinier Ting de Zhuangzi — entre le son « pas » qui désigne un mouvement et le son « rôle » qui désigne la roue. Une roue ne prend appui que sur un point qui change continuellement. Roue du changement. Roue ou tore du temps qui fait que rien n’est jamais le même. Puisque tout change tout est vide et le vide lui-même change. Ce mouvement du vide est la parole qui enfante. La parole se déroulant dans le temps a les caractéristiques du temps : subitisme, coupure, présence, apparition et insaisissabilité.
En chinois il y a plusieurs façons d’écrire « parole ». Elle peut être représentée par le sinogramme « bouche », 言 c’est-à-dire un trou surmonté de trois traits qui signifient qi, l’énergie

La parole est alors l’énergie du trou qui précède ses bords conformément à la topologie lacanienne. Les bords ne sont pas ici une fin mais ce à partir de quoi un commencement est possible. Ce qui est décisif, ce n’est pas de sortir du cercle que forme le trou mais d’y entrer convenablement c’est-à-dire en le reconnaissant comme ce qui précède. Toute parole est ouverture.
« Dans sa plongée au cœur de la pensée chinoise, nous rapporte l’historienne Elisabeth Roudinesco, Lacan cherchait d’abord à résoudre une énigme… la fameuse topique du réel, de l’imaginaire et du symbolique. Voici sur quel texte il travaillait avec François Cheng » : « La parole engendre le un. Le un engendre le deux, le deux engendre le trois et le trois engendre toutes choses… L’harmonie naît du vide médian » . Le vide médian c’est : zhong kong 中空, comme l’est « le vide central de la roue qui fait avancer le char » . « L’interprétation faite par Lacan de la pensée de Lao tseu, fait remarquer Roudinesco, était un peu de la même nature que celle qu’il avait donnée du commentaire heideggérien du logos d’Héraclite » .


L’analysant qui vient consulter est un sujet souffrant qui n’arrive pas à donner sens à ses sentiments, actions et réactions contraignants et qui se dit : « Je sais que quelque chose ne va pas avec moi mais je n’arrive pas à le comprendre. » L’analyse qu’il demande accomplira ses effets de transformation en articulant par la parole son expérience psychique, ce domaine de souffrance qui s’étend entre les deux pronoms : le « je » qui n’arrive pas à donner sens au « moi ». Comme le résume Lacan : « Tout symptôme est un langage dont la parole doit être délivrée ». Dans Fonction et champ de la parole et du langage, Lacan fait la distinction entre une parole vide et une parole pleine. Disons simplement qu’une parole vide en est une qui n’engage pas le sujet ; c’est par exemple une parole qui transmet de l’information. À l’inverse, une parole pleine en est une qui porte à conséquence ; elle implique qu’une fois dite, le sujet n’est plus pareil après, qu’il s’en trouve transformé. Tout le dispositif de la psychothérapie et de la cure analytique tend évidemment à produire de telles paroles.
Voici, ici, un exemple du déploiement de la parole et de l’efficacité de l’écoute :
« Voici un exemple tout simple. Un soir, alors que je travaillais au Centre, une femme (cliente du Centre) que je n’avais encore jamais rencontrée en entrevue, vient me demander si je pouvais la voir quelques instants car, disait-elle, ça n’allait pas du tout. Une fois assise, il lui faut une bonne minute avant d’être capable de dire un seul mot, puis, elle arrive enfin à me dire qu’elle est terriblement angoissée. Elle ajoute, sur un ton de regret, qu’elle aimerait bien pouvoir pleurer mais qu’elle en est incapable. J’interroge alors, avec un ton ne cachant pas mon étonnement, cette nécessité de pleurer qu’elle semble implorer. Elle me répond que pleurer lui ferait du bien. J’ajoute alors, cette fois avec un ton affirmatif, que si elle tente de parler de ce qui l’angoisse, cela l’aiderait probablement. “ Mais, dit-elle, je ne sais pas ce qui m’angoisse ” ; puis elle ajoute, sans doute septique par la simplicité du procédé que je lui offrais, “ vous pensez vraiment qu’en parlant je pourrais me débarrasser de mon angoisse ? ”. “ Tout à fait ”, lui dis-je. Durant cinq minutes elle en parle donc. Le contenu de ses propos n’est pas tellement important – disons simplement qu’il cerne le lieu de son angoisse en l’associant à la peur de mourir qu’éveille ses symptômes et que cette peur l’amène à parler de son père. Ce qui compte, c’est les effets de ce déploiement de parole. Après ces cinq minutes, elle me dit, tout en étant surprise de se l’entendre dire, qu’elle n’est plus du tout angoissée. En sortant du bureau, elle se met à me parler de son plaisir de chanter, ce qui n’était pas sans me faire évoquer les symptômes dont elle venait de me faire part et qui concernait principalement ses poumons et ses difficultés respiratoires ! Qu’est-ce qui a bien pu, momentanément, dissiper cette angoisse, sinon le déploiement de sa parole. En lui donnant à penser qu’il y avait du savoir derrière son angoisse et en privilégiant la parole comme indice de vérité, et non l’affect (par exemple, l’encourager à pleurer pour être plus près de ses émotions), n’y a-t-il pas eu de la parole pleine qui lui a permis une certaine prise de vérité ? (Mettre le savoir en position de vérité, telle est l’éthique de la psychanalyse ; cf. le mathème du discours analytique.) »
La parole comme soin psychique :

La parole est précieuse quand les soins psychiques passent avant les soins physiques qui sont la plupart du temps prioritaires ! Je citerais ici une partie de texte De Didiez Anzieu dans son célèbre livre : Le Moi-peau.
« Voici une première observation que je remercie Emmanuelle Moutin d`avoir mise à ma disposition : Observation d’Armand : « Je me rendis un jour dans la chambre d`un malade avec lequel j`avais une relation suivie et de bonne qualité. Cet homme en pleine maturité était un détenu qui avait fait une tentative d’autolyse par le feu. Moyennement brûlé, sa vie n’était plus en danger, mais il traversait alors une phase douloureuse. Lorsque je le vis, il ne put que se plaindre de ses vives souffrances physiques qui ne lui laissaient guère de répit. Il appela l’infirmière et la supplia de lui donner une dose supplémentaire de calmants, l`effet des précédents ayant cessé. Ce malade ne se plaignant pas sans raisons, elle accepta, mais occupée par une urgence, elle ne revint qu’au bout d`une demi-heure. Pendant ce temps j’étais restée auprès de lui et l’entretien spontané et chaleureux que nous eûmes porta sur sa vie passée et sur des problèmes personnels qui lui tenaient à cœur. Lorsqu`enfin l’infirmière revint avec les antalgiques, il les refusa en disant avec un grand sourire: “ Ce n’est plus la peine, je n’ai plus mal.  » Il en était lui-même étonné. L’entretien continua; après quoi il s’endormit paisiblement et sans aide médicamenteuse. ›› La présence à ses côtés d’une jeune femme qui n’en voulait pas à son corps mais qui s`occupait uniquement de ses besoins psychiques , le dialogue vivant et d’assez longue durée qui s’ïnstaura entre elle et lui, le rétablissement de la capacité de communiquer avec un autre ( et par là avec soi-même) permirent à ce malade de reconstituer un moi-peau suffisant pour que sa peau, malgré l’atteinte physique, puisse exercer ses fonctions de pare-exitation à l’égard des agressions extérieures et de conteneur des affects douloureux. Le Moi-peau avait perdu son étayage biologique sur la peau. A la place il avait, par la conversation, par la parole intérieure et les symbolisations consécutives, trouvé un autre étayage, de type socio-culturel (le Moi-peau fonctionne en effet par étayage multiple). La peau de mots trouve son origine dans un bain de paroles du tout-petit à qui son entourage parle ou pour qui il chantonne. »

Un texte prochain suivra en abordant :
Le savoir de la parole
Le savoir des mots (maux) et la jouissance (le jouit-sens)
« Un savoir pas sans le dire »
Le dire, le dit, l’étourdit (« les tours dits »), et la guérison

Mots-clés :

Des mots qui soulagent et des phrases qui guérissent; « l’effet papillon » de la parole; l’effet de sens; le savoir insu; l’énergie; la parole vide ; la parole pleine; le déploiement de la parole; les besoins psychiques ; un bain de paroles.

[/show_more]

Le savoir de la parole

« Un savoir pas sans le dire »[1]

Le dire, le dit, l’étourdit (« les tours dits »), et la guérison :

[1] Référence à la Conférence de Marie Pesenti du 16/10/2018 (CFCP).

« Le dire est du côté de l’énonciation, alors que le dit est du côté du résultat de cet acte, de l’énoncé… La fonction du langage est d’évoquer et non pas d’informer… Le discours analytique est un dire. La psychanalyse comme la psychothérapie est la déstabilisation d’un dit par un dire. Le dire est la parole de l’analyste, parole exprimée dans la cure qui a l’effet d’ouvrir une coupure dans le dit. Avec le dire, Lacan met en évidence, dans le discours, une logique distincte de celle du dit. L’acte de dire est condition du dit. Le discours est ainsi dire et dit. La logique du dire ne relève pas d’une philosophie, qu’elle soit de l’être ou de l’existence, elle donne un nouvel éclairage à la question du discours. Le dit ne va pas sans dire. Alors que le dit ne va pas sans dire, le dire échappe au dit. Un discours de la psychanalyse ne peut se constituer qu’en restituant le dire de Freud. Le dit de l’inconscient. Lacan présente la demande et l’interprétation comme des dires. « Le dit est l’ensemble des énoncés alors que le dire de l’analyste, par le Réel  présent dans l’équivoque des mots, subvertit le dit. Le dire fait entendre un au-delà de la parole. Il faut donc interroger le rapport du dire au dit. L’enjeu du discours analytique, parce qu’il est un dire, est d’étendre le champ de la symbolisation et du Symbolique aux dépens de la violence pulsionnelle. Il faut donc faire attention à ce qui se dit et surtout à ce qui se jouit ! Le dire a pour effet de dévoiler l’inconscient  et seul le dire du sujet peut faire advenir le  sujet. La lecture topologique par Lacan de l’inconscient doit être entendue comme la position du Petit Prince sur sa planète. La métaphore, quant à elle, fait le dire s’oublier derrière le dit. »[1]

[1]  http://www.cerclefreudien.org/wp-content/uploads/2012/11/40.pdf

[show_more more= »your text » less= »your text » color= »#0066CC » list= »» »] 

« Le dire est du côté de l’énonciation, alors que le dit est du côté du résultat de cet acte, de l’énoncé… La fonction du langage est d’évoquer et non pas d’informer… Le discours analytique est un dire. La psychanalyse comme la psychothérapie est la déstabilisation d’un dit par un dire. Le dire est la parole de l’analyste, parole exprimée dans la cure qui a l’effet d’ouvrir une coupure dans le dit. Avec le dire, Lacan met en évidence, dans le discours, une logique distincte de celle du dit. L’acte de dire est condition du dit. Le discours est ainsi dire et dit. La logique du dire ne relève pas d’une philosophie, qu’elle soit de l’être ou de l’existence, elle donne un nouvel éclairage à la question du discours. Le dit ne va pas sans dire. Alors que le dit ne va pas sans dire, le dire échappe au dit. Un discours de la psychanalyse ne peut se constituer qu’en restituant le dire de Freud. Le dit de l’inconscient. Lacan présente la demande et l’interprétation comme des dires. « Le dit est l’ensemble des énoncés alors que le dire de l’analyste, par le Réel  présent dans l’équivoque des mots, subvertit le dit. Le dire fait entendre un au-delà de la parole. Il faut donc interroger le rapport du dire au dit. L’enjeu du discours analytique, parce qu’il est un dire, est d’étendre le champ de la symbolisation et du Symbolique aux dépens de la violence pulsionnelle. Il faut donc faire attention à ce qui se dit et surtout à ce qui se jouit ! Le dire a pour effet de dévoiler l’inconscient  et seul le dire du sujet peut faire advenir le  sujet. La lecture topologique par Lacan de l’inconscient doit être entendue comme la position du Petit Prince sur sa planète. La métaphore, quant à elle, fait le dire s’oublier derrière le dit. »[1]

Je résumerais cette question du dire et du dit dans le discours par le schéma suivant : cliquer sur ce lien:  Le Dit et le Dire dans le discours

L’Étourdi  (« les tours dits »), reproduit dans son architecture les tours de l’interprétation : le premier tour déconstruit la logique du discours, la logique du dit, l’autre, redoublé, suit la logique du crosscap[1] en délogeant l’énonciation et la signification par l’équivoque du dire. Ainsi se justifie le titre : les tours (du) dit. Les tours du dit. Un deuxième tour est nécessaire pour désengluer le dire. La parole est liée à la jouissance. Il faut donc poursuivre au-delà de ce qui est dit vers l’inédit, vers une nouvelle voie et lire l’inconscient entre les lignes. L’analyse est « un pousse au dire » et permet d’aller de l’enchaînement des dits vers le noyau pathogène de l’inconscient. D’où la nécessaire inscription du patient, en psychothérapie, dans une certaine durée. « Dans Variantes[2], Lacan écrit que l’analyste  « S’il admet donc la guérison comme bénéfice de surcroît de la cure psychanalytique, il se garde de tout abus du désir de guérir (…). » L’Étourdit repose sur des inventions que l’on peut appeler poétiques. Le poète parvient à l’évidement de l’effet du sens, en évacuant l’évidence de son propos. Il subvertit les codes académiques, les règles de la grammaire pour les soumettre à son dire. L’Étourdit en tant que figure du discours analytique est une entreprise qui vise à vaincre le dit universitaire qui pétrifie le discours. Avec L’étourdit, la structure prend en compte l’incidence du réel dans le langage. »[3] . Lacan parle de « l’obscénité du réel[4] ».

Le modèle de guérison

Le modèle de pensée et de guérison est, en général, celui de la médecine. « Lacan néanmoins entreprend cette tâche désespérée. N’est-ce pas là aussi ce qui caractérise la tâche du médecin ? « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre » disent Homère et Guillaume d’Orange… Cette tâche n’est-elle pas une préoccupation de soin, soin de ce qui est le plus précieux pour un analyste : la vérité qui gît dans l’inconscient.  Comment transmettre le réel qui sous-tend le dire analytique dont Lacan écrit : « Ce dire n’est pas libre, mais se produit d’en relayer d’autres qui proviennent d’autres discours. » Il ne peut y avoir de guérison mais seulement l’introduction d’une mobilité de l’objet a. Lacan, à la fin de L’Étourdit, tourne en dérision l’être parlant. Tout être vivant qui parle n’est pas un parlêtre[5]. Son ara, son perroquet, parle. Beaucoup d’humains parlent sur un mode mécanique sans accès à l’équivoque, à l’histoire de leurs mots. Ils ne sont que des perroquets. La guérison serait l’écart avec le père-OK. « Là où ça parle, ça jouit, et ça sait rien »[6] Si l’on prend dans son sens le plus immédiat cette phrase située en exergue de la page 95 du Séminaire Encore, on peut l’entendre comme une satisfaction de jouissance à parler. Parler ne sert pas seulement à communiquer, mais avant tout à jouir, de la jouissance que Lacan a pu appeler celle du blabla, mais aussi de la jouissance de dire certains mots ou certaines phrases, et qu’il a aussi appelée, la jouis-sens.

Le jeu sur les signifiants, c’est l’homophonie, la création de néologismes. Par ailleurs tout discours figé, mécanique ou automatique est celui du psittacisme[7]. Lacan ouvre par une allusion clinique qu’un tel discours, s’il est celui d’un parlant, se démontre de la psychose. On sait que les patients psychotiques fixent leur discours sur ce qu’ils pensent être le normal, jusqu’à la normopathie, ils habitent dès lors un discours devenu vidé à force de le stabiliser. Lacan revendique la singularité de son discours de celui, absent, de la psychose (Le hors discours de la psychose) : « mon discours n’est pas stérile, il engendre l’antinomie, et même mieux : il se démontre  pouvoir se soutenir même de la psychose. » Le bénéfice de surcroît  devient dans L’Étourdit le projet d’un changement stable du sujet. Le pas entre la guérison selon Variantes et L’Étourdit pourrait être que le bénéfice de surcroît est obtenu dans le Symbolique alors que ce bénéfice de surcroît n’est qu’un gain sur le réel, par une chute de l’identification à l’objet de l’Autre.   »[8]

Pour lacan, le moi n’a pas à être renforcé par la cure analytique (critique de l’ego-psychology) mais bien déconstruit en décollant une après l’autre les identifications aliénantes dont il est, un peu à la manière d’un artichaut, constitué, afin que la Vérité du Sujet puisse advenir (Lacan traduit ainsi la célèbre phrase de Freud : « Où Çà était, Je dois advenir »); C’est-à-dire que la guérison consiste à sortir de l’imaginaire aliénant (là où nous sommes capturés dans les filets du désir de l’autre) pour accéder à notre désir propre.

Mots-Clés : discours-dire-dit-jouit-symbolisation-blabla-parole pleine-poésie.

[1] Cet objet étrange a été présenté par Lacan pour la première fois le 16 mai 1962 dans son séminaire l’Identification comme supportant la structure du fantasme.

[2] J. Lacan, Écrits, Variantes de la cure type, p. 324, Seuil, 1966.

[3] http://www.cerclefreudien.org/wp-content/uploads/2012/11/40.pdf

[4] Le réel n’est par la réalité, qui est déjà pour nous une construction, complètement baignée et informée par le langage. Lacan écrit ailleurs que « le réel, c’est l’impossible », insistant sur le caractère informalisable du réel, sur son hétérogénéité, sur son caractère de déchet, de rebut : le sujet met dans le réel tout ce qu’il ne peut pas mettre ailleurs, tout ce qui n’entre pas dans le filet du langage et des représentations imaginaires, autrement dit tout ce qui ne fait pas sens (le sens étant constitué du nouage de l’Imaginaire et de Symbolique) : entre les nœuds du sens, le réel fait un trou, dans le tissu symbolique il se manifeste comme trou, comme manque, même si lui-même n’est pas trou, mais se manifeste au contraire comme consistance brute, comme plénitude d’un contenu.(réf. : Séminaire XXII : R.S.I.).

[5]Le parlêtre est en effet celui qui a affaire à la parole, qu’il soit parlant ou bien parlé. Dire le parlêtre, c’est prendre acte du fait que l’être humain se définit d’abord dans son rapport à la parole, qu’il parle ou pas, qu’il ait l’usage ou non de la parole. C’est dans un monde de paroles qu’advient l’être humain. Il est parlé avant qu’il ne parle.  Le terme de parlêtre permet à Lacan d’unifier ces deux termes de sujet de l’inconscient et de sujet de la jouissance.  L’être par la jouissance du corps, l’inconscient.

[6] Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, Paris, Le Seuil, 1975, p. 95.

[7] Emprunté au latin psittacismus, dérivé de psittacus (« perruche, perroquet ») issu du grec ancien ψιττακός, psittakós (« perroquet »). Disposition d’esprit qui consiste à répéter les paroles d’autrui à la façon des perroquets.

[8]http://www.cerclefreudien.org/wp-content/uploads/2012/11/41.pdf

[1]  http://www.cerclefreudien.org/wp-content/uploads/2012/11/40.pdf

[/show_more]

 

Psychodrame


qu’est-ce que le psychodrame ?

Dans le discours des médias, le terme psychodrame est investit d’un contenu émotionnel. L’écart entre ce qu’il désigne précisément comme travail thérapeutique personnel en groupe et l’usage qui en est fait dans le langage courant est considérable.

le psychodrame est une démarche en lien avec l’évolution de la psychanalyse tout en restant originale. Inventé et codifié par Moreno, il a été ensuite utilisé et interprété par certains psychanalystes en fonction de leurs hypothèses de base propres (inconscient transfert, association libre).

Le jeu psychodramatique constitue un mode de représentation dans une action parlée, en présence d’un groupe et dans une recherche de vérité.

La thérapie psychodramatique permet un processus de changement toujours relancé par le jeu des autres et son propre jeu. L’utilisation du psychodrame tout comme celle du jeu de rôles peut également se concevoir en tant que moyen de formation et d’intervention dans de nombreux champs (thérapeutiques, pédagogiques, de formation.)

C’est à Moreno (1892-1974) que l’on doit le terme de psychodrame et l’exploitation systématique de l’improvisation dramatique à des fins psychologiques, d’investigation, de traitement ou de formation. Moreno découvre que le jeu dramatique peut aider certains participants à prendre conscience de difficultés psychologiques personnelles et à s’en dégager. En 1925, il émigre aux Etats-Unis. Il y développera le psychodrame, montrant son utilité thérapeutique et, plus largement, son intérêt pour la résolution des conflits humains et l’amélioration des rapports sociaux.

[show_more more= »your text » less= »your text » color= »#0066CC » list= »» »] 

Le psychodrame est une méthode thérapeutique qui permet, par une représentation scénique spontanée, de concrétiser les images, les phantasmes, les rêves, les souvenirs; de faire revivre les conflits interpersonnels et intrapsychiques d’un individu. Le but du psychodrame est d’inciter les personnes, désireuses d’un changement personnel profond, de manifester ce qu’elles ressentent, de s’exprimer d’une façon plus libre et plus significative qu’elles ne le font dans la vie quotidienne et ce à partir d’une mise en scène psychologique. L’objectif thérapeutique du psychodrame est le développement de notre potentiel créateur, le recouvrement de la spontanéité naturelle – qui consiste en une réponse adéquate à une nouvelle situation ou une réponse nouvelle à une situation ancienne -, ce qui permet donc d’éviter la répétition d’un processus où l’on reste bloqué dans un rôle figé et de se rapprocher de la réalité.

Du point de vue technique, le psychodrame constitue un processus d’action et des modes d’interaction spontanées entre les membres du groupe. Le sujet est encouragé à être spontané aussi bien sur le plan du langage que sur le plan de l’action dans le respect des règles de fonctionnement du groupe pour pouvoir explorer son monde personnel.

Par la représentation scénique, l’individu arrive à une prise de conscience intellectuelle, affective voire corporelle qui montre une situation familière en soi ou un événement passé, présent ou à venir sous un autre jour et l’incite à une nouvelle attitude.

L’attention des thérapeutes ne se limite pas au seul récit des expériences personnelles et à leur analyse.

Elle met l’accent sur le langage du corps, le langage non-verbal ; elle porte sur ce que le corps exprime au-delà des mots. Il arrive que l’un des protagonistes vive un problème avec une telle intensité que les mots ne suffisent plus. Au cours d’une séance de psychodrame, le jeu naît au départ d’un participant et d’un problème vécu qu’il voudrait explorer. L’animateur utilise un certain nombre de techniques pour la mise en scène de ce problème vécu. Au lieu de seulement parler, on agit et on parle. Après le jeu, les animateurs, en relation avec le groupe et sa dynamique interprètent et commentent ce qui a été joué. Chacun peut jouer et peut participer au jeu d’un autre. En ces diverses possibilités chacun peut faire un chemin de découverte de soi. Le jeu psychodramatique s’exprime émotionnellement certes, mais cette expression est réintégrée par la verbalisation. Le jeu psychodramatique par son support à l’expression personnelle, par l’expression mimique et gestuelle des émotions, par son caractère représentatif (revivre une situation) permet une réinsertion de l’individu dans un système de communication, une meilleure structuration de la difficulté et de nouveaux points d’ancrage à la réalité. Le psychodrame peut être utilisé en groupe et en individuel selon la situation. Il peut être réalisé dans un cadre neutre où dans le cadre même où se déroule le conflit. Il est indiqué dans le traitement des névroses et psychoses, dans les problèmes de couples, familles, dans les conflits de relations interpersonnelles ainsi qu’avec des personnes handicapées mentales en institution ou en phase de réinsertion sociale. Il peut également répondre, vu sa spécificité, à toute demande de groupe et travail en équipe.

[/show_more]

L’indication première du psychodrame

Avant de préciser les indications premières il me semble important de décliner les indications générales.

Les indications générales du psychodrame

Depuis la nuit des temps (cf. la tragédie grecque) la représentation scénique et le jeu rituel autour des difficultés, des problèmes et questions qui nous touchent, font partie de notre humanité. Un psychiatre, J.L.Moreno, au début du 20ème siècle, en a fait une méthode thérapeutique dont les principes de base sont la spontanéité, la présence et la participation empathiques de spectateurs-acteurs, ainsi que la conduite de la séance par un meneur de jeu. Il l’a baptisée « psychodrame ».

Cette méthode convient tant à des buts thérapeutiques que pour former des professionnels à la relation d’aide, à l’animation de groupes, à l’exploration en groupe de questions familiales, pédagogiques, éducatives, sociales.

A sa suite, de nombreux courants de pensée et d’action psychothérapiques-on pense principalement aux approches psychanalytiques et systémiques- ont poursuivi et infléchi l’utilisation de l’outil psychodrame.

La représentation « théâtrale » des difficultés de la vie affective et personnelle en groupe convient particulièrement bien aux personnes qui ne sont pas désireuses, en tout cas dans l’immédiat, de s’engager dans une psychothérapie individuelle en profondeur, mais qui souhaitent clarifier ou approfondir certaines difficultés de leur vie. Elle convient aussi pour former des professionnels à la relation d’aide, à l’animation de groupes de parole, à l’exploration en groupe de questions familiales, pédagogiques, éducatives, sociales ou thérapeutiques.

Le groupe et la mise en scène permettent d’aller plus directement au cœur des problèmes, en étant soutenu par le groupe, qui est en même temps confrontant. La réflexion et le partage à propos du jeu relancent les questions plus loin et permettent de les approfondir.

[show_more more= »your text » less= »your text » color= »#0066CC » list= »» »] 

Le groupe en psychodrame constitue un groupe d’expression et de parole, pour toute personne éprouvant des difficultés dans sa vie, surtout quand dire les choses semble impossible, quand nous sommes débordés par nos émotions ou coupés d’elles, quand notre histoire est marquée par un blanc,… La mise en scène, la représentation et l’écoute vont redonner du sens, permettre une nouvelle rencontre avec soi-même et avec l’autre par la représentation scénique, la médiation, de redonner vie, de parler sans les mots parfois et surtout après coup sans les maux !

Le psychodrame thérapeutique en groupe (parfois mené en parallèle avec un travail individuel) offre plusieurs avantages. Il s’indique particulièrement pour ceux qui ont le sentiment de « patiner » depuis longtemps dans une thérapie individuelle, ceux qui rencontrent des difficultés de mentalisation, de représentation et de verbalisation de leur problématique, et/ou qui éprouvent des difficultés relationnelles dans les groupes sociaux.

Il convient aussi aux personnes qui, trop prises par des émotions intenses et envahissantes, ne peuvent pas soutenir leur travail thérapeutique par leur parole seule et le silence de l’analyste.

L’approche en groupe relance un processus d’identification et sert de point d’ancrage qui permet une différenciation et un certain décollage. La représentation permet de sortir de la sidération psychique, du néant, du trou, des clivages. Processus de liaison et perspectives de reliaison, la figurabilité remobilise les fonctions élaboratives. Il s’agira de sortir du signifiant « débile » comme « victime » par exemple qui ferme, condamne à l’avance. D’où l’importance de donner les moyens d’abandonner cette identification au « débile », à la « victime ». Le patient doit muer tel un serpent, changer au lieu de s’accrocher, se responsabiliser.

Le jeu, par la dramatisation, va permettre grâce au processus d’introjection de réduire la charge émotionnelle en transformant la pulsion en symbolisation. Le jeu est acte de parole, acte d’énonciation qui transforme celui qui était objet d’un évènement en sujet d’un acte symbolique. Ce renversement est capital !

« Cette interliaison énergétique représente une mobilisation, une circulation dynamique, déclive et ouvre sur le monde exté-rieur. Le psychodrame permet ce jeu énergétique de la stimulation réceptive à plusieurs »[i].

Le psychodrame est une thérapie relationnelle. Les participants viennent au groupe avec leur atome social, le réseau des interrelations dont ils sont le centre, dont ils souffrent et qu’ils veulent reconstruire. Ce réseau de rencontre, Moreno l’appelle le co-inconscient familial qui est, en quelque sorte l’ancêtre de l’inconscient collectif, familial et relationnel, Freud nous a apporté l’inconscient, Jung, l’inconscient collectif, et Moreno le co-inconscient familial et groupal que nous découvrons depuis une quinzaine d’années comme étant aussi un co-inconscient transgénérationnel. Ce dernier est rattaché au concept morénien d’atome social, sorte de liens d’une personne avec d’autres, vivantes ou disparues, et donc à la base de toute thérapie systémique et transgénérationnelle…et de tout psychodrame. Nous nous rencontrons quand nous pouvons voir le monde et nous-mêmes avec les yeux de l’autre…

Un groupe de psychodrame est ouvert à toute personne qui s’interroge sur les difficultés qu’elle rencontre (choix, ruptures, deuils, sentiment d’être en porte à faux avec son entourage,…), et est prête à les explorer en les jouant. Autant des situations traumatiques que des difficultés de la vie quotidienne peuvent être abordées. Le psychodrame permet également de (mieux) percevoir la place occupée dans les relations amoureuses, familiales, professionnelles,…

L’indication première du psychodrame et la fonction du Moi (Szondi[ii])

« Le psychodrame est indiqué pour les personnes qui ont un défaut d’introjection (défaut d’affirmation) ou en débordement (dont le moi est débordé, incapable de contenance). Ceci est le cas, par excellence, de l’enfant qui est incapable de dire ; « je suis responsable », qui n’a pas la responsabilité de ce qu’il est (cf. Tanguy !).

Il y a absence de la fonction K+ (je suis) et présence de P- (projection qui évite l’introjection).

K+ : vecteur du Moi qui représente l’introjection soit le repli sur soi, l’introversion, l’autisme, le « je suis ».

K- : représente l’adaptation, le renoncement, le « je suis pas ».

P+ : représente l’inflation, le « je suis tout ».

P- : représente la projection, être un et semblable à l’autre.

L’introjection est :

  • Une protection
  • Une institution du Moi
  • Un espace psychique intime
  • Permet d’être quelqu’un
  • Permet la frontière entre l’extérieur et l’intérieur. »[iii]

« Un sujet souffrant d’un défaut ou d’une inefficacité du processus d’introjection est comme excessivement « ouvert » sur la réalité externe. Ce défaut de fermeture de l’appareil psychique, qu’il ne faut pas confondre avec une inconsistance du moi (comme le montrerait l’exemple du paranoïaque), est cause de l’incapacité où se trouve le sujet de constituer et de conserver à l’intérieur de lui des objets internes plus classiques, de constituer un monde fantasmatique. Ce monde fantasmatique, tant conscient que préconscient, fonctionne chez le névrosé comme un pare-excitation vis-à-vis des agressions en provenance du monde extérieur. Toute une série de manifestations cliniques apparaissent dans cette perspective comme traduisant cette extrême dépendance du sujet vis-à-vis des objets externes et des évènements de la réalité. C’est ainsi qu’on pourra évoquer :

  • L’extrême influençabilité du psychopathe aux rencontres, elle-même responsable de son instabilité ;
  • Les difficultés inhérentes au travail de deuil chez le mélancolique, faisant courir un risque de décompensation, à chaque perte d’objet ;
  • La sensibilité particulière des patients somatisants aux à-coups de leur vie affective et/ou professionnelle ;
  • La décompensation délirante survenant, chez le psychotique, à la suite d’un incident de la vie relationnelle venant réveiller une problématique infantile élective insuffisamment symbolisée ;
  • La dépendance du toxicomane à son produit ;
  • La soumission du sujet opératoire aux conformismes sociaux, et son intolérance aux situations qui les remettent en question ;
  • La souffrance de tonalité persécutive de l’insomniaque que la défaillance onirique empêche de se soustraire aux moindres stimuli sensoriels de la réalité externe, vécus comme traumatiques. »[iv]

La notion d’ « introjection » est synonyme de celle de « symbolisation ». L’introjection comme processus constitutif de l’inconscient a un caractère fondateur dans la constitution du monde intérieur. «  Le caractère inhérent est le renversement du mode passif au mode actif : introjecter c’est proprement renverser les places de l’objet et du sujet. Procédé dont la technique psychodramatique fait un usage fréquent tout à fait concret, puisque, chaque fois qu’il le juge utile et intéressant, le meneur de jeu propose à son patient de jouer le rôle de l’autre, c’est-à-dire de reprendre en première personne ce qu’il a d’abord expérimenté dans le jeu comme une situation de passivité : « Ptolémisme » ici parfaitement légitime, puisqu’il encourage en toute connaissance de cause (exactement comme dans le jeu de la bobine) le mouvement du sujet lui-même dans son effort interminable pour s’approprier son destin. »[v]

Le Moi introjecté est un Moi constitué.

Le psychodrame permet une reprise en main de soi ainsi qu’une réinsertion dans le socius. Il va permettre de passer du singulier au collectif, grâce à la Projection (P-).Sur le plan technique deux questions essentielles sont posées: « qui veut jouer » (qui veut prendre sa place ?) et « comment tu termines ce jeu ? » (comment prendre sa part personnelle ?).image_groupe_réduite1

Le psychodrame permet aussi de relancer le processus onirique, de retrouver cette capacité de rêver (cf. la capacité de rêverie de la mère chez Bion). A ce sujet les terreurs nocturnes ne révèlent-elles pas l’échec du rêve ? Le jeu de l’enfant est le précurseur obligé de l’activité fantasmatique et de la capacité associative. Pratiquer le psychodrame c’est prendre au sérieux, dans la pratique concrète, le caractère indispensable de ce préalable pour rendre la méthode psychodramatique féconde. La représentation des choses, des situations ainsi que la dramatisation vont permettre cette réappropriation nécessaire de soi, le ressourcement identitaire. Le dispositif psychodramatique est une véritable invitation à aborder l’espace potentiel de jeu qui a fait cruellement défaut chez certaines personnes. Cette aire de jeu est exempte de danger, rassurante, fiable et source de plaisir. Le jeu (cf. la figuration du jeu de la « bobine (Freud) dans l’action de jeter et de reprendre, d’expulser et d’introjecter est fondamental. E jeu est résolutif de la tension pulsionnelle du fait de sa représentation dramatisée. Le jeu, puis le fantasme, apparaissent, dans cette perspective comme des mimésis de l’action. Plaisir, jeu et pensée représentent trois notions capitales dans le fonctionnement du psychodrame. Nous allons, là, par cette expérience de décentrement propre à l’espace potentiel [vi]que propose le psychodrame, du plaisir de jouer au plaisir de penser…ensemble.

En conclusion :

 « Le psychodrame est indiqué pour les personnes qui ont un défaut d’introjection et aurait  donc une fonction antipsychotique !

Il permet :

  • Une reprise en main de soi,
  • L’inscription d’un sujet dans le monde symbolique,
  • et enfin un travail de liaison. Grâce au passage de la charge émotionnelle à la symbolisation, renversement capital d’ailleurs, l’interliaison énergétique ouvre sur le monde extérieur »[vii]

MOTS CLES : groupe – différenciation – élaboration – reliaison – introjection – symbolisation – reprise en main de soi – relance du processus onirique – espace potentiel –thérapie relationnelle.

Références:

[i] Ophélia Avron, La pensée scénique, Ed. Eres 1996.

[ii]  L.Szondi, « Introduction à l’analyse du destin », 1972.

[iii] Jacques Michelet/Conférence/Journée de « Psyhodrame etTransversalité » du 11/10/2008 à Namur

[iv] Jean-Marc Dupeu, L’intérêt du psychodrame analytique,PUF,2005,Paris.P.141-142

[v] Jean-Marc Dupeu, L’intérêt du psychodrame analytique,PUF,2005,Paris.P.259.

[vi] D.W.Winnicott,Jeu et réalité, l’espace potentiel,Gallimard 1971.P143.

[vii] Jacques Michelet/Conférence/Journée ABP (Association belge de psychodrame),  « Psyhodrame etTransversalité », – « Ophélia Avron et la pensée scénique » -, du 11/10/2008 à Namur.

[/show_more]

Le psychodrame analytique

Psychodrame analytique: du singulier au collectif

Texte écrit par le Dr. Bernard ROBINSON

Le Psychodrame analytique

Exposé à l’occasion d’un hommage à Patrick De Neuter (UCL), lors de son accession à l’éméritat

J’ai intitulé mon exposé :

Passage du singulier par un collectif dans le psychodrame

Introduction

1) D’abord quelques mots sur le « analytique » qui affuble ici le “ psychodrame ”. C’est une expression que j’évite d’employer. Je trouve que le psychodrame peut se soutenir de lui-même, à partir de l’invention de Jacob Lévy Moreno. La technique est simple : on joue des scènes de sa propre vie. “ Mettre sa vie en scène ” dira Greta Leutz plus tard. L’épithète “ psychanalytique ” ne viendra que bien plus tard, en France particulièrement, pour signifier une petite différence. Ajouter « psychanalytique » c’est comme si on voulait dire : “ le psychodrame n’est plus seulement, voire plus du tout morénien ”. Implicitement, ce “ psychanalytique ” définit un territoire d’identité, en négativant ce qu’il rejette. Ce serait le comble de dire cela : “ ce n’est pas du psychodrame morénien ”. Qu’est-ce qu’il y a de plus morénien que le psychodrame ? Il y a dans cette invention suffisamment de choses à exploiter, à théoriser, à enrichir, sans qu’il soit besoin de l’enrichir avec la psychanalyse. Cela doit dater de l’époque où on pensait que la psychanalyse était susceptible d’enrichir tout, par annexion.

Historiquement, je crois que le “ analytique ” a tenté de démarquer le psychodrame en France du courant humaniste et existentiel, qui avait inondé l’Europe dans les années soixante, et qui a eu tôt fait de récupérer l’œuvre de Moreno. C’était d’autant plus facile que la psychanalyse n’en voulait pas. C’était méconnaître que l’œuvre morénienne va bien au-delà de l’idéologie humaniste ; elle s’appuie aussi sur l’expérience personnelle de Moreno, son destin dira-t-on, qui débouchera sur le concept de « rencontre », inventé par Buber. Ce concept, dont Schotte a produit des développements intéressants, est remis au centre de la médiation de la personne chez Gagnepain dans sa théorie de la médiation. L’œuvre morénienne a aussi des racines du côté de la psychologie de la forme, la Gestalt, par l’intermédiaire de Kurt Lewin : cela débouchera sur le concept de « rôle », capital en psychologie sociale. Anne Ancelin-Schützemberger n’a cessé de le rappeler, avec son psychodrame triadique.

Rendons donc à César ce qui appartient à César et à Moreno ce qui lui appartient. Ceci étant dit j’ai montré que la métapsychologie freudienne était un instrument très riche pour essayer de théoriser le psychodrame et comprendre les effets qu’il est susceptible de produire. Cela ne rend pas nécessairement le psychodrame psychanalytique. Rien n’empêche d’ailleurs de chercher aussi d’autres appuis.

[show_more more= »your text » less= »your text » color= »#0066CC » list= »» »] 

2) Deuxième note d’introduction, qui nous rapproche de la question du singulier et du collectif : Ferenczi serait le précurseur du psychodrame. C’est Jean-Marc Dupeu, dans son livre “ L’intérêt du psychodrame analytique ”, qui nous propose cette idée. En effet, deux extraits des Œuvres Complètes nous mettent sur cette voie.

a) premier extrait : Le rôle du « par exemple » dans l’analyse (tome II) : Ferenczi sollicite du matériel, au-delà du récit de généralités en disant : “ par exemple ?”. Il insiste pour que le patient mette en scène l’idée énoncée en l’explicitant dans un souvenir, dans un exemple, dans une situation concrète. C’est manifestement pour dépasser l’obstacle d’une résistance qu’il utilise le procédé.

b) De façon encore plus précise, dans son article « Prolongements de la’ technique active ‘ en psychanalyse », en 1920, Ferenczi décrit des techniques de mise en scène, qu’il a utilisées dans certaines cures lorsque le mouvement d’associations libres semblait s’arrêter. Cette “ activité ” de l’analyste et du patient ne fait qu’expliciter que la psychanalyse a toujours été active et qu’elle le reste sous une apparence de passivité. Ici encore il s’agit de vaincre les résistances et de pallier aux difficultés du patient de se laisser aller aux associations vraiment libres

Dans une séance Ferenczi demande à la patiente, jeune musicienne qui craint le trac, de chanter cette chanson que sa sœur tyrannique lui chantait avec force gestes expressifs et non-équivoques. Ferenczi lui demande de jouer cette scène de la sœur, avec les mêmes gestes. (Remarquons le renversement de rôle, le psychanalyste étant dans la position de spectateur, rôle dans lequel la patiente se trouvait dans la scène d’origine). En fait, il lui demande de jouer ce qu’elle a vu, en se mettant dans une position d’actrice et non plus de spectatrice. C’est exactement ce que proposera Moreno. Mais qu’a-t-elle vu qu’elle ne peut pas dire ? Pour arriver à ce matériel refoulé Ferenczi lui fait répéter plusieurs fois la même scène, jusqu’à ce que disparaissent les signes qui montrent qu’elle joue maladroitement, jusqu’à ce que la scène corresponde plus exactement à son souvenir et à ses impressions.

“ Elle parut trouver du plaisir à ces exhibitions ”, dit Ferenczi. Il pense que cette scène l’a mise en contact avec son désir refoulé de plaire. Le travail d’associations libres pouvait, après cela continuer.

Ferenczi justifie sa technique de mise en scène en montrant que jouer une scène oblige à une dépense d’énergie telle, que cela mobilise, à son insu, des contenus psychiques refoulés. Il a indiqué dans l’exemple de la jeune chanteuse, que ce n’est pas non plus sans plaisir. Si on ajoute, comme il le fait dans ce texte, le facteur “ social ” (jouer en acte plutôt qu’en paroles devant le médecin, c’est en quelque sorte impliquer quelqu’un dans la remémoration, dans la reviviscence), on a tous les ingrédients par lesquels Freud a rendu compte du travail et de l’efficacité du mot d’esprit : surmonter une résistance, faire surgir le désir inconscient, utiliser une tierce personne, trouver du plaisir,… et, bien entendu, ne pas trop savoir ce qui s’est passé.

Ces exemples de Ferenczi permettent de poser la question du sujet dans l’analyse et dans le psychodrame : en quoi le sujet, qui associe librement dans la cure, est-il différent du sujet qui joue une scène en psychodrame avec des acteurs et des thérapeutes ?

Mais, poussons plus loin la question : qui est le sujet endormi ? le sujet ivre ? le sujet hypnotisé ? le sujet en foule ? le sujet névrosé ? le sujet en crise ? le sujet en amour ? le sujet en délire ?

C’est avec le psychodramatiste Serge Gaudé que je vais aborder et problématiser cette question dans le psychodrame, même s’il faudra faire un détour par Freud et Lacan pour approcher certaines dimensions du collectif.

Dans son livre “ De la représentation – L’exemple du psychodrame ”, au début du chapitre 5 : “ Discours de séance : thème et sujet ”, Serge Gaudé tente de comprendre comment les échanges langagiers entre les participants d’un groupe de psychodrame vont s’articuler de telle sorte qu’ils traduisent le travail d’un sujet à la recherche d’un sens par la parole. Si le psychodramatiste y met du sien, cette recherche peut devenir discours, discours de séance, pour autant qu’il y ait adresse à quelqu’un et que le questionnement fasse auditoire. Dans ces aléas de discours qui peuvent mener à un jeu, insiste Gaudé, et suite aux interventions du psychodramatiste, à la cantonnade, le participant comme sujet désirant, individu concret, se trouvera provisoirement mis entre parenthèses. C’est cette mise entre parenthèses qui m’intéresse.

Ce passage du livre de Gaudé indique à quel point le psychodrame opère un passage du singulier au collectif, ou, mieux, un passage du singulier par le collectif. C’est d’autant plus intéressant comme formulation qu’il me semble que cela était, à l’origine, l’intention même de Moreno. Mais ce passage Moreno le situait dans la mise en jeu, alors que Gaudé le situe dans la préparation au jeu par le groupe et le psychodramatiste dans l’élaboration d’un thème.

Le singulier et le collectif

Examinons cette question.

Présenter les choses comme cela m’oblige à préciser, provisoirement, ces deux dimensions : singulier et collectif.

Du côté du singulier je vise cette dimension du sujet de l’inconscient telle qu’elle s’est mise en place chez Freud progressivement, et que Lacan à développée. C’est en cela que la psychanalyse, dans la cure, fonde une éthique : l’enjeu majeur de la cure c’est de devenir sujet de son désir ; cette question est particulièrement aiguë dans les névroses.

Où est le sujet de l’inconscient dans l’irrationalité des symptômes ? Qui est-il ? En quoi le sujet est-il engagé dans la répétition symptomatique dont il se dit en même temps insatisfait ? En quoi est-il engagé dans une demande de jeu en psychodrame, dans une adresse au groupe ou au psychodramatiste ? Freud nous l’a montré, il y est question du sujet archaïque, tel qu’il s’est mis en place dans l’histoire psychique, elle-même contingente des conditions sociales et familiales. Cette perspective psychanalytique fonde une psychologie clinique, qui ne s’intéresse dans la parole qu’à ce qui est singulier, unique.

Mais en même temps elle indique en quoi la question du sujet est articulée au collectif familial, au collectif culturel, au collectif social, c’est-à-dire aussi au collectif en tant qu’il est toujours déjà universel et commun aux êtres de langage que nous sommes. Au collectif en tant qu’il est le lot, le destin, de notre structure commune d’être parlant.

C’est par une lecture parallèle de deux textes fondateurs, « Totem et tabou » et le « Discours de Rome » que je compte faire apparaître ce rapport du singulier et du collectif au fondement d’une éthique psychanalytique.

Il y a des questions auxquelles nous ne pouvons échapper, les tragiques grecs nous l’avaient déjà clairement indiqué. L’époque où Freud cherche le fondement de la structure du sujet, sur lequel vient buter toute entreprise psychothérapeutique, c’est l’époque de Totem et Tabou. Lacan ne l’a pas ratée puisque c’est à partir de là qu’il va tenter de comprendre pourquoi le pacte humain semble déraper dans la psychose. Pour Freud de Totem et tabou la structure humaine dont nous héritons commence mythiquement par une sorte de collectif : c’est celui de la horde primitive, soumise au pouvoir d’Un seul, le tyran. Mais ce premier collectif mythique, dont nous ne cesserons de rêver par nostalgie pense Freud, alimenté par la solidarité et la haine, laissera bientôt la place à un autre : le collectif du pacte qui lie symboliquement les frères entre eux et au Père, désormais sacralisé.

Traduisons : nous sommes unis par le langage que nous avons en partage, qui nous permet de traverser nos différences et de nous donner quelque chose en commun ; mais le langage ne nous appartient pas, ni individuellement, ni collectivement ; c’est, par définition, le lieu de l’Autre, le lieu du symbolique commun qui nous échappe, mais où nous avons à chercher une place de sujet singulier.

LACAN reprendra à sa manière les considérations freudiennes de « Totem et tabou ». Lorsqu’il promeut l’ordre du langage ce n’est pas tant celui de la désignation du réel par l’entremise des mots, c’est celui de la signification du sujet. Dans le Discours de Rome et dans le Séminaire I, la parole est ce par quoi nous sommes parlés avant de pouvoir le savoir, et sans pouvoir le savoir. Le langage, pour lui, est un espace de production des sujets ; les sujets sont des effets de parole.

Il n’y a donc pas un commencement du langage, il y a un commencement de la structure qui est aussi le commencement de l’homme lui-même. LACAN est en continuité directe avec le texte de FREUD : le commencement de l’homme est pensable à la limite opaque du biologique et du signifiant, là où le corps sexué se met à parler. C’est la prolongation du mythe freudien de Totem et tabou. Le mot neuf que le Discours de Rome fait surgir c’est le mot Loi.

D’abord LACAN repense ce que FREUD avait noté comme le premier mouvement de la cure : la remémoration. Ici commence la réalisation de la parole pleine. Le sujet raconte l’événement. LACAN dit : il le verbalise, il le fait passer dans le verbe, « ou plus précisément dans l’épos où il rapporte à l’heure présente les origines de sa personne ».

Le drame ainsi rejoué dans le même mouvement, et l’histoire du sujet en train de se récapituler, constituent le sujet comme étant celui qui a ainsi été. « C’est l’effet d’une parole pleine de réordonner les contingences passées en leur donnant le sens des nécessités à venir, telles que les constitue le peu de liberté par où le sujet les fait présentes »

Par là le sujet effectue l’assomption de son histoire en tant qu’elle est constituée par la parole adressée à l’autre.

LACAN redéfinit ainsi l’inconscient, à partir de son analyse de la situation d’intersubjectivité de la cure :

« L’inconscient est cette partie du discours concret en tant que transindividuel qui fait défaut à la disposition du sujet pour rétablir la continuité de son discours conscient », ou encore : « L’inconscient est ce chapitre de mon histoire qui est marqué par un blanc ou occupé par un mensonge : c’est le chapitre censuré. Mais la vérité peut-être retrouvée ; le plus souvent déjà elle est écrite ailleurs »

Lacan évoque ici le corps marqué, les souvenirs d’enfance, le langage propre, le style, le caractère, les traditions et les légendes de la culture à laquelle on appartient, etc., l’histoire repensée ne prenant son sens qu’à être entendue par quelqu’un dont la subjectivité n’est pas fondamentalement différente de celle de l’analysant.

Il fait ici référence à la notion de symbolisme analytique dont FREUD nous a donné un aperçu remarquable dans ses « Leçons d’introduction de la psychanalyse » (FREUD, 1965).

J’ai remarqué que ces pages de Freud préfigurent la lecture spécifiquement lacanienne de la parole et de la symbolisation.

Voici quelques phrases de ce texte :

“ Le symbolisme constitue peut-être le chapitre le plus remarquable de la théorie des rêves, dit Freud … (Les symboles) nous permettent, dans certaines circonstances, d’interpréter un rêve sans interroger le rêveur qui d’ailleurs ne saurait rien ajouter au symbole…Le symbolisme n’est pas une caractéristique propre au rêve…Le rapport symbolique est une comparaison d’un genre tout particulier et dont les raisons nous échappent. Les objets qui trouvent dans le rêve une représentation symbolique sont peu nombreux. Le corps humain, dans son ensemble, les parents, les enfants, frères, sœurs, la naissance, mort, la nudité…Comment pouvons-nous connaître la signification des symboles des rêves, alors que le rêveur lui-même ne nous fournit à leur sujet aucun renseignement ou que des renseignements tout à fait insuffisants ? Je réponds : cette connaissance nous vient de diverses sources, des contes et des mythes, de farces et facéties, du folklore, c’est-à-dire de l’étude des mœurs, usages, proverbes et chants de différents peuples, du langage poétique et du langage commun… Je n’affirme pas que le rêveur sache tout cela, mais j’estime aussi qu’il n’a pas besoin de le savoir…Le rêveur a à sa disposition le mode d’expression symbolique qu’il ne connaît ni ne reconnaît à l’état de veille…Les rapports symboliques n’appartiennent pas en propre au rêveur…On a l’impression d’être en présence d’un mode d’expression ancien, mais disparu. ”.(FREUD, 1965)

Je suis étonné de n’avoir trouvé aucune référence à ce texte chez LACAN, alors que la théorie du signifiant est ici en émergence.

Ainsi, LACAN s’avance vers une redéfinition du sujet, tel que l’expérience psychanalytique nous le fait entendre, définition qui précise du même coup le champ de la cure et de la discipline. Ce sujet va bien au-delà de ce que l’individu éprouve subjectivement. Il va jusqu’à la vérité de son histoire. LACAN ira encore plus loin, puisqu’il envisage la préhistoire de tout sujet humain, c’est-à-dire ce qui, dans sa structure, le fait parler de lui à un autre. Son propos est tout à fait dans le fil anthropologique du texte de FREUD .

FREUD ne découvre-t-il pas dans ce texte que la psychanalyse met en jeu non seulement la parole de l’un et l’écoute de l’autre, mais aussi ce qui détermine l’un et l’autre dans l’interlocution, et qui renvoie chacun, parlant et écoutant, à ce qu’ils sont sans le savoir par rapport à un pacte fondateur et à l’idéalisation d’un antécédent premier ? « Symbole et langage comme structure et limite du champ psychanalytique » dira LACAN dans son deuxième chapitre. C’est là qu’il va nous mener et y articuler la question de la Loi.

Le premier objet du désir de l’homme est d’être reconnu par l’autre. Le désir inclut toujours le rapport à l’autre. LACAN nous l’indique dans l’œuvre freudienne même : le rêve, l’acte manqué, le mot d’esprit, le symptôme. De la même façon que FREUD, LACAN va sauter de l’expérience de la cure et du nœud œdipien à la loi universelle de la communication.

FREUD, quant à lui, tente de fonder l’universalité de l’Œdipe et construit un mythe fondateur qui définit la structure spécifique de l’humanité, au-delà de toute donnée individuelle; le collectif commun au-delà du singulier.

LACAN, s’appuyant sur les découvertes linguistiques et anthropologiques de son époque (SAUSSURE, MAUSS, LEVI-STRAUSS), identifie l’interdit sexuel, fondateur du désir, à la loi du langage et de la parenté.

La Loi primordiale est celle qui règle l’alliance (on pourrait dire : le commun destin de solidarité et d’échange, au-delà de nos singularités), et nous fait passer de la nature à la culture permettant la communication. Il identifie la fonction symbolique repérée par les anthropologues et les linguistes à l’ordre signifiant tel qu’il est en jeu dans la parole dans la cure, en tant que cette fonction symbolique de la parole est en même temps une expérience de subjectivation, c’est-à-dire le fait que pour un humain, être sujet c’est un problème en soi.

Nul n’est censé ignorer la loi. Lacan applique les lois du langage au rapport humain : un élément quelconque d’une langue, un verbe par exemple, se distingue et se conjugue en référence à l’ensemble supposé constitué des éléments de la langue des usagers ; analogiquement, LACAN établit que notre existence individuelle de sujet parlant, de personne, renvoie automatiquement, comme dans le langage, à l’ensemble des distinctions et des combinaisons définies antérieurement à sa liaison possible à toute expérience particulière de sujet.

« Car la découverte de FREUD est celle du champ des incidences, en la nature de l’homme, de ses relations à l’ordre symbolique, et la remontée de leur sens jusqu’aux instances les plus radicales de la symbolisation dans l’être ” ( FCPL, p 154).

S’adresser à quelqu’un c’est d’emblée faire implicitement référence, en acte, à cette Loi qui structure l’échange entre les hommes et au pacte qui les lie symboliquement comme semblables et différents, distinguables et combinables arbitrairement, selon un ordre qui n’est pas de leur ressort.

Dans le texte de FREUD sur le symbolisme, écrit après Totem et tabou, les phrases “ Les rapports symboliques n’appartiennent pas en propre au rêveur ” ou “…dont les raisons nous échappent… qu’il n’a pas besoin de le savoir ” découvrent cet univers symbolique qui nous détermine dans l’être, c’est-à-dire dans la mise en rapport avec d’autres êtres humains.

Les humains sont définitivement libérés des rapports immédiats de l’un à l’autre, et ne peuvent communiquer qu’en référence implicite à cette Loi, qui est dans le même mouvement loi de séparation des êtres, de leurs distinctions, et de leurs rapprochements, de leur communication. En m’adressant à quelqu’un comme mon semblable, je fais implicitement référence au tiers symbolique qui nous permet de nous distinguer et de nous reconnaître comme égaux autrement que comme une illusion. Ma présence en acte de parole adressée à quelqu’un fait implicitement référence à l’absence qui me constitue dans cet ordre symbolique.

L’homme parle donc, mais c’est parce que le symbole l’a fait homme. De même dans une institution, dans toute institution humaine, et la cure en est une, chacun étant mis à une place définie dans l’ordre symbolique, échangeant des services, des rôles, des gestes ou des paroles, ne peut s’adresser à un autre qu’en dépassant singulièrement dans l’acte les déterminations qui lui échappent, aussi bien dans l’axe synchronique (les rôles) que dans l’axe diachronique (l’histoire), dans l’axe individuel comme dans l’axe concomitant du collectif.

« Disons seulement que c’est là ce qui objecte pour nous à toute référence à la totalité dans l’individu, puisque le sujet y introduit la division, aussi bien que dans le collectif qui en est l’équivalent. La psychanalyse est proprement ce qui renvoie l’un et l’autre à leur position de mirage. » (FCPL p 175)

LACAN accentuera l’axe diachronique, et c’est en cela qu’il est bien dans le prolongement de Totem et tabou, en insistant essentiellement sur la question de la filiation. La Loi primordiale règle l’alliance et la généalogie, et s’avère pour le groupe impérative en ses formes, mais inconsciente en sa structure, comme le langage. Cette Loi se fait donc suffisamment connaître comme identique à un ordre de langage, donnant à l’homme la possibilité d’exister singulièrement à travers cette détermination symbolique.

Cependant LACAN redéfinit l’Œdipe à sa façon. Si pour FREUD, on l’a vu, le mythe-récit implique d’abord un acte alimenté par les forces pulsionnelles (au commencement était l’acte), pour LACAN la prééminence et l’antériorité de l’ordre symbolique ne fait pas de doute (au commencement était le verbe). Et cet ordre symbolique n’est pas seulement porteur de l’interdit œdipien, il implique l’exigence d’échanges. LACAN radicalise la coupure faite par FREUD entre nature et culture et le meurtre, lié au désir œdipien, devient aussi le vide de l’être dans la référence du sujet à l’ordre symbolique.

En quoi les développements de LACAN concernant la Loi nous intéressent-ils dans la cure ? En quoi cela nous intéresse aussi dans le psychodrame ?

Précisément dans la mesure où la Loi règle le fait même de parler à quelqu’un et particulièrement lorsqu’il vient nous parler de son désir. Ce désir lui-même, pour être satisfait, exige d’être reconnu, par l’accord de la parole ou par la lutte de prestige dans le symbole ou dans l’imaginaire.

« Les symboles enveloppent en effet la vie de l’homme d’un réseau si total qu’ils conjoignent avant qu’il vienne au monde ceux qui vont l’engendrer “ par l’os et par la chair ”, qu’ils apportent à sa naissance avec les dons des astres, sinon avec les dons des fées, le dessin de sa destinée, qu’ils donnent les mots qui le feront fidèle ou renégat, la loi des actes qui le suivront jusque là même où il n’est pas encore et au-delà de sa mort même, et que par eux sa fin trouve son sens dans le jugement dernier ou le verbe absout son être ou le condamne, – sauf à atteindre à la réalisation subjective de l’être-pour-la-mort. » (FCPL p 158)

C’est là l’enjeu de la psychanalyse et notre voie est l’expérience intersubjective où ce désir se fait reconnaître.

Dans le psychodrame

Dans une séance, des gens se mettent à parler. Qui parle et à qui s’adressent-ils ?

Quelle est l’allure de ces discours particuliers créés par le dispositif d’une séance de psychodrame ?

On ne dit pas n’importe quoi. Sans doute, d’une part, le contexte impose une ou l’autre orientation de ces paroles adressées. D’abord, on est là pour parler de ce qui ne va pas chez soi et qui pourrait déboucher dans un jeu. Le malaise et le jeu sont deux déterminants de la parole Ensuite, les paroles s’adressent autant à l’animateur de séance, voire aux co-animateurs, s’il y en a, qu’au groupe à l’écoute. Au père, p.è.r.e et aux pairs, p.a.i.r.s.

On sait que l’animateur ne parlera pas de ce qui ne va pas chez lui et qu’il est là pour recueillir les paroles des participants et leurs effets. (il représente, il présentifie, le Un d’exception, nécessaire pour qu’une certaine parole et une certaine écoute soient possibles).

On sait que les autres sont là pour parler à leur tour et donner écho à ce qu’on dit.

Ce qu’un participant dit est donc fonction de ces buts et de ces adresses :

– le malaise en lui qui doit se transformer,

– le jeu à venir qui doit éclaircir quelque chose,

– l’animateur qui recueille et fait écho d’une certaine façon

– et le groupe qui écoute, donne écho, interprète déjà et relance.

On est dans une structure langagière particulière. Mais ce qui donne à ce discours en formation sa fonction langagière c’est le fait que tous ces éléments se réfèrent à la place de l’Autre, le lieu où le discours humain peut être entendu, le lieu où le sujet qui parle ici et maintenant peut trouver du sens à ses paroles, au-delà des souffrances, des répétitions et des malentendus.

Si chacun, qui se risque à la parole en groupe, hésite toujours avant de parler, c’est qu’il sait que ce qu’il dit peut l’amener à un jeu, là où il sera moins maître de ce qui se passe.

Mais ce risque qu’il appréhende, il le souhaite aussi, puisqu’il espère que c’est là que s’éclairciront ses énigmes, que c’est là qu’il pourra prendre place comme sujet de son dire.

Dans la mesure où le psychodramatiste ne s’engage pas dans l’échange de paroles, comme dans la vie quand nous nous parlons, dans la mesure où il est attendu que chacun des participants parlera de son malaise en écho, le participant qui parle, sait aussi que la structure langagière qui lui permet de parler et de s’adresser à quelqu’un implique qu’il ne sait pas exactement ce qu’il dit ; il sait que ses paroles (ses signifiants) en disent plus qu’il ne sait, et que les avatars de son dire peut amener des surprises. Il sait que la place qu’il occupe dans sa parole est en partie du semblant, qu’en quelque sorte il est dupe de son propre discours, du fait que le langage ne lui appartient pas. Il y prend place, dans le langage, mais sa place est déterminée ailleurs ; il y a comme une sorte d’usurpation de place.

Contrairement à un dispositif de réunion en groupe, ce dispositif implique que chaque personne est dans une structure d’expression interprétative : n’importe qui peut entendre autre chose que ce qu’elle croit dire, les membres du groupe et l’animateur. Il ne s’agit donc pas seulement d’être compris, entendu, mais aussi d’être interprété. La surprise est toujours possible qui révèlera une part cachée du sujet. C’est donc aussi le sujet qui est à advenir.

Si un autre participant réagit à ce que dit le premier c’est à la fois pour soutenir et amplifier ce que dit celui-ci, et dans ce sens il se sent éventuellement déjà entendu, mais c’est souvent aussi pour y mettre du sien, y aller lui-même dans la recherche d’un sens à sa parole.

La question qui se pose au psychodramatiste est alors de voir en quoi ce que dit le second est dans un certain rapport avec ce que dit le premier. Est-ce que le dire du premier est déployé de quelque manière par un élément, un signifiant du dire du second ; y a t il déjà interprétation du dire du premier ? Si c’est clair pour tout le monde, il suffit de le souligner ; si ce n’est pas clair on peut chercher à le faire préciser.

Cette ponctuation du psychodramatiste est essentielle, parce qu’elle permet que se tisse progressivement un thème, qui n’est plus le thème du premier, mais qui commence par être le thème de quelques uns. Ce n’est pas le thème du groupe, mais seulement de quelques uns.

Il suffit de quelques uns pour que le thème passe du singulier au collectif.

Du même coup, le premier qui a parlé est en quelque sorte dessaisi de l’aspect singulier de sa demande. Sa demande est devenue l’affaire de quelques uns. Le psychodramatiste a besoin de ce « quelques-uns » pour pouvoir jouer. Il faut que quelques uns soient pris, d’une manière ou d’une autre, dans le discours qui est en train de se créer. Sinon les acteurs ne pourront pas être crédibles.

Si le psychodramatiste n’intervenait pas, on risquerait d’aller d’un dire à l’autre, et c’est celui qui y apporterait le plus de poids, le plus d’émotion éventuellement, qui l’emporterait. Après, cela se créerait des alliances, des conflits, des compétitions, voire des rejets selon le jeu des identifications. Comme dans la vie.

Pour terminer, j’en reviens à Serge Gaudé.

Il insiste pour comprendre ce moment de passage dans la séance psychodramatique : c’est l’écoute du psychodramatiste et ses interventions particulières, à la cantonade dira-t-il, qui seront le déterminant essentiel pour faire passer la plainte ou la demande d’une personne à un collectif de thème qui s’élabore, à un discours de séance. Ce discours de séance est déjà un collectif qui devient susceptible de déboucher dans un jeu.

C’est dans ce jeu, dans lequel tout le monde est dorénavant impliqué, d’une manière ou d’aune autre, ne fut-ce que comme spectateur, qu’une personne, que Moreno appelle « le protagoniste », tentera d’en venir au moment de vérité de sa singularité propre.

Le meneur de jeu et les antagonistes, les autres acteurs, les Moi auxiliaires dit Moreno, doivent eux tenter de maintenir ce dispositif collectif de départ qui donne accès à une vérité singulière. Ce sera éventuellement à l’observateur de séance de souligner en quoi quelque chose a été atteint, a été traversé, a été évoqué, de la vérité d’un sujet. Une tradition veut que ces observations se fassent sur un mode impersonnel.

On ne sait pas prévoir à l’avance les effets d’un jeu. Le protagoniste est, dans une certaine mesure, dans la même galère que le meneur de jeu. Cela Moreno l’avait bien compris. On voit cela très bien dans les groupes didactiques où les participants apprennent à mener une séance, éventuellement après avoir été eux-mêmes protagonistes. Il y a aussi des risques à animer.

Le protagoniste lui, risque d’être démasqué, d’être surpris, d’être déçu, d’être abasourdi, d’être étonné, de ne pas être apaisé.

C’est pourquoi, pour convaincre que l’usurpation n’est pas absolue, qu’il y s’agit quand même de lui, le protagoniste peut y mettre les émotions nécessaires qui en disent plus que la parole. Quand les mots manquent, l’émotion prend la place ; le problème c’est qu’elle n’est que partageable ; elle ne donne pas une place comme l’énonciation de soi-même en donne une.

Compte tenu des risques qu’on prend dans un jeu, la scansion de la fin de séance permet de faire rupture provisoire avec ce dans quoi on s’était engagé, pour repartir, à la séance suivante, sans savoir qui parlera en premier.

[/show_more]

Psychothérapie en groupe

Le Psychodrame : On est pas seul avec son problème et on change plus facilement à plusieurs !

Un groupe d’expression et de parole, pour toute personne éprouvant des difficultés dans sa vie, surtout quand dire les choses semble impossible, quand nous sommes débordés par nos émotions ou coupés d’elles, quand notre histoire est marquée par un blanc,..La mise en scène, la représentation et l’écoute vont redonner du sens, permettre une nouvelle rencontre avec soi-même et avec l’autre par la représentation scénique, la médiation, de redonner vie, de parler sans les mots parfois et surtout après coup sans les maux

En psychodrame il s’agit de rendre vivante et présente une situation problématique du passé, du présent ou du futur et de la travailler, pour tenter de la résoudre, en la rejouant en interaction et en utilisant diverses techniques.      [show_more more= »your text » less= »your text » color= »#0066CC » list= »» »]  Pourquoi un groupe ? Un groupe psychothérapeutique pour permettre :

• De se (re)prendre en main, prendre rendez-vous avec soi,
• Un travail sur soi et/ou de formation-supervision,
• D’aborder, d’explorer certaines difficultés de la vie, relationnelles, dans son cycle de vie, des questions familiales, conjugales, pédagogiques, alimentaires, éducatives, sociales, professionnelles ou thérapeutiques.

Un groupe de psychodrame est ouvert à toute personne qui s’interroge sur les difficultés qu’elle rencontre (choix, ruptures, deuils, sentiment d’être en porte à faux avec son entourage,…), et est prête à les explorer en les jouant. Autant des situations traumatiques que des difficultés de la vie quotidienne peuvent être abordées. Le psychodrame permet également de (mieux) percevoir la place occupée dans les relations amoureuses, familiales, professionnelles,…

Le groupe et la mise en scène permettent d’aller plus directement au cœur des problèmes, en étant soutenu par le groupe, qui est en même temps confrontant. La réflexion et le partage à propos du jeu relancent les questions plus loin et permettent de les approfondir. Le groupe, le jeu et ses règles, les échanges de paroles avant et après le jeu, permettent d’éclairer, d’explorer et d’entamer des changements, de trouver une réponse nouvelle à une ancienne situation ou une réponse adéquate à une situation nouvelle.

Tout psychodrame comporte trois étapes :
– la mise en train (« warm-up »)
– la mise en scène (« enactment »)
– le partage (« sharing »). Continuer la lecture de « Psychodrame »

Prendre soin

Ce que « prendre soin » peut signifier :

« Soin » et « prendre soin », sont traduits, en anglais, par « care » et « take care ». « Cure » et « care » sont en anglais des termes très proches. Alors que « cure » vise le traitement médical et l’éradication de la maladie, care met l’accent sur l’attention portée à quelqu’un et sur l’intérêt qui est pris pour cette personne. Dans Cure, Winnicott[1] cherchait notamment à réhabiliter le care, qui renvoie à la relation humaine et la confiance entre soignant et patient, délaissées selon lui dans la médecine du XXe siècle. Il regrettait en effet que l’acte médical se résume à un simple acte technique, et invitait plutôt à prendre en compte l’histoire singulière du patient. Ce que le patient demande au cadre, c’est d’assumer la fonction de l’environnement primaire défaillant. Il faut qu’il ait suffisamment confiance en l’environnement pour pouvoir régresser. Que le professionnel aidant soit une personne fiable c’est-à-dire sur qui l’on peut compter, Winnicott insistait sur la nécessité pour le patient d’avoir foi en la personne à qui il s’adresse.

[show_more more= »your text » less= »your text » color= »#0066CC » list= »» »] 

Voici des propos de Winnicott énoncés en 1970[2]: « la psychanalyse ne consiste pas simplement à interpréter l’inconscient refoulé, mais aussi à fournir à la confiance un cadre professionnel dans lequel un tel travail pouvait prendre place. En étant fiables dans notre travail professionnel, avait-il expliqué aux médecins et infirmières, « nous protégeons nos patients de l’imprévisible. Nombreux sont ceux qui souffrent du fait qu’ils ont été soumis ou sont soumis à l’imprévisible. Aussi devons-nous, nous, soignants, nous garder d’être imprévisibles, car derrière l’imprévisibilité, il y a la confusion mentale, et derrière celle-ci, éventuellement un fonctionnement somatique chaotique, c’est-à-dire une inconcevable angoisse physique. »

Les uns comme les autres ne doivent jamais oublier que toute écoute, toute parole, tout silence, tout geste, tout acte, aussi technique qu’il puisse être, doit toujours s’inscrire dans un processus gouverné par le care, l’attention à l’autre, le prendre soin de la personne qui s’est remise entre leurs mains, qui leur a fait confiance au point de s’en remettre à leurs soins.

Qu’est-ce que le « cure » ?

« La tentative d’éradication de la maladie, guérir et pas seulement soigner, objectiver la maladie pour la traiter le plus indépendamment du sujet qui l’éprouve. Le care, lui, sous-entend autre chose : le sujet précisément, la relation avec le médecin, la confiance qu’on lui témoigne, une sorte de parachèvement du holding (qui commence avec le bébé dans le ventre de la mère), mais surtout un sentiment d’égalité malgré la dépendance, et même, une vision active de la dépendance au sens où il s’agit de pouvoir « s’appuyer sur » (to depend on)…. La confiance est le cadre qui permet d’accéder aux contenus inconscients refoulés par le sujet. Le care fait écho au vivant d’un soin, pas un soin de principe, au sens où il ne serait que de papier. Mais un soin vécu et par le médecin, et par le patient, sans hiérarchie aucune. Non que les deux soient similaires. L’égalité indique simplement « un socle radical d’humanité – celui où chacun est dépouillé de son identité imaginaire pour se laisser altérer par la rencontre, qui fait émerger quelque chose de vivant entre les êtres » (Périlleux). Winnicott qualifiait le soin comme la relation marquée par la rencontre de la fiabilité et de la dépendance. Et Zaccaï-Reyners de définir le type de travail du care, un travail « relationnel », qui ne peut être mécanisé, et « dont le produit ne peut être exhibé après coup. Au contraire, tant qu’il est effectué correctement, le travail relationnel reste pour l’essentiel insaisissable, invisible. Sa qualité réside même en partie dans sa capacité à masquer sa pénibilité ». Pas simple donc de reconnaître sa valeur, dans un monde qui aime tant évaluer les actes, mais les évalue d’autant plus mal qu’ils s’humanisent. Ne provoquer ni l’amour ni la haine, ne devenir ni le gourou ni l’indifférent, adopter la juste sollicitude, le juste régime d’attention, voilà toute la subtilité du care, de ce don du médecin au patient. Il ne s’agit nullement de le substituer au « cure ». Il est l’aura du « cure », tout ce que doit le « cure » à l’autre, qu’il soit patient, collègue, parent, ami. Soigner, guérir, cela ne s’apprend pas seul. C’est la suite d’un long processus relationnel, d’une longue chaîne de savoirs et de partages multiples. Il faut des années et des années, des siècles et des siècles de soin des hommes, de souci de soi et des autres, pour façonner l’art de sauver la vie. »[3]

Qu’est-ce que le care ?

Ce terme désigne l’idée du souci des autres ou du « prendre soin », et s’étend à toutes les sphères de notre vie : personnelle (« care domestique »), professionnelle (dans le cadre hospitalier notamment), sociale et politique. Il concerne aussi bien le souci de soi que celui d’autrui ou du monde, dès lors que nous admettons que nous sommes tous vulnérables, car dépendants de nos semblables pour survivre. Winnicott retient trois grandes dimensions de ces soins : le holding, le handling et l’object presenting. La fonction de l’environnement implique ces trois concepts.

Qu’est-ce que le « holding » ? :

Il est « la manière dont l’enfant est porté »[4].

Il correspond au portage, au fait de tenir, mais aussi à la contenance psychique.

Le holding est une notion à l’interface du physique et du psychique. Il renvoie à la façon dont ces deux dimensions s’entremêlent. On peut donc distinguer un portage physique et un portage psychique.

Le portage physique :

Le holding est d’abord décrit comme un portage physique : une manière de tenir, de porter le bébé. Winnicott souligne que certaines mères n’arrivent pas à tenir leur bébé comme si leurs mains n’étaient pas assez sûres.

Le dialogue tonico-émotionnel entre la mère et son enfant sera par la suite étudié plus en profondeur par les psychomotriciens qui se réfèrent souvent à cette notion de holding. Ils vont avoir une attention particulière à la manière dont les émotions (les peurs, les craintes qui peuvent renvoyer à l’histoire de la mère) vont se transmettre à l’enfant par l’intermédiaire du corps.

Le portage psychique :

La dimension psychique du portage est également essentielle pour Winnicott : elle renvoie à la capacité d’attention de la mère, à la qualité de sa présence et à sa capacité à penser les émotions du bébé (à s’interroger, par exemple, sur le sens de ses pleurs, à lui parler pour le rassurer, etc.)

Cette dimension est à rapprocher de la notion de rêverie maternelle et de fonction alpha chez Bion. En effet, pour Bion, la mère va transformer des émotions incompréhensibles du bébé (les éléments Bêta) en images, en pensées ou en rêveries (les éléments Alpha).

Qu’est-ce que Le « handling » ?

Il est la manière dont l’enfant est traité, manipulé.[5]

Le handling renvoie à une dimension plus pratique et plus active que le holding. Il correspond aux soins prodigués à l’enfant : le fait, par exemple, de le laver, de le changer ou de l’habiller.

Winnicott décrit l’importance de ces soins dans le développement psychique de l’enfant. En effet, la mère n’est pas un robot, lorsqu’elle lave son enfant, par exemple, elle le fait en le pensant d’une certaine manière. Le handling permet au bébé de se constituer son enveloppe corporelle et psychique.

Qu’est-ce que  l’ « object presenting » ?

Il est le mode de présentation de l’objet.[6]

L’object presenting  pourrait être traduit par « le fait de présenter l’objet ». Il désigne la façon dont la mère présente le monde à l’enfant. Elle va, en effet, introduire l’enfant à l’existence d’un extérieur à la dyade mère-enfant. Pour d’autres auteurs, cette dimension est plutôt reliée à la fonction. Il sera ainsi reproché à Winnicott d’avoir trop mis l’accent sur le lien mère-enfant et d’avoir eu tendance à laisser dans l’ombre, en arrière-plan, le rôle du père dans l’ouverture vers le monde (on parle classiquement de la « fonction de tiers » du père ou du substitut paternel).

.

Mots-clés: take care-fiabilité-rencontre- holding- handling- object presenting.

(1)Connu dans le monde entier, Donald Woods Winnicott (1896-1971), pédiatre et psychanalyste anglais, formé par Melanie Klein (1882-1960) et proche d’Anna Freud (1895-1982),faisait remonter la théorie du développement émotionnel à la petite enfance, et même à la période prénatale.  Ce qui intéresse avant tout Winnicott et ce qui fait le prix de sa découverte, ce n’est pas seulement l’objet, c’est l’« espace transitionnel », ce qu’il va appeler « l’aire intermédiaire ». Cet espace transitionnel est une « troisième aire », nous dit Winnicott. C’est un espace paradoxal, parce qu’il se situe entre la réalité extérieure et la réalité interne, entre le dedans et le dehors. L’« espace transitionnel », est un espace qui va jouer un rôle essentiel dans les processus de représentation et de symbolisation et va permettre un premier décollement avec l’objet maternel, un premier mouvement de l’enfant vers l’indépendance. Pour ce qui concerne notre texte, Winnicott distingue le « holding » qui correspond à la façon de soutenir et porter l’enfant, physiquement, mais aussi psychiquement et le « handling » qui correspond aux manipulations et stimulations du corps par les soins que la mère lui procure (bain, habillage, etc.)

[2] Lors d’une conférence prononcée le 18 octobre 1970, devant des médecins et des infirmières.

[3] https://www.humanite.fr/le-care-cure-568910

[4] D.W.Winnicott, Jeu et réalité, Ed. Gallimard, 1975, p.154.

[5] Ibidem, p.154.

[6] Ibidem, p.154.

[/show_more]

La négligence

La négligence est un phénomène trop souvent négligé !

Définition :

La négligence [1]est :

  • L’attitude de celui qui fait les choses avec moins de soin, d’attention ou d’intérêt qu’il n’est nécessaire ou qu’il n’est souhaitable. Ses synonymes : laisser-aller, inattention;
  • L’attitude de celui qui cherche à faire les choses avec moins de soin, d’attention ou d’intérêt qu’il ne paraît nécessaire, dans un souci d’élégance.
  • Un manque de soin, d’application dans l’exécution d’une tâche : travail fait avec négligence.
  • Un manque d’attention, de vigilance à l’égard de choses, d’événements : sa négligence lui a fait manquer l’affaire.
  • Une faute non intentionnelle résultant de ce manque de soin ou de ce manque de vigilance : l’accident est dû à une négligence du mécanicien.
  • Une Indifférence réelle ou affectée ; nonchalance.

La négligence comme concept légal :

La négligence est un concept légal habituellement employé par un tribunal pour obtenir des dommages-intérêts dans le cas d’accidents et de blessures ou séquelles sur la santé, et depuis peu en cas de dommage environnemental. La négligence est un type de délit civil, mais peut également être employée dans le droit pénal. La négligence signifie un comportement qui est coupable parce qu’il n’existe pas de norme juridique pour protéger un tiers contre des actes nocifs, prévisiblement risqués, de la part d’un ou plusieurs membres de la société ou entité concernée. Le comportement négligent envers autrui ouvre des droits de compensation pour toute atteinte aux domaines corporels, du bien-être mental, de la propriété, du statut financier, ou dans les relations. La négligence est employée en comparaison d’actes ou d’omissions qui sont intentionnels ou obstinés.

La négligence dans le registre de la maltraitance

La négligence est un syndrome actuellement bien identifié dans le registre de la maltraitance. Elle se révèle par la carence de soins, un manque d’attention aux besoins de l’enfant, un défaut d’empathie des parents. La négligence touche en général tous les aspects de la vie du petit, tous ses besoins primaires (manger, boire, dormir, être stimulé, être aimé…). Souvent, elle se déploie sur plusieurs générations ; les parents ont eux-mêmes connu des carences qui les rendent moins adéquats dans leurs rôles parentaux.

Une négligence est une forme passive d’abus et de maltraitance durant lesquels l’auteur responsable des soins d’une personne incapable de se prendre en charge seule ne lui fournit pas les traitements adéquats, ce dont découle un mal-être physique ou psychologique de la victime.

La négligence peut inclure une faute de soin, de nutrition, de santé médicale ou tout autre besoin qu’une personne est dans l’incapacité de satisfaire elle-même.

La victime peut être un enfant, un adulte mentalement ou physiquement handicapé, et toute personne dépendante et vulnérable. La négligence peut porter sur un animal domestique. Elle peut concerner aussi une plante ou un objet inanimé.

Quelques synonymes de négligence :

L’étourderie[2] La carence, la dissipation, la distraction, l’imprévoyance, l’inattention, l’insouciance etc.

Quelques antonymes de négligence :

L’adresse, l’application, l’attention, prévoyance, la réflexion, la vigilance : voir l’article, à ce sujet sur mon site web : http://www.psychotherapie-psychodrame.be/2018/08/24/le-concept-de-la-vigilance/

[1] http://www.cnrtl.fr/definition/négligence; https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/négligence/54071

[2] Voir, à ce sujet, le texte : « Le dire et le dit » en rapport avec « L’étourdit » de Lacan soit « les tours dits » à paraître.

Le Psychodrame du Sphinx

Le Psychodrame du  Sphinx par Pierre Weill[1]

Introduction :

Moreno, le fondateur du mouvement psychodramatique, affirme s’être inspiré entre autres de thèmes mythologiques et de coutumes de peuples de l’antiquité. On pourrait citer notamment, comme il l’a fait lui-même dans ses écrits, l’inversion de rôle tirée de la méthode socratique, la boutique magique du père Noël, la technique du miroir extraite de Hamlet et le double, issu de Dostoïevski. Moreno nous dit qu’il s’est limité à découvrir les idées et à les adapter aux objectifs thérapeutiques. Le Sphinx est en réalité un symbole de la structure évolutive et psychosomatique de l’homme.  Le sphinx comme symbole signifierait l’homme à la recherche de sa propre énigme. Il existe en effet, dans certaines publications d’ordre ésotérique, une tradition selon laquelle les animaux qui composent le Sphinx représentent des parties inter liées de l’homme, et en même temps son devenir humain à partir de son origine animale :

– Le Bœuf représente notre vie instinctive, végétative, sensuelle.

– Le Lion symbolise notre vie émotive, le courage, le sentiment, l’affectivité.

– L’Aigle signifie l’intelligence, l’acuité, le pouvoir d’imposer des lois, la raison.

– Le Serpent de l’Uranus frontal symbolise l’énergie cosmique, la puissance Kundalmique du Yoga.

– L’homme c’est en même temps l’ensemble, l’unité, et l’être conscient qui peut diriger cette énergie et la sublimer volontairement, dans un but autrefois initiatique de révélation et d’illumination cosmique. Les principes d’unité micro et macrocosmique, de bipolarité dialectique, de structure tertiaire et du symbole quaternaire qui se rencontrent dans les principales traditions ésotériques de 1’antiquité (Brahmanisme, Égypte, Bouddhisme, Yoga, Zen, Kabbale juive et chrétienne, rose-croix, francs-maçons) et systèmes philosophiques sont encore vivants et font partie des préoccupations des structuralistes modernes. Les différences entre les Sphinx quant à leur nombre d’éléments sont probablement le reflet de la mise en relief d’un ou plusieurs de ces principes. Le modèle freudien de Libido (serpent), Surmoi (Aigle), ça (Bœuf-Lion), de l’Inconscient (Animaux) et Conscient (Homme) se retrouvent également dans le Sphinx.

[show_more more= »your text » less= »your text » color= »#0066CC » list= »» »] 

La métaphore de la voiture-carrosse chez P.Weil et L.Szondi :

« Il y a une tradition orientale qui compare l’organisme humain à un véhicule, ou plus précisément à un carrosse. La voiture est tirée par un cheval et dirigée par un cocher. Ces trois éléments permettent au véhicule d’avancer. »[2] :

  • Le cocher est le principe directeur de cet ensemble. C’est lui qui commande et gouverne. C’est la tête. Cocher = tête= aigle. Le véhicule en est le principe en mouvement, qui suppose la charge. C’est le corps. Véhicule = corps=bœuf.
  • Le cheval en est le principe moteur. C’est l’intermédiaire entre le cocher et la voiture. C’est la vie. Cheval = vie = lion. C’est aussi le lien entre la matière et la volonté (c’est le « cœur » de la voiture).
  • Le cocher est l’aigle, le cheval est le lion et la voiture correspond au bœuf.

Szondi, pour y faire référence, dans sa théorie du champ pulsionnel, identifie les démons humains à huit pulsions. « L’originalité de cette pensée est de proclamer que la psyché peut être comparée à un attelage tiré par huit chevaux et que chaque possibilité de folie peut être caractérisée par un cheval fou, mais qu’il n’y a que huit possibilités au total. Ce schéma pulsionnel (sans doute réducteur pour certains) permet de coupler les chevaux et de les conjuguer en hystérie et épilepsie, paranoïa et catatonie, manie et dépression, … »[3].

Le psychodrame du Sphinx

Parmi les techniques psychodramatiques, il existe celle du doublage multiple dans laquelle un ego auxiliaire entre en rapport avec un autre ego auxiliaire, chacun d’eux représentant, derrière le dos du protagoniste, un de ses rôles en conflit: par exemple l’ami et le chef, le professionnel et l’être humain, l’amant et le mari. Le psychodrame du Sphinx est en grande partie une adaptation du doublage multiple; deux ou trois auxiliaires représentant, en doublage, respectivement l’aigle, le bœuf et le lion.

Les objectifs du psychodrame du Sphinx sont les suivants:

  • Renforcer le Moi du protagoniste et l’aider à prendre des décisions au sujet de ses conflits de rôle, ainsi que de distinguer ce qui est décision personnelle et ce qui est conditionnement aliénant.
  • Permettre l’apprentissage de l’usage de l’énergie et de son utilisation consciente aux différents niveaux du Sphinx, ainsi que de la possibilité de sublimation volontaire et consciente.
  • Donner au protagoniste la notion de son unité psychosomatique ainsi que des rôles et grandes instances psychiques qui règlent son
  • Donner au protagoniste au groupe une meilleure autoconnaissance, grâce à la prise de conscience du conflit fréquent entre le bœuf, l’aigle et le lion, entre les rôles psychosomatiques et les rôles sociaux entre le Ça et le Surmoi.
  • Permettre une prise de conscience des alternatives suivantes pour le protagoniste et le groupe: être dominé par ses conditionnements et les conserves culturelles ; les accepter et vivre en paix avec eux ; se déconditionner et changer de voies.
  • Favoriser une prise de conscience de l’introjection des comportements parentaux, des rôles appris et de leur origine familiale.
  • Permettre une catharsis de sentiments réprimés.

Description de la méthode :

« L’usage de la méthode telle que nous la décrivons est susceptible d’adaptation dans le « hic et nunc », comme c’est le cas de toute technique de psychodrame. Son usage se fait en obéissant aux principales phases décrites par J.L. et Zerka Moreno. Il convient néanmoins d’avoir présent a l’esprit les objectifs que nous venons de décrire, ainsi que la symbologie du Sphinx et de ses origines, tels que nos la décrivons dans un livre sous presse. On part en général d’actes automatiques simples qui constituent certains problèmes, par exemple se brosser les dents, se lever tôt le matin, prendre une douche ou se laver, écrire une lettre, fumer, etc. Le thème est choisi par un protagoniste du groupe, soit parce que l’on en a parlé incidemment, soit parce que le psychodrame est proposé par le directeur. On explique au protagoniste ce que c’est que la Sphinx, que chacun de nous a un Sphinx en lui et on explique le symbolisme des différentes parties du Sphinx. Pour simplifier, nous présentons en général deux des animaux: l’Aigle et le Bœuf. On présente les ego- auxiliaire au protagoniste. L’Aigle monte sur une échelle ou une chaise et pose les mains sur les épaules du protagoniste, en exerçant une certaine pression pour symboliser physiquement les pressions sociales des rôles sociaux ou du Surmoi. De temps en temps il prend la pose d’un aigle avec ses ailes. Le Bœuf s’assoit sur une chaise et entoure de ses bras les reins du protagoniste. Celui-ci se tient debout. Si l’on emploie aussi un ego auxiliaire comme Lion, celui-ci entoure le protagoniste de ses bras au niveau du thorax. On demande alors au protagoniste de se mettre dans la situation temporelle et spatiale et à commencer son acte automatique: se brosser les dents par exemple. On lui demande aussi de commencer un soliloque. Pendant le soliloque, les doubles commencent à parler. Ils disent ce que probablement le protagoniste ressent, mais n’explicite pas assez, par exemple:

  • Bœuf: Je n’aime pas ça, me brosser les dents. Je préférerais être en train de dormir encore.
  • Aigle: Il faut que tu te brosses les dents. Une personne bien élevée et propre se brosse les dents tous les jours. C’est bien de se brosser les dents. Tu es une personne civilisée qui doit se brosser les dents tous les jours, matin, midi et le soir.

Au moment opportun, quand l’aigle parle, le Directeur demande « qu’est-ce que ça te rappelle, qui est-ce qui parlait comme ça? » Dans tous les cas que nous avons traités, le protagoniste indiquait une autorité: le père, la mère ou un substitut. Suivant le contrat avec le groupe et les objectifs tracés, on peut alors aller en profondeur et reconstituer les événements importants qui ont présidé à la formation du comportement. En moins de cinq minutes on dépasse la frontière de cinq ans, si difficile à franchir en psychanalyse classique et on rencontre les premiers stimuli, renforcements positifs ou négatifs, qui ont modelé le comportement opérant. Après la représentation on revient à la position initiale du protagoniste et de ses doubles et on résume la scène initiale. Le Directeur demande alors au protagoniste: « Qui est en réalité ton Aigle? » – «  C’est Papa, ou Maman, ou les deux » est la réponse que l’on obtient en général. « Alors tu as Papa et Maman en toi, n’est-ce pas? » Tel est le dialogue qui peut s’ébaucher, et qui permet au protagoniste de conscientiser et conceptualiser son vécu. En plus de cette prise de conscience de ses conditionnements ou introjections, il est important de poser la question au protagoniste « et maintenant que penses-tu faire? Comment te sens-tu en relation de tout ce qui a été vécu ? » C’est la phase de décision personnelle et de renforcement du Moi. »[4] Le modèle du Sphinx rappelle beaucoup le modèle psychanalytique : nous avons d’un côté notre vie instinctive : le ça et de l’autre côté notre sur-moi, produit de l’introjection des valeurs parentales et sociales. Le sur-moi est généralement rigide. Voici un exemple simplifié d’une situation concrète :

Dialogue du « ça » : « je n’ai pas envie de me lever le matin. J’ai plutôt envie de continuer à dormir ». Dialogue du « sur-moi » : « je ne peux pas rester au lit parce qu’il faut aller travailler ». Dialogue et décision du Moi : « je décide d’aller travailler ». Ici c’est le moi qui s’affirme par un choix personnel entre la pulsion et les contraintes qui sont imposées de l’extérieur. Une variante de la technique du Sphinx est utilisée dans le but de favoriser un lâcher-prise et indiquée aussi pour des patients qui se prennent «  trop la tête » c’est-à-dire qui cérébralisent trop. Celle-ci consiste à retourner essentiellement à l’expérience sensorielle, à écouter le corps. Sur la scène thérapeutique, en séance individuelle ou en groupe, on joue l’être et le sentir qui permet l’écoute de soi, du corps, de l’être. Au lieu d’être dans  » je dois, je devrais, il faut, il faudrait… »,nous jouons, représentons les émotions, les perceptions, les sensations. Le travail sera surtout intrapsychique et non plus interrelationnel. Nous donnons au participant l’occasion de retrouver l’inspiration, de se donner la permission de ressentir, de se laisser-aller. Plutôt que de chercher « qu’est-ce qu’il faut que je fasse, que je dise », etc. Le corps, que vit-il, que veut-il ? La méthode consiste à demander au patient de s’allonger sur le dos (nous lui donnons un tapis). Le thérapeute peut aider le participant en posant ses mains sur le bas des jambes afin qu’il se sente davantage et avec le sol et avec son corps. Se retrouver sur le sol, dans son bassin, avec ses mains, pieds, sa tête, éprouvant des sensations (froideur, chaleur, picotements, etc.) permet de faire une pause, permet une re-création, de faire l’inventaire. Cette technique permet aussi de vivre des impasses, des tensions, des tensions bipolaires inhérentes à la personnalité humaine et en définitive permet au Moi d’émerger. Les tensions peuvent provenir de l’écart entre le Moi et l’idéal du Moi (le sur-moi) entre le Moi et le Moi idéal (l’idéal narcissique de toute-puissance) entre la réalisation d’un désir et sa non-réalisation par exemple.

[1] Professeur de psychothérapie de groupe ct psychodrame à l’ l’Université fédérale de Belo Horizonte (Brésil). Exposé présenté au Congrès international de Psychodrame à  Amsterdam 1971. Référence :Folia Psychodramatica.

[2] Pierre Weil, Le sphinx, mystère et structure de l’homme, Ed. EPI, Paris, 1972.

[3] J.Schotte, Un Parcours, Editions Le Pli, Montreuil, 2006. p.424.

[4]Pierre Weil, Le psychodrame dus sphinx, Folia Psychodramatica.

[/show_more]

 

Le concept de la vigilance

 

« L’emblême de la vigilance est une femme dans l’attitude de marcher, tenant sous son bras un livre, et de la main droite une lampe allumée. Le coq est son attribut particulier ; les iconologistes y joignent l’oye, comme symbole de la vigilance, parce que ce sont les oyes qui, par leurs cris, sauvèrent le capitole. Illustration de Charles-Nicolas Cochin dans Iconologie, ou Traité de la science des allégories en 350 figures gravées avec les explications relatives à chaque sujet par Gaucher.(tome 4, 1796). » [1]

[show_more more= »your text » less= »your text » color= »#0066CC » list= »» »] 

En héraldique la vigilance est le nom de la pierre que la grue tient dans sa patte droite. La grue est le hiéroglyphe de la vigilance, parce qu’on prétend que ces oiseaux, lorsqu’ils sont arrivés en un lieu, y établissent un guet qui se fait tour à tour par l’un d’eux. Afin d’éviter la surprise au sommeil, il se soutient sur un seul pied, et tient un caillou de l’autre pour avertir la troupe à la moindre apparence de danger, au moindre bruit.

La vigilance est une expression utilisée à plusieurs niveaux que nous retrouvons notamment dans les informations météorologiques (les orages, incendies, intempéries, les quatre niveaux de couleurs de la vigilance météo,..). Nous retrouvons diverses expressions de vigilance au travers de messages médiatiques tels que : « La vigilance reste maintenue dans sept départements ».

Dans les entreprises on utilise le terme de vigilance pour définir des devoirs et des plans de vigilance (lois sur la sécurité). Il est également question de « vigilance » dans le cadre d’attaques terroristes.

Une autre façon de parler de vigilance dans l’actualité : « Depuis le début des vacances, près de 600 enfants ont échappé à la vigilance de leurs parents ou accompagnateurs sur les plages belges. Il s’agit d’un record à la hausse, précise mercredi l’Intercommunale des services de sauvetage de la Côte de Flandre occidentale (IKWV). Sains et saufs, tous ont finalement retrouvé leurs parents. »[2]

Dans l’actualité, encore, on parle beaucoup de « vigiles ». L’origine de ce mot se retrouve dans « Les vigiles urbains » (en latin : vigiles urbani, littéralement « les yeux de la ville »). Les vigiles urbains sont, sous la Rome Antique, les troupes chargées de la lutte contre les incendies et de la police nocturne.

Définition du concept :

Le mot « vigilance » vient du latin vigilantia, de vigilans, vigilant. Son étymologie désigne l’insomnie, la veillée, la surveillance, l’attention[3].

Dans sa définition générale la vigilance correspond à une capacité de perception, d’interprétation et de réponse rapide et fiable face à une situation problématique ou impromptue.[4]

Différents dictionnaires définissent la vigilance comme une attention soutenue à veiller sur

quelqu’un ou quelque chose. La psychothérapie permet, quant à elle, de s’aider à veiller sur soi.

Vigilance et environnement :

« La métaphore du chasseur énoncée par Oury (1983) atteste du caractère dynamique et parfois inventif de la vigilance confrontée à un environnement toujours en mouvement. Ainsi, la vigilance peut être définie, à la fois comme un comportement réactif, mais aussi anticipatif (pré-actif au sens de Godet, 1991) et parfois créactif. Entre spontanéité et intention, elle apparaît multimodale. Elle fait appel aux réflexes sensori-moteurs autant qu’aux représentations cognitives. La vigilance est pour l’individu, indissociablement, affrontement de la durée et maintien sur le « qui vive » pour qu’il soit prêt à répondre à l’imprévisible et à l’inattendu, et donc pour ne pas réagir « trop tard ».[5]

Les états de vigilance ont fait l’objet de nombreuses études, notamment dès lors que l’on se préoccupa du sommeil. Car la vigilance regroupe sous un terme apparemment simple, tous les phénomènes d’éveil et de veille, que l’on peut rencontrer dans la vie d’un homme : sommeil proprement dit, éveil caractéristique ou état de transe et d’hypnose… En ce sens, l’attention se distingue de la vigilance, car elle n’en est qu’un état particulier d’éveil, un niveau d’éveil relativement élevé : une valeur de vigilance.

Quelques définitions selon le domaine d’investigation :

  • Dans le domaine de l’éthologie, la vigilance est l’un des comportements-clé pour la survie de l’individu (et du groupe chez les animaux sociaux ou élevant leurs petits), notamment vis à vis des prédateurs et d’autres sources de danger ainsi que lors de la recherche de nourriture (tant pour les prédateurs que pour les populations proies).
  • En psychologie, la vigilance est une forme d’attention soutenue de la part d’un individu (ou d’un groupe) occupé à accomplir une tâche particulière. Dans le cerveau humain, l’Amygdale joue un rôle central dans l’attention vigilante, l’émotion [] et de l’apprentissage des réponses apportées à la peur. De nombreux métiers (ex gardiens de nuit, contrôleurs aérien, opérateurs sur machines dangereuses, chauffeurs, chirurgiens…) nécessitent une capacité à maintenir un haut niveau de vigilance durant de longues périodes ; capacité qui fait l’objet d’études en neurologie[.
  • En neurologie on s’intéresse plus particulièrement aux aspects déficitaires de la vigilance. La neuro-imagerie dont l’échographie Doppler transcrânienne a apporté des preuves des changements de ressources liés à la diminution de la performance dans les tâches de vigilance[. Le niveau de vigilance peut être évalué par diverses échelles et sert à classifier les altérations de l’état de conscience. La plus connue des échelles d’évaluation de la vigilance est l’échelle de Glasgow, utilisée notamment en neuro-traumatologie pour déterminer la profondeur d’un coma.
  • En philosophie certains courants spirituels et philosophiques appellent vigilance l’état d’attention non dirigée (voir méditation). À l’inverse de l’acception du domaine de la psychologie, cette attention n’est pas concentrée sur une tâche ou un objet, mais « ouverte » sur l’ensemble du champ perceptif, aussi bien externe qu’interne (environnement visuel, auditif, respiration, douleurs, démangeaisons, etc.). Le sujet est ainsi réceptif à la totalité de son environnement.
  • En médecine et dans le domaine de la gestion des risques, notamment pour limiter le risque nosocomial, on parle par exemple de vigilance sanitaire avec un système de veille sanitaire incluant : biovigilance, hémovigilance, infectiovigilance, matériovigilance, réactovigilance et pharmacovigilance.
  • En technologie on parle d’un bouton, d’un levier de vigilance. Il s’agit d’un bouton, d’un levier mettant en alerte un système de contrôle, de sécurité.
  • En psychophysiologie il s’agit d’un état du système nerveux permettant à l’organisme de s’adapter et d’échanger avec le milieu. Les variations du taux d’activation nerveuse sont exprimées par des variations du niveau de vigilance   : sommeil, veille diffuse, veille attentive, émotion, hyperexcitation.

Traditionnellement, la psychophysiologie occidentale reconnaît deux états de conscience propre à tous les individus : le sommeil d’une part, considéré comme une période de repos, l’état de veille, d’autre part, qui correspond classiquement à la période pendant laquelle l’organisme est éveillé. À propos de cette dernière, on parle aussi de vigilance active, de conscience ordinaire ou encore de conscience de « surface », « d’état unique de vigilance reposant » pendant la méditation transcendantale. La vigilance c’est aussi  le fait d’être conscient de sa situation au niveau du corps et de l’esprit ; conscient de ses pensées, de sa posture physique, de ce que l’on est en train de faire ou sur le point de faire. C’est être attentif, naturellement aux aguets. Dans la méditation, c’est être présent à ce qui est ressenti sans en faire quoi que ce soit, c’est une qualité de conscience, la capacité qu’a l’esprit à être là. Plus nous développons l’attention, plus la vigilance prend place.

  • En hypnose la « transe hypnotique » correspond à une modification de la vigilance normale – celle qui nous permet de raisonner et de vivre au quotidien. Mais elle a ses caractéristiques : dans un environnement monotone où rien ne se passe, où les stimuli sont peu intenses, notre cerveau est en « manque » d’informations. Il se met alors à en produire lui-même en puisant des images dans notre inconscient. En quelque sorte, on « rêve » tout en restant conscient. En outre, contrairement à l’état de vigilance normale, où l’attention embrasse de nombreux centres d’intérêt en même temps et passe rapidement de l’un à l’autre, elle est concentrée, en hypnose, sur un sujet beaucoup plus restreint. C’est ainsi que, peu à peu, la personne hypnotisée oublie la réalité extérieure pour entrer dans une réalité intérieure, mais qu’elle vivra comme extérieure. « Hypnos en grec signifie sommeil. De quel sommeil s’agirait-il lorsque l’état d’hypnose est réalisé ? De la mise en veilleuse de la conscience claire et distincte (que l’on peut nommer aussi conscience consciente ou esprit conscient) au profit de l’éveil d’une conscience inconsciente. La conscience est dite consciente (conscious awareness) dans la mesure où elle est restreinte, car elle ne peut porter son attention qu’à un nombre limité d’éléments. La conscience est dite inconsciente (unconscious awareness) dans la mesure où elle supporte la totalité des souvenirs, des perceptions des sens externes et internes, des résultats et des possibilités d’apprentissage. Ces éléments sont trop nombreux – ils sont infinis – pour être distingués par la conscience consciente : elle s’en trouve donc obscurcie. La conscience inconsciente qui supporte ce grand nombre peut être identifiée à la totalité de la personne incarnée, donc au corps vivant en tant qu’il est esprit. Cette conscience inconsciente pourrait tout aussi bien être appelée vigilance généralisée. Entre vigilance restreinte et vigilance généralisée, il existe tous les degrés possibles de vigilance. Ce qui pourrait faire comprendre que l’on définisse l’hypnose comme un état modifié de conscience. Encore faudrait-il souligner qu’il ne s’agit plus de la conscience proprement dite à laquelle se réfère le sens commun. L’induction de l’hypnose est le passage de la vigilance restreinte à la vigilance généralisée. Ce passage qui est toujours le fruit d’un accord ou d’une décision du patient, est favorisé par diverses techniques (fixation du regard, attention portée aux différentes parties du corps, confusion, etc.) et par l’état de vigilance généralisée dans lequel se trouve le thérapeute. C’est par ces techniques et par cet état que le thérapeute peut être dit : user de suggestion. Le pouvoir du thérapeute a donc pour fondation la largeur et l’intensité de sa veille généralisée. Là où les modifications opérées par l’exercice de l’hypnose peuvent être comprises comme la transformation de la rigidité des habitudes, enregistrées par l’esprit conscient, en souplesse et fluidité grâce à l’expérience de la complexité et de la force de la vigilance généralisée. L’esprit inconscient met à la disposition du patient les nouvelles possibilités et capacités qui vont lui permettre de changer. Dans cette perspective, il est facile d’admettre que l’hypnose puisse être considérée comme médicale. Elle est en effet capable de guérir certains troubles ou comportements nocifs (contrôle de la douleur, addictions, difficultés alimentaires, dysfonctionnements psychiques ou psychosomatiques). Quelqu’un, par exemple, voudrait bien ne plus fumer. Son passage par la vigilance généralisée lui permettra d’une part de mesurer et d’approfondir le degré de sa détermination, d’autre part de prendre appui sur des forces et des intérêts nouveaux qu’il ne soupçonnait pas et qui rendent dérisoire en comparaison le plaisir de la cigarette. L’hypnose guérit alors parce que, modifiant le contexte d’une habitude, elle en détruit le ressort. L’hypnose est aussi médicale, au sens traditionnel du terme, car elle est une manière privilégiée de développer certains aspects de cette pratique : la présence du médecin, son attention au patient, l’échange entre patient et médecin. On sait que ces traits constituent le premier remède et rendent possible l’efficacité des autres remèdes. »[6]
  • En relaxation « un aspect fondamental de la vigilance réside dans la notion de détente. Vous ne pouvez pas être vigilant si vous n’êtes pas totalement détendu. Dans la vigilance, vous ne vous projetez plus sur les objets de perception. De ce fait, vous cessez de vous contracter physiquement, émotionnellement ou mentalement. L’existence humaine est sans cesse traversée par de multiples tensions, car lorsqu’il y a désir une tension est dirigée vers son objet. Il y a également les tensions qui résistent à ceci ou cela lorsqu’il y a un refus. Comprenez clairement que, dans la vigilance, toute tension disparaît. Vous acceptez ce qui EST, d’instant en instant, en conservant une attention lucide et détachée vis-à-vis de toutes les catégories de perceptions. La tension physique, c’est la tension qui est la plus aisément perceptible et contrôlable. De plus, en raison de l’interdépendance entre le corps et le psychisme, toute tension mentale ou émotionnelle se répercute dans le corps. Voici pourquoi vous devez prêter une grande attention à cette forme de tension afin de progresser sur le chemin de la vigilance. A de fréquentes reprises quotidiennes, prenez conscience de votre corps. Passez en revue ses différentes parties et regardez s’il n’y a pas de tensions inutiles. Des tensions qui ne sont pas nécessaires pour l’accomplissement de votre activité. Toute attitude de vigilance engendre une détente au niveau du corps et toute détente corporelle favorise l’accomplissement de la vigilance. Apprendre à vivre avec vigilance, c’est apprendre à vivre d’une manière physiquement décontractée. »[7]
  • En psychothérapie être vigilant c’est veiller sur soi, être son propre vigile, c’est prendre soin de soi, être attentif à ses émotions et son corps.  Etre vigilant ne serait-ce pas une façon de guetter la vie, de rester dans  l’être qui rayonne, qui donne en-vie, de  chercher l’essentiel au fond de soi ?

Mots clés :

Attention soutenue-méditation-conscience inconsciente-attention lucide et détachée-être son propre vigile-veiller sur soi.

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Vigilance

[2] http://www.vivreici.be/article/detail_pres-de-600-enfants-perdus-a-la-cote-au-cours-de-la-premiere-quinzaine-de-juillet?id=185363

[3] Étymol. et Hist. a) Fin xives. vigilance « insomnie » (Aalma, 6047 ds Roques t. 2, p. 207); 1487 « veillée » (Vocab. lat.-fr., Loys Garbin); b) 1530 « surveillance qui a pour but de prévoir, de prévenir ou de signaler » (Palsgr., p. 287). Empr. au lat.vigilantia « habitude de veiller, soin vigilant, attention », dér. de vigilare (vigilant*). http://www.cnrtl.fr/etymologie/vigilance

[4] http://www.strategie-aims.com/events/conferences/13-xeme-conference-de-l-aims/communications/2423-les-pratiques-de-vigilance-au-sein-des-projets-de-conception-de-produits/download

[5]Ibidem p.1-2.

[6] http://www.hypnose-medicale.com/quest-ce-que-lhypnose-medicale/ François Roustang

[7] http://www.maieutique.org/fr/approches-de-la-transcendance/vigilance

Autres références : https://fr.wikipedia.org; différents dictionnaires.

[/show_more]

L’inter-dit parental et l’autorité

Introduction

Dire non est un enjeu décisif dans l’éducation contemporaine. Un parent qui interdit et un enfant qui s’oppose. Dans ce jeu social, le « non » de l’enfant peut gagner par ko sur le « non » de l’adulte. Refuser n’est pas chose simple, c’est faire preuve de courage. « Non je ne veux pas, non tu ne peux pas, non c’est impossible ». C’est introduire la frustration.

Dire non est un acte d’amour puisqu’il conduit justement à poser ces limites essentielles au développement de tout enfant au risque de lui déplaire. Dire non c’est aussi le conduire, l’aider, l’accompagner sur le difficile chemin de l’autonomie, sur le devenir adulte. Dire non suppose beaucoup d’amour, de renoncement, de compréhension et de tolérance.  C’est aussi transmettre ce message là, d’amour, de renoncement, de compréhension et de tolérance.
Apprendre à renoncer, à ne pas tout obtenir ni tout de suite ni parfois jamais.
Savoir que tout n’est pas possible. Dire non et ne pas tout permettre, dire non et laisser aller, laisser faire pour laisser être. Ce dire non ne doit pas être absurde, intransigeant et comporte dans tous les cas une explication. Le « ce n’est pas possible » n’est pas une injonction totalitaire, loin s’en faut, car si tout est possible le monde sombre dans le chaos, ou dans la parole d’un seul, ce qui revient pratiquement au même. Et c’est bien le rôle des parents que de soumettre l’enfant au principe de réalité tout en le soutenant dans son désir de vie.  Partout il y a des règles, même les jeux en possèdent !

Voyons ce que nous disait Françoise Dolto en 1997 à propos de l’autorité dans la famille et qui reste très actuel. Elle développe ce sujet à partir de lettres reçues de parents ou de situations qu’elle décrit. Ici, j’ai repris deux parties dans son livre « Lorsque l’enfant paraît : «  Dire « non » pour dire « oui » » et « A propos de la période du « non » chez les enfants… » dans le titre suivant :

[show_more more= »your text » less= »your text » color= »#0066CC » list= »» »] 

L’autorité dans la famille

« Dire « non ›› pour faire « oui ››

(Obéissance)

Cette lettre-ci pose le problème de l’autorité dans la famille : « Je voudrais bien savoir à partir de quel âge on peut exiger d’un enfant l’obéissance : ramasser ses jouets, rester à table, aller au lit, arrêter de jouer, fermer une porte. ›› Cette femme a un enfant de deux ans. Elle ajoute : «  Il faut que je ruse à longueur » de journée afin de me faire obéir car, depuis quelques mois maintenant, il entre dans une période du  » non ” systématique, qui s’affirme de plus en plus. ››

Cet enfant est en train de muter sa psychologie de bébé, qui ne pouvait pas manquer de faire ce que sa maman lui demandait; auparavant, il était toujours comme sa mère le voulait, parce que sa maman et lui ne faisaient qu’un. Il arrive maintenant à distinguer « moi-moi ›› de « moi-toi ›› : il devient autant «moi» que sa maman. C’est la période du « non ››, qui est une période très positive si la mère la comprend. L’enfant dit « non, pour faire « oui ››. Ceci veut dire : « Non , parce que tu me le demandes » et, immédiatement, « mais, en fait, je veux bien le faire, moi ››.

La maman pourrait beaucoup aider son enfant, en lui disant « Tu sais, si ton père était là, je crois qu’il te le dirait aussi » Elle ne doit pas insister trop. Quelques minutes après, l`enfant le fera. Il le fera pour devenir un « homme ››, et ne pas rester un « enfant ›› qui est commandé, comme un chien, comme un « petit », qui a besoin d’un maître. Or, lui, il est en train d`advenir à la possibilité de dire ; « Moi… je… ›› Ce n’est pas très commode pour la maman, mais c’est un moment très important. La mère parle aussi de « ranger ››. Eh bien, un enfant ne peut pas ranger sans danger avant trois ans et demi-quatre ans. Un enfant qui range trop tôt peut devenir obsessionnel…

A savoir?

Quelqu’un qui, plus tard, fera les choses pour les faire, mais non pas parce qu’elles ont un sens : selon une espèce de rite. Il n’est plus dans le vivant : il est soumis comme une chose aux autres choses. Alors que l’utilité de ranger, les parents, eux, la connaissent bien, l’enfant, pas du tout : plus il y a du désordre, plus il se sent dans le droit de vivre. Quand un enfant joue, il met du désordre, c’est obligatoire. Il n’a pas encore son ordre. Son ordre va arriver à sept ans. Il peut néanmoins commencer à ranger à quatre ans, surtout si, chaque fois qu’il est question de ranger, la mère lui dit : « Bon! Maintenant, avant de faire autre chose, nous allons ranger. Tiens! Aide-moi. ›› Elle fait les trois quarts du travail, il en fait le quart, à regret, mais il le fait. Au bout d’un certain temps, il le fait aussi parce qu’il voit son père ranger. Mais attention! Les garçons dont le père ne range jamais ont beaucoup de peine à devenir « rangeurs ››. Il faut se faire aider par le père qui peut, par exemple, dire à son fils : « Tu vois, moi, je n’ai pas appris à ranger quand j’étais petit. Cela me gêne beaucoup. Je ne retrouve pas mes affaires. Ta mère a raison. Essaie de devenir plus rangeur que moi. ›› Et, c’est un fait connu, les garçons ne deviennent pas « rangeurs ››, justement, parce que c’est leur mère qui voulait qu’ils rangent, quand ils étaient petits, et qu’ils n’ont pas été aidés par leur père, soit par l’exemple, soit en paroles qui leur font comprendre la gêne que le désordre apporte à la vie quotidienne….

Un peu plus loin page 151 :

« A propos de la période du « non » chez les enfants… »

Elle se place autour de dix-huit mois pour les garçons très précoces; chez d’autres, à vingt et un mois… C’est un moment à respecter, à ne pas prendre à contre-pied. Ne rien répondre. L’enfant fera un peu plus tard ce que sa mère lui a demandé.

Revoici le repas familial. C’est une mère qui vous écrit. Elle a une fille de cinq ans, qui est l’aînée de deux autres enfants.

Son mari et elle ne sont pas d’accord quant à la façon d’apprendre à cette enfant (très jeune) à bien se tenir à table : « A mon avis, mon mari lui demande beaucoup trop pour son âge, car il exige que cette petite fille se tienne droite, les coudes au corps, mange la bouche bien fermée, sans faire de bruit. Et, moi, j’estime qu’il faudrait plutôt aller par paliers, attendre que quelque chose soit acquis pour aller plus loin, pour demander plus. Pendant la semaine, les enfants prennent leurs repas dans la cuisine mais, le dimanche, les repas deviennent réellement éprouvants pour tout le monde, à cause des remarques constantes de mon mari à notre fille. Comment arriver, en fait, à un équilibre entre repas d’éducation, d’une part, et repas d’agrément, d’autre part ? Que peut-on vraiment demander à un enfant de cinq ans? Est-ce qu’il ne faut pas attendre un peu plus? ›› Autre aspect, qui est assez important . « Mon mari donne à notre fille des coups de fourchette, légers, bien sûr. ›› Cette dame s’empresse de préciser par ailleurs, que le papa est exemplaire, qu’il joue beaucoup avec ses enfants, qu’il les aime bien, qu’il suit leurs études, qu’il leur lit des livres… Mais, enfin, à table, cela frise quand même un peu l’hystérie…

 

C’est bien ennuyeux que la mère nous écrive sans que le père nous ait donné son avis lui aussi. Je dois dire que cette petite à cinq ans et demi, devrait manger tout à fait comme une grande personne. Il est possible qu’à force de faire manger les enfants seuls, dans la cuisine, la mère ne leur ait pas appris à manger proprement. Un enfant peut le faire sans problèmes à trois ans. Tout à fait comme un adulte. Je crois que le père voudrait, en quelque sorte, que sa fille soit bonne à manger des yeux ; il la traite même un peu comme une denrée alimentaire : il la pique avec une fourchette! Il voudrait que sa fille soit parfaite  – parce qu’il l’adore, probablement- et elle doit sentir cela. Je me demande si tout ça ne vient pas surtout de la mère, si la petite n’en joue pas un peu. Elle sent très bien que son père et sa mère sont brouillés, à cause d’elle, pour l’histoire des repas. Il faudrait, au lieu de se mettre dans tous ses états à propos de ce qui se passe à table, que la mère prenne la petite fille, le jour où le père n’est pas là, et qu’elle lui dise : « Écoute, nous allons nous arranger pour que tu manges parfaitement bien; ton père a raison : il faut que tu arrives à manger bien. Ça t’amuse peut-être, que ton père, à table, ne s’occupe que de toi. Eh bien, moi, je n’aime pas ça. Ce serait beaucoup plus agréable si, à table, on parlait d’autre chose. ›› On dirait que c’est la guerre au moment des repas. Pour la mère, c’est très mauvais. Pour la petite, ce n’est ni bon ni mauvais, cela n’a aucune importance, pour ainsi dire, puisque ce sont des privautés de papa vis-à-vis d’elle qu’elle obtient, en rivale triomphante de sa mère. Ce qui est ennuyeux, c’est qu’il n’y a plus de repas de famille. Alors, que la mère fasse cet effort auprès de sa fille. Je crois que celle-ci peut arriver à manger proprement en moins d’une semaine. Si vous me permettez une remarque personnelle, il y a quand même une grande marge entre manger proprement et être à l’armée… Est-ce qu’on peut vraiment demander à une enfant de cinq ans, non seulement de manger proprement, mais aussi de se taire, de manger la bouche fermée? Est-ce vraiment important pour son éducation?

C’est important uniquement parce que son père l’exige…Aurait-il raison de ne pas y attacher d’importance?

S`il n’y attachait que l’importance nécessaire, eh bien, je suis sûre que la petite mangerait déjà proprement. Elle provoque son père pour qu’il y ait des histoires; c’est très drôle, à cinq ans, de voir que papa et maman se disputent à cause de soi. Et, même si sa mère ne le dit pas, la fille, elle, le sent et, finalement, c’est elle qui est la reine pendant le repas, puisque le père ne s’occupe que d’elle. Je me demande si la mère ne pourrait pas prendre à part son mari- en dehors, bien sûr, des heures de repas et pas devant les enfants – et lui dire : « Et si les enfants continuaient à manger avant nous, même pendant le week-end, jusqu’à ce qu’elle mange parfaitement bien? ›› Peut-être que, lui, ça l’amuse beaucoup aussi. Je n’en sais rien. Là c’est déjà un autre problème : celui du père, qui, lui, n’a pas écrit de lettre et ne se plaint de rien, recommence à tous les repas le même scénario, comme s’ils étaient, lui et sa fille, deux clowns qui se jouent un sketch réussi. »[1]

A propos du « non » chez l’enfant

En son non(m) l’enfant affirme sa propre identité et consolide le « je » déjà naissant. Les premières manifestations oppositionnelles apparaissent entre deux et trois ans. A cet âge, la vie de l’enfant se transforme : acquisition de la propreté, entrée à l’école maternelle, reprise du travail pour la maman, voire naissance d’un petit frère ou d’une petite sœur. Ces événements précipitent l’autonomisation de l’enfant. Il quitte ses parents, entre dans un processus de socialisation. Son caractère commence à s’affirmer.

Le « non » de la phase d’opposition de l’enfant est une façon de s’opposer à ses parents et donc de se distinguer, d’affirmer ses désirs. D’ailleurs, en même temps qu’il dit « non », l’enfant commence également à dire « je ». Cela lui permet de montrer qu’il possède une maîtrise sur ce qu’il entend et comprend. La «  phase du non » signe trois changements liés entre eux et sont tous très importants dans le développement psychique de l’enfant. Premièrement, il se perçoit désormais comme un individu à part entière, avec sa pensée propre, et entend le faire savoir. Le « non » lui sert à exprimer ses désirs. Deuxièmement, il a compris que sa volonté était souvent différente de celle de ses parents. L’utilisation du « non » lui permet, peu à peu, de commencer un processus d’autonomisation face à ses parents. Troisièmement, l’enfant souhaite savoir jusqu’où va cette autonomie nouvelle. Il « teste » donc sans cesse ses parents pour en expérimenter les limites. Cette phase est une opération au fondement même du fonctionnement psychique. La négation est posée ici comme l’un des agents majeurs des transformations du psychisme humain, de l’inconscient au conscient, des perceptions aux représentations et au langage, du ça au moi, du passivement subi à l’activement assumé, pour n’en citer que les plus importantes. C’est d’un « non » initial, d’un rejet, que naît le sujet et qu’il discerne son monde intérieur du monde extérieur. Sans ce « non », il n’y aurait pas d’objet, il n’y aurait pas non plus de sujet.

Le regard qui fait « autorité »

L’adulte est en devoir de veiller sur l’enfant et de répondre au regard qui l’interroge. Si l’enfant est animé de l’intention d’explorer le monde, l’adulte a le souci de protéger l’enfant : l’un et l’autre vont coordonner leurs intentions respectives grâce au partage de regard qui n’appartient ni à l’un ni à l’autre mais qui s’inscrit dans leur relation. Chacun n’a qu’une part de ce regard qui « fait autorité » sur l’un et l’autre. Rapidement d’ailleurs, ce regard sera recherché par l’enfant comme un code d’exploration du monde : « En regardant l’adulte qui m’accompagne, j’obtiens une clef de compréhension du monde. » On ne comprend rien à l’autorité si l’on ne pose pas comme principe premier que l’autorité autorise avant d’interdire : c’est en encourageant l’enfant dans son mouvement de curiosité et de découverte du monde que secondairement, et si nécessaire, le froncement de sourcil avec la parole d’interdit qui l’accompagne prendront pour l’enfant une valeur positive et pas simplement une fonction d’entrave. S’il est soucieux de veiller à la vulnérabilité de l’enfant et de le protéger, l’adulte consent d’abord à ce que cet enfant s’éloigne parce qu’il reconnaît dans ce mouvement un potentiel enrichissant de curiosité : autorité provient de la racine indo-européenne « aug » qui signifie « augmenter ». L’autorité c’est ce qui augmente, ce qui donne quelque chose en plus…J’invite le lecteur à lire l’article « le concept d’autorité » sur mon site web : https://www.psychotherapie-psychodrame.be/2017/10/03/quelques-mots-sur-le-concept-dautorite/

L’autorité de l’infantile

« Quand l’enfant a intériorisé ce partage de regard comme guide d’exploration du monde, guide enrichissant puisque ce regard l’autorise dans ses découvertes, il ne lui sera pas trop douloureux d’accepter parfois la contrainte du « non », l’identification à l’interdit, même si ce refus parental suscite une émotion négative transitoire : déception, petite colère… Encore faut-il que, de temps à autre, quand c’est nécessaire, l’adulte dise « non » et prenne le risque d’une bouderie transitoire de l’enfant, d’un désamour momentané. On a trop mis en évidence la valeur du « non », pas assez l’importance du partage de regard ! Pour l’enfant il est très important que le parent reconnaisse ce désir de différenciation et de temps à autre le valide. Mais il est tout aussi important que, du côté du parent, il n’y ait pas acquiescement systématique. À l’ego tout-puissant, à l’affirmation jouissive de son désir, la rencontre de l’autre impose une inéluctable limite : il est de l’intérêt de l’enfant d’apprendre cette limite sans trop tarder. Comme toujours dans l’éducation, le « trop » produit ses propres toxines : à trop reconnaître ce désir assertif de différenciation, on le transforme chez l’enfant en besoin assertif d’opposition, le regard devenant le véhicule d’expression de ce besoin. Dans les troubles oppositionnels avec provocation, le défi du regard est permanent, c’est même le symptôme principal. Chez les enfants tyranniques, ceux dont les parents déclarent qu’ils n’arrivent pas à se faire obéir, ces derniers font presque toujours cette double constatation sur leur enfant : « il suffit de lui dire “non” pour qu’il le fasse », « il ne cesse de nous défier du regard, on a l’impression qu’il le fait exprès ». En ce sens, l’autorité a plus à voir avec le futur qu’avec le passé : c’est précisément dans notre société l’autorité du potentiel, ce que j’ai appelé l’autorité de l’infantile. Mais l’infantile n’est pas l’enfant : l’infantile est une disposition, une tendance, ce n’est pas un individu, une personne.  Il y a aussi ses capacités de séduction : les enfants, dès le plus jeune âge, ont appris les trucs et les ficelles qui font craquer l’adulte : petit sourire en coin, mimique de désespoir, ébauche de pleur plus ou moins théâtral, grimace adéquate… La panoplie des expressions utilisées par un bambin doué est redoutable d’efficacité. Plus fondamentalement et plus sérieusement, l’enfant a aussi la loi pour lui : la puissance paternelle a disparu (en 1970), qui imposait à l’enfant (et à sa mère) le commandement du père (système simple, hiérarchique, sans discussion mais fondamentalement inégalitaire et potentiellement injuste). À sa place, « l’autorité parentale conjointe » est un substitut au maniement délicat car, bien plus que la puissance paternelle, cette dernière s’exerce « dans l’intérêt de l’enfant ». Cet intérêt, on vient de le voir, consiste précisément pour les parents à se mettre (se soumettre ?) au service du potentiel développemental de leur enfant, ce que j’ai appelé « l’autorité de l’infantile ». Cet « infantile » fait désormais autorité sur la fonction des parents, entièrement dévolue à l’épanouissement de sa personnalité : la responsabilité première des parents est, aujourd’hui, de faire en sorte que leur enfant soit épanoui !  (« s’il n’est pas content aujourd’hui, il me dira merci plus tard… »). La fameuse phrase « c’est pour ton bien » était un véritable sésame éducatif absolvant par anticipation bien des abus parentaux. Que reste-t-il de tout cela ? Rien ou pas grand-chose me semble-t-il ! En tout état de cause, rien qui aujourd’hui ne conserve une valeur sociale franchement positive. Que le lecteur me permette ici une incise : pour éviter tout malentendu, je tiens à préciser que ce type d’éducation pouvait avoir et avait très souvent des effets extrêmement nocifs sur l’enfant, par exemple sous forme d’inhibitions assez graves ou de souffrances névrotiques majeures. »[2] Ceci  conduit même à confondre autorité et autoritarisme. Pour reprendre une formule de Winnicott,  il faut que l’environnement soit « suffisamment bon », c’est-à-dire qu’il soit frustrant mais pas trop. C’est en effet à cette condition que pourra se constituer un équilibre narcissique. Un environnement trop frustrant affecterait l’équilibre narcissique ; un environnement trop satisfaisant est pareillement de nature à provoquer une faille dans les assises narcissiques du sujet. L’équilibre narcissique du sujet requiert en effet que, dès son plus jeune âge, l’enfant soit confronté à la frustration sous peine de rester dans une constante dépendance aux autres. « L’éducation supposant des actes d’autorité, de tels parents risquent en effet de se culpabiliser de devoir énoncer des interdits considérés comme méchants et contraires à leur idéal d’amour. Ils pourront d’ailleurs également fonder leur culpabilité sur la peur de perdre l’amour de leurs enfants, cherchant alors à colmater un narcissisme fragile dans la relation à leurs enfants. Cette culpabilité entraîne souvent une relation « narcissisée », centrée sur la séduction. D’où un nivellement dans la relation parents-enfants et, en tout état de cause, une réelle difficulté pour les parents à poser des limites à leurs enfants. »[3]

« Pour conclure, tout dans le monde moderne suit la même pente : il est de plus en plus facile pour un enfant de dire « non » ; il est de plus en plus difficile aux parents de dire « non »…Le « non » de l’enfant qui par là même affirme sa singularité s’est vu doté de vertu citoyenne : l’individu existe par l’affirmation de sa différence, le « non » d’opposition est son sésame.

Les enfants ont besoin de limites : ils s’y sentent protégés tant des autres que de leur propre pulsionnalité. Aider les parents à trouver un subtil équilibre entre ce qu’ils autorisent et ce qu’ils désapprouvent est devenu un enjeu de la parentalité contemporaine ; les parents doivent y mettre beaucoup d’énergie car le jeune enfant, de son côté, n’a nullement l’intention de renoncer à son trône. »[4]

L’autorité en souffrance

« Si le parent souffre d’une blessure narcissique, sa relation à son enfant donnera nécessairement lieu à une projection de ses fantasmes sur ce dernier et affectera l’exercice de son autorité (Cramer, 1982). Une telle projection met en œuvre des scénarios inconscients liés à un processus de réparation (Manzano, Palacio Espasa, Zilkha, 2003). Une culpabilité est ainsi susceptible d’apparaître, dans le cadre de l’éducation de leurs enfants, chez les parents au narcissisme fragilisé. Le développement des professionnels de l’éducation, posés en spécialistes, a également pour conséquence de conduire de plus en plus de parents à croire en l’efficacité de « recettes éducatives » qu’ils sont prêts à adopter à l’égard de leurs enfants, s’apparentant alors à de simples « développeurs » du potentiel de ces derniers. Cette attitude passe aussi bien par la consultation de spécialistes que par le recours aux médias ou aux ouvrages spécialisés, étant encore précisé que certains parents n’hésitent pas à appliquer – le cas échéant de manière mécanique – les informations obtenues, ce qui n’est pas sans générer des difficultés dans l’exercice de l’autorité. En poussant les parents vers un certain infantilisme, la société de consommation rend difficile la transmission des interdits. Ces parents ne sont en effet plus en mesure de donner à leurs enfants les nécessaires « castrations symboligènes », pour reprendre l’expression de Dolto : trop soucieux d’éviter les conflits inhérents au processus éducatif, ils sont ainsi « amenés à inventer des stratégies complexes, stupides, voire perverses, pour échapper à ces confrontations qui leur imposent d’assumer leur fonction ». Prônant la jouissance et le plaisir, la société de consommation véhicule la croyance, pour les sujets, en la fin du manque, source d’un bonheur absolu : « […] des “pousse-à-jouir” invitent les grandes masses à fuir tout ce qui pourrait éveiller du “vague à l’âme”, de la tristesse et du mal-être propice à l’assomption de questions existentielles » (Herfrey, 2005, p. 28). Imprégnés de cette quête de bonheur, les parents pourront, dans un tel modèle social, éprouver une réelle difficulté à accepter le conflit nécessaire dans la relation éducative, celui-ci leur apparaissant en effet comme une contrainte insurmontable. De fait, l’injonction à la jouissance illimitée est assurément incompatible avec une position d’autorité. Il semble incontestable que les difficultés d’autorité des parents dans la relation à leurs enfants résultent essentiellement d’une faille dans le narcissisme parental. »[5]

MOTS-CLES :

Le principe de réalité ; le processus de socialisation ; la naissance du sujet ; le regard qui fait autorité ;le non de l’enfant ; le non assumé de l’adulte ; l’inéluctable limite ; culpabilité et fragilité narcissique parentale ; la castration « symboligène ».

[1] DOLTO F., Lorsque l’enfant paraît, Tome 1. Ed. Du Seuil, Paris, 1977.p. 148-154.

[2] Daniel Marcelli, Dire non, un enjeu décisif dans l’éducation contemporaine,

   https://www.cairn.info/article_p.php?ID_ARTICLE=EP_035_0135

[3] https://www.cairn.info/article_p.php?ID_ARTICLE=DIA_198_0101

[4] Daniel Marcelli, Dire non, un enjeu décisif dans l’éducation contemporaine,

   https://www.cairn.info/article_p.php?ID_ARTICLE=EP_035_0135

[5] https://www.cairn.info/article_p.php?ID_ARTICLE=DIA_198_0101

Réf. : Libres cahiers pour la psychanalyse, 2000/2 (N°2), Dire non, Ed. In Press: https://www.cairn.info/revue-libres-cahiers-pour-la-psychanalyse-2000-2.htm

 

[/show_more]

Hyperactivité et trouble du sommeil

L’hyperactivité

L’hyperactivité compense généralement une dépression masquée par des conduites dites opératoires. « Ainsi, comme le signale Claude Smadja, décrivant l’attitude du patient opératoire : « son narcissisme est orienté vers le dehors, vers la réalité collective, et non vers le dedans, vers la réalité interne. Il cherche la voie de satisfaction dans l’accomplissement de conduites conformes aux valeurs du socius et non dans la rêverie. Il ne connaît pas la détente et le repos, et s’épuise dans la recherche permanente de la satisfaction illusoire d’un exigeant idéal ».[1]

[show_more more= »your text » less= »your text » color= »#0066CC » list= »» »] 

Dans l’ hyperactivité la pensée n’a plus de recul pour s’apaiser, apaiser, se faire confiance et faire confiance. Quand la capacité de symbolisation et la protection imaginaire échouent la panique de l’angoisse et l’épouvante du réel, reste le recours à l’agir, reste le recours à la motricité comme fuite, défense, évasion. L’agir vient alors à la place d’un remémorer, ce remémorer qui est le prémisse nécessaire à une élaboration symbolique apaisante. Nous tombons malade à force de ne pas faire de nous-mêmes des « patients », alors que se faire « patient » guérit ! Quand l’urgence amène  l’hyperagitation. il devient dès lors urgent de se mettre à penser. L’urgence, pour nous thérapeutes, consiste à prendre du temps et aussi de ne pas toujours faire. Accepter de ne pas toujours faire (être toujours dans l’agir) c’est permettre d’être et de ressentir cette intériorité transformante. Un espace de parole respectant le rythme de chacun, permettant une décharge-recharge émotionnelle, permettant de passer de la plainte à la demande, l’expression de ses difficultés singulières reste indispensable. Si nous arrêtons de bouger dans tous les sens nous pouvons nous sentir bouger de l’intérieur !

L’insomnie

Les insomniaques rejouent au  moment de dormir une souffrance «encapsulée» de génération en génération, ou un deuil non fait, ou un sentiment d’abandon éprouvé dans leur petite enfance. Le sommeil, rappelons-le, est une «petite mort[2]». Les Grecs anciens le savaient déjà puisqu’ils faisaient d’Hypnos (personnification du sommeil) et Thanatos(personnification de la Mort) des frères jumeaux[3]. « Le moi renonce au sommeil parce qu’il a peur de ses rêves. » (S. Freud).  Le sommeil est indispensable pour la reconstitution de l’organisme éprouvé par l’état de veille. Mais sa très grande particularité, introduite par Freud en 1900 dans L’interprétation des rêves, tient dans la spécificité de l’expérience onirique et son importance pour l’économie et la dynamique de la vie psychique. C’est pourquoi, sans doute, le sommeil est si sensible aux événements comme aux fluctuations des émotions qui émaillent notre vie quotidienne »[4].  La fonction onirique a une valeur transitionnelle qui favorise l’activité mentale. Daniel Stern (1985)[5] a montré dans des microanalyses d’interactions filmées en vidéo comment des nourrissons réagissent à leurs mères dépressives. Il a distingué divers types de réactions. Les nourrissons d’un certain type semblent essayer, avec toute leur force, de ramener leur « mère morte » à la vie : un comportement hyperactif observable en est le résultat. De plus, ces bébés ne semblent pas avoir assez d’espace interne et externe pour éprouver leurs propres pulsions et sentiments en tant qu’indices d’un « Soi émergent ». Ils sont insuffisamment capables d’avoir une expérience récurrente d’un « effet de soi », d’une « cohérence du Soi » et d’une « affectivité du Soi » pour leur donner un sentiment de base d’avoir leur propre histoire de soi, un sentiment qui, comme nous l’avons appris, est l’une des conditions nécessaires pour le développement d’un sentiment de soi central stable. Ce peut être une des raisons pour lesquelles le développement d’un « faux self » est souvent observé chez les enfants souffrant de TDAH. L’émergence du soi ne peut se maintenir sans un apport énergétique constant. L’amour narcissique, celui que nous nous portons à nous même, est nécessaire au maintien de soi.

[1] Michel About,L’insomnie en pratique médicale, Médecin généraliste, psychanalyste,Psychothérapeute à l’IPSO,Membre du DER de Psychologie Médicale de Créteil-Paris XII. https://www.cairn.info/revue-le-carnet-psy-2002-4-page-24.htm

[2] L’expression de la petite mort signifie qu’une personne connaît un orgasme. Son origine remonte au XVIème siècle ou ce terme voulait dire syncope ou étourdissement et frissons.
On assimile ainsi l’orgasme à la petite mort car il ressemble aussi au grand frisson qui nommait autrefois cette action ainsi. Puis vint le langage érotique qui se l’est octroyée et qui nous l’a transmis dans le langage courant.

[3] Dans la mythologie grecque, Hypnos (en grec ancien Ὕπνος / Húpnos) est le dieu du sommeil, connu chez les Romains sous le nom de Somnus. Il est le fils de Nyx et le frère jumeau de Thanatos, la personnification de la Mort. Il est aussi le père de Morphée, dieu des rêves.

[4] ibidem

[5] https://www.cairn.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2008-4-page-1213.htm

[/show_more]

Le concept de la confiance en soi

Manquer de confiance en soi, c’est se croire inférieur aux autres, se dévaloriser. Certaines croyances entraînent un certain nombre de comportements dont les retombées négatives pour la personne la confortent dans le jugement négatif qu’elle porte sur elle-même. C’est dans l’enfance que la confiance prend racine, s’élabore et plus tard se ressource. Un nourrisson ardemment désiré sera mieux armé que celui né « par accident ». Il est plus facile de s’aimer lorsque l’on a pu intérioriser un amour parental. Que l’on a été nourri par une mère elle-même étayée par son conjoint…et que l’un et l’autre fort et juste ont accueilli avec bonheur notre venue au monde. Dénigré par ses proches, on prend l’habitude de se dévaloriser et appréhende toute circonstance qui nous mettrait en valeur. Il faut apprendre à ne plus craindre d’être perçu aimable d’être qui nous sommes.

Le manque de confiance en soi, tout comme l’angoisse en général, sont un précieux signal d’alerte nous signalant que quelque chose ne va pas, que nous ne vivons pas en harmonie avec notre histoire, notre pensée, notre désir.

[show_more more= »your text » less= »your text » color= »#0066CC » list= »» »] 

Composé de cum « avec » et du vieux français « fiance » (qui a donné et oui fiancé, fiançailles) confiance est dérivé du latin fidem « foi » et son équivalent savant étant confidence… c’est dire la richesse et la complexité de ce terme. Mais le « soi » dont il faut s’assurer la confiance tout autant que la lui accorder est lui aussi porteur de sens. Entre le moi freudien, à la troisième personne du singulier, et le self de Winnicott qui peut être entendu comme le sentiment d’existence individuelle, il indiquerait ici le rapport entre le moi-sujet se constituant à travers diverses expériences et le sentiment de force qu’il se communique à lui-même… Lieu psychique et physique, dans lequel la personne totale pourrait douter sans pour autant être inquiétée, il évoquerait un ressenti subjectif perçu avec un certain recul, pour s’affirmer, et soulignerait une perception distanciée entre la confiance et le sujet supposé l’avoir en lui pour lui-même.

Il ne serait pas tant une figure humaine personnifiée qu’une structure – qui advient ou qui fait défaut – quand elle s’affirme ou s’esquive – au sein de laquelle se résoudraient les opérations psychiques complexes qui définissent l’être en devenir, et où se croiseraient, se heurteraient, se réuniraient, les diverses identifications qui le traduisent.

Avoir confiance en soi serait croire en un soi fiable, avoir foi en lui, ce qui suppose un moi bien constitué et suffisamment fort pour à la fois se reposer et compter sur lui pour avancer. La confiance en soi serait la capacité de se vivre au jour le jour dans la certitude du lendemain. De se sentir aimé à n’en pas douter d’être aimable. De ne se laisser ébranler ni par la critique, ni par la flatterie. Ni déstabiliser par (ce) qui nous contredit ni altérer par le regard de l’autre tout en restant indifférent à la malveillance, à la mesquinerie, à la médisance. Ce serait oser s’exprimer, oser entreprendre. Parcourir un chemin pour arriver à un but, surmonter les obstacles, croire en ses facultés, se connaître soi-même. Se sentir soutenu bien sûr par un entourage reconnaissant et ne pas renoncer à soi pour plaire à l’autre. Ce serait encore le désir de rester fidèle à ce qui nous tient à cœur dans la mesure où, conscient de sa valeur, on admettrait, en même temps, que son changement perpétuel au contact du monde, ses erreurs et ses errances autant que ses atouts et ses certitudes. Même sûr de soi, on traverse des périodes de doute ou de remise en questions qu’il faut s’avoir s’avouer si l’on veut en sortir. L’opposé, le manque de confiance se traduira par un sentiment diffus de non-existence, un fantasme de disparition, une volonté de s’annihiler plus tôt que d’encourir échec ou refus… Une insensibilité prétendue au froid, au chaud, aux variations de température, de crainte d’être dans l’erreur en témoignant de sensations que contredirait celui dont la confiance semble si supérieure qu’elle exclut sans conteste la nôtre. Une propension à la culpabilité, de préférence infondée, justifie ce manque de force intérieure, mais conjure l’anéantissement qui guette au contact du dehors…

Confiance en soi et capacité d’être seul

La confiance implique une qualité de l’interaction pour laquelle la séparation ne constitue pas une menace, mais un défi créatif. L’absence d’autrui et les nouvelles distances dans l’interaction avec l’environnement sont une opportunité pour que le bébé développe la « capacité d’être seul » (Winnicott, 1958).

Selon Winnicott, telle est l’une des conquêtes fondamentales de son processus de développement, qui est également le moyen par lequel il peut éprouver l’effet de son action sur le monde et sur soi-même, mesurant ainsi « la confiance en soi et en ce qu’il peut espérer de la vie » (1950 : 292). Apprendre à être seul en présence de l’autre c’est tout autant apprendre à être soi en présence de l’autre. La notion de solitude se met en place en même temps que s’élargissent les possibilités d’un espace intérieur . La capacité à être seul en présence de l’autre souligne cette solitude essentielle, et nécessaire, si l’on veut tenir debout, aller jusqu’au bout de ses projets, porter sa propre vie. Cette capacité à être seul en présence de l’autre – c’est-à-dire à être vraiment soi-même au cœur de la relation, sans avoir « besoin » de l’autre – conditionne la possibilité d’affronter la « vraie » solitude.

Allons interroger également le concept de l’estime de soi.

Du côté du concept de l’estime de soi

 

L’estime de soi : Quelques définitions

Selon Robert W. Reasoner, auteur américain : « C’est la conscience de la valeur personnelle qu’on se reconnaît dans différents domaines. Il s’agit, en quelque sorte, d’un ensemble d’attitudes et de croyances qui nous permettent de faire face à la réalité, au monde. »[1]

Selon Germain Duclos[2] : «  Avoir une bonne estime de soi ne signifie pas être gentil, mais bien avoir conscience de ses forces et de ses faiblesses et s’accepter soi-même dans ce qu’on a de plus personnel, de plus précieux. Cela signifie prendre ses responsabilités, s’affirmer, savoir répondre à ses besoins, avoir des buts et prendre les moyens pour les atteindre. Avoir une bonne estime de soi, c’est se respecter soi-même tout en ayant de la considération pour les autres ».[3]

Ou encore…

« L’estime de soi, c’est la valeur positive qu’on se reconnaît globalement en tant qu’individu et dans chacun des domaines importants de la vie. On peut avoir une bonne estime de soi comme travailleur, mais une image de soi très négative comme parent ou comme amant. »[4]

Et…

« L’estime de soi, suppose une conscience de ses difficultés et de ses limites personnelles. Toute personne qui a une bonne estime de soi est capable de dire d’elle-même : « J’ai des qualités, des

 forces et des talents qui font que je m’attribue une valeur personnelle, même si je fais face à des difficultés et que je connais mes limites. » [5]

Un schéma résumant ce concept :

schéma estime de soi

Voici, à contrario, le Schéma des effets négatifs de la sous-estimation de soi :

 

 

Comment modifier son estime de soi ?

Avec 9 CLEFS :  (3 rapports de sens)

  • 1) le rapport à soi-même
  • 2) le rapport à l’action
  • 3) le rapport aux autres

Le rapport à soi-même :

  1. Se connaître
  2. S’accepter
  3. Etre honnête envers soi

 

Le rapport à l’action :

(Sentiment de compétence)

  1. Neutraliser les 4 « r » qui créent l’inhibition et le stress : ruminer, ressasser, râler, ne rien faire.
  2. Faire taire le « critique intérieur » (« de toute façon, ça sert à rien, c’est nul…).
  3. Accepter l’idée de l’échec (attribut externe, spécificité, instabilité de l’échec).

Le rapport aux autres :

  1. Oser s’affirmer, exprimer ce que l’on pense, ressent tout en respectant ce que l’on

pense et  ressent.

  1. Eviter les comportements inhibés (cf. Image du paillasson), agressifs (cf. Image du hérisson) révélateurs d’une incapacité à s’affirmer en restant dans la confrontation.
  1. Capacité à l’empathie.
  1. S’appuyer sur le soutien social

Comment encore…

ü  Analyser ce qui nous empêche d’avoir une bonne estime de soi.

ü  Aller à la rencontre de ses forces et fragilités et les observer avec bienveillance.

ü  Oser se donner des permissions pour ne plus nourrir ses complexes.

ü   Mieux connaître ses compétences pour pouvoir davantage se fier à soi.

ü  Changer la perception qu’on a de soi-même.

ü  Apprendre à s’estimer à sa juste valeur, à s’évaluer de manière plus positive.

ü  Être assertif.

Le concept de l’assertivité peut également nous aider dans la compréhension d’une meilleure confiance en soi. Voici quelques idées générales :

L’assertivité :

Le mot vient du mot anglais ASSERTIVENESS. Initié par Andrew SALTER psychologue New-yorkais dans la première moitié du siècle dernier. Développé plus récemment par Joseph Wolpe, psychiatre et professeur de médecine américain comme « Expression libre de toutes émotions vis à vis d’un tiers, à l’exception de l’anxiété »

L’assertivité est définie comme une attitude dans laquelle on est capable de s’affirmer tout en respectant autrui. Il s’y agit de se respecter soi-même en s’exprimant directement, sans détour, mais avec considération. Cela conduit à diminuer le stress personnel, à ne pas en induire chez autrui et à augmenter l’efficacité dans la plupart des situations d’entretien. Cette attitude est particulièrement importante dans toutes les situations de la vie, mais elle l’est particulièrement dans toutes les situations d’entretiens professionnels et notamment dans le management (domaine où elle est trop souvent ignorée).

Par l’assertivité il s’agit de s’’affirmer sans agresser, sans s’effacer. L’assertif postule le respect réciproque des opinions. Les compétences liées à l’assertivité sont :

se respecter et se faire respecter,

  • développer une bonne assurance interne,
  • identifier ses attitudes les plus fréquentes,
  • savoir faire face à des comportements passifs, agressifs et manipulateurs,
  • communiquer efficacement,
  • La position de l’assertif correspond au « je suis OK, vous êtes OK et pas KO ! ».

Les compétences liées à l’assertivité sont :

  • se respecter et se faire respecter,
  • développer une bonne assurance interne,
  • identifier ses attitudes les plus fréquentes,
  • savoir faire face à des comportements passifs, agressifs et manipulateurs,
  • communiquer efficacement.

La position de vie de l’assertif correspond au « je suis OK, vous êtes OK » (relation idéale selon l’analyse transactionnelle). L’assertif postule le respect réciproque des opinions : ce n’est pas parce que moi j’aime telle chose que les autres ont tort de ne pas l’aimer.

Un comportement assertif consiste à s’exprimer en respectant le plan suivant :

  • Exprimer les faits…
  • Puis donner votre sentiment sur les faits exposés en utilisant le JE plutôt que le TU
  • Exprimer votre demande suite aux faits.

L’assertivité, cela s’apprend…

Comment être assertif ?

L’assertivité est une attitude de fermeté; fermeté par rapport aux événements, par rapport à ce que vous considérez comme acceptable ou non. Ce n’est pas de l’agressivité. Ce n’est pas l’expression de la rancœur, le défoulement des frustrations. C’est plutôt un moyen de les éviter. Ce n’est pas une menace. C’est la délimitation d’un territoire qui n’est pas accessible à l’autre, qui n’appartient qu’à vous. C’est un peu comme un panneau sens interdit. Un automobiliste ne se fâche pas lorsqu’il voit un tel panneau à l’entrée d’une rue. Il est là dans l’intérêt de tous. C’est la même chose avec une attitude assertive. Elle est là, dans l’intérêt de la victime et de celui qui tente de la harceler en établissant clairement les comportements acceptables et répréhensibles. L’assertivité n’est pas donnée à tout le monde. Elle est trop peu développée. La plupart des personnes, lorsqu’elles étaient enfant ont plutôt appris à accepter, à obéir et à ne pas poser de questions. Se révolter n’était pas nécessairement bien vu. Cela part d’une bonne intention, mais cela n’aide pas la personne à apprendre à exprimer ses sentiments, à trouver la manière de les exprimer et à fixer ses propres limites. Si vous n’avez pas appris à être assertif dans votre enfance, rien ne vous empêche de rattraper votre retard une fois adulte. Comme pour les langues, l’informatique, la photographie, … C’est probablement l’apprentissage le plus utile pour un adulte et pas uniquement pour ceux ou celles qui sont victimes de harcèlement moral.

Références :

Pedro Salem,De la genèse à la reproduction de la confiance chez l’enfant,Corps,2007/1 (n° 2) ,Éditeur : Dilecta ,Université de Rio de Janeiro, Brésil

Virginie Megglé , http://www.psychanalyse-en-mouvement.net/actualites/article-33-2003123033-confiance-en-soi.html;   .

Jacques Arènes, Apprendre à être seul en présence de l’autre, Imaginaire & Inconscient,2007/2 (n° 20) ,  Éditeur :L’esprit du temps.

Thomas d’Ansembourg « Cessez d’être gentil, soyez vrai ! », , Ed. De l’Homme, 2001.

René de Lassus ,« Oser être soi-même », ,Editions Marabout,1992.

http://www.psychotherapie-psychodrame.be/2016/01/31/developpons-nos-competences-et-non-nos-defauts/

http://www.psychotherapie-psychodrame.be/2016/01/31/cultiver-son-jardin/

http://www.psychotherapie-psychodrame.be/2016/01/31/vivre-le-moment-present/

http://www.psychotherapie-psychodrame.be/2016/01/31/la-communication-relationnelle-de-jacques-salome/

http://www.psychotherapie-psychodrame.be/2016/01/31/pensee-et-psychologie-positives/

http://www.psychotherapie-psychodrame.be/2017/09/07/pourquoi-le-changement-fait-il-si-peur-ou-comment-sempecher-dagir/

[1] http://www.estimedesoi.org/

[2] Auteur, formateur, chargé de cours à l’Université de Sherbrooke

[3]LAPORTE D., SEVIGNY L., Comment développer l’estime de soi de nos enfants, Hôpital Sainte-Justine, mars 1994, pp. 9.

[4]DUCLOS G., L’estime de soi, un passeport pour la vie, Hôpital Sainte Justine, 2000, pp.17.

[5] Idem.

[/show_more]