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Psychodrame

Par


qu’est-ce que le psychodrame ?

Dans le discours des médias, le terme psychodrame est investit d’un contenu émotionnel. L’écart entre ce qu’il désigne précisément comme travail thérapeutique personnel en groupe et l’usage qui en est fait dans le langage courant est considérable.

le psychodrame est une démarche en lien avec l’évolution de la psychanalyse tout en restant originale. Inventé et codifié par Moreno, il a été ensuite utilisé et interprété par certains psychanalystes en fonction de leurs hypothèses de base propres (inconscient transfert, association libre).

Le jeu psychodramatique constitue un mode de représentation dans une action parlée, en présence d’un groupe et dans une recherche de vérité.

La thérapie psychodramatique permet un processus de changement toujours relancé par le jeu des autres et son propre jeu. L’utilisation du psychodrame tout comme celle du jeu de rôles peut également se concevoir en tant que moyen de formation et d’intervention dans de nombreux champs (thérapeutiques, pédagogiques, de formation.)

C’est à Moreno (1892-1974) que l’on doit le terme de psychodrame et l’exploitation systématique de l’improvisation dramatique à des fins psychologiques, d’investigation, de traitement ou de formation. Moreno découvre que le jeu dramatique peut aider certains participants à prendre conscience de difficultés psychologiques personnelles et à s’en dégager. En 1925, il émigre aux Etats-Unis. Il y développera le psychodrame, montrant son utilité thérapeutique et, plus largement, son intérêt pour la résolution des conflits humains et l’amélioration des rapports sociaux.

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Le psychodrame est une méthode thérapeutique qui permet, par une représentation scénique spontanée, de concrétiser les images, les phantasmes, les rêves, les souvenirs; de faire revivre les conflits interpersonnels et intrapsychiques d’un individu. Le but du psychodrame est d’inciter les personnes, désireuses d’un changement personnel profond, de manifester ce qu’elles ressentent, de s’exprimer d’une façon plus libre et plus significative qu’elles ne le font dans la vie quotidienne et ce à partir d’une mise en scène psychologique. L’objectif thérapeutique du psychodrame est le développement de notre potentiel créateur, le recouvrement de la spontanéité naturelle – qui consiste en une réponse adéquate à une nouvelle situation ou une réponse nouvelle à une situation ancienne -, ce qui permet donc d’éviter la répétition d’un processus où l’on reste bloqué dans un rôle figé et de se rapprocher de la réalité.

Du point de vue technique, le psychodrame constitue un processus d’action et des modes d’interaction spontanées entre les membres du groupe. Le sujet est encouragé à être spontané aussi bien sur le plan du langage que sur le plan de l’action dans le respect des règles de fonctionnement du groupe pour pouvoir explorer son monde personnel.

Par la représentation scénique, l’individu arrive à une prise de conscience intellectuelle, affective voire corporelle qui montre une situation familière en soi ou un événement passé, présent ou à venir sous un autre jour et l’incite à une nouvelle attitude.

L’attention des thérapeutes ne se limite pas au seul récit des expériences personnelles et à leur analyse.

Elle met l’accent sur le langage du corps, le langage non-verbal ; elle porte sur ce que le corps exprime au-delà des mots. Il arrive que l’un des protagonistes vive un problème avec une telle intensité que les mots ne suffisent plus. Au cours d’une séance de psychodrame, le jeu naît au départ d’un participant et d’un problème vécu qu’il voudrait explorer. L’animateur utilise un certain nombre de techniques pour la mise en scène de ce problème vécu. Au lieu de seulement parler, on agit et on parle. Après le jeu, les animateurs, en relation avec le groupe et sa dynamique interprètent et commentent ce qui a été joué. Chacun peut jouer et peut participer au jeu d’un autre. En ces diverses possibilités chacun peut faire un chemin de découverte de soi. Le jeu psychodramatique s’exprime émotionnellement certes, mais cette expression est réintégrée par la verbalisation. Le jeu psychodramatique par son support à l’expression personnelle, par l’expression mimique et gestuelle des émotions, par son caractère représentatif (revivre une situation) permet une réinsertion de l’individu dans un système de communication, une meilleure structuration de la difficulté et de nouveaux points d’ancrage à la réalité. Le psychodrame peut être utilisé en groupe et en individuel selon la situation. Il peut être réalisé dans un cadre neutre où dans le cadre même où se déroule le conflit. Il est indiqué dans le traitement des névroses et psychoses, dans les problèmes de couples, familles, dans les conflits de relations interpersonnelles ainsi qu’avec des personnes handicapées mentales en institution ou en phase de réinsertion sociale. Il peut également répondre, vu sa spécificité, à toute demande de groupe et travail en équipe.

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L’indication première du psychodrame

Avant de préciser les indications premières il me semble important de décliner les indications générales.

Les indications générales du psychodrame

Depuis la nuit des temps (cf. la tragédie grecque) la représentation scénique et le jeu rituel autour des difficultés, des problèmes et questions qui nous touchent, font partie de notre humanité. Un psychiatre, J.L.Moreno, au début du 20ème siècle, en a fait une méthode thérapeutique dont les principes de base sont la spontanéité, la présence et la participation empathiques de spectateurs-acteurs, ainsi que la conduite de la séance par un meneur de jeu. Il l’a baptisée « psychodrame ».

Cette méthode convient tant à des buts thérapeutiques que pour former des professionnels à la relation d’aide, à l’animation de groupes, à l’exploration en groupe de questions familiales, pédagogiques, éducatives, sociales.

A sa suite, de nombreux courants de pensée et d’action psychothérapiques-on pense principalement aux approches psychanalytiques et systémiques- ont poursuivi et infléchi l’utilisation de l’outil psychodrame.

La représentation « théâtrale » des difficultés de la vie affective et personnelle en groupe convient particulièrement bien aux personnes qui ne sont pas désireuses, en tout cas dans l’immédiat, de s’engager dans une psychothérapie individuelle en profondeur, mais qui souhaitent clarifier ou approfondir certaines difficultés de leur vie. Elle convient aussi pour former des professionnels à la relation d’aide, à l’animation de groupes de parole, à l’exploration en groupe de questions familiales, pédagogiques, éducatives, sociales ou thérapeutiques.

Le groupe et la mise en scène permettent d’aller plus directement au cœur des problèmes, en étant soutenu par le groupe, qui est en même temps confrontant. La réflexion et le partage à propos du jeu relancent les questions plus loin et permettent de les approfondir.

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Le groupe en psychodrame constitue un groupe d’expression et de parole, pour toute personne éprouvant des difficultés dans sa vie, surtout quand dire les choses semble impossible, quand nous sommes débordés par nos émotions ou coupés d’elles, quand notre histoire est marquée par un blanc,… La mise en scène, la représentation et l’écoute vont redonner du sens, permettre une nouvelle rencontre avec soi-même et avec l’autre par la représentation scénique, la médiation, de redonner vie, de parler sans les mots parfois et surtout après coup sans les maux !

Le psychodrame thérapeutique en groupe (parfois mené en parallèle avec un travail individuel) offre plusieurs avantages. Il s’indique particulièrement pour ceux qui ont le sentiment de « patiner » depuis longtemps dans une thérapie individuelle, ceux qui rencontrent des difficultés de mentalisation, de représentation et de verbalisation de leur problématique, et/ou qui éprouvent des difficultés relationnelles dans les groupes sociaux.

Il convient aussi aux personnes qui, trop prises par des émotions intenses et envahissantes, ne peuvent pas soutenir leur travail thérapeutique par leur parole seule et le silence de l’analyste.

L’approche en groupe relance un processus d’identification et sert de point d’ancrage qui permet une différenciation et un certain décollage. La représentation permet de sortir de la sidération psychique, du néant, du trou, des clivages. Processus de liaison et perspectives de reliaison, la figurabilité remobilise les fonctions élaboratives. Il s’agira de sortir du signifiant « débile » comme « victime » par exemple qui ferme, condamne à l’avance. D’où l’importance de donner les moyens d’abandonner cette identification au « débile », à la « victime ». Le patient doit muer tel un serpent, changer au lieu de s’accrocher, se responsabiliser.

Le jeu, par la dramatisation, va permettre grâce au processus d’introjection de réduire la charge émotionnelle en transformant la pulsion en symbolisation. Le jeu est acte de parole, acte d’énonciation qui transforme celui qui était objet d’un évènement en sujet d’un acte symbolique. Ce renversement est capital !

« Cette interliaison énergétique représente une mobilisation, une circulation dynamique, déclive et ouvre sur le monde exté-rieur. Le psychodrame permet ce jeu énergétique de la stimulation réceptive à plusieurs »[i].

Le psychodrame est une thérapie relationnelle. Les participants viennent au groupe avec leur atome social, le réseau des interrelations dont ils sont le centre, dont ils souffrent et qu’ils veulent reconstruire. Ce réseau de rencontre, Moreno l’appelle le co-inconscient familial qui est, en quelque sorte l’ancêtre de l’inconscient collectif, familial et relationnel, Freud nous a apporté l’inconscient, Jung, l’inconscient collectif, et Moreno le co-inconscient familial et groupal que nous découvrons depuis une quinzaine d’années comme étant aussi un co-inconscient transgénérationnel. Ce dernier est rattaché au concept morénien d’atome social, sorte de liens d’une personne avec d’autres, vivantes ou disparues, et donc à la base de toute thérapie systémique et transgénérationnelle…et de tout psychodrame. Nous nous rencontrons quand nous pouvons voir le monde et nous-mêmes avec les yeux de l’autre…

Un groupe de psychodrame est ouvert à toute personne qui s’interroge sur les difficultés qu’elle rencontre (choix, ruptures, deuils, sentiment d’être en porte à faux avec son entourage,…), et est prête à les explorer en les jouant. Autant des situations traumatiques que des difficultés de la vie quotidienne peuvent être abordées. Le psychodrame permet également de (mieux) percevoir la place occupée dans les relations amoureuses, familiales, professionnelles,…

L’indication première du psychodrame et la fonction du Moi (Szondi[ii])

« Le psychodrame est indiqué pour les personnes qui ont un défaut d’introjection (défaut d’affirmation) ou en débordement (dont le moi est débordé, incapable de contenance). Ceci est le cas, par excellence, de l’enfant qui est incapable de dire ; « je suis responsable », qui n’a pas la responsabilité de ce qu’il est (cf. Tanguy !).

Il y a absence de la fonction K+ (je suis) et présence de P- (projection qui évite l’introjection).

K+ : vecteur du Moi qui représente l’introjection soit le repli sur soi, l’introversion, l’autisme, le « je suis ».

K- : représente l’adaptation, le renoncement, le « je suis pas ».

P+ : représente l’inflation, le « je suis tout ».

P- : représente la projection, être un et semblable à l’autre.

L’introjection est :

  • Une protection
  • Une institution du Moi
  • Un espace psychique intime
  • Permet d’être quelqu’un
  • Permet la frontière entre l’extérieur et l’intérieur. »[iii]

« Un sujet souffrant d’un défaut ou d’une inefficacité du processus d’introjection est comme excessivement « ouvert » sur la réalité externe. Ce défaut de fermeture de l’appareil psychique, qu’il ne faut pas confondre avec une inconsistance du moi (comme le montrerait l’exemple du paranoïaque), est cause de l’incapacité où se trouve le sujet de constituer et de conserver à l’intérieur de lui des objets internes plus classiques, de constituer un monde fantasmatique. Ce monde fantasmatique, tant conscient que préconscient, fonctionne chez le névrosé comme un pare-excitation vis-à-vis des agressions en provenance du monde extérieur. Toute une série de manifestations cliniques apparaissent dans cette perspective comme traduisant cette extrême dépendance du sujet vis-à-vis des objets externes et des évènements de la réalité. C’est ainsi qu’on pourra évoquer :

  • L’extrême influençabilité du psychopathe aux rencontres, elle-même responsable de son instabilité ;
  • Les difficultés inhérentes au travail de deuil chez le mélancolique, faisant courir un risque de décompensation, à chaque perte d’objet ;
  • La sensibilité particulière des patients somatisants aux à-coups de leur vie affective et/ou professionnelle ;
  • La décompensation délirante survenant, chez le psychotique, à la suite d’un incident de la vie relationnelle venant réveiller une problématique infantile élective insuffisamment symbolisée ;
  • La dépendance du toxicomane à son produit ;
  • La soumission du sujet opératoire aux conformismes sociaux, et son intolérance aux situations qui les remettent en question ;
  • La souffrance de tonalité persécutive de l’insomniaque que la défaillance onirique empêche de se soustraire aux moindres stimuli sensoriels de la réalité externe, vécus comme traumatiques. »[iv]

La notion d’ « introjection » est synonyme de celle de « symbolisation ». L’introjection comme processus constitutif de l’inconscient a un caractère fondateur dans la constitution du monde intérieur. «  Le caractère inhérent est le renversement du mode passif au mode actif : introjecter c’est proprement renverser les places de l’objet et du sujet. Procédé dont la technique psychodramatique fait un usage fréquent tout à fait concret, puisque, chaque fois qu’il le juge utile et intéressant, le meneur de jeu propose à son patient de jouer le rôle de l’autre, c’est-à-dire de reprendre en première personne ce qu’il a d’abord expérimenté dans le jeu comme une situation de passivité : « Ptolémisme » ici parfaitement légitime, puisqu’il encourage en toute connaissance de cause (exactement comme dans le jeu de la bobine) le mouvement du sujet lui-même dans son effort interminable pour s’approprier son destin. »[v]

Le Moi introjecté est un Moi constitué.

Le psychodrame permet une reprise en main de soi ainsi qu’une réinsertion dans le socius. Il va permettre de passer du singulier au collectif, grâce à la Projection (P-).Sur le plan technique deux questions essentielles sont posées: « qui veut jouer » (qui veut prendre sa place ?) et « comment tu termines ce jeu ? » (comment prendre sa part personnelle ?).image_groupe_réduite1

Le psychodrame permet aussi de relancer le processus onirique, de retrouver cette capacité de rêver (cf. la capacité de rêverie de la mère chez Bion). A ce sujet les terreurs nocturnes ne révèlent-elles pas l’échec du rêve ? Le jeu de l’enfant est le précurseur obligé de l’activité fantasmatique et de la capacité associative. Pratiquer le psychodrame c’est prendre au sérieux, dans la pratique concrète, le caractère indispensable de ce préalable pour rendre la méthode psychodramatique féconde. La représentation des choses, des situations ainsi que la dramatisation vont permettre cette réappropriation nécessaire de soi, le ressourcement identitaire. Le dispositif psychodramatique est une véritable invitation à aborder l’espace potentiel de jeu qui a fait cruellement défaut chez certaines personnes. Cette aire de jeu est exempte de danger, rassurante, fiable et source de plaisir. Le jeu (cf. la figuration du jeu de la « bobine (Freud) dans l’action de jeter et de reprendre, d’expulser et d’introjecter est fondamental. E jeu est résolutif de la tension pulsionnelle du fait de sa représentation dramatisée. Le jeu, puis le fantasme, apparaissent, dans cette perspective comme des mimésis de l’action. Plaisir, jeu et pensée représentent trois notions capitales dans le fonctionnement du psychodrame. Nous allons, là, par cette expérience de décentrement propre à l’espace potentiel [vi]que propose le psychodrame, du plaisir de jouer au plaisir de penser…ensemble.

En conclusion :

 « Le psychodrame est indiqué pour les personnes qui ont un défaut d’introjection et aurait  donc une fonction antipsychotique !

Il permet :

  • Une reprise en main de soi,
  • L’inscription d’un sujet dans le monde symbolique,
  • et enfin un travail de liaison. Grâce au passage de la charge émotionnelle à la symbolisation, renversement capital d’ailleurs, l’interliaison énergétique ouvre sur le monde extérieur »[vii]

MOTS CLES : groupe – différenciation – élaboration – reliaison – introjection – symbolisation – reprise en main de soi – relance du processus onirique – espace potentiel –thérapie relationnelle.

Références:

[i] Ophélia Avron, La pensée scénique, Ed. Eres 1996.

[ii]  L.Szondi, « Introduction à l’analyse du destin », 1972.

[iii] Jacques Michelet/Conférence/Journée de « Psyhodrame etTransversalité » du 11/10/2008 à Namur

[iv] Jean-Marc Dupeu, L’intérêt du psychodrame analytique,PUF,2005,Paris.P.141-142

[v] Jean-Marc Dupeu, L’intérêt du psychodrame analytique,PUF,2005,Paris.P.259.

[vi] D.W.Winnicott,Jeu et réalité, l’espace potentiel,Gallimard 1971.P143.

[vii] Jacques Michelet/Conférence/Journée ABP (Association belge de psychodrame),  « Psyhodrame etTransversalité », – « Ophélia Avron et la pensée scénique » -, du 11/10/2008 à Namur.

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Le psychodrame analytique

Psychodrame analytique: du singulier au collectif

Texte écrit par le Dr. Bernard ROBINSON

Le Psychodrame analytique

Exposé à l’occasion d’un hommage à Patrick De Neuter (UCL), lors de son accession à l’éméritat

J’ai intitulé mon exposé :

Passage du singulier par un collectif dans le psychodrame

Introduction

1) D’abord quelques mots sur le « analytique » qui affuble ici le “ psychodrame ”. C’est une expression que j’évite d’employer. Je trouve que le psychodrame peut se soutenir de lui-même, à partir de l’invention de Jacob Lévy Moreno. La technique est simple : on joue des scènes de sa propre vie. “ Mettre sa vie en scène ” dira Greta Leutz plus tard. L’épithète “ psychanalytique ” ne viendra que bien plus tard, en France particulièrement, pour signifier une petite différence. Ajouter « psychanalytique » c’est comme si on voulait dire : “ le psychodrame n’est plus seulement, voire plus du tout morénien ”. Implicitement, ce “ psychanalytique ” définit un territoire d’identité, en négativant ce qu’il rejette. Ce serait le comble de dire cela : “ ce n’est pas du psychodrame morénien ”. Qu’est-ce qu’il y a de plus morénien que le psychodrame ? Il y a dans cette invention suffisamment de choses à exploiter, à théoriser, à enrichir, sans qu’il soit besoin de l’enrichir avec la psychanalyse. Cela doit dater de l’époque où on pensait que la psychanalyse était susceptible d’enrichir tout, par annexion.

Historiquement, je crois que le “ analytique ” a tenté de démarquer le psychodrame en France du courant humaniste et existentiel, qui avait inondé l’Europe dans les années soixante, et qui a eu tôt fait de récupérer l’œuvre de Moreno. C’était d’autant plus facile que la psychanalyse n’en voulait pas. C’était méconnaître que l’œuvre morénienne va bien au-delà de l’idéologie humaniste ; elle s’appuie aussi sur l’expérience personnelle de Moreno, son destin dira-t-on, qui débouchera sur le concept de « rencontre », inventé par Buber. Ce concept, dont Schotte a produit des développements intéressants, est remis au centre de la médiation de la personne chez Gagnepain dans sa théorie de la médiation. L’œuvre morénienne a aussi des racines du côté de la psychologie de la forme, la Gestalt, par l’intermédiaire de Kurt Lewin : cela débouchera sur le concept de « rôle », capital en psychologie sociale. Anne Ancelin-Schützemberger n’a cessé de le rappeler, avec son psychodrame triadique.

Rendons donc à César ce qui appartient à César et à Moreno ce qui lui appartient. Ceci étant dit j’ai montré que la métapsychologie freudienne était un instrument très riche pour essayer de théoriser le psychodrame et comprendre les effets qu’il est susceptible de produire. Cela ne rend pas nécessairement le psychodrame psychanalytique. Rien n’empêche d’ailleurs de chercher aussi d’autres appuis.

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2) Deuxième note d’introduction, qui nous rapproche de la question du singulier et du collectif : Ferenczi serait le précurseur du psychodrame. C’est Jean-Marc Dupeu, dans son livre “ L’intérêt du psychodrame analytique ”, qui nous propose cette idée. En effet, deux extraits des Œuvres Complètes nous mettent sur cette voie.

a) premier extrait : Le rôle du « par exemple » dans l’analyse (tome II) : Ferenczi sollicite du matériel, au-delà du récit de généralités en disant : “ par exemple ?”. Il insiste pour que le patient mette en scène l’idée énoncée en l’explicitant dans un souvenir, dans un exemple, dans une situation concrète. C’est manifestement pour dépasser l’obstacle d’une résistance qu’il utilise le procédé.

b) De façon encore plus précise, dans son article « Prolongements de la’ technique active ‘ en psychanalyse », en 1920, Ferenczi décrit des techniques de mise en scène, qu’il a utilisées dans certaines cures lorsque le mouvement d’associations libres semblait s’arrêter. Cette “ activité ” de l’analyste et du patient ne fait qu’expliciter que la psychanalyse a toujours été active et qu’elle le reste sous une apparence de passivité. Ici encore il s’agit de vaincre les résistances et de pallier aux difficultés du patient de se laisser aller aux associations vraiment libres

Dans une séance Ferenczi demande à la patiente, jeune musicienne qui craint le trac, de chanter cette chanson que sa sœur tyrannique lui chantait avec force gestes expressifs et non-équivoques. Ferenczi lui demande de jouer cette scène de la sœur, avec les mêmes gestes. (Remarquons le renversement de rôle, le psychanalyste étant dans la position de spectateur, rôle dans lequel la patiente se trouvait dans la scène d’origine). En fait, il lui demande de jouer ce qu’elle a vu, en se mettant dans une position d’actrice et non plus de spectatrice. C’est exactement ce que proposera Moreno. Mais qu’a-t-elle vu qu’elle ne peut pas dire ? Pour arriver à ce matériel refoulé Ferenczi lui fait répéter plusieurs fois la même scène, jusqu’à ce que disparaissent les signes qui montrent qu’elle joue maladroitement, jusqu’à ce que la scène corresponde plus exactement à son souvenir et à ses impressions.

“ Elle parut trouver du plaisir à ces exhibitions ”, dit Ferenczi. Il pense que cette scène l’a mise en contact avec son désir refoulé de plaire. Le travail d’associations libres pouvait, après cela continuer.

Ferenczi justifie sa technique de mise en scène en montrant que jouer une scène oblige à une dépense d’énergie telle, que cela mobilise, à son insu, des contenus psychiques refoulés. Il a indiqué dans l’exemple de la jeune chanteuse, que ce n’est pas non plus sans plaisir. Si on ajoute, comme il le fait dans ce texte, le facteur “ social ” (jouer en acte plutôt qu’en paroles devant le médecin, c’est en quelque sorte impliquer quelqu’un dans la remémoration, dans la reviviscence), on a tous les ingrédients par lesquels Freud a rendu compte du travail et de l’efficacité du mot d’esprit : surmonter une résistance, faire surgir le désir inconscient, utiliser une tierce personne, trouver du plaisir,… et, bien entendu, ne pas trop savoir ce qui s’est passé.

Ces exemples de Ferenczi permettent de poser la question du sujet dans l’analyse et dans le psychodrame : en quoi le sujet, qui associe librement dans la cure, est-il différent du sujet qui joue une scène en psychodrame avec des acteurs et des thérapeutes ?

Mais, poussons plus loin la question : qui est le sujet endormi ? le sujet ivre ? le sujet hypnotisé ? le sujet en foule ? le sujet névrosé ? le sujet en crise ? le sujet en amour ? le sujet en délire ?

C’est avec le psychodramatiste Serge Gaudé que je vais aborder et problématiser cette question dans le psychodrame, même s’il faudra faire un détour par Freud et Lacan pour approcher certaines dimensions du collectif.

Dans son livre “ De la représentation – L’exemple du psychodrame ”, au début du chapitre 5 : “ Discours de séance : thème et sujet ”, Serge Gaudé tente de comprendre comment les échanges langagiers entre les participants d’un groupe de psychodrame vont s’articuler de telle sorte qu’ils traduisent le travail d’un sujet à la recherche d’un sens par la parole. Si le psychodramatiste y met du sien, cette recherche peut devenir discours, discours de séance, pour autant qu’il y ait adresse à quelqu’un et que le questionnement fasse auditoire. Dans ces aléas de discours qui peuvent mener à un jeu, insiste Gaudé, et suite aux interventions du psychodramatiste, à la cantonnade, le participant comme sujet désirant, individu concret, se trouvera provisoirement mis entre parenthèses. C’est cette mise entre parenthèses qui m’intéresse.

Ce passage du livre de Gaudé indique à quel point le psychodrame opère un passage du singulier au collectif, ou, mieux, un passage du singulier par le collectif. C’est d’autant plus intéressant comme formulation qu’il me semble que cela était, à l’origine, l’intention même de Moreno. Mais ce passage Moreno le situait dans la mise en jeu, alors que Gaudé le situe dans la préparation au jeu par le groupe et le psychodramatiste dans l’élaboration d’un thème.

Le singulier et le collectif

Examinons cette question.

Présenter les choses comme cela m’oblige à préciser, provisoirement, ces deux dimensions : singulier et collectif.

Du côté du singulier je vise cette dimension du sujet de l’inconscient telle qu’elle s’est mise en place chez Freud progressivement, et que Lacan à développée. C’est en cela que la psychanalyse, dans la cure, fonde une éthique : l’enjeu majeur de la cure c’est de devenir sujet de son désir ; cette question est particulièrement aiguë dans les névroses.

Où est le sujet de l’inconscient dans l’irrationalité des symptômes ? Qui est-il ? En quoi le sujet est-il engagé dans la répétition symptomatique dont il se dit en même temps insatisfait ? En quoi est-il engagé dans une demande de jeu en psychodrame, dans une adresse au groupe ou au psychodramatiste ? Freud nous l’a montré, il y est question du sujet archaïque, tel qu’il s’est mis en place dans l’histoire psychique, elle-même contingente des conditions sociales et familiales. Cette perspective psychanalytique fonde une psychologie clinique, qui ne s’intéresse dans la parole qu’à ce qui est singulier, unique.

Mais en même temps elle indique en quoi la question du sujet est articulée au collectif familial, au collectif culturel, au collectif social, c’est-à-dire aussi au collectif en tant qu’il est toujours déjà universel et commun aux êtres de langage que nous sommes. Au collectif en tant qu’il est le lot, le destin, de notre structure commune d’être parlant.

C’est par une lecture parallèle de deux textes fondateurs, « Totem et tabou » et le « Discours de Rome » que je compte faire apparaître ce rapport du singulier et du collectif au fondement d’une éthique psychanalytique.

Il y a des questions auxquelles nous ne pouvons échapper, les tragiques grecs nous l’avaient déjà clairement indiqué. L’époque où Freud cherche le fondement de la structure du sujet, sur lequel vient buter toute entreprise psychothérapeutique, c’est l’époque de Totem et Tabou. Lacan ne l’a pas ratée puisque c’est à partir de là qu’il va tenter de comprendre pourquoi le pacte humain semble déraper dans la psychose. Pour Freud de Totem et tabou la structure humaine dont nous héritons commence mythiquement par une sorte de collectif : c’est celui de la horde primitive, soumise au pouvoir d’Un seul, le tyran. Mais ce premier collectif mythique, dont nous ne cesserons de rêver par nostalgie pense Freud, alimenté par la solidarité et la haine, laissera bientôt la place à un autre : le collectif du pacte qui lie symboliquement les frères entre eux et au Père, désormais sacralisé.

Traduisons : nous sommes unis par le langage que nous avons en partage, qui nous permet de traverser nos différences et de nous donner quelque chose en commun ; mais le langage ne nous appartient pas, ni individuellement, ni collectivement ; c’est, par définition, le lieu de l’Autre, le lieu du symbolique commun qui nous échappe, mais où nous avons à chercher une place de sujet singulier.

LACAN reprendra à sa manière les considérations freudiennes de « Totem et tabou ». Lorsqu’il promeut l’ordre du langage ce n’est pas tant celui de la désignation du réel par l’entremise des mots, c’est celui de la signification du sujet. Dans le Discours de Rome et dans le Séminaire I, la parole est ce par quoi nous sommes parlés avant de pouvoir le savoir, et sans pouvoir le savoir. Le langage, pour lui, est un espace de production des sujets ; les sujets sont des effets de parole.

Il n’y a donc pas un commencement du langage, il y a un commencement de la structure qui est aussi le commencement de l’homme lui-même. LACAN est en continuité directe avec le texte de FREUD : le commencement de l’homme est pensable à la limite opaque du biologique et du signifiant, là où le corps sexué se met à parler. C’est la prolongation du mythe freudien de Totem et tabou. Le mot neuf que le Discours de Rome fait surgir c’est le mot Loi.

D’abord LACAN repense ce que FREUD avait noté comme le premier mouvement de la cure : la remémoration. Ici commence la réalisation de la parole pleine. Le sujet raconte l’événement. LACAN dit : il le verbalise, il le fait passer dans le verbe, « ou plus précisément dans l’épos où il rapporte à l’heure présente les origines de sa personne ».

Le drame ainsi rejoué dans le même mouvement, et l’histoire du sujet en train de se récapituler, constituent le sujet comme étant celui qui a ainsi été. « C’est l’effet d’une parole pleine de réordonner les contingences passées en leur donnant le sens des nécessités à venir, telles que les constitue le peu de liberté par où le sujet les fait présentes »

Par là le sujet effectue l’assomption de son histoire en tant qu’elle est constituée par la parole adressée à l’autre.

LACAN redéfinit ainsi l’inconscient, à partir de son analyse de la situation d’intersubjectivité de la cure :

« L’inconscient est cette partie du discours concret en tant que transindividuel qui fait défaut à la disposition du sujet pour rétablir la continuité de son discours conscient », ou encore : « L’inconscient est ce chapitre de mon histoire qui est marqué par un blanc ou occupé par un mensonge : c’est le chapitre censuré. Mais la vérité peut-être retrouvée ; le plus souvent déjà elle est écrite ailleurs »

Lacan évoque ici le corps marqué, les souvenirs d’enfance, le langage propre, le style, le caractère, les traditions et les légendes de la culture à laquelle on appartient, etc., l’histoire repensée ne prenant son sens qu’à être entendue par quelqu’un dont la subjectivité n’est pas fondamentalement différente de celle de l’analysant.

Il fait ici référence à la notion de symbolisme analytique dont FREUD nous a donné un aperçu remarquable dans ses « Leçons d’introduction de la psychanalyse » (FREUD, 1965).

J’ai remarqué que ces pages de Freud préfigurent la lecture spécifiquement lacanienne de la parole et de la symbolisation.

Voici quelques phrases de ce texte :

“ Le symbolisme constitue peut-être le chapitre le plus remarquable de la théorie des rêves, dit Freud … (Les symboles) nous permettent, dans certaines circonstances, d’interpréter un rêve sans interroger le rêveur qui d’ailleurs ne saurait rien ajouter au symbole…Le symbolisme n’est pas une caractéristique propre au rêve…Le rapport symbolique est une comparaison d’un genre tout particulier et dont les raisons nous échappent. Les objets qui trouvent dans le rêve une représentation symbolique sont peu nombreux. Le corps humain, dans son ensemble, les parents, les enfants, frères, sœurs, la naissance, mort, la nudité…Comment pouvons-nous connaître la signification des symboles des rêves, alors que le rêveur lui-même ne nous fournit à leur sujet aucun renseignement ou que des renseignements tout à fait insuffisants ? Je réponds : cette connaissance nous vient de diverses sources, des contes et des mythes, de farces et facéties, du folklore, c’est-à-dire de l’étude des mœurs, usages, proverbes et chants de différents peuples, du langage poétique et du langage commun… Je n’affirme pas que le rêveur sache tout cela, mais j’estime aussi qu’il n’a pas besoin de le savoir…Le rêveur a à sa disposition le mode d’expression symbolique qu’il ne connaît ni ne reconnaît à l’état de veille…Les rapports symboliques n’appartiennent pas en propre au rêveur…On a l’impression d’être en présence d’un mode d’expression ancien, mais disparu. ”.(FREUD, 1965)

Je suis étonné de n’avoir trouvé aucune référence à ce texte chez LACAN, alors que la théorie du signifiant est ici en émergence.

Ainsi, LACAN s’avance vers une redéfinition du sujet, tel que l’expérience psychanalytique nous le fait entendre, définition qui précise du même coup le champ de la cure et de la discipline. Ce sujet va bien au-delà de ce que l’individu éprouve subjectivement. Il va jusqu’à la vérité de son histoire. LACAN ira encore plus loin, puisqu’il envisage la préhistoire de tout sujet humain, c’est-à-dire ce qui, dans sa structure, le fait parler de lui à un autre. Son propos est tout à fait dans le fil anthropologique du texte de FREUD .

FREUD ne découvre-t-il pas dans ce texte que la psychanalyse met en jeu non seulement la parole de l’un et l’écoute de l’autre, mais aussi ce qui détermine l’un et l’autre dans l’interlocution, et qui renvoie chacun, parlant et écoutant, à ce qu’ils sont sans le savoir par rapport à un pacte fondateur et à l’idéalisation d’un antécédent premier ? « Symbole et langage comme structure et limite du champ psychanalytique » dira LACAN dans son deuxième chapitre. C’est là qu’il va nous mener et y articuler la question de la Loi.

Le premier objet du désir de l’homme est d’être reconnu par l’autre. Le désir inclut toujours le rapport à l’autre. LACAN nous l’indique dans l’œuvre freudienne même : le rêve, l’acte manqué, le mot d’esprit, le symptôme. De la même façon que FREUD, LACAN va sauter de l’expérience de la cure et du nœud œdipien à la loi universelle de la communication.

FREUD, quant à lui, tente de fonder l’universalité de l’Œdipe et construit un mythe fondateur qui définit la structure spécifique de l’humanité, au-delà de toute donnée individuelle; le collectif commun au-delà du singulier.

LACAN, s’appuyant sur les découvertes linguistiques et anthropologiques de son époque (SAUSSURE, MAUSS, LEVI-STRAUSS), identifie l’interdit sexuel, fondateur du désir, à la loi du langage et de la parenté.

La Loi primordiale est celle qui règle l’alliance (on pourrait dire : le commun destin de solidarité et d’échange, au-delà de nos singularités), et nous fait passer de la nature à la culture permettant la communication. Il identifie la fonction symbolique repérée par les anthropologues et les linguistes à l’ordre signifiant tel qu’il est en jeu dans la parole dans la cure, en tant que cette fonction symbolique de la parole est en même temps une expérience de subjectivation, c’est-à-dire le fait que pour un humain, être sujet c’est un problème en soi.

Nul n’est censé ignorer la loi. Lacan applique les lois du langage au rapport humain : un élément quelconque d’une langue, un verbe par exemple, se distingue et se conjugue en référence à l’ensemble supposé constitué des éléments de la langue des usagers ; analogiquement, LACAN établit que notre existence individuelle de sujet parlant, de personne, renvoie automatiquement, comme dans le langage, à l’ensemble des distinctions et des combinaisons définies antérieurement à sa liaison possible à toute expérience particulière de sujet.

« Car la découverte de FREUD est celle du champ des incidences, en la nature de l’homme, de ses relations à l’ordre symbolique, et la remontée de leur sens jusqu’aux instances les plus radicales de la symbolisation dans l’être ” ( FCPL, p 154).

S’adresser à quelqu’un c’est d’emblée faire implicitement référence, en acte, à cette Loi qui structure l’échange entre les hommes et au pacte qui les lie symboliquement comme semblables et différents, distinguables et combinables arbitrairement, selon un ordre qui n’est pas de leur ressort.

Dans le texte de FREUD sur le symbolisme, écrit après Totem et tabou, les phrases “ Les rapports symboliques n’appartiennent pas en propre au rêveur ” ou “…dont les raisons nous échappent… qu’il n’a pas besoin de le savoir ” découvrent cet univers symbolique qui nous détermine dans l’être, c’est-à-dire dans la mise en rapport avec d’autres êtres humains.

Les humains sont définitivement libérés des rapports immédiats de l’un à l’autre, et ne peuvent communiquer qu’en référence implicite à cette Loi, qui est dans le même mouvement loi de séparation des êtres, de leurs distinctions, et de leurs rapprochements, de leur communication. En m’adressant à quelqu’un comme mon semblable, je fais implicitement référence au tiers symbolique qui nous permet de nous distinguer et de nous reconnaître comme égaux autrement que comme une illusion. Ma présence en acte de parole adressée à quelqu’un fait implicitement référence à l’absence qui me constitue dans cet ordre symbolique.

L’homme parle donc, mais c’est parce que le symbole l’a fait homme. De même dans une institution, dans toute institution humaine, et la cure en est une, chacun étant mis à une place définie dans l’ordre symbolique, échangeant des services, des rôles, des gestes ou des paroles, ne peut s’adresser à un autre qu’en dépassant singulièrement dans l’acte les déterminations qui lui échappent, aussi bien dans l’axe synchronique (les rôles) que dans l’axe diachronique (l’histoire), dans l’axe individuel comme dans l’axe concomitant du collectif.

« Disons seulement que c’est là ce qui objecte pour nous à toute référence à la totalité dans l’individu, puisque le sujet y introduit la division, aussi bien que dans le collectif qui en est l’équivalent. La psychanalyse est proprement ce qui renvoie l’un et l’autre à leur position de mirage. » (FCPL p 175)

LACAN accentuera l’axe diachronique, et c’est en cela qu’il est bien dans le prolongement de Totem et tabou, en insistant essentiellement sur la question de la filiation. La Loi primordiale règle l’alliance et la généalogie, et s’avère pour le groupe impérative en ses formes, mais inconsciente en sa structure, comme le langage. Cette Loi se fait donc suffisamment connaître comme identique à un ordre de langage, donnant à l’homme la possibilité d’exister singulièrement à travers cette détermination symbolique.

Cependant LACAN redéfinit l’Œdipe à sa façon. Si pour FREUD, on l’a vu, le mythe-récit implique d’abord un acte alimenté par les forces pulsionnelles (au commencement était l’acte), pour LACAN la prééminence et l’antériorité de l’ordre symbolique ne fait pas de doute (au commencement était le verbe). Et cet ordre symbolique n’est pas seulement porteur de l’interdit œdipien, il implique l’exigence d’échanges. LACAN radicalise la coupure faite par FREUD entre nature et culture et le meurtre, lié au désir œdipien, devient aussi le vide de l’être dans la référence du sujet à l’ordre symbolique.

En quoi les développements de LACAN concernant la Loi nous intéressent-ils dans la cure ? En quoi cela nous intéresse aussi dans le psychodrame ?

Précisément dans la mesure où la Loi règle le fait même de parler à quelqu’un et particulièrement lorsqu’il vient nous parler de son désir. Ce désir lui-même, pour être satisfait, exige d’être reconnu, par l’accord de la parole ou par la lutte de prestige dans le symbole ou dans l’imaginaire.

« Les symboles enveloppent en effet la vie de l’homme d’un réseau si total qu’ils conjoignent avant qu’il vienne au monde ceux qui vont l’engendrer “ par l’os et par la chair ”, qu’ils apportent à sa naissance avec les dons des astres, sinon avec les dons des fées, le dessin de sa destinée, qu’ils donnent les mots qui le feront fidèle ou renégat, la loi des actes qui le suivront jusque là même où il n’est pas encore et au-delà de sa mort même, et que par eux sa fin trouve son sens dans le jugement dernier ou le verbe absout son être ou le condamne, – sauf à atteindre à la réalisation subjective de l’être-pour-la-mort. » (FCPL p 158)

C’est là l’enjeu de la psychanalyse et notre voie est l’expérience intersubjective où ce désir se fait reconnaître.

Dans le psychodrame

Dans une séance, des gens se mettent à parler. Qui parle et à qui s’adressent-ils ?

Quelle est l’allure de ces discours particuliers créés par le dispositif d’une séance de psychodrame ?

On ne dit pas n’importe quoi. Sans doute, d’une part, le contexte impose une ou l’autre orientation de ces paroles adressées. D’abord, on est là pour parler de ce qui ne va pas chez soi et qui pourrait déboucher dans un jeu. Le malaise et le jeu sont deux déterminants de la parole Ensuite, les paroles s’adressent autant à l’animateur de séance, voire aux co-animateurs, s’il y en a, qu’au groupe à l’écoute. Au père, p.è.r.e et aux pairs, p.a.i.r.s.

On sait que l’animateur ne parlera pas de ce qui ne va pas chez lui et qu’il est là pour recueillir les paroles des participants et leurs effets. (il représente, il présentifie, le Un d’exception, nécessaire pour qu’une certaine parole et une certaine écoute soient possibles).

On sait que les autres sont là pour parler à leur tour et donner écho à ce qu’on dit.

Ce qu’un participant dit est donc fonction de ces buts et de ces adresses :

– le malaise en lui qui doit se transformer,

– le jeu à venir qui doit éclaircir quelque chose,

– l’animateur qui recueille et fait écho d’une certaine façon

– et le groupe qui écoute, donne écho, interprète déjà et relance.

On est dans une structure langagière particulière. Mais ce qui donne à ce discours en formation sa fonction langagière c’est le fait que tous ces éléments se réfèrent à la place de l’Autre, le lieu où le discours humain peut être entendu, le lieu où le sujet qui parle ici et maintenant peut trouver du sens à ses paroles, au-delà des souffrances, des répétitions et des malentendus.

Si chacun, qui se risque à la parole en groupe, hésite toujours avant de parler, c’est qu’il sait que ce qu’il dit peut l’amener à un jeu, là où il sera moins maître de ce qui se passe.

Mais ce risque qu’il appréhende, il le souhaite aussi, puisqu’il espère que c’est là que s’éclairciront ses énigmes, que c’est là qu’il pourra prendre place comme sujet de son dire.

Dans la mesure où le psychodramatiste ne s’engage pas dans l’échange de paroles, comme dans la vie quand nous nous parlons, dans la mesure où il est attendu que chacun des participants parlera de son malaise en écho, le participant qui parle, sait aussi que la structure langagière qui lui permet de parler et de s’adresser à quelqu’un implique qu’il ne sait pas exactement ce qu’il dit ; il sait que ses paroles (ses signifiants) en disent plus qu’il ne sait, et que les avatars de son dire peut amener des surprises. Il sait que la place qu’il occupe dans sa parole est en partie du semblant, qu’en quelque sorte il est dupe de son propre discours, du fait que le langage ne lui appartient pas. Il y prend place, dans le langage, mais sa place est déterminée ailleurs ; il y a comme une sorte d’usurpation de place.

Contrairement à un dispositif de réunion en groupe, ce dispositif implique que chaque personne est dans une structure d’expression interprétative : n’importe qui peut entendre autre chose que ce qu’elle croit dire, les membres du groupe et l’animateur. Il ne s’agit donc pas seulement d’être compris, entendu, mais aussi d’être interprété. La surprise est toujours possible qui révèlera une part cachée du sujet. C’est donc aussi le sujet qui est à advenir.

Si un autre participant réagit à ce que dit le premier c’est à la fois pour soutenir et amplifier ce que dit celui-ci, et dans ce sens il se sent éventuellement déjà entendu, mais c’est souvent aussi pour y mettre du sien, y aller lui-même dans la recherche d’un sens à sa parole.

La question qui se pose au psychodramatiste est alors de voir en quoi ce que dit le second est dans un certain rapport avec ce que dit le premier. Est-ce que le dire du premier est déployé de quelque manière par un élément, un signifiant du dire du second ; y a t il déjà interprétation du dire du premier ? Si c’est clair pour tout le monde, il suffit de le souligner ; si ce n’est pas clair on peut chercher à le faire préciser.

Cette ponctuation du psychodramatiste est essentielle, parce qu’elle permet que se tisse progressivement un thème, qui n’est plus le thème du premier, mais qui commence par être le thème de quelques uns. Ce n’est pas le thème du groupe, mais seulement de quelques uns.

Il suffit de quelques uns pour que le thème passe du singulier au collectif.

Du même coup, le premier qui a parlé est en quelque sorte dessaisi de l’aspect singulier de sa demande. Sa demande est devenue l’affaire de quelques uns. Le psychodramatiste a besoin de ce « quelques-uns » pour pouvoir jouer. Il faut que quelques uns soient pris, d’une manière ou d’une autre, dans le discours qui est en train de se créer. Sinon les acteurs ne pourront pas être crédibles.

Si le psychodramatiste n’intervenait pas, on risquerait d’aller d’un dire à l’autre, et c’est celui qui y apporterait le plus de poids, le plus d’émotion éventuellement, qui l’emporterait. Après, cela se créerait des alliances, des conflits, des compétitions, voire des rejets selon le jeu des identifications. Comme dans la vie.

Pour terminer, j’en reviens à Serge Gaudé.

Il insiste pour comprendre ce moment de passage dans la séance psychodramatique : c’est l’écoute du psychodramatiste et ses interventions particulières, à la cantonade dira-t-il, qui seront le déterminant essentiel pour faire passer la plainte ou la demande d’une personne à un collectif de thème qui s’élabore, à un discours de séance. Ce discours de séance est déjà un collectif qui devient susceptible de déboucher dans un jeu.

C’est dans ce jeu, dans lequel tout le monde est dorénavant impliqué, d’une manière ou d’aune autre, ne fut-ce que comme spectateur, qu’une personne, que Moreno appelle « le protagoniste », tentera d’en venir au moment de vérité de sa singularité propre.

Le meneur de jeu et les antagonistes, les autres acteurs, les Moi auxiliaires dit Moreno, doivent eux tenter de maintenir ce dispositif collectif de départ qui donne accès à une vérité singulière. Ce sera éventuellement à l’observateur de séance de souligner en quoi quelque chose a été atteint, a été traversé, a été évoqué, de la vérité d’un sujet. Une tradition veut que ces observations se fassent sur un mode impersonnel.

On ne sait pas prévoir à l’avance les effets d’un jeu. Le protagoniste est, dans une certaine mesure, dans la même galère que le meneur de jeu. Cela Moreno l’avait bien compris. On voit cela très bien dans les groupes didactiques où les participants apprennent à mener une séance, éventuellement après avoir été eux-mêmes protagonistes. Il y a aussi des risques à animer.

Le protagoniste lui, risque d’être démasqué, d’être surpris, d’être déçu, d’être abasourdi, d’être étonné, de ne pas être apaisé.

C’est pourquoi, pour convaincre que l’usurpation n’est pas absolue, qu’il y s’agit quand même de lui, le protagoniste peut y mettre les émotions nécessaires qui en disent plus que la parole. Quand les mots manquent, l’émotion prend la place ; le problème c’est qu’elle n’est que partageable ; elle ne donne pas une place comme l’énonciation de soi-même en donne une.

Compte tenu des risques qu’on prend dans un jeu, la scansion de la fin de séance permet de faire rupture provisoire avec ce dans quoi on s’était engagé, pour repartir, à la séance suivante, sans savoir qui parlera en premier.

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Psychothérapie en groupe

Le Psychodrame : On est pas seul avec son problème et on change plus facilement à plusieurs !

Un groupe d’expression et de parole, pour toute personne éprouvant des difficultés dans sa vie, surtout quand dire les choses semble impossible, quand nous sommes débordés par nos émotions ou coupés d’elles, quand notre histoire est marquée par un blanc,..La mise en scène, la représentation et l’écoute vont redonner du sens, permettre une nouvelle rencontre avec soi-même et avec l’autre par la représentation scénique, la médiation, de redonner vie, de parler sans les mots parfois et surtout après coup sans les maux

En psychodrame il s’agit de rendre vivante et présente une situation problématique du passé, du présent ou du futur et de la travailler, pour tenter de la résoudre, en la rejouant en interaction et en utilisant diverses techniques.     

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  Pourquoi un groupe ? Un groupe psychothérapeutique pour permettre :

• De se (re)prendre en main, prendre rendez-vous avec soi,
• Un travail sur soi et/ou de formation-supervision,
• D’aborder, d’explorer certaines difficultés de la vie, relationnelles, dans son cycle de vie, des questions familiales, conjugales, pédagogiques, alimentaires, éducatives, sociales, professionnelles ou thérapeutiques.

Un groupe de psychodrame est ouvert à toute personne qui s’interroge sur les difficultés qu’elle rencontre (choix, ruptures, deuils, sentiment d’être en porte à faux avec son entourage,…), et est prête à les explorer en les jouant. Autant des situations traumatiques que des difficultés de la vie quotidienne peuvent être abordées. Le psychodrame permet également de (mieux) percevoir la place occupée dans les relations amoureuses, familiales, professionnelles,…

Le groupe et la mise en scène permettent d’aller plus directement au cœur des problèmes, en étant soutenu par le groupe, qui est en même temps confrontant. La réflexion et le partage à propos du jeu relancent les questions plus loin et permettent de les approfondir. Le groupe, le jeu et ses règles, les échanges de paroles avant et après le jeu, permettent d’éclairer, d’explorer et d’entamer des changements, de trouver une réponse nouvelle à une ancienne situation ou une réponse adéquate à une situation nouvelle.

Tout psychodrame comporte trois étapes :
– la mise en train (« warm-up »)
– la mise en scène (« enactment »)
– le partage (« sharing »).

Le groupe peut partager le poids de la vérité émotionnelle. On n’est pas seul. La forme même de ce partage peut – d’une manière différente pour chaque personne – être libératrice. Les instruments fondamentaux mis en œuvre dans la méthode psychodramatique sont les suivants :
• un ou 2 psychothérapeute(s)
• le groupe
• un protagoniste
• des moi-auxiliaires
• une scène.
                              …………………..  Et le respect des règles de fonctionnement…………..

La représentation « théâtrale » des difficultés de la vie affective et personnelle en groupe convient particulièrement bien aux personnes qui ne sont pas désireuses, en tout cas dans l’immédiat, de s’engager dans une psychothérapie individuelle en profondeur, mais qui souhaitent clarifier ou approfondir certaines difficultés de leur vie. Elle convient aussi pour former des professionnels à la relation d’aide, à l’animation de groupes de parole, à l’exploration en groupe de questions familiales, pédagogiques, éducatives, sociales ou thérapeutiques.
Le groupe et la mise en scène permettent d’aller plus directement au cœur des problèmes, en étant soutenu par le groupe, qui est en même temps confrontant. La réflexion et le partage à propos du jeu relancent les questions plus loin et permettent de les approfondir. Le psychodrame thérapeutique en groupe (parfois mené en parallèle avec un travail individuel) offre plusieurs avantages. Il s’indique particulièrement pour ceux qui ont le sentiment de « patiner » depuis longtemps dans une thérapie individuelle, ceux qui rencontrent des difficultés de mentalisation, de représentation et de verbalisation de leur problématique, et/ou qui éprouvent des difficultés relationnelles dans les groupes. Le groupe de psychodrame est ouvert à toute personne qui s’interroge sur les difficultés qu’elle rencontre (choix, ruptures, deuils, sentiment d’être en porte à faux avec son entourage,…), et est prête à les explorer en les jouant. Autant des situations traumatiques que des difficultés de la vie quotidienne peuvent être abordées. Le psychodrame permet également de percevoir la place occupée dans les relations amoureuses, familiales, professionnelles,…Le groupe, le jeu et ses règles, les échanges de paroles avant et après le jeu, permettent d’éclairer, d’explorer et d’entamer des changements. L’écho des participants ainsi que les interventions des animateurs soutiennent et favorisent des visions nouvelles.Le psychodrame est indiqué pour les personnes qui ont un défaut d’introjection (défaut d’affirmation) ou en débordement (dont le moi est débordé, incapable de contenance). Il permet une reprise en main de soi ainsi qu’une réinsertion dans le socius. Il va permettre de passer du singulier au collectif, grâce à la Projection (P-) (cf. Szondi). A la lumière de notre longue expérience nous pouvons affirmer, ce jour, que le psychodrame aurait également, de par son dispositif, une fonction antipsychotique ! Le psychodrame est contre-indiqué pour les personnes présentant une structure perverse et psychopathique.

Un livret sur le psychodrame vient d’être édité (aller sur : http://www.psychotherapie-psychodrame.be/) pour le consulter et/ou le télécharger. Ce livret fait le point sur le psychodrame en Belgique.
Il est coédité par l’Association belge de psychodrame (ABP), le Centre d’Etudes de la Relation Psychothérapeutique (CERP), le Centre pour la Formation et l’intervention psychosociologique (CFIP), le Service de Santé Mentale à l’U.L.B et reprend différents constituants :
• Le psychodrame thérapeutique en groupe, les règles en psychodrame en groupe, le psychodrame thérapeutique individuel, le psychodrame pour enfants, pour adolescents, pour couple, à l’attention d’alcooliques, pour personnes handicapées, le psychodrame en institution.
• Les ateliers à thème : le transgénérationnel, le génogramme paysager, l’histoire familiale dans son rapport à l’argent, la photothérapie, le deuil.
• La formation par le psychodrame : la supervision par le psychodrame, La supervision par jeu de rôle, Le psychodrame Balint.
• Les méthodes Cousines : le jeu de rôle, le sociodrame, le théâtre de l’opprimé, le théâtre forum, l’arc-en-ciel du désir ou les techniques Introspectives, le Playback théâtre.
• Se former au psychodrame : participer à un groupe de psychodrame thérapeutique, participer à un groupe de psychodrame didactique, participer à d’autres groupes, participer à des séminaires, effectuer un stage, mettre en place un groupe sous supervision.

Les règles de fonctionnement en groupe et les recommandations

Le groupe thérapeutique a lieu 2 fois/mois les mercredi de 20h à 21h45 à des dates précises: :  Les dates seront déterminées en août à partir de septembre à décembre 2019. Ces séances forment un tout indissociable. Un engagement est demandé pour l’ensemble des séances (35€/séance). Inscription par ordre de priorité. Un entretien individuel sur rendez-vous est préalable au groupe (35€). Prendre rendez-vous à partir du 10/8. Le groupe démarrera en septembre en fonction du nombre de participants inscrits fermement à l’ensemble de la session (de septembre à décembre) Ce groupe reste ouvert.

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le psychodrame du sphinx

Le Psychodrame du  Sphinx par Pierre Weill[1]

Introduction :

Moreno, le fondateur du mouvement psychodramatique, affirme s’être inspiré entre autres de thèmes mythologiques et de coutumes de peuples de l’antiquité. On pourrait citer notamment, comme il l’a fait lui-même dans ses écrits, l’inversion de rôle tirée de la méthode socratique, la boutique magique du père Noël, la technique du miroir extraite de Hamlet et le double, issu de Dostoïevski. Moreno nous dit qu’il s’est limité à découvrir les idées et à les adapter aux objectifs thérapeutiques. Le Sphinx est en réalité un symbole de la structure évolutive et psychosomatique de l’homme.  Le sphinx comme symbole signifierait l’homme à la recherche de sa propre énigme. Il existe en effet, dans certaines publications d’ordre ésotérique, une tradition selon laquelle les animaux qui composent le Sphinx représentent des parties inter liées de l’homme, et en même temps son devenir humain à partir de son origine animale :

– Le Bœuf représente notre vie instinctive, végétative, sensuelle.

– Le Lion symbolise notre vie émotive, le courage, le sentiment, l’affectivité.

– L’Aigle signifie l’intelligence, l’acuité, le pouvoir d’imposer des lois, la raison.

– Le Serpent de l’Uranus frontal symbolise l’énergie cosmique, la puissance Kundalmique du Yoga.

– L’homme c’est en même temps l’ensemble, l’unité, et l’être conscient qui peut diriger cette énergie et la sublimer volontairement, dans un but autrefois initiatique de révélation et d’illumination cosmique. Les principes d’unité micro et macrocosmique, de bipolarité dialectique, de structure tertiaire et du symbole quaternaire qui se rencontrent dans les principales traditions ésotériques de 1’antiquité (Brahmanisme, Égypte, Bouddhisme, Yoga, Zen, Kabbale juive et chrétienne, rose-croix, francs-maçons) et systèmes philosophiques sont encore vivants et font partie des préoccupations des structuralistes modernes. Les différences entre les Sphinx quant à leur nombre d’éléments sont probablement le reflet de la mise en relief d’un ou plusieurs de ces principes. Le modèle freudien de Libido (serpent), Surmoi (Aigle), ça (Bœuf-Lion), de l’Inconscient (Animaux) et Conscient (Homme) se retrouvent également dans le Sphinx.

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La métaphore de la voiture-carrosse chez P.Weil et L.Szondi :

« Il y a une tradition orientale qui compare l’organisme humain à un véhicule, ou plus précisément à un carrosse. La voiture est tirée par un cheval et dirigée par un cocher. Ces trois éléments permettent au véhicule d’avancer. »[2] :

  • Le cocher est le principe directeur de cet ensemble. C’est lui qui commande et gouverne. C’est la tête. Cocher = tête= aigle. Le véhicule en est le principe en mouvement, qui suppose la charge. C’est le corps. Véhicule = corps=bœuf.
  • Le cheval en est le principe moteur. C’est l’intermédiaire entre le cocher et la voiture. C’est la vie. Cheval = vie = lion. C’est aussi le lien entre la matière et la volonté (c’est le « cœur » de la voiture).
  • Le cocher est l’aigle, le cheval est le lion et la voiture correspond au bœuf.

Szondi, pour y faire référence, dans sa théorie du champ pulsionnel, identifie les démons humains à huit pulsions. « L’originalité de cette pensée est de proclamer que la psyché peut être comparée à un attelage tiré par huit chevaux et que chaque possibilité de folie peut être caractérisée par un cheval fou, mais qu’il n’y a que huit possibilités au total. Ce schéma pulsionnel (sans doute réducteur pour certains) permet de coupler les chevaux et de les conjuguer en hystérie et épilepsie, paranoïa et catatonie, manie et dépression, … »[3].

Le psychodrame du Sphinx

Parmi les techniques psychodramatiques, il existe celle du doublage multiple dans laquelle un ego auxiliaire entre en rapport avec un autre ego auxiliaire, chacun d’eux représentant, derrière le dos du protagoniste, un de ses rôles en conflit: par exemple l’ami et le chef, le professionnel et l’être humain, l’amant et le mari. Le psychodrame du Sphinx est en grande partie une adaptation du doublage multiple; deux ou trois auxiliaires représentant, en doublage, respectivement l’aigle, le bœuf et le lion.

Les objectifs du psychodrame du Sphinx sont les suivants:

  • Renforcer le Moi du protagoniste et l’aider à prendre des décisions au sujet de ses conflits de rôle, ainsi que de distinguer ce qui est décision personnelle et ce qui est conditionnement aliénant.
  • Permettre l’apprentissage de l’usage de l’énergie et de son utilisation consciente aux différents niveaux du Sphinx, ainsi que de la possibilité de sublimation volontaire et consciente.
  • Donner au protagoniste la notion de son unité psychosomatique ainsi que des rôles et grandes instances psychiques qui règlent son
  • Donner au protagoniste au groupe une meilleure autoconnaissance, grâce à la prise de conscience du conflit fréquent entre le bœuf, l’aigle et le lion, entre les rôles psychosomatiques et les rôles sociaux entre le Ça et le Surmoi.
  • Permettre une prise de conscience des alternatives suivantes pour le protagoniste et le groupe: être dominé par ses conditionnements et les conserves culturelles ; les accepter et vivre en paix avec eux ; se déconditionner et changer de voies.
  • Favoriser une prise de conscience de l’introjection des comportements parentaux, des rôles appris et de leur origine familiale.
  • Permettre une catharsis de sentiments réprimés.

Description de la méthode :

« L’usage de la méthode telle que nous la décrivons est susceptible d’adaptation dans le « hic et nunc », comme c’est le cas de toute technique de psychodrame. Son usage se fait en obéissant aux principales phases décrites par J.L. et Zerka Moreno. Il convient néanmoins d’avoir présent a l’esprit les objectifs que nous venons de décrire, ainsi que la symbologie du Sphinx et de ses origines, tels que nos la décrivons dans un livre sous presse. On part en général d’actes automatiques simples qui constituent certains problèmes, par exemple se brosser les dents, se lever tôt le matin, prendre une douche ou se laver, écrire une lettre, fumer, etc. Le thème est choisi par un protagoniste du groupe, soit parce que l’on en a parlé incidemment, soit parce que le psychodrame est proposé par le directeur. On explique au protagoniste ce que c’est que la Sphinx, que chacun de nous a un Sphinx en lui et on explique le symbolisme des différentes parties du Sphinx. Pour simplifier, nous présentons en général deux des animaux: l’Aigle et le Bœuf. On présente les ego- auxiliaire au protagoniste. L’Aigle monte sur une échelle ou une chaise et pose les mains sur les épaules du protagoniste, en exerçant une certaine pression pour symboliser physiquement les pressions sociales des rôles sociaux ou du Surmoi. De temps en temps il prend la pose d’un aigle avec ses ailes. Le Bœuf s’assoit sur une chaise et entoure de ses bras les reins du protagoniste. Celui-ci se tient debout. Si l’on emploie aussi un ego auxiliaire comme Lion, celui-ci entoure le protagoniste de ses bras au niveau du thorax. On demande alors au protagoniste de se mettre dans la situation temporelle et spatiale et à commencer son acte automatique: se brosser les dents par exemple. On lui demande aussi de commencer un soliloque. Pendant le soliloque, les doubles commencent à parler. Ils disent ce que probablement le protagoniste ressent, mais n’explicite pas assez, par exemple:

  • Bœuf: Je n’aime pas ça, me brosser les dents. Je préférerais être en train de dormir encore.
  • Aigle: Il faut que tu te brosses les dents. Une personne bien élevée et propre se brosse les dents tous les jours. C’est bien de se brosser les dents. Tu es une personne civilisée qui doit se brosser les dents tous les jours, matin, midi et le soir.

Au moment opportun, quand l’aigle parle, le Directeur demande « qu’est-ce que ça te rappelle, qui est-ce qui parlait comme ça? » Dans tous les cas que nous avons traités, le protagoniste indiquait une autorité: le père, la mère ou un substitut. Suivant le contrat avec le groupe et les objectifs tracés, on peut alors aller en profondeur et reconstituer les événements importants qui ont présidé à la formation du comportement. En moins de cinq minutes on dépasse la frontière de cinq ans, si difficile à franchir en psychanalyse classique et on rencontre les premiers stimuli, renforcements positifs ou négatifs, qui ont modelé le comportement opérant. Après la représentation on revient à la position initiale du protagoniste et de ses doubles et on résume la scène initiale. Le Directeur demande alors au protagoniste: « Qui est en réalité ton Aigle? » – «  C’est Papa, ou Maman, ou les deux » est la réponse que l’on obtient en général. « Alors tu as Papa et Maman en toi, n’est-ce pas? » Tel est le dialogue qui peut s’ébaucher, et qui permet au protagoniste de conscientiser et conceptualiser son vécu. En plus de cette prise de conscience de ses conditionnements ou introjections, il est important de poser la question au protagoniste « et maintenant que penses-tu faire? Comment te sens-tu en relation de tout ce qui a été vécu ? » C’est la phase de décision personnelle et de renforcement du Moi. »[4] Le modèle du Sphinx rappelle beaucoup le modèle psychanalytique : nous avons d’un côté notre vie instinctive : le ça et de l’autre côté notre sur-moi, produit de l’introjection des valeurs parentales et sociales. Le sur-moi est généralement rigide. Voici un exemple simplifié d’une situation concrète :

Dialogue du « ça » : « je n’ai pas envie de me lever le matin. J’ai plutôt envie de continuer à dormir ». Dialogue du « sur-moi » : « je ne peux pas rester au lit parce qu’il faut aller travailler ». Dialogue et décision du Moi : « je décide d’aller travailler ». Ici c’est le moi qui s’affirme par un choix personnel entre la pulsion et les contraintes qui sont imposées de l’extérieur. Une variante de la technique du Sphinx est utilisée dans le but de favoriser un lâcher-prise et indiquée aussi pour des patients qui se prennent «  trop la tête » c’est-à-dire qui cérébralisent trop. Celle-ci consiste à retourner essentiellement à l’expérience sensorielle, à écouter le corps. Sur la scène thérapeutique, en séance individuelle ou en groupe, on joue l’être et le sentir qui permet l’écoute de soi, du corps, de l’être. Au lieu d’être dans  » je dois, je devrais, il faut, il faudrait… »,nous jouons, représentons les émotions, les perceptions, les sensations. Le travail sera surtout intrapsychique et non plus interrelationnel. Nous donnons au participant l’occasion de retrouver l’inspiration, de se donner la permission de ressentir, de se laisser-aller. Plutôt que de chercher « qu’est-ce qu’il faut que je fasse, que je dise », etc. Le corps, que vit-il, que veut-il ? La méthode consiste à demander au patient de s’allonger sur le dos (nous lui donnons un tapis). Le thérapeute peut aider le participant en posant ses mains sur le bas des jambes afin qu’il se sente davantage et avec le sol et avec son corps. Se retrouver sur le sol, dans son bassin, avec ses mains, pieds, sa tête, éprouvant des sensations (froideur, chaleur, picotements, etc.) permet de faire une pause, permet une re-création, de faire l’inventaire. Cette technique permet aussi de vivre des impasses, des tensions, des tensions bipolaires inhérentes à la personnalité humaine et en définitive permet au Moi d’émerger. Les tensions peuvent provenir de l’écart entre le Moi et l’idéal du Moi (le sur-moi) entre le Moi et le Moi idéal (l’idéal narcissique de toute-puissance) entre la réalisation d’un désir et sa non-réalisation par exemple.

[1] Professeur de psychothérapie de groupe ct psychodrame à l’ l’Université fédérale de Belo Horizonte (Brésil). Exposé présenté au Congrès international de Psychodrame à  Amsterdam 1971. Référence :Folia Psychodramatica.

[2] Pierre Weil, Le sphinx, mystère et structure de l’homme, Ed. EPI, Paris, 1972.

[3] J.Schotte, Un Parcours, Editions Le Pli, Montreuil, 2006. p.424.

[4]Pierre Weil, Le psychodrame dus sphinx, Folia Psychodramatica.

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violence et psychodrame

LA VIOLENCE DANS LE CONTEXTE SCOLAIRE :

Dans le domaine scolaire, les préoccupations actuelles tournent autour de la violence en général et de situations particulières de violence telles que :

· Le racket

· Le règlement de compte entre parents au sein de l’école

· Les règlements de compte entre élèves

· L’agression d’enseignants par des parents eux-mêmes

· La violence du petit enfant en âge d’école maternelle (l’enfant « sauvage », roi, en manque du manque…)

· La violence verbale comme pathologie de l’agressivité, prothèse identitaire, déni de l’angoisse, pulsion partielle…

· Les bagarres qui invalident

· La détention d’armes (blanches, à feu…)

· Les trafics illicites (drogue…)

· Les automutilations

· Les jeux de groupe aux « limites » ( du foulard, catapulte sur les murs…)

· Les défis pour entrer dans la bande

· Les TAG

· Les détériorations du matériel scolaire y compris sur les voitures des enseignants (carrosserie griffée, essuie-glace brisés…)

· Menaces verbales sur les enseignants

· Harcèlement entre élèves

· Certaines TS

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Mais qu’est-ce que la violence ?

Le mot « violence » vient du latin « violentia » qui signifie « abus de force ». « Violent », provenant du latin « violentus » signifie « qui agit ou s’exprime sans aucune retenue ».

La violence intrinsèque à tout individu est déjà présente chez le petit enfant en pleine phase d’oralité notamment (« je veux survivre, vivre et être plein »). A ce niveau l’énergie est centripète. L’enfant ramène tout à soi pour reformer un tout. La violence bataille contre le manque. C’est une violence défensive habitée par la crainte de disparaître. Mais cette violence restera violence si elle n’est pas soutenue au départ, entendue et contenue pour pouvoir se transformer en agressivité. L’enfant a besoin d’être protégé dans un premier temps pour se construire et ensuite être confronté à un tiers pour poursuivre son évolution et canaliser sa violence.

La violence est inscrite en tout individu déjà aussi au niveau du stade oedipien car l’autre est un rival qu’il faut éliminer !

La violence contenue est transformée en agressivité. Celle-ci implique la pensée, du tiers.

La violence reflète l’incapacité de penser, l ‘absence d’inter-dits. Elle envahit l’autre (cf. violence d’emprise, de possession, par négligence, par refus du conflit). Dans notre société hypermaternante elle signifie une faille de la fonction paternelle.

Des voies possibles par le psychodrame :

Lieu de parole, d’expression et d’action cadrée, le psychodrame peut offrir des moyens qui aident à sortir de la violence :

· Donner du cadre, contenir, soutenir, accompagner

· Permettre une « rencontre » grâce à l’empathie et la confrontation (proximité et distance ; présence-absence ; plaisir-insatisfaction)

· Lieu pour le symptôme

· Travail du pulsionnel pour le dépasser

· Sortir de la relation binaire. Ce n’est plus toi ou moi mais toi et moi et nous

· Amener du tiers, trianguler, sortir de l’escalade.

· Retrouver le désir

· Renouer, recréer du lien

· Se reparler

· Libérer les émotions

· Lieu de travail des angoisses, de travail sur soi, sur ce qui se joue entre les personnes

· Lieu où l’histoire du sujet peut reprendre un sens (repérer les ruptures, les nœuds…)

· La place donnée au groupe et non plus à l’individualisme

· Permet une catharsis : l’expression des émotions à une influence sur la santé, permet de revenir au désir

· Lieu de symbolisation , de représentation, de remémoration. On s’y soigne en se remémorant. En se remémorant on rejoue. En rejouant on symbolise. On se « ré-origine ». On peut se soigner en symbolisant le non-approprié de l’histoire subjective vécue. Le tableau des années oubliées peut se ré-organiser dans une perspective devenue alors constructive.

Le psychodrame ne représenterait-il pas la métaphore des « trois marches » citée par Philippe Avron (dramaturge et philosophe) dans son spectacle « Rire Fragile ».

Le trois marches :

Montant sur la première marche nous disons :

« Qu’est-ce que je fous là ? »

Sur la deuxième marche nous demandons à l’autre:

« Qu’est-ce que tu fais là ? »

Et arrivé sur la troisième :

« Où allons-nous ?

Cela ne ressemble-t-il pas aux trois questions essentielles posées par la philosophie à savoir sur nos origines, notre identité et sur notre avenir ( d’ou venons-nous, qui sommes-nous et vers quoi allons-nous ?).

Nous sommes d’accord également avec Philippe Avron (encore lui) quand il dit que nous sommes les alchimistes de notre métamorphose.

En psychodrame nous montons les escaliers marche par marche afin d’atteindre un palier, un autre horizon.

LA VIOLENCE DANS LE CONTEXTE DU HANDICAP MENTAL :

Dans ma pratique psychodramatique avec les personnes handicapées mentales, les situations de violence sont pointées et analysées au cours des séances. Repérer les séquences que je qualifierais de violentes sont extrêmement utiles afin de chercher des explications de fonctionnement inter-relationnel et intra-psychique et trouver des issues à la souffrance qui est exprimée la plupart des cas inconsciemment. Dans la vie quotidienne, également, des moments de violence entre des personnes handicapées mentales sont parfois très difficilement gérables par les éducateurs qui demandent alors un éclairage sur le fonctionnement mental des personnes impliquées si celles-ci participent également dans le groupe de psychodrame.

Comme mécanisme fondamental à l’oeuvre dans la plupart de ces situations je suis parvenu à identifier ce que l’on appelle l’identification projective.

Celle-ci représente un circuit défensif au cours duquel une personne déplace la source de son angoisse vers l’extérieur et transforme ses objets en objets dangereux ; mais finalement ce danger provient de ses propres pulsions agressives. Le « but » de cette « opération » est de contrôler l’autre et de maintenir, par clivage, le bon objet. L’autre devient alors le persécuteur. La personne fait du plus proche le locataire projectif de sa violence interne. L’angoisse est déplacée. J’ai donc pu repérer que Fidèle agressait Martia juste au moment où elle réprime et cherche à évacuer de la tristesse p.ex. en rapport avec la perte d’un parent. Martia devient le bouc émissaire des dénis des autres et donc porteuse des angoisses non-dites.

Il y a aussi des situations de violence liées à des fantasmes primaires violents, à la séparation et à la non-séparation. Je pense à Coriandre qui dans la vie quotidienne, harcèle les autres, les colle, les frotte. A certains moments elle essaye désespérément de s’asseoir sur les genoux d’autres personnes. Tout d’un coup elle tente de se blottir auprès d’une autre personne ou caresse son pull de manière frénétique comme si elle suçait l’autre. Lors de déplacement en camionnette, tout d’un coup elle « panique » (dixit les observations des éducateurs), veut absolument s’asseoir près du conducteur et mieux entendre la musique. Elle pousserait tout sur son passage pour y arriver. A certains moments elle devient donc dangereuse, incontrôlable et insaisissable. En général, lors des séances de psychodrame, Coriandre est très calme, veut préserver son anonymat. Lors de certaines séances, par contre, elle semble éprouver un désir violent de fusion avec l’autre. Ce comportement ne se produit d’ailleurs qu’avec l’une ou l’autre participante dans le groupe très réceptive, cherchant aussi à se frotter à quelqu’un !

L’analyse des différentes situations me permet de repérer que ce désir pulsionnel semble relié à une angoisse non-maîtrisable et à une culpabilité considérable. Son sur-moi lié à une problématique identificatoire (faille dans le narcissisme) semble devenir non-fonctionnel, embryonnaire primaire.

Dans le ça il y a immédiateté et indifférenciation. la relation est anaclitique. L’équation devient ainsi: « coller l’autre = être sûr qu’il ne va pas nous quitter. Cette problématique a déjà été soulevée auparavant où le comportement « collant » semblait fortement lié au décès de son père vécu avec beaucoup de culpabilité. Il me semble aussi que nous sommes fort pris avec Coriandre dans une problématique de la distance-proximité. La question se pose avec elle de trouver la bonne distance: être ni trop loin (présence régulière des interlocuteurs, cadre, structure…) ni trop près (ne pas trop la solliciter, lui renvoyer une image positive d’elle même, la valoriser…). Coriandre semble vivre des angoisses archaïques parfois bien camouflées mais qui ressurgissent inopinément. Il y a la menace que pose l’autre par sa simple présence , le danger de la proximité (si je suis dans l’autre, dans l’angoisse de l’autre, il faut que j’en sorte)et le passage à l’acte dans un rapproché avec l’équipe éducative. A certains moments c’est comme s’il n’y avait plus d’ambivalence : c’est elle ou moi (nous retrouvons la situation duelle, binaire évoquée plus haut). Il s’agirait davantage là d’une pulsion de vie et non de mort. Il s’agit de « détruire » pour survivre, d’une ultime tentative pour se ressaisir, d’une défense contre une menace sur l’identité. Le ça ne viserait comme réservoir d’énergie (« je suis bien vivante ») que la survie par l’immédiateté et l’indifférenciation comportementale.

Les réponses possibles du psychodrame :

* Il constitue un contenant qui désintoxique les angoisses
* Il favorise la symbolisation et la représentation

Un petit rappel :

La représentation :

La représentation est une re-présentation c’est-à-dire une présentation nouvelle. Elle a une fonction de libération et de re-création. Elle constitue une reprise du vécu sur le plan symbolique (symbolisation). Elle permet à l’enfant d’accepter le traumatisme de la séparation sans en être détruit, sans non plus se réfugier dans l’imaginaire pur. Le jeu est là, précisément, pour maintenir en oeuvre la fonction de représentation qui lui permet en l’occurrence d’interpréter un fait nouveau au lieu de le subir. La fonction de représentation sert de clivage entre l’imaginaire et le réel. Elle sauve l’homme du délire en lui ouvrant le champ symbolique. Par la représentation, le mot commence par fonctionner comme signe c’est-à-dire non plus comme simple partie de l’acte mais comme évocation de celui-ci. « Parler, c’est désigner l’objet absent, passer de la distance à l’absence comblée par la représentation…. Penser, c’est se représenter mais dépasser les représentations. Les mots, les signes représentent la présence dans l’absence. Le langage « est » une présence-absence, présence évoquée, absence remplie. »

* Il permet le redéploiement des identifications narcissiques
* L’expression des affects permet d’éviter leur refoulement et donc leur déplacement sur les autres
* La technique du « psychodrame du territoire », notamment, tente de mettre fin à la confusion des barrières.

De façon générale, en psychodrame, nous pouvons trouver des réponses possibles aux problèmes de la violence grâce aux vertus essentielles concentrées

dans le JEU :

Le jeu implique le corps :

Le jeu implique le corps et fait valoir non pas un corps qui agit mais un corps qui représente. Le jeu n’est pas une réalité. On sait que lorsque l’enfant joue, il n’y a jamais violence. Si le jeu devient un enjeu, une compétition, c’est pour le regard de l’adulte qui fait, par sa présence, réalité. La représentation neutralise la violence. La représentation a un effet cathartique dans le sens aristotélicien d’une purge.

Le jeu stabilise complètement le rapport au corps du sujet qui se trouve engagé dans un rapport d’excitation.

La répétition exprime une souffrance indicible. Il faut savoir rompre la répétition pour surprendre et passer à un autre plan car un enfant peut rester plusieurs années à jouer toujours à un même jeu répétitif.

Le jeu cimente le réel du corps avec le symbolique :

Le jeu est surgissement inattendu. Avec le jeu, on se heurte au réel à cause des règles, des contraintes du corps. Rappelons que le réel du corps est un corps qui confirme son appartenance au réel, cet impossible à dire, à travers les accrocs, les handicaps de l’organisme. Le corps parlé est le corps symbolique, corps dans lequel le sujet peut s’inscrire.

Le jeu va porter le corps en avant. Le jeu va lier le réel du corps au symbolique, au langage, au discours. Le jeu va stabiliser l’enfant, sa pensée, et son corps. Le jeu stabilise mieux la pensée et noue le réel du corps à un discours adressé à autrui. Il est l’épreuve d’un lien social.

Le jeu entre le rêve et parole :

Le jeu, entre le rêve et la parole, amorce la réalisation des désirs. En donnant du plaisir aux actes qui mettent en scène les motivations internes, il lui donne une forme visible et palpable, comme une sorte d’échantillon.

Le jeu articulerait nos désirs à peine conscients avec la réalité extérieure. En mettant du plaisir dans les mises en scène, il crée un processus de familiarisation qui lie les mondes interne et externe.

Le jeu est rencontre :

Le jeu est rencontre et non obligation. Celui qui veut obliger quelqu’un à faire quelque chose utilise une langue abrégée, une langue courte, une langue de court-circuit, une langue d’ordre: « Assis », « Gauche », « Droite »!

C’est une langue de signaux.

En thérapie, on alterne les deux types de langue : la fermeté, la direction de la cure, l’autorité puis à d’autres moments les plus importants le dialogue, la parole.

Je rappelle l’étymologie du mot « autorité » : auteur, garant, autorisation, altérité.

Les jeux fondamentaux sont des jeux de mystère :

Le jeu est mystérieux parce qu’il engage quelque chose du désir. Sans mystère, il n’y a pas possibilité d’engager une curiosité qui cherche à éclaircir ce qui demeure obscur au-delà même de ce qu’on voit. Ce temps est tout à fait essentiel, puisque c’est ce que l’on perçoit de ce qui est au-delà de ce que je peux voir, qui va engager la motricité à chercher à accéder à l’invisible de l’objet.

On ne peut apprendre que par le mystère, que par l’opacité, c’est-à-dire par un enseignement qui relève d’une poétique, d’un art plutôt que de la science. On apprend à écouter, à regarder, à parler avec art et non pas avec science.

Le jeu, activité symbolique, est une action libre :

L’avantage du jeu est de pouvoir rater. On peut s’essayer. Il est support de désir.

Le jeu n’est jamais grave. L’expression « ce n’est pas grave » accompagne le jeu.

Le jeu rompt les habitudes. Il faut qu’il y ait du chaos pour qu’un ordre se réinstalle, des ruptures d’habitude, pour que nos sens puissent de nouveau se mettre en place.

Il suffit de se reporter aux travaux de Prygogine qui, dans ses « Structures Dissipatives », définit le chaos comme une apparence de désordre.

« L’ordre du chaos » constitue en fait un système très structuré. Dans ce domaine non-linéaire, il y a création d’une nouvelle dynamique.

Le jeu est décalage :

Le jeu dramatique permet un décalage.

Le changement de rôle s’inspire du dialogue socratique: « Une rencontre à deux, oeil à oeil, face à face. Et quand vous serez tout près, je vous retirerai vos yeux et les mettrai à la place des miens, et vous retirerez mes yeux et les mettrez à la place des vôtres; alors je vous regarderai avec vos yeux et vous me regarderez avec les miens ».

En psychodrame, le corps est représenté par le langage.

Le psychodramatiste est auditeur – spectateur qui permet de donner corps au mot.

L’intérêt principal du travail de représentation n’est pas seulement dans les vertus de dialogue des propos qui libèrent l’expression. L’intérêt essentiel est clinique : la fonction poétique ouvre à la démultiplication du sujet.

Le jeu est gratuit :

Le jeu ne sert à rien, il est gratuit, mais il a des répercussions sur notre liberté future.

Jouer procure une richesse d’émotions, de messages reçus et envoyés aux autres enfants et aux adultes. Les apprentissages sont des carcans. A ce niveau on pourrait arrêter nos analyses sur la « violence institutionnelle » mais cela fera partie d’un autre exposé. Le jeu est trouvaille et retrouvailles.

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Formation au psychodrame

FORMATION AU PSYCHODRAME

Voici quelques extraits à visionner: cliquer sur les différents extraits: Si vous n’obtenez pas le lien direct, cliquez droit sur la souris et cliquez « ouvrir le lien dans une nouvelle fenêtre »

Extrait 1:10′

Extrait 2: 9′

Extrait 3: 8′

Si vous êtes intéressé par le document-film complet (1h26′) en dvd, veuillez me contacter:

Jacques Michelet, tél.: 027715369 ou 0498253830.

Conception et réalisation: Prof.Pierre Fontaine et Dr.Bernard Robinson

Centre Audio-Visuel UCL 1992.

VIDEO-CONFERENCE AVEC OPHELIA AVRON (9/3/2013):en 2 parties

Réalisation : Jacques Michelet

Cliquer sur le lien ci-après:( cliquer sur « : Ouvrez ce contenu dans une nouvelle fenêtre ») .Si vous n’obtenez pas le lien direct, cliquez droit sur la souris et cliquez « ouvrir le lien dans une nouvelle fenêtre »

1ère partie(+/- 16′)

2ème partie(+/- 6′)

Si vous êtes intéressé par le document complet en dvd (+/- 22′), veuillez me contacter

ENTRETIEN AVEC ANNE ANCELIN SCHÜTZENBERGER (réalisé par Marie-Madeleine Nyssens en février 2014)

HISTOIRE DE LA VERVEINE

Livret sur le psychodrame (télécharger ici) ou aller sur: http://www.fepto.com/category/publications-projects/books/french

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