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L’inter-dit parental et l’autorité

Par

Introduction

Dire non est un enjeu décisif dans l’éducation contemporaine. Un parent qui interdit et un enfant qui s’oppose. Dans ce jeu social, le « non » de l’enfant peut gagner par ko sur le « non » de l’adulte. Refuser n’est pas chose simple, c’est faire preuve de courage. « Non je ne veux pas, non tu ne peux pas, non c’est impossible ». C’est introduire la frustration.

Dire non est un acte d’amour puisqu’il conduit justement à poser ces limites essentielles au développement de tout enfant au risque de lui déplaire. Dire non c’est aussi le conduire, l’aider, l’accompagner sur le difficile chemin de l’autonomie, sur le devenir adulte. Dire non suppose beaucoup d’amour, de renoncement, de compréhension et de tolérance.  C’est aussi transmettre ce message là, d’amour, de renoncement, de compréhension et de tolérance.
Apprendre à renoncer, à ne pas tout obtenir ni tout de suite ni parfois jamais.
Savoir que tout n’est pas possible. Dire non et ne pas tout permettre, dire non et laisser aller, laisser faire pour laisser être. Ce dire non ne doit pas être absurde, intransigeant et comporte dans tous les cas une explication. Le « ce n’est pas possible » n’est pas une injonction totalitaire, loin s’en faut, car si tout est possible le monde sombre dans le chaos, ou dans la parole d’un seul, ce qui revient pratiquement au même. Et c’est bien le rôle des parents que de soumettre l’enfant au principe de réalité tout en le soutenant dans son désir de vie.  Partout il y a des règles, même les jeux en possèdent !

Voyons ce que nous disait Françoise Dolto en 1997 à propos de l’autorité dans la famille et qui reste très actuel. Elle développe ce sujet à partir de lettres reçues de parents ou de situations qu’elle décrit. Ici, j’ai repris deux parties dans son livre « Lorsque l’enfant paraît : «  Dire « non » pour dire « oui » » et « A propos de la période du « non » chez les enfants… » dans le titre suivant :

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L’autorité dans la famille

« Dire « non ›› pour faire « oui ››

(Obéissance)

Cette lettre-ci pose le problème de l’autorité dans la famille : « Je voudrais bien savoir à partir de quel âge on peut exiger d’un enfant l’obéissance : ramasser ses jouets, rester à table, aller au lit, arrêter de jouer, fermer une porte. ›› Cette femme a un enfant de deux ans. Elle ajoute : «  Il faut que je ruse à longueur » de journée afin de me faire obéir car, depuis quelques mois maintenant, il entre dans une période du  » non ” systématique, qui s’affirme de plus en plus. ››

Cet enfant est en train de muter sa psychologie de bébé, qui ne pouvait pas manquer de faire ce que sa maman lui demandait; auparavant, il était toujours comme sa mère le voulait, parce que sa maman et lui ne faisaient qu’un. Il arrive maintenant à distinguer « moi-moi ›› de « moi-toi ›› : il devient autant «moi» que sa maman. C’est la période du « non ››, qui est une période très positive si la mère la comprend. L’enfant dit « non, pour faire « oui ››. Ceci veut dire : « Non , parce que tu me le demandes » et, immédiatement, « mais, en fait, je veux bien le faire, moi ››.

La maman pourrait beaucoup aider son enfant, en lui disant « Tu sais, si ton père était là, je crois qu’il te le dirait aussi » Elle ne doit pas insister trop. Quelques minutes après, l`enfant le fera. Il le fera pour devenir un « homme ››, et ne pas rester un « enfant ›› qui est commandé, comme un chien, comme un « petit », qui a besoin d’un maître. Or, lui, il est en train d`advenir à la possibilité de dire ; « Moi… je… ›› Ce n’est pas très commode pour la maman, mais c’est un moment très important. La mère parle aussi de « ranger ››. Eh bien, un enfant ne peut pas ranger sans danger avant trois ans et demi-quatre ans. Un enfant qui range trop tôt peut devenir obsessionnel…

A savoir?

Quelqu’un qui, plus tard, fera les choses pour les faire, mais non pas parce qu’elles ont un sens : selon une espèce de rite. Il n’est plus dans le vivant : il est soumis comme une chose aux autres choses. Alors que l’utilité de ranger, les parents, eux, la connaissent bien, l’enfant, pas du tout : plus il y a du désordre, plus il se sent dans le droit de vivre. Quand un enfant joue, il met du désordre, c’est obligatoire. Il n’a pas encore son ordre. Son ordre va arriver à sept ans. Il peut néanmoins commencer à ranger à quatre ans, surtout si, chaque fois qu’il est question de ranger, la mère lui dit : « Bon! Maintenant, avant de faire autre chose, nous allons ranger. Tiens! Aide-moi. ›› Elle fait les trois quarts du travail, il en fait le quart, à regret, mais il le fait. Au bout d’un certain temps, il le fait aussi parce qu’il voit son père ranger. Mais attention! Les garçons dont le père ne range jamais ont beaucoup de peine à devenir « rangeurs ››. Il faut se faire aider par le père qui peut, par exemple, dire à son fils : « Tu vois, moi, je n’ai pas appris à ranger quand j’étais petit. Cela me gêne beaucoup. Je ne retrouve pas mes affaires. Ta mère a raison. Essaie de devenir plus rangeur que moi. ›› Et, c’est un fait connu, les garçons ne deviennent pas « rangeurs ››, justement, parce que c’est leur mère qui voulait qu’ils rangent, quand ils étaient petits, et qu’ils n’ont pas été aidés par leur père, soit par l’exemple, soit en paroles qui leur font comprendre la gêne que le désordre apporte à la vie quotidienne….

Un peu plus loin page 151 :

« A propos de la période du « non » chez les enfants… »

Elle se place autour de dix-huit mois pour les garçons très précoces; chez d’autres, à vingt et un mois… C’est un moment à respecter, à ne pas prendre à contre-pied. Ne rien répondre. L’enfant fera un peu plus tard ce que sa mère lui a demandé.

Revoici le repas familial. C’est une mère qui vous écrit. Elle a une fille de cinq ans, qui est l’aînée de deux autres enfants.

Son mari et elle ne sont pas d’accord quant à la façon d’apprendre à cette enfant (très jeune) à bien se tenir à table : « A mon avis, mon mari lui demande beaucoup trop pour son âge, car il exige que cette petite fille se tienne droite, les coudes au corps, mange la bouche bien fermée, sans faire de bruit. Et, moi, j’estime qu’il faudrait plutôt aller par paliers, attendre que quelque chose soit acquis pour aller plus loin, pour demander plus. Pendant la semaine, les enfants prennent leurs repas dans la cuisine mais, le dimanche, les repas deviennent réellement éprouvants pour tout le monde, à cause des remarques constantes de mon mari à notre fille. Comment arriver, en fait, à un équilibre entre repas d’éducation, d’une part, et repas d’agrément, d’autre part ? Que peut-on vraiment demander à un enfant de cinq ans? Est-ce qu’il ne faut pas attendre un peu plus? ›› Autre aspect, qui est assez important . « Mon mari donne à notre fille des coups de fourchette, légers, bien sûr. ›› Cette dame s’empresse de préciser par ailleurs, que le papa est exemplaire, qu’il joue beaucoup avec ses enfants, qu’il les aime bien, qu’il suit leurs études, qu’il leur lit des livres… Mais, enfin, à table, cela frise quand même un peu l’hystérie…

 

C’est bien ennuyeux que la mère nous écrive sans que le père nous ait donné son avis lui aussi. Je dois dire que cette petite à cinq ans et demi, devrait manger tout à fait comme une grande personne. Il est possible qu’à force de faire manger les enfants seuls, dans la cuisine, la mère ne leur ait pas appris à manger proprement. Un enfant peut le faire sans problèmes à trois ans. Tout à fait comme un adulte. Je crois que le père voudrait, en quelque sorte, que sa fille soit bonne à manger des yeux ; il la traite même un peu comme une denrée alimentaire : il la pique avec une fourchette! Il voudrait que sa fille soit parfaite  – parce qu’il l’adore, probablement- et elle doit sentir cela. Je me demande si tout ça ne vient pas surtout de la mère, si la petite n’en joue pas un peu. Elle sent très bien que son père et sa mère sont brouillés, à cause d’elle, pour l’histoire des repas. Il faudrait, au lieu de se mettre dans tous ses états à propos de ce qui se passe à table, que la mère prenne la petite fille, le jour où le père n’est pas là, et qu’elle lui dise : « Écoute, nous allons nous arranger pour que tu manges parfaitement bien; ton père a raison : il faut que tu arrives à manger bien. Ça t’amuse peut-être, que ton père, à table, ne s’occupe que de toi. Eh bien, moi, je n’aime pas ça. Ce serait beaucoup plus agréable si, à table, on parlait d’autre chose. ›› On dirait que c’est la guerre au moment des repas. Pour la mère, c’est très mauvais. Pour la petite, ce n’est ni bon ni mauvais, cela n’a aucune importance, pour ainsi dire, puisque ce sont des privautés de papa vis-à-vis d’elle qu’elle obtient, en rivale triomphante de sa mère. Ce qui est ennuyeux, c’est qu’il n’y a plus de repas de famille. Alors, que la mère fasse cet effort auprès de sa fille. Je crois que celle-ci peut arriver à manger proprement en moins d’une semaine. Si vous me permettez une remarque personnelle, il y a quand même une grande marge entre manger proprement et être à l’armée… Est-ce qu’on peut vraiment demander à une enfant de cinq ans, non seulement de manger proprement, mais aussi de se taire, de manger la bouche fermée? Est-ce vraiment important pour son éducation?

C’est important uniquement parce que son père l’exige…Aurait-il raison de ne pas y attacher d’importance?

S`il n’y attachait que l’importance nécessaire, eh bien, je suis sûre que la petite mangerait déjà proprement. Elle provoque son père pour qu’il y ait des histoires; c’est très drôle, à cinq ans, de voir que papa et maman se disputent à cause de soi. Et, même si sa mère ne le dit pas, la fille, elle, le sent et, finalement, c’est elle qui est la reine pendant le repas, puisque le père ne s’occupe que d’elle. Je me demande si la mère ne pourrait pas prendre à part son mari- en dehors, bien sûr, des heures de repas et pas devant les enfants – et lui dire : « Et si les enfants continuaient à manger avant nous, même pendant le week-end, jusqu’à ce qu’elle mange parfaitement bien? ›› Peut-être que, lui, ça l’amuse beaucoup aussi. Je n’en sais rien. Là c’est déjà un autre problème : celui du père, qui, lui, n’a pas écrit de lettre et ne se plaint de rien, recommence à tous les repas le même scénario, comme s’ils étaient, lui et sa fille, deux clowns qui se jouent un sketch réussi. »[1]

A propos du « non » chez l’enfant

En son non(m) l’enfant affirme sa propre identité et consolide le « je » déjà naissant. Les premières manifestations oppositionnelles apparaissent entre deux et trois ans. A cet âge, la vie de l’enfant se transforme : acquisition de la propreté, entrée à l’école maternelle, reprise du travail pour la maman, voire naissance d’un petit frère ou d’une petite sœur. Ces événements précipitent l’autonomisation de l’enfant. Il quitte ses parents, entre dans un processus de socialisation. Son caractère commence à s’affirmer.

Le « non » de la phase d’opposition de l’enfant est une façon de s’opposer à ses parents et donc de se distinguer, d’affirmer ses désirs. D’ailleurs, en même temps qu’il dit « non », l’enfant commence également à dire « je ». Cela lui permet de montrer qu’il possède une maîtrise sur ce qu’il entend et comprend. La «  phase du non » signe trois changements liés entre eux et sont tous très importants dans le développement psychique de l’enfant. Premièrement, il se perçoit désormais comme un individu à part entière, avec sa pensée propre, et entend le faire savoir. Le « non » lui sert à exprimer ses désirs. Deuxièmement, il a compris que sa volonté était souvent différente de celle de ses parents. L’utilisation du « non » lui permet, peu à peu, de commencer un processus d’autonomisation face à ses parents. Troisièmement, l’enfant souhaite savoir jusqu’où va cette autonomie nouvelle. Il « teste » donc sans cesse ses parents pour en expérimenter les limites. Cette phase est une opération au fondement même du fonctionnement psychique. La négation est posée ici comme l’un des agents majeurs des transformations du psychisme humain, de l’inconscient au conscient, des perceptions aux représentations et au langage, du ça au moi, du passivement subi à l’activement assumé, pour n’en citer que les plus importantes. C’est d’un « non » initial, d’un rejet, que naît le sujet et qu’il discerne son monde intérieur du monde extérieur. Sans ce « non », il n’y aurait pas d’objet, il n’y aurait pas non plus de sujet.

Le regard qui fait « autorité »

L’adulte est en devoir de veiller sur l’enfant et de répondre au regard qui l’interroge. Si l’enfant est animé de l’intention d’explorer le monde, l’adulte a le souci de protéger l’enfant : l’un et l’autre vont coordonner leurs intentions respectives grâce au partage de regard qui n’appartient ni à l’un ni à l’autre mais qui s’inscrit dans leur relation. Chacun n’a qu’une part de ce regard qui « fait autorité » sur l’un et l’autre. Rapidement d’ailleurs, ce regard sera recherché par l’enfant comme un code d’exploration du monde : « En regardant l’adulte qui m’accompagne, j’obtiens une clef de compréhension du monde. » On ne comprend rien à l’autorité si l’on ne pose pas comme principe premier que l’autorité autorise avant d’interdire : c’est en encourageant l’enfant dans son mouvement de curiosité et de découverte du monde que secondairement, et si nécessaire, le froncement de sourcil avec la parole d’interdit qui l’accompagne prendront pour l’enfant une valeur positive et pas simplement une fonction d’entrave. S’il est soucieux de veiller à la vulnérabilité de l’enfant et de le protéger, l’adulte consent d’abord à ce que cet enfant s’éloigne parce qu’il reconnaît dans ce mouvement un potentiel enrichissant de curiosité : autorité provient de la racine indo-européenne « aug » qui signifie « augmenter ». L’autorité c’est ce qui augmente, ce qui donne quelque chose en plus…J’invite le lecteur à lire l’article « le concept d’autorité » sur mon site web : https://www.psychotherapie-psychodrame.be/2017/10/03/quelques-mots-sur-le-concept-dautorite/

L’autorité de l’infantile

« Quand l’enfant a intériorisé ce partage de regard comme guide d’exploration du monde, guide enrichissant puisque ce regard l’autorise dans ses découvertes, il ne lui sera pas trop douloureux d’accepter parfois la contrainte du « non », l’identification à l’interdit, même si ce refus parental suscite une émotion négative transitoire : déception, petite colère… Encore faut-il que, de temps à autre, quand c’est nécessaire, l’adulte dise « non » et prenne le risque d’une bouderie transitoire de l’enfant, d’un désamour momentané. On a trop mis en évidence la valeur du « non », pas assez l’importance du partage de regard ! Pour l’enfant il est très important que le parent reconnaisse ce désir de différenciation et de temps à autre le valide. Mais il est tout aussi important que, du côté du parent, il n’y ait pas acquiescement systématique. À l’ego tout-puissant, à l’affirmation jouissive de son désir, la rencontre de l’autre impose une inéluctable limite : il est de l’intérêt de l’enfant d’apprendre cette limite sans trop tarder. Comme toujours dans l’éducation, le « trop » produit ses propres toxines : à trop reconnaître ce désir assertif de différenciation, on le transforme chez l’enfant en besoin assertif d’opposition, le regard devenant le véhicule d’expression de ce besoin. Dans les troubles oppositionnels avec provocation, le défi du regard est permanent, c’est même le symptôme principal. Chez les enfants tyranniques, ceux dont les parents déclarent qu’ils n’arrivent pas à se faire obéir, ces derniers font presque toujours cette double constatation sur leur enfant : « il suffit de lui dire “non” pour qu’il le fasse », « il ne cesse de nous défier du regard, on a l’impression qu’il le fait exprès ». En ce sens, l’autorité a plus à voir avec le futur qu’avec le passé : c’est précisément dans notre société l’autorité du potentiel, ce que j’ai appelé l’autorité de l’infantile. Mais l’infantile n’est pas l’enfant : l’infantile est une disposition, une tendance, ce n’est pas un individu, une personne.  Il y a aussi ses capacités de séduction : les enfants, dès le plus jeune âge, ont appris les trucs et les ficelles qui font craquer l’adulte : petit sourire en coin, mimique de désespoir, ébauche de pleur plus ou moins théâtral, grimace adéquate… La panoplie des expressions utilisées par un bambin doué est redoutable d’efficacité. Plus fondamentalement et plus sérieusement, l’enfant a aussi la loi pour lui : la puissance paternelle a disparu (en 1970), qui imposait à l’enfant (et à sa mère) le commandement du père (système simple, hiérarchique, sans discussion mais fondamentalement inégalitaire et potentiellement injuste). À sa place, « l’autorité parentale conjointe » est un substitut au maniement délicat car, bien plus que la puissance paternelle, cette dernière s’exerce « dans l’intérêt de l’enfant ». Cet intérêt, on vient de le voir, consiste précisément pour les parents à se mettre (se soumettre ?) au service du potentiel développemental de leur enfant, ce que j’ai appelé « l’autorité de l’infantile ». Cet « infantile » fait désormais autorité sur la fonction des parents, entièrement dévolue à l’épanouissement de sa personnalité : la responsabilité première des parents est, aujourd’hui, de faire en sorte que leur enfant soit épanoui !  (« s’il n’est pas content aujourd’hui, il me dira merci plus tard… »). La fameuse phrase « c’est pour ton bien » était un véritable sésame éducatif absolvant par anticipation bien des abus parentaux. Que reste-t-il de tout cela ? Rien ou pas grand-chose me semble-t-il ! En tout état de cause, rien qui aujourd’hui ne conserve une valeur sociale franchement positive. Que le lecteur me permette ici une incise : pour éviter tout malentendu, je tiens à préciser que ce type d’éducation pouvait avoir et avait très souvent des effets extrêmement nocifs sur l’enfant, par exemple sous forme d’inhibitions assez graves ou de souffrances névrotiques majeures. »[2] Ceci  conduit même à confondre autorité et autoritarisme. Pour reprendre une formule de Winnicott,  il faut que l’environnement soit « suffisamment bon », c’est-à-dire qu’il soit frustrant mais pas trop. C’est en effet à cette condition que pourra se constituer un équilibre narcissique. Un environnement trop frustrant affecterait l’équilibre narcissique ; un environnement trop satisfaisant est pareillement de nature à provoquer une faille dans les assises narcissiques du sujet. L’équilibre narcissique du sujet requiert en effet que, dès son plus jeune âge, l’enfant soit confronté à la frustration sous peine de rester dans une constante dépendance aux autres. « L’éducation supposant des actes d’autorité, de tels parents risquent en effet de se culpabiliser de devoir énoncer des interdits considérés comme méchants et contraires à leur idéal d’amour. Ils pourront d’ailleurs également fonder leur culpabilité sur la peur de perdre l’amour de leurs enfants, cherchant alors à colmater un narcissisme fragile dans la relation à leurs enfants. Cette culpabilité entraîne souvent une relation « narcissisée », centrée sur la séduction. D’où un nivellement dans la relation parents-enfants et, en tout état de cause, une réelle difficulté pour les parents à poser des limites à leurs enfants. »[3]

« Pour conclure, tout dans le monde moderne suit la même pente : il est de plus en plus facile pour un enfant de dire « non » ; il est de plus en plus difficile aux parents de dire « non »…Le « non » de l’enfant qui par là même affirme sa singularité s’est vu doté de vertu citoyenne : l’individu existe par l’affirmation de sa différence, le « non » d’opposition est son sésame.

Les enfants ont besoin de limites : ils s’y sentent protégés tant des autres que de leur propre pulsionnalité. Aider les parents à trouver un subtil équilibre entre ce qu’ils autorisent et ce qu’ils désapprouvent est devenu un enjeu de la parentalité contemporaine ; les parents doivent y mettre beaucoup d’énergie car le jeune enfant, de son côté, n’a nullement l’intention de renoncer à son trône. »[4]

L’autorité en souffrance

« Si le parent souffre d’une blessure narcissique, sa relation à son enfant donnera nécessairement lieu à une projection de ses fantasmes sur ce dernier et affectera l’exercice de son autorité (Cramer, 1982). Une telle projection met en œuvre des scénarios inconscients liés à un processus de réparation (Manzano, Palacio Espasa, Zilkha, 2003). Une culpabilité est ainsi susceptible d’apparaître, dans le cadre de l’éducation de leurs enfants, chez les parents au narcissisme fragilisé. Le développement des professionnels de l’éducation, posés en spécialistes, a également pour conséquence de conduire de plus en plus de parents à croire en l’efficacité de « recettes éducatives » qu’ils sont prêts à adopter à l’égard de leurs enfants, s’apparentant alors à de simples « développeurs » du potentiel de ces derniers. Cette attitude passe aussi bien par la consultation de spécialistes que par le recours aux médias ou aux ouvrages spécialisés, étant encore précisé que certains parents n’hésitent pas à appliquer – le cas échéant de manière mécanique – les informations obtenues, ce qui n’est pas sans générer des difficultés dans l’exercice de l’autorité. En poussant les parents vers un certain infantilisme, la société de consommation rend difficile la transmission des interdits. Ces parents ne sont en effet plus en mesure de donner à leurs enfants les nécessaires « castrations symboligènes », pour reprendre l’expression de Dolto : trop soucieux d’éviter les conflits inhérents au processus éducatif, ils sont ainsi « amenés à inventer des stratégies complexes, stupides, voire perverses, pour échapper à ces confrontations qui leur imposent d’assumer leur fonction ». Prônant la jouissance et le plaisir, la société de consommation véhicule la croyance, pour les sujets, en la fin du manque, source d’un bonheur absolu : « […] des “pousse-à-jouir” invitent les grandes masses à fuir tout ce qui pourrait éveiller du “vague à l’âme”, de la tristesse et du mal-être propice à l’assomption de questions existentielles » (Herfrey, 2005, p. 28). Imprégnés de cette quête de bonheur, les parents pourront, dans un tel modèle social, éprouver une réelle difficulté à accepter le conflit nécessaire dans la relation éducative, celui-ci leur apparaissant en effet comme une contrainte insurmontable. De fait, l’injonction à la jouissance illimitée est assurément incompatible avec une position d’autorité. Il semble incontestable que les difficultés d’autorité des parents dans la relation à leurs enfants résultent essentiellement d’une faille dans le narcissisme parental. »[5]

MOTS-CLES :

Le principe de réalité ; le processus de socialisation ; la naissance du sujet ; le regard qui fait autorité ;le non de l’enfant ; le non assumé de l’adulte ; l’inéluctable limite ; culpabilité et fragilité narcissique parentale ; la castration « symboligène ».

[1] DOLTO F., Lorsque l’enfant paraît, Tome 1. Ed. Du Seuil, Paris, 1977.p. 148-154.

[2] Daniel Marcelli, Dire non, un enjeu décisif dans l’éducation contemporaine,

   https://www.cairn.info/article_p.php?ID_ARTICLE=EP_035_0135

[3] https://www.cairn.info/article_p.php?ID_ARTICLE=DIA_198_0101

[4] Daniel Marcelli, Dire non, un enjeu décisif dans l’éducation contemporaine,

   https://www.cairn.info/article_p.php?ID_ARTICLE=EP_035_0135

[5] https://www.cairn.info/article_p.php?ID_ARTICLE=DIA_198_0101

Réf. : Libres cahiers pour la psychanalyse, 2000/2 (N°2), Dire non, Ed. In Press: https://www.cairn.info/revue-libres-cahiers-pour-la-psychanalyse-2000-2.htm

 

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