Le savoir de la parole

« Un savoir pas sans le dire »[1]

Le dire, le dit, l’étourdit (« les tours dits »), et la guérison :

[1] Référence à la Conférence de Marie Pesenti du 16/10/2018 (CFCP).

« Le dire est du côté de l’énonciation, alors que le dit est du côté du résultat de cet acte, de l’énoncé… La fonction du langage est d’évoquer et non pas d’informer… Le discours analytique est un dire. La psychanalyse comme la psychothérapie est la déstabilisation d’un dit par un dire. Le dire est la parole de l’analyste, parole exprimée dans la cure qui a l’effet d’ouvrir une coupure dans le dit. Avec le dire, Lacan met en évidence, dans le discours, une logique distincte de celle du dit. L’acte de dire est condition du dit. Le discours est ainsi dire et dit. La logique du dire ne relève pas d’une philosophie, qu’elle soit de l’être ou de l’existence, elle donne un nouvel éclairage à la question du discours. Le dit ne va pas sans dire. Alors que le dit ne va pas sans dire, le dire échappe au dit. Un discours de la psychanalyse ne peut se constituer qu’en restituant le dire de Freud. Le dit de l’inconscient. Lacan présente la demande et l’interprétation comme des dires. « Le dit est l’ensemble des énoncés alors que le dire de l’analyste, par le Réel  présent dans l’équivoque des mots, subvertit le dit. Le dire fait entendre un au-delà de la parole. Il faut donc interroger le rapport du dire au dit. L’enjeu du discours analytique, parce qu’il est un dire, est d’étendre le champ de la symbolisation et du Symbolique aux dépens de la violence pulsionnelle. Il faut donc faire attention à ce qui se dit et surtout à ce qui se jouit ! Le dire a pour effet de dévoiler l’inconscient  et seul le dire du sujet peut faire advenir le  sujet. La lecture topologique par Lacan de l’inconscient doit être entendue comme la position du Petit Prince sur sa planète. La métaphore, quant à elle, fait le dire s’oublier derrière le dit. »[1]

[1]  http://www.cerclefreudien.org/wp-content/uploads/2012/11/40.pdf

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« Le dire est du côté de l’énonciation, alors que le dit est du côté du résultat de cet acte, de l’énoncé… La fonction du langage est d’évoquer et non pas d’informer… Le discours analytique est un dire. La psychanalyse comme la psychothérapie est la déstabilisation d’un dit par un dire. Le dire est la parole de l’analyste, parole exprimée dans la cure qui a l’effet d’ouvrir une coupure dans le dit. Avec le dire, Lacan met en évidence, dans le discours, une logique distincte de celle du dit. L’acte de dire est condition du dit. Le discours est ainsi dire et dit. La logique du dire ne relève pas d’une philosophie, qu’elle soit de l’être ou de l’existence, elle donne un nouvel éclairage à la question du discours. Le dit ne va pas sans dire. Alors que le dit ne va pas sans dire, le dire échappe au dit. Un discours de la psychanalyse ne peut se constituer qu’en restituant le dire de Freud. Le dit de l’inconscient. Lacan présente la demande et l’interprétation comme des dires. « Le dit est l’ensemble des énoncés alors que le dire de l’analyste, par le Réel  présent dans l’équivoque des mots, subvertit le dit. Le dire fait entendre un au-delà de la parole. Il faut donc interroger le rapport du dire au dit. L’enjeu du discours analytique, parce qu’il est un dire, est d’étendre le champ de la symbolisation et du Symbolique aux dépens de la violence pulsionnelle. Il faut donc faire attention à ce qui se dit et surtout à ce qui se jouit ! Le dire a pour effet de dévoiler l’inconscient  et seul le dire du sujet peut faire advenir le  sujet. La lecture topologique par Lacan de l’inconscient doit être entendue comme la position du Petit Prince sur sa planète. La métaphore, quant à elle, fait le dire s’oublier derrière le dit. »[1]

Je résumerais cette question du dire et du dit dans le discours par le schéma suivant : cliquer sur ce lien:  Le Dit et le Dire dans le discours

L’Étourdi  (« les tours dits »), reproduit dans son architecture les tours de l’interprétation : le premier tour déconstruit la logique du discours, la logique du dit, l’autre, redoublé, suit la logique du crosscap[1] en délogeant l’énonciation et la signification par l’équivoque du dire. Ainsi se justifie le titre : les tours (du) dit. Les tours du dit. Un deuxième tour est nécessaire pour désengluer le dire. La parole est liée à la jouissance. Il faut donc poursuivre au-delà de ce qui est dit vers l’inédit, vers une nouvelle voie et lire l’inconscient entre les lignes. L’analyse est « un pousse au dire » et permet d’aller de l’enchaînement des dits vers le noyau pathogène de l’inconscient. D’où la nécessaire inscription du patient, en psychothérapie, dans une certaine durée. « Dans Variantes[2], Lacan écrit que l’analyste  « S’il admet donc la guérison comme bénéfice de surcroît de la cure psychanalytique, il se garde de tout abus du désir de guérir (…). » L’Étourdit repose sur des inventions que l’on peut appeler poétiques. Le poète parvient à l’évidement de l’effet du sens, en évacuant l’évidence de son propos. Il subvertit les codes académiques, les règles de la grammaire pour les soumettre à son dire. L’Étourdit en tant que figure du discours analytique est une entreprise qui vise à vaincre le dit universitaire qui pétrifie le discours. Avec L’étourdit, la structure prend en compte l’incidence du réel dans le langage. »[3] . Lacan parle de « l’obscénité du réel[4] ».

Le modèle de guérison

Le modèle de pensée et de guérison est, en général, celui de la médecine. « Lacan néanmoins entreprend cette tâche désespérée. N’est-ce pas là aussi ce qui caractérise la tâche du médecin ? « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre » disent Homère et Guillaume d’Orange… Cette tâche n’est-elle pas une préoccupation de soin, soin de ce qui est le plus précieux pour un analyste : la vérité qui gît dans l’inconscient.  Comment transmettre le réel qui sous-tend le dire analytique dont Lacan écrit : « Ce dire n’est pas libre, mais se produit d’en relayer d’autres qui proviennent d’autres discours. » Il ne peut y avoir de guérison mais seulement l’introduction d’une mobilité de l’objet a. Lacan, à la fin de L’Étourdit, tourne en dérision l’être parlant. Tout être vivant qui parle n’est pas un parlêtre[5]. Son ara, son perroquet, parle. Beaucoup d’humains parlent sur un mode mécanique sans accès à l’équivoque, à l’histoire de leurs mots. Ils ne sont que des perroquets. La guérison serait l’écart avec le père-OK. « Là où ça parle, ça jouit, et ça sait rien »[6] Si l’on prend dans son sens le plus immédiat cette phrase située en exergue de la page 95 du Séminaire Encore, on peut l’entendre comme une satisfaction de jouissance à parler. Parler ne sert pas seulement à communiquer, mais avant tout à jouir, de la jouissance que Lacan a pu appeler celle du blabla, mais aussi de la jouissance de dire certains mots ou certaines phrases, et qu’il a aussi appelée, la jouis-sens.

Le jeu sur les signifiants, c’est l’homophonie, la création de néologismes. Par ailleurs tout discours figé, mécanique ou automatique est celui du psittacisme[7]. Lacan ouvre par une allusion clinique qu’un tel discours, s’il est celui d’un parlant, se démontre de la psychose. On sait que les patients psychotiques fixent leur discours sur ce qu’ils pensent être le normal, jusqu’à la normopathie, ils habitent dès lors un discours devenu vidé à force de le stabiliser. Lacan revendique la singularité de son discours de celui, absent, de la psychose (Le hors discours de la psychose) : « mon discours n’est pas stérile, il engendre l’antinomie, et même mieux : il se démontre  pouvoir se soutenir même de la psychose. » Le bénéfice de surcroît  devient dans L’Étourdit le projet d’un changement stable du sujet. Le pas entre la guérison selon Variantes et L’Étourdit pourrait être que le bénéfice de surcroît est obtenu dans le Symbolique alors que ce bénéfice de surcroît n’est qu’un gain sur le réel, par une chute de l’identification à l’objet de l’Autre.   »[8]

Pour lacan, le moi n’a pas à être renforcé par la cure analytique (critique de l’ego-psychology) mais bien déconstruit en décollant une après l’autre les identifications aliénantes dont il est, un peu à la manière d’un artichaut, constitué, afin que la Vérité du Sujet puisse advenir (Lacan traduit ainsi la célèbre phrase de Freud : « Où Çà était, Je dois advenir »); C’est-à-dire que la guérison consiste à sortir de l’imaginaire aliénant (là où nous sommes capturés dans les filets du désir de l’autre) pour accéder à notre désir propre.

Mots-Clés : discours-dire-dit-jouit-symbolisation-blabla-parole pleine-poésie.

[1] Cet objet étrange a été présenté par Lacan pour la première fois le 16 mai 1962 dans son séminaire l’Identification comme supportant la structure du fantasme.

[2] J. Lacan, Écrits, Variantes de la cure type, p. 324, Seuil, 1966.

[3] http://www.cerclefreudien.org/wp-content/uploads/2012/11/40.pdf

[4] Le réel n’est par la réalité, qui est déjà pour nous une construction, complètement baignée et informée par le langage. Lacan écrit ailleurs que « le réel, c’est l’impossible », insistant sur le caractère informalisable du réel, sur son hétérogénéité, sur son caractère de déchet, de rebut : le sujet met dans le réel tout ce qu’il ne peut pas mettre ailleurs, tout ce qui n’entre pas dans le filet du langage et des représentations imaginaires, autrement dit tout ce qui ne fait pas sens (le sens étant constitué du nouage de l’Imaginaire et de Symbolique) : entre les nœuds du sens, le réel fait un trou, dans le tissu symbolique il se manifeste comme trou, comme manque, même si lui-même n’est pas trou, mais se manifeste au contraire comme consistance brute, comme plénitude d’un contenu.(réf. : Séminaire XXII : R.S.I.).

[5]Le parlêtre est en effet celui qui a affaire à la parole, qu’il soit parlant ou bien parlé. Dire le parlêtre, c’est prendre acte du fait que l’être humain se définit d’abord dans son rapport à la parole, qu’il parle ou pas, qu’il ait l’usage ou non de la parole. C’est dans un monde de paroles qu’advient l’être humain. Il est parlé avant qu’il ne parle.  Le terme de parlêtre permet à Lacan d’unifier ces deux termes de sujet de l’inconscient et de sujet de la jouissance.  L’être par la jouissance du corps, l’inconscient.

[6] Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, Paris, Le Seuil, 1975, p. 95.

[7] Emprunté au latin psittacismus, dérivé de psittacus (« perruche, perroquet ») issu du grec ancien ψιττακός, psittakós (« perroquet »). Disposition d’esprit qui consiste à répéter les paroles d’autrui à la façon des perroquets.

[8]http://www.cerclefreudien.org/wp-content/uploads/2012/11/41.pdf

[1]  http://www.cerclefreudien.org/wp-content/uploads/2012/11/40.pdf

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Prendre soin

Ce que « prendre soin » peut signifier :

« Soin » et « prendre soin », sont traduits, en anglais, par « care » et « take care ». « Cure » et « care » sont en anglais des termes très proches. Alors que « cure » vise le traitement médical et l’éradication de la maladie, care met l’accent sur l’attention portée à quelqu’un et sur l’intérêt qui est pris pour cette personne. Dans Cure, Winnicott[1] cherchait notamment à réhabiliter le care, qui renvoie à la relation humaine et la confiance entre soignant et patient, délaissées selon lui dans la médecine du XXe siècle. Il regrettait en effet que l’acte médical se résume à un simple acte technique, et invitait plutôt à prendre en compte l’histoire singulière du patient. Ce que le patient demande au cadre, c’est d’assumer la fonction de l’environnement primaire défaillant. Il faut qu’il ait suffisamment confiance en l’environnement pour pouvoir régresser. Que le professionnel aidant soit une personne fiable c’est-à-dire sur qui l’on peut compter, Winnicott insistait sur la nécessité pour le patient d’avoir foi en la personne à qui il s’adresse.

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Voici des propos de Winnicott énoncés en 1970[2]: « la psychanalyse ne consiste pas simplement à interpréter l’inconscient refoulé, mais aussi à fournir à la confiance un cadre professionnel dans lequel un tel travail pouvait prendre place. En étant fiables dans notre travail professionnel, avait-il expliqué aux médecins et infirmières, « nous protégeons nos patients de l’imprévisible. Nombreux sont ceux qui souffrent du fait qu’ils ont été soumis ou sont soumis à l’imprévisible. Aussi devons-nous, nous, soignants, nous garder d’être imprévisibles, car derrière l’imprévisibilité, il y a la confusion mentale, et derrière celle-ci, éventuellement un fonctionnement somatique chaotique, c’est-à-dire une inconcevable angoisse physique. »

Les uns comme les autres ne doivent jamais oublier que toute écoute, toute parole, tout silence, tout geste, tout acte, aussi technique qu’il puisse être, doit toujours s’inscrire dans un processus gouverné par le care, l’attention à l’autre, le prendre soin de la personne qui s’est remise entre leurs mains, qui leur a fait confiance au point de s’en remettre à leurs soins.

Qu’est-ce que le « cure » ?

« La tentative d’éradication de la maladie, guérir et pas seulement soigner, objectiver la maladie pour la traiter le plus indépendamment du sujet qui l’éprouve. Le care, lui, sous-entend autre chose : le sujet précisément, la relation avec le médecin, la confiance qu’on lui témoigne, une sorte de parachèvement du holding (qui commence avec le bébé dans le ventre de la mère), mais surtout un sentiment d’égalité malgré la dépendance, et même, une vision active de la dépendance au sens où il s’agit de pouvoir « s’appuyer sur » (to depend on)…. La confiance est le cadre qui permet d’accéder aux contenus inconscients refoulés par le sujet. Le care fait écho au vivant d’un soin, pas un soin de principe, au sens où il ne serait que de papier. Mais un soin vécu et par le médecin, et par le patient, sans hiérarchie aucune. Non que les deux soient similaires. L’égalité indique simplement « un socle radical d’humanité – celui où chacun est dépouillé de son identité imaginaire pour se laisser altérer par la rencontre, qui fait émerger quelque chose de vivant entre les êtres » (Périlleux). Winnicott qualifiait le soin comme la relation marquée par la rencontre de la fiabilité et de la dépendance. Et Zaccaï-Reyners de définir le type de travail du care, un travail « relationnel », qui ne peut être mécanisé, et « dont le produit ne peut être exhibé après coup. Au contraire, tant qu’il est effectué correctement, le travail relationnel reste pour l’essentiel insaisissable, invisible. Sa qualité réside même en partie dans sa capacité à masquer sa pénibilité ». Pas simple donc de reconnaître sa valeur, dans un monde qui aime tant évaluer les actes, mais les évalue d’autant plus mal qu’ils s’humanisent. Ne provoquer ni l’amour ni la haine, ne devenir ni le gourou ni l’indifférent, adopter la juste sollicitude, le juste régime d’attention, voilà toute la subtilité du care, de ce don du médecin au patient. Il ne s’agit nullement de le substituer au « cure ». Il est l’aura du « cure », tout ce que doit le « cure » à l’autre, qu’il soit patient, collègue, parent, ami. Soigner, guérir, cela ne s’apprend pas seul. C’est la suite d’un long processus relationnel, d’une longue chaîne de savoirs et de partages multiples. Il faut des années et des années, des siècles et des siècles de soin des hommes, de souci de soi et des autres, pour façonner l’art de sauver la vie. »[3]

Qu’est-ce que le care ?

Ce terme désigne l’idée du souci des autres ou du « prendre soin », et s’étend à toutes les sphères de notre vie : personnelle (« care domestique »), professionnelle (dans le cadre hospitalier notamment), sociale et politique. Il concerne aussi bien le souci de soi que celui d’autrui ou du monde, dès lors que nous admettons que nous sommes tous vulnérables, car dépendants de nos semblables pour survivre. Winnicott retient trois grandes dimensions de ces soins : le holding, le handling et l’object presenting. La fonction de l’environnement implique ces trois concepts.

Qu’est-ce que le « holding » ? :

Il est « la manière dont l’enfant est porté »[4].

Il correspond au portage, au fait de tenir, mais aussi à la contenance psychique.

Le holding est une notion à l’interface du physique et du psychique. Il renvoie à la façon dont ces deux dimensions s’entremêlent. On peut donc distinguer un portage physique et un portage psychique.

Le portage physique :

Le holding est d’abord décrit comme un portage physique : une manière de tenir, de porter le bébé. Winnicott souligne que certaines mères n’arrivent pas à tenir leur bébé comme si leurs mains n’étaient pas assez sûres.

Le dialogue tonico-émotionnel entre la mère et son enfant sera par la suite étudié plus en profondeur par les psychomotriciens qui se réfèrent souvent à cette notion de holding. Ils vont avoir une attention particulière à la manière dont les émotions (les peurs, les craintes qui peuvent renvoyer à l’histoire de la mère) vont se transmettre à l’enfant par l’intermédiaire du corps.

Le portage psychique :

La dimension psychique du portage est également essentielle pour Winnicott : elle renvoie à la capacité d’attention de la mère, à la qualité de sa présence et à sa capacité à penser les émotions du bébé (à s’interroger, par exemple, sur le sens de ses pleurs, à lui parler pour le rassurer, etc.)

Cette dimension est à rapprocher de la notion de rêverie maternelle et de fonction alpha chez Bion. En effet, pour Bion, la mère va transformer des émotions incompréhensibles du bébé (les éléments Bêta) en images, en pensées ou en rêveries (les éléments Alpha).

Qu’est-ce que Le « handling » ?

Il est la manière dont l’enfant est traité, manipulé.[5]

Le handling renvoie à une dimension plus pratique et plus active que le holding. Il correspond aux soins prodigués à l’enfant : le fait, par exemple, de le laver, de le changer ou de l’habiller.

Winnicott décrit l’importance de ces soins dans le développement psychique de l’enfant. En effet, la mère n’est pas un robot, lorsqu’elle lave son enfant, par exemple, elle le fait en le pensant d’une certaine manière. Le handling permet au bébé de se constituer son enveloppe corporelle et psychique.

Qu’est-ce que  l’ « object presenting » ?

Il est le mode de présentation de l’objet.[6]

L’object presenting  pourrait être traduit par « le fait de présenter l’objet ». Il désigne la façon dont la mère présente le monde à l’enfant. Elle va, en effet, introduire l’enfant à l’existence d’un extérieur à la dyade mère-enfant. Pour d’autres auteurs, cette dimension est plutôt reliée à la fonction. Il sera ainsi reproché à Winnicott d’avoir trop mis l’accent sur le lien mère-enfant et d’avoir eu tendance à laisser dans l’ombre, en arrière-plan, le rôle du père dans l’ouverture vers le monde (on parle classiquement de la « fonction de tiers » du père ou du substitut paternel).

.

Mots-clés: take care-fiabilité-rencontre- holding- handling- object presenting.

(1)Connu dans le monde entier, Donald Woods Winnicott (1896-1971), pédiatre et psychanalyste anglais, formé par Melanie Klein (1882-1960) et proche d’Anna Freud (1895-1982),faisait remonter la théorie du développement émotionnel à la petite enfance, et même à la période prénatale.  Ce qui intéresse avant tout Winnicott et ce qui fait le prix de sa découverte, ce n’est pas seulement l’objet, c’est l’« espace transitionnel », ce qu’il va appeler « l’aire intermédiaire ». Cet espace transitionnel est une « troisième aire », nous dit Winnicott. C’est un espace paradoxal, parce qu’il se situe entre la réalité extérieure et la réalité interne, entre le dedans et le dehors. L’« espace transitionnel », est un espace qui va jouer un rôle essentiel dans les processus de représentation et de symbolisation et va permettre un premier décollement avec l’objet maternel, un premier mouvement de l’enfant vers l’indépendance. Pour ce qui concerne notre texte, Winnicott distingue le « holding » qui correspond à la façon de soutenir et porter l’enfant, physiquement, mais aussi psychiquement et le « handling » qui correspond aux manipulations et stimulations du corps par les soins que la mère lui procure (bain, habillage, etc.)

[2] Lors d’une conférence prononcée le 18 octobre 1970, devant des médecins et des infirmières.

[3] https://www.humanite.fr/le-care-cure-568910

[4] D.W.Winnicott, Jeu et réalité, Ed. Gallimard, 1975, p.154.

[5] Ibidem, p.154.

[6] Ibidem, p.154.

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La négligence

La négligence est un phénomène trop souvent négligé !

Définition :

La négligence [1]est :

  • L’attitude de celui qui fait les choses avec moins de soin, d’attention ou d’intérêt qu’il n’est nécessaire ou qu’il n’est souhaitable. Ses synonymes : laisser-aller, inattention;
  • L’attitude de celui qui cherche à faire les choses avec moins de soin, d’attention ou d’intérêt qu’il ne paraît nécessaire, dans un souci d’élégance.
  • Un manque de soin, d’application dans l’exécution d’une tâche : travail fait avec négligence.
  • Un manque d’attention, de vigilance à l’égard de choses, d’événements : sa négligence lui a fait manquer l’affaire.
  • Une faute non intentionnelle résultant de ce manque de soin ou de ce manque de vigilance : l’accident est dû à une négligence du mécanicien.
  • Une Indifférence réelle ou affectée ; nonchalance.

La négligence comme concept légal :

La négligence est un concept légal habituellement employé par un tribunal pour obtenir des dommages-intérêts dans le cas d’accidents et de blessures ou séquelles sur la santé, et depuis peu en cas de dommage environnemental. La négligence est un type de délit civil, mais peut également être employée dans le droit pénal. La négligence signifie un comportement qui est coupable parce qu’il n’existe pas de norme juridique pour protéger un tiers contre des actes nocifs, prévisiblement risqués, de la part d’un ou plusieurs membres de la société ou entité concernée. Le comportement négligent envers autrui ouvre des droits de compensation pour toute atteinte aux domaines corporels, du bien-être mental, de la propriété, du statut financier, ou dans les relations. La négligence est employée en comparaison d’actes ou d’omissions qui sont intentionnels ou obstinés.

La négligence dans le registre de la maltraitance

La négligence est un syndrome actuellement bien identifié dans le registre de la maltraitance. Elle se révèle par la carence de soins, un manque d’attention aux besoins de l’enfant, un défaut d’empathie des parents. La négligence touche en général tous les aspects de la vie du petit, tous ses besoins primaires (manger, boire, dormir, être stimulé, être aimé…). Souvent, elle se déploie sur plusieurs générations ; les parents ont eux-mêmes connu des carences qui les rendent moins adéquats dans leurs rôles parentaux.

Une négligence est une forme passive d’abus et de maltraitance durant lesquels l’auteur responsable des soins d’une personne incapable de se prendre en charge seule ne lui fournit pas les traitements adéquats, ce dont découle un mal-être physique ou psychologique de la victime.

La négligence peut inclure une faute de soin, de nutrition, de santé médicale ou tout autre besoin qu’une personne est dans l’incapacité de satisfaire elle-même.

La victime peut être un enfant, un adulte mentalement ou physiquement handicapé, et toute personne dépendante et vulnérable. La négligence peut porter sur un animal domestique. Elle peut concerner aussi une plante ou un objet inanimé.

Quelques synonymes de négligence :

L’étourderie[2] La carence, la dissipation, la distraction, l’imprévoyance, l’inattention, l’insouciance etc.

Quelques antonymes de négligence :

L’adresse, l’application, l’attention, prévoyance, la réflexion, la vigilance : voir l’article, à ce sujet sur mon site web : http://www.psychotherapie-psychodrame.be/2018/08/24/le-concept-de-la-vigilance/

[1] http://www.cnrtl.fr/definition/négligence; https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/négligence/54071

[2] Voir, à ce sujet, le texte : « Le dire et le dit » en rapport avec « L’étourdit » de Lacan soit « les tours dits » à paraître.

Le Psychodrame du Sphinx

Le Psychodrame du  Sphinx par Pierre Weill[1]

Introduction :

Moreno, le fondateur du mouvement psychodramatique, affirme s’être inspiré entre autres de thèmes mythologiques et de coutumes de peuples de l’antiquité. On pourrait citer notamment, comme il l’a fait lui-même dans ses écrits, l’inversion de rôle tirée de la méthode socratique, la boutique magique du père Noël, la technique du miroir extraite de Hamlet et le double, issu de Dostoïevski. Moreno nous dit qu’il s’est limité à découvrir les idées et à les adapter aux objectifs thérapeutiques. Le Sphinx est en réalité un symbole de la structure évolutive et psychosomatique de l’homme.  Le sphinx comme symbole signifierait l’homme à la recherche de sa propre énigme. Il existe en effet, dans certaines publications d’ordre ésotérique, une tradition selon laquelle les animaux qui composent le Sphinx représentent des parties inter liées de l’homme, et en même temps son devenir humain à partir de son origine animale :

– Le Bœuf représente notre vie instinctive, végétative, sensuelle.

– Le Lion symbolise notre vie émotive, le courage, le sentiment, l’affectivité.

– L’Aigle signifie l’intelligence, l’acuité, le pouvoir d’imposer des lois, la raison.

– Le Serpent de l’Uranus frontal symbolise l’énergie cosmique, la puissance Kundalmique du Yoga.

– L’homme c’est en même temps l’ensemble, l’unité, et l’être conscient qui peut diriger cette énergie et la sublimer volontairement, dans un but autrefois initiatique de révélation et d’illumination cosmique. Les principes d’unité micro et macrocosmique, de bipolarité dialectique, de structure tertiaire et du symbole quaternaire qui se rencontrent dans les principales traditions ésotériques de 1’antiquité (Brahmanisme, Égypte, Bouddhisme, Yoga, Zen, Kabbale juive et chrétienne, rose-croix, francs-maçons) et systèmes philosophiques sont encore vivants et font partie des préoccupations des structuralistes modernes. Les différences entre les Sphinx quant à leur nombre d’éléments sont probablement le reflet de la mise en relief d’un ou plusieurs de ces principes. Le modèle freudien de Libido (serpent), Surmoi (Aigle), ça (Bœuf-Lion), de l’Inconscient (Animaux) et Conscient (Homme) se retrouvent également dans le Sphinx.

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La métaphore de la voiture-carrosse chez P.Weil et L.Szondi :

« Il y a une tradition orientale qui compare l’organisme humain à un véhicule, ou plus précisément à un carrosse. La voiture est tirée par un cheval et dirigée par un cocher. Ces trois éléments permettent au véhicule d’avancer. »[2] :

  • Le cocher est le principe directeur de cet ensemble. C’est lui qui commande et gouverne. C’est la tête. Cocher = tête= aigle. Le véhicule en est le principe en mouvement, qui suppose la charge. C’est le corps. Véhicule = corps=bœuf.
  • Le cheval en est le principe moteur. C’est l’intermédiaire entre le cocher et la voiture. C’est la vie. Cheval = vie = lion. C’est aussi le lien entre la matière et la volonté (c’est le « cœur » de la voiture).
  • Le cocher est l’aigle, le cheval est le lion et la voiture correspond au bœuf.

Szondi, pour y faire référence, dans sa théorie du champ pulsionnel, identifie les démons humains à huit pulsions. « L’originalité de cette pensée est de proclamer que la psyché peut être comparée à un attelage tiré par huit chevaux et que chaque possibilité de folie peut être caractérisée par un cheval fou, mais qu’il n’y a que huit possibilités au total. Ce schéma pulsionnel (sans doute réducteur pour certains) permet de coupler les chevaux et de les conjuguer en hystérie et épilepsie, paranoïa et catatonie, manie et dépression, … »[3].

Le psychodrame du Sphinx

Parmi les techniques psychodramatiques, il existe celle du doublage multiple dans laquelle un ego auxiliaire entre en rapport avec un autre ego auxiliaire, chacun d’eux représentant, derrière le dos du protagoniste, un de ses rôles en conflit: par exemple l’ami et le chef, le professionnel et l’être humain, l’amant et le mari. Le psychodrame du Sphinx est en grande partie une adaptation du doublage multiple; deux ou trois auxiliaires représentant, en doublage, respectivement l’aigle, le bœuf et le lion.

Les objectifs du psychodrame du Sphinx sont les suivants:

  • Renforcer le Moi du protagoniste et l’aider à prendre des décisions au sujet de ses conflits de rôle, ainsi que de distinguer ce qui est décision personnelle et ce qui est conditionnement aliénant.
  • Permettre l’apprentissage de l’usage de l’énergie et de son utilisation consciente aux différents niveaux du Sphinx, ainsi que de la possibilité de sublimation volontaire et consciente.
  • Donner au protagoniste la notion de son unité psychosomatique ainsi que des rôles et grandes instances psychiques qui règlent son
  • Donner au protagoniste au groupe une meilleure autoconnaissance, grâce à la prise de conscience du conflit fréquent entre le bœuf, l’aigle et le lion, entre les rôles psychosomatiques et les rôles sociaux entre le Ça et le Surmoi.
  • Permettre une prise de conscience des alternatives suivantes pour le protagoniste et le groupe: être dominé par ses conditionnements et les conserves culturelles ; les accepter et vivre en paix avec eux ; se déconditionner et changer de voies.
  • Favoriser une prise de conscience de l’introjection des comportements parentaux, des rôles appris et de leur origine familiale.
  • Permettre une catharsis de sentiments réprimés.

Description de la méthode :

« L’usage de la méthode telle que nous la décrivons est susceptible d’adaptation dans le « hic et nunc », comme c’est le cas de toute technique de psychodrame. Son usage se fait en obéissant aux principales phases décrites par J.L. et Zerka Moreno. Il convient néanmoins d’avoir présent a l’esprit les objectifs que nous venons de décrire, ainsi que la symbologie du Sphinx et de ses origines, tels que nos la décrivons dans un livre sous presse. On part en général d’actes automatiques simples qui constituent certains problèmes, par exemple se brosser les dents, se lever tôt le matin, prendre une douche ou se laver, écrire une lettre, fumer, etc. Le thème est choisi par un protagoniste du groupe, soit parce que l’on en a parlé incidemment, soit parce que le psychodrame est proposé par le directeur. On explique au protagoniste ce que c’est que la Sphinx, que chacun de nous a un Sphinx en lui et on explique le symbolisme des différentes parties du Sphinx. Pour simplifier, nous présentons en général deux des animaux: l’Aigle et le Bœuf. On présente les ego- auxiliaire au protagoniste. L’Aigle monte sur une échelle ou une chaise et pose les mains sur les épaules du protagoniste, en exerçant une certaine pression pour symboliser physiquement les pressions sociales des rôles sociaux ou du Surmoi. De temps en temps il prend la pose d’un aigle avec ses ailes. Le Bœuf s’assoit sur une chaise et entoure de ses bras les reins du protagoniste. Celui-ci se tient debout. Si l’on emploie aussi un ego auxiliaire comme Lion, celui-ci entoure le protagoniste de ses bras au niveau du thorax. On demande alors au protagoniste de se mettre dans la situation temporelle et spatiale et à commencer son acte automatique: se brosser les dents par exemple. On lui demande aussi de commencer un soliloque. Pendant le soliloque, les doubles commencent à parler. Ils disent ce que probablement le protagoniste ressent, mais n’explicite pas assez, par exemple:

  • Bœuf: Je n’aime pas ça, me brosser les dents. Je préférerais être en train de dormir encore.
  • Aigle: Il faut que tu te brosses les dents. Une personne bien élevée et propre se brosse les dents tous les jours. C’est bien de se brosser les dents. Tu es une personne civilisée qui doit se brosser les dents tous les jours, matin, midi et le soir.

Au moment opportun, quand l’aigle parle, le Directeur demande « qu’est-ce que ça te rappelle, qui est-ce qui parlait comme ça? » Dans tous les cas que nous avons traités, le protagoniste indiquait une autorité: le père, la mère ou un substitut. Suivant le contrat avec le groupe et les objectifs tracés, on peut alors aller en profondeur et reconstituer les événements importants qui ont présidé à la formation du comportement. En moins de cinq minutes on dépasse la frontière de cinq ans, si difficile à franchir en psychanalyse classique et on rencontre les premiers stimuli, renforcements positifs ou négatifs, qui ont modelé le comportement opérant. Après la représentation on revient à la position initiale du protagoniste et de ses doubles et on résume la scène initiale. Le Directeur demande alors au protagoniste: « Qui est en réalité ton Aigle? » – «  C’est Papa, ou Maman, ou les deux » est la réponse que l’on obtient en général. « Alors tu as Papa et Maman en toi, n’est-ce pas? » Tel est le dialogue qui peut s’ébaucher, et qui permet au protagoniste de conscientiser et conceptualiser son vécu. En plus de cette prise de conscience de ses conditionnements ou introjections, il est important de poser la question au protagoniste « et maintenant que penses-tu faire? Comment te sens-tu en relation de tout ce qui a été vécu ? » C’est la phase de décision personnelle et de renforcement du Moi. »[4] Le modèle du Sphinx rappelle beaucoup le modèle psychanalytique : nous avons d’un côté notre vie instinctive : le ça et de l’autre côté notre sur-moi, produit de l’introjection des valeurs parentales et sociales. Le sur-moi est généralement rigide. Voici un exemple simplifié d’une situation concrète :

Dialogue du « ça » : « je n’ai pas envie de me lever le matin. J’ai plutôt envie de continuer à dormir ». Dialogue du « sur-moi » : « je ne peux pas rester au lit parce qu’il faut aller travailler ». Dialogue et décision du Moi : « je décide d’aller travailler ». Ici c’est le moi qui s’affirme par un choix personnel entre la pulsion et les contraintes qui sont imposées de l’extérieur. Une variante de la technique du Sphinx est utilisée dans le but de favoriser un lâcher-prise et indiquée aussi pour des patients qui se prennent «  trop la tête » c’est-à-dire qui cérébralisent trop. Celle-ci consiste à retourner essentiellement à l’expérience sensorielle, à écouter le corps. Sur la scène thérapeutique, en séance individuelle ou en groupe, on joue l’être et le sentir qui permet l’écoute de soi, du corps, de l’être. Au lieu d’être dans  » je dois, je devrais, il faut, il faudrait… »,nous jouons, représentons les émotions, les perceptions, les sensations. Le travail sera surtout intrapsychique et non plus interrelationnel. Nous donnons au participant l’occasion de retrouver l’inspiration, de se donner la permission de ressentir, de se laisser-aller. Plutôt que de chercher « qu’est-ce qu’il faut que je fasse, que je dise », etc. Le corps, que vit-il, que veut-il ? La méthode consiste à demander au patient de s’allonger sur le dos (nous lui donnons un tapis). Le thérapeute peut aider le participant en posant ses mains sur le bas des jambes afin qu’il se sente davantage et avec le sol et avec son corps. Se retrouver sur le sol, dans son bassin, avec ses mains, pieds, sa tête, éprouvant des sensations (froideur, chaleur, picotements, etc.) permet de faire une pause, permet une re-création, de faire l’inventaire. Cette technique permet aussi de vivre des impasses, des tensions, des tensions bipolaires inhérentes à la personnalité humaine et en définitive permet au Moi d’émerger. Les tensions peuvent provenir de l’écart entre le Moi et l’idéal du Moi (le sur-moi) entre le Moi et le Moi idéal (l’idéal narcissique de toute-puissance) entre la réalisation d’un désir et sa non-réalisation par exemple.

[1] Professeur de psychothérapie de groupe ct psychodrame à l’ l’Université fédérale de Belo Horizonte (Brésil). Exposé présenté au Congrès international de Psychodrame à  Amsterdam 1971. Référence :Folia Psychodramatica.

[2] Pierre Weil, Le sphinx, mystère et structure de l’homme, Ed. EPI, Paris, 1972.

[3] J.Schotte, Un Parcours, Editions Le Pli, Montreuil, 2006. p.424.

[4]Pierre Weil, Le psychodrame dus sphinx, Folia Psychodramatica.

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Le concept de la vigilance

 

« L’emblême de la vigilance est une femme dans l’attitude de marcher, tenant sous son bras un livre, et de la main droite une lampe allumée. Le coq est son attribut particulier ; les iconologistes y joignent l’oye, comme symbole de la vigilance, parce que ce sont les oyes qui, par leurs cris, sauvèrent le capitole. Illustration de Charles-Nicolas Cochin dans Iconologie, ou Traité de la science des allégories en 350 figures gravées avec les explications relatives à chaque sujet par Gaucher.(tome 4, 1796). » [1]

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En héraldique la vigilance est le nom de la pierre que la grue tient dans sa patte droite. La grue est le hiéroglyphe de la vigilance, parce qu’on prétend que ces oiseaux, lorsqu’ils sont arrivés en un lieu, y établissent un guet qui se fait tour à tour par l’un d’eux. Afin d’éviter la surprise au sommeil, il se soutient sur un seul pied, et tient un caillou de l’autre pour avertir la troupe à la moindre apparence de danger, au moindre bruit.

La vigilance est une expression utilisée à plusieurs niveaux que nous retrouvons notamment dans les informations météorologiques (les orages, incendies, intempéries, les quatre niveaux de couleurs de la vigilance météo,..). Nous retrouvons diverses expressions de vigilance au travers de messages médiatiques tels que : « La vigilance reste maintenue dans sept départements ».

Dans les entreprises on utilise le terme de vigilance pour définir des devoirs et des plans de vigilance (lois sur la sécurité). Il est également question de « vigilance » dans le cadre d’attaques terroristes.

Une autre façon de parler de vigilance dans l’actualité : « Depuis le début des vacances, près de 600 enfants ont échappé à la vigilance de leurs parents ou accompagnateurs sur les plages belges. Il s’agit d’un record à la hausse, précise mercredi l’Intercommunale des services de sauvetage de la Côte de Flandre occidentale (IKWV). Sains et saufs, tous ont finalement retrouvé leurs parents. »[2]

Dans l’actualité, encore, on parle beaucoup de « vigiles ». L’origine de ce mot se retrouve dans « Les vigiles urbains » (en latin : vigiles urbani, littéralement « les yeux de la ville »). Les vigiles urbains sont, sous la Rome Antique, les troupes chargées de la lutte contre les incendies et de la police nocturne.

Définition du concept :

Le mot « vigilance » vient du latin vigilantia, de vigilans, vigilant. Son étymologie désigne l’insomnie, la veillée, la surveillance, l’attention[3].

Dans sa définition générale la vigilance correspond à une capacité de perception, d’interprétation et de réponse rapide et fiable face à une situation problématique ou impromptue.[4]

Différents dictionnaires définissent la vigilance comme une attention soutenue à veiller sur

quelqu’un ou quelque chose. La psychothérapie permet, quant à elle, de s’aider à veiller sur soi.

Vigilance et environnement :

« La métaphore du chasseur énoncée par Oury (1983) atteste du caractère dynamique et parfois inventif de la vigilance confrontée à un environnement toujours en mouvement. Ainsi, la vigilance peut être définie, à la fois comme un comportement réactif, mais aussi anticipatif (pré-actif au sens de Godet, 1991) et parfois créactif. Entre spontanéité et intention, elle apparaît multimodale. Elle fait appel aux réflexes sensori-moteurs autant qu’aux représentations cognitives. La vigilance est pour l’individu, indissociablement, affrontement de la durée et maintien sur le « qui vive » pour qu’il soit prêt à répondre à l’imprévisible et à l’inattendu, et donc pour ne pas réagir « trop tard ».[5]

Les états de vigilance ont fait l’objet de nombreuses études, notamment dès lors que l’on se préoccupa du sommeil. Car la vigilance regroupe sous un terme apparemment simple, tous les phénomènes d’éveil et de veille, que l’on peut rencontrer dans la vie d’un homme : sommeil proprement dit, éveil caractéristique ou état de transe et d’hypnose… En ce sens, l’attention se distingue de la vigilance, car elle n’en est qu’un état particulier d’éveil, un niveau d’éveil relativement élevé : une valeur de vigilance.

Quelques définitions selon le domaine d’investigation :

  • Dans le domaine de l’éthologie, la vigilance est l’un des comportements-clé pour la survie de l’individu (et du groupe chez les animaux sociaux ou élevant leurs petits), notamment vis à vis des prédateurs et d’autres sources de danger ainsi que lors de la recherche de nourriture (tant pour les prédateurs que pour les populations proies).
  • En psychologie, la vigilance est une forme d’attention soutenue de la part d’un individu (ou d’un groupe) occupé à accomplir une tâche particulière. Dans le cerveau humain, l’Amygdale joue un rôle central dans l’attention vigilante, l’émotion [] et de l’apprentissage des réponses apportées à la peur. De nombreux métiers (ex gardiens de nuit, contrôleurs aérien, opérateurs sur machines dangereuses, chauffeurs, chirurgiens…) nécessitent une capacité à maintenir un haut niveau de vigilance durant de longues périodes ; capacité qui fait l’objet d’études en neurologie[.
  • En neurologie on s’intéresse plus particulièrement aux aspects déficitaires de la vigilance. La neuro-imagerie dont l’échographie Doppler transcrânienne a apporté des preuves des changements de ressources liés à la diminution de la performance dans les tâches de vigilance[. Le niveau de vigilance peut être évalué par diverses échelles et sert à classifier les altérations de l’état de conscience. La plus connue des échelles d’évaluation de la vigilance est l’échelle de Glasgow, utilisée notamment en neuro-traumatologie pour déterminer la profondeur d’un coma.
  • En philosophie certains courants spirituels et philosophiques appellent vigilance l’état d’attention non dirigée (voir méditation). À l’inverse de l’acception du domaine de la psychologie, cette attention n’est pas concentrée sur une tâche ou un objet, mais « ouverte » sur l’ensemble du champ perceptif, aussi bien externe qu’interne (environnement visuel, auditif, respiration, douleurs, démangeaisons, etc.). Le sujet est ainsi réceptif à la totalité de son environnement.
  • En médecine et dans le domaine de la gestion des risques, notamment pour limiter le risque nosocomial, on parle par exemple de vigilance sanitaire avec un système de veille sanitaire incluant : biovigilance, hémovigilance, infectiovigilance, matériovigilance, réactovigilance et pharmacovigilance.
  • En technologie on parle d’un bouton, d’un levier de vigilance. Il s’agit d’un bouton, d’un levier mettant en alerte un système de contrôle, de sécurité.
  • En psychophysiologie il s’agit d’un état du système nerveux permettant à l’organisme de s’adapter et d’échanger avec le milieu. Les variations du taux d’activation nerveuse sont exprimées par des variations du niveau de vigilance   : sommeil, veille diffuse, veille attentive, émotion, hyperexcitation.

Traditionnellement, la psychophysiologie occidentale reconnaît deux états de conscience propre à tous les individus : le sommeil d’une part, considéré comme une période de repos, l’état de veille, d’autre part, qui correspond classiquement à la période pendant laquelle l’organisme est éveillé. À propos de cette dernière, on parle aussi de vigilance active, de conscience ordinaire ou encore de conscience de « surface », « d’état unique de vigilance reposant » pendant la méditation transcendantale. La vigilance c’est aussi  le fait d’être conscient de sa situation au niveau du corps et de l’esprit ; conscient de ses pensées, de sa posture physique, de ce que l’on est en train de faire ou sur le point de faire. C’est être attentif, naturellement aux aguets. Dans la méditation, c’est être présent à ce qui est ressenti sans en faire quoi que ce soit, c’est une qualité de conscience, la capacité qu’a l’esprit à être là. Plus nous développons l’attention, plus la vigilance prend place.

  • En hypnose la « transe hypnotique » correspond à une modification de la vigilance normale – celle qui nous permet de raisonner et de vivre au quotidien. Mais elle a ses caractéristiques : dans un environnement monotone où rien ne se passe, où les stimuli sont peu intenses, notre cerveau est en « manque » d’informations. Il se met alors à en produire lui-même en puisant des images dans notre inconscient. En quelque sorte, on « rêve » tout en restant conscient. En outre, contrairement à l’état de vigilance normale, où l’attention embrasse de nombreux centres d’intérêt en même temps et passe rapidement de l’un à l’autre, elle est concentrée, en hypnose, sur un sujet beaucoup plus restreint. C’est ainsi que, peu à peu, la personne hypnotisée oublie la réalité extérieure pour entrer dans une réalité intérieure, mais qu’elle vivra comme extérieure. « Hypnos en grec signifie sommeil. De quel sommeil s’agirait-il lorsque l’état d’hypnose est réalisé ? De la mise en veilleuse de la conscience claire et distincte (que l’on peut nommer aussi conscience consciente ou esprit conscient) au profit de l’éveil d’une conscience inconsciente. La conscience est dite consciente (conscious awareness) dans la mesure où elle est restreinte, car elle ne peut porter son attention qu’à un nombre limité d’éléments. La conscience est dite inconsciente (unconscious awareness) dans la mesure où elle supporte la totalité des souvenirs, des perceptions des sens externes et internes, des résultats et des possibilités d’apprentissage. Ces éléments sont trop nombreux – ils sont infinis – pour être distingués par la conscience consciente : elle s’en trouve donc obscurcie. La conscience inconsciente qui supporte ce grand nombre peut être identifiée à la totalité de la personne incarnée, donc au corps vivant en tant qu’il est esprit. Cette conscience inconsciente pourrait tout aussi bien être appelée vigilance généralisée. Entre vigilance restreinte et vigilance généralisée, il existe tous les degrés possibles de vigilance. Ce qui pourrait faire comprendre que l’on définisse l’hypnose comme un état modifié de conscience. Encore faudrait-il souligner qu’il ne s’agit plus de la conscience proprement dite à laquelle se réfère le sens commun. L’induction de l’hypnose est le passage de la vigilance restreinte à la vigilance généralisée. Ce passage qui est toujours le fruit d’un accord ou d’une décision du patient, est favorisé par diverses techniques (fixation du regard, attention portée aux différentes parties du corps, confusion, etc.) et par l’état de vigilance généralisée dans lequel se trouve le thérapeute. C’est par ces techniques et par cet état que le thérapeute peut être dit : user de suggestion. Le pouvoir du thérapeute a donc pour fondation la largeur et l’intensité de sa veille généralisée. Là où les modifications opérées par l’exercice de l’hypnose peuvent être comprises comme la transformation de la rigidité des habitudes, enregistrées par l’esprit conscient, en souplesse et fluidité grâce à l’expérience de la complexité et de la force de la vigilance généralisée. L’esprit inconscient met à la disposition du patient les nouvelles possibilités et capacités qui vont lui permettre de changer. Dans cette perspective, il est facile d’admettre que l’hypnose puisse être considérée comme médicale. Elle est en effet capable de guérir certains troubles ou comportements nocifs (contrôle de la douleur, addictions, difficultés alimentaires, dysfonctionnements psychiques ou psychosomatiques). Quelqu’un, par exemple, voudrait bien ne plus fumer. Son passage par la vigilance généralisée lui permettra d’une part de mesurer et d’approfondir le degré de sa détermination, d’autre part de prendre appui sur des forces et des intérêts nouveaux qu’il ne soupçonnait pas et qui rendent dérisoire en comparaison le plaisir de la cigarette. L’hypnose guérit alors parce que, modifiant le contexte d’une habitude, elle en détruit le ressort. L’hypnose est aussi médicale, au sens traditionnel du terme, car elle est une manière privilégiée de développer certains aspects de cette pratique : la présence du médecin, son attention au patient, l’échange entre patient et médecin. On sait que ces traits constituent le premier remède et rendent possible l’efficacité des autres remèdes. »[6]
  • En relaxation « un aspect fondamental de la vigilance réside dans la notion de détente. Vous ne pouvez pas être vigilant si vous n’êtes pas totalement détendu. Dans la vigilance, vous ne vous projetez plus sur les objets de perception. De ce fait, vous cessez de vous contracter physiquement, émotionnellement ou mentalement. L’existence humaine est sans cesse traversée par de multiples tensions, car lorsqu’il y a désir une tension est dirigée vers son objet. Il y a également les tensions qui résistent à ceci ou cela lorsqu’il y a un refus. Comprenez clairement que, dans la vigilance, toute tension disparaît. Vous acceptez ce qui EST, d’instant en instant, en conservant une attention lucide et détachée vis-à-vis de toutes les catégories de perceptions. La tension physique, c’est la tension qui est la plus aisément perceptible et contrôlable. De plus, en raison de l’interdépendance entre le corps et le psychisme, toute tension mentale ou émotionnelle se répercute dans le corps. Voici pourquoi vous devez prêter une grande attention à cette forme de tension afin de progresser sur le chemin de la vigilance. A de fréquentes reprises quotidiennes, prenez conscience de votre corps. Passez en revue ses différentes parties et regardez s’il n’y a pas de tensions inutiles. Des tensions qui ne sont pas nécessaires pour l’accomplissement de votre activité. Toute attitude de vigilance engendre une détente au niveau du corps et toute détente corporelle favorise l’accomplissement de la vigilance. Apprendre à vivre avec vigilance, c’est apprendre à vivre d’une manière physiquement décontractée. »[7]
  • En psychothérapie être vigilant c’est veiller sur soi, être son propre vigile, c’est prendre soin de soi, être attentif à ses émotions et son corps.  Etre vigilant ne serait-ce pas une façon de guetter la vie, de rester dans  l’être qui rayonne, qui donne en-vie, de  chercher l’essentiel au fond de soi ?

Mots clés :

Attention soutenue-méditation-conscience inconsciente-attention lucide et détachée-être son propre vigile-veiller sur soi.

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Vigilance

[2] http://www.vivreici.be/article/detail_pres-de-600-enfants-perdus-a-la-cote-au-cours-de-la-premiere-quinzaine-de-juillet?id=185363

[3] Étymol. et Hist. a) Fin xives. vigilance « insomnie » (Aalma, 6047 ds Roques t. 2, p. 207); 1487 « veillée » (Vocab. lat.-fr., Loys Garbin); b) 1530 « surveillance qui a pour but de prévoir, de prévenir ou de signaler » (Palsgr., p. 287). Empr. au lat.vigilantia « habitude de veiller, soin vigilant, attention », dér. de vigilare (vigilant*). http://www.cnrtl.fr/etymologie/vigilance

[4] http://www.strategie-aims.com/events/conferences/13-xeme-conference-de-l-aims/communications/2423-les-pratiques-de-vigilance-au-sein-des-projets-de-conception-de-produits/download

[5]Ibidem p.1-2.

[6] http://www.hypnose-medicale.com/quest-ce-que-lhypnose-medicale/ François Roustang

[7] http://www.maieutique.org/fr/approches-de-la-transcendance/vigilance

Autres références : https://fr.wikipedia.org; différents dictionnaires.

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L’inter-dit parental et l’autorité

Introduction

Dire non est un enjeu décisif dans l’éducation contemporaine. Un parent qui interdit et un enfant qui s’oppose. Dans ce jeu social, le « non » de l’enfant peut gagner par ko sur le « non » de l’adulte. Refuser n’est pas chose simple, c’est faire preuve de courage. « Non je ne veux pas, non tu ne peux pas, non c’est impossible ». C’est introduire la frustration.

Dire non est un acte d’amour puisqu’il conduit justement à poser ces limites essentielles au développement de tout enfant au risque de lui déplaire. Dire non c’est aussi le conduire, l’aider, l’accompagner sur le difficile chemin de l’autonomie, sur le devenir adulte. Dire non suppose beaucoup d’amour, de renoncement, de compréhension et de tolérance.  C’est aussi transmettre ce message là, d’amour, de renoncement, de compréhension et de tolérance.
Apprendre à renoncer, à ne pas tout obtenir ni tout de suite ni parfois jamais.
Savoir que tout n’est pas possible. Dire non et ne pas tout permettre, dire non et laisser aller, laisser faire pour laisser être. Ce dire non ne doit pas être absurde, intransigeant et comporte dans tous les cas une explication. Le « ce n’est pas possible » n’est pas une injonction totalitaire, loin s’en faut, car si tout est possible le monde sombre dans le chaos, ou dans la parole d’un seul, ce qui revient pratiquement au même. Et c’est bien le rôle des parents que de soumettre l’enfant au principe de réalité tout en le soutenant dans son désir de vie.  Partout il y a des règles, même les jeux en possèdent !

Voyons ce que nous disait Françoise Dolto en 1997 à propos de l’autorité dans la famille et qui reste très actuel. Elle développe ce sujet à partir de lettres reçues de parents ou de situations qu’elle décrit. Ici, j’ai repris deux parties dans son livre « Lorsque l’enfant paraît : «  Dire « non » pour dire « oui » » et « A propos de la période du « non » chez les enfants… » dans le titre suivant :

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L’autorité dans la famille

« Dire « non ›› pour faire « oui ››

(Obéissance)

Cette lettre-ci pose le problème de l’autorité dans la famille : « Je voudrais bien savoir à partir de quel âge on peut exiger d’un enfant l’obéissance : ramasser ses jouets, rester à table, aller au lit, arrêter de jouer, fermer une porte. ›› Cette femme a un enfant de deux ans. Elle ajoute : «  Il faut que je ruse à longueur » de journée afin de me faire obéir car, depuis quelques mois maintenant, il entre dans une période du  » non ” systématique, qui s’affirme de plus en plus. ››

Cet enfant est en train de muter sa psychologie de bébé, qui ne pouvait pas manquer de faire ce que sa maman lui demandait; auparavant, il était toujours comme sa mère le voulait, parce que sa maman et lui ne faisaient qu’un. Il arrive maintenant à distinguer « moi-moi ›› de « moi-toi ›› : il devient autant «moi» que sa maman. C’est la période du « non ››, qui est une période très positive si la mère la comprend. L’enfant dit « non, pour faire « oui ››. Ceci veut dire : « Non , parce que tu me le demandes » et, immédiatement, « mais, en fait, je veux bien le faire, moi ››.

La maman pourrait beaucoup aider son enfant, en lui disant « Tu sais, si ton père était là, je crois qu’il te le dirait aussi » Elle ne doit pas insister trop. Quelques minutes après, l`enfant le fera. Il le fera pour devenir un « homme ››, et ne pas rester un « enfant ›› qui est commandé, comme un chien, comme un « petit », qui a besoin d’un maître. Or, lui, il est en train d`advenir à la possibilité de dire ; « Moi… je… ›› Ce n’est pas très commode pour la maman, mais c’est un moment très important. La mère parle aussi de « ranger ››. Eh bien, un enfant ne peut pas ranger sans danger avant trois ans et demi-quatre ans. Un enfant qui range trop tôt peut devenir obsessionnel…

A savoir?

Quelqu’un qui, plus tard, fera les choses pour les faire, mais non pas parce qu’elles ont un sens : selon une espèce de rite. Il n’est plus dans le vivant : il est soumis comme une chose aux autres choses. Alors que l’utilité de ranger, les parents, eux, la connaissent bien, l’enfant, pas du tout : plus il y a du désordre, plus il se sent dans le droit de vivre. Quand un enfant joue, il met du désordre, c’est obligatoire. Il n’a pas encore son ordre. Son ordre va arriver à sept ans. Il peut néanmoins commencer à ranger à quatre ans, surtout si, chaque fois qu’il est question de ranger, la mère lui dit : « Bon! Maintenant, avant de faire autre chose, nous allons ranger. Tiens! Aide-moi. ›› Elle fait les trois quarts du travail, il en fait le quart, à regret, mais il le fait. Au bout d’un certain temps, il le fait aussi parce qu’il voit son père ranger. Mais attention! Les garçons dont le père ne range jamais ont beaucoup de peine à devenir « rangeurs ››. Il faut se faire aider par le père qui peut, par exemple, dire à son fils : « Tu vois, moi, je n’ai pas appris à ranger quand j’étais petit. Cela me gêne beaucoup. Je ne retrouve pas mes affaires. Ta mère a raison. Essaie de devenir plus rangeur que moi. ›› Et, c’est un fait connu, les garçons ne deviennent pas « rangeurs ››, justement, parce que c’est leur mère qui voulait qu’ils rangent, quand ils étaient petits, et qu’ils n’ont pas été aidés par leur père, soit par l’exemple, soit en paroles qui leur font comprendre la gêne que le désordre apporte à la vie quotidienne….

Un peu plus loin page 151 :

« A propos de la période du « non » chez les enfants… »

Elle se place autour de dix-huit mois pour les garçons très précoces; chez d’autres, à vingt et un mois… C’est un moment à respecter, à ne pas prendre à contre-pied. Ne rien répondre. L’enfant fera un peu plus tard ce que sa mère lui a demandé.

Revoici le repas familial. C’est une mère qui vous écrit. Elle a une fille de cinq ans, qui est l’aînée de deux autres enfants.

Son mari et elle ne sont pas d’accord quant à la façon d’apprendre à cette enfant (très jeune) à bien se tenir à table : « A mon avis, mon mari lui demande beaucoup trop pour son âge, car il exige que cette petite fille se tienne droite, les coudes au corps, mange la bouche bien fermée, sans faire de bruit. Et, moi, j’estime qu’il faudrait plutôt aller par paliers, attendre que quelque chose soit acquis pour aller plus loin, pour demander plus. Pendant la semaine, les enfants prennent leurs repas dans la cuisine mais, le dimanche, les repas deviennent réellement éprouvants pour tout le monde, à cause des remarques constantes de mon mari à notre fille. Comment arriver, en fait, à un équilibre entre repas d’éducation, d’une part, et repas d’agrément, d’autre part ? Que peut-on vraiment demander à un enfant de cinq ans? Est-ce qu’il ne faut pas attendre un peu plus? ›› Autre aspect, qui est assez important . « Mon mari donne à notre fille des coups de fourchette, légers, bien sûr. ›› Cette dame s’empresse de préciser par ailleurs, que le papa est exemplaire, qu’il joue beaucoup avec ses enfants, qu’il les aime bien, qu’il suit leurs études, qu’il leur lit des livres… Mais, enfin, à table, cela frise quand même un peu l’hystérie…

 

C’est bien ennuyeux que la mère nous écrive sans que le père nous ait donné son avis lui aussi. Je dois dire que cette petite à cinq ans et demi, devrait manger tout à fait comme une grande personne. Il est possible qu’à force de faire manger les enfants seuls, dans la cuisine, la mère ne leur ait pas appris à manger proprement. Un enfant peut le faire sans problèmes à trois ans. Tout à fait comme un adulte. Je crois que le père voudrait, en quelque sorte, que sa fille soit bonne à manger des yeux ; il la traite même un peu comme une denrée alimentaire : il la pique avec une fourchette! Il voudrait que sa fille soit parfaite  – parce qu’il l’adore, probablement- et elle doit sentir cela. Je me demande si tout ça ne vient pas surtout de la mère, si la petite n’en joue pas un peu. Elle sent très bien que son père et sa mère sont brouillés, à cause d’elle, pour l’histoire des repas. Il faudrait, au lieu de se mettre dans tous ses états à propos de ce qui se passe à table, que la mère prenne la petite fille, le jour où le père n’est pas là, et qu’elle lui dise : « Écoute, nous allons nous arranger pour que tu manges parfaitement bien; ton père a raison : il faut que tu arrives à manger bien. Ça t’amuse peut-être, que ton père, à table, ne s’occupe que de toi. Eh bien, moi, je n’aime pas ça. Ce serait beaucoup plus agréable si, à table, on parlait d’autre chose. ›› On dirait que c’est la guerre au moment des repas. Pour la mère, c’est très mauvais. Pour la petite, ce n’est ni bon ni mauvais, cela n’a aucune importance, pour ainsi dire, puisque ce sont des privautés de papa vis-à-vis d’elle qu’elle obtient, en rivale triomphante de sa mère. Ce qui est ennuyeux, c’est qu’il n’y a plus de repas de famille. Alors, que la mère fasse cet effort auprès de sa fille. Je crois que celle-ci peut arriver à manger proprement en moins d’une semaine. Si vous me permettez une remarque personnelle, il y a quand même une grande marge entre manger proprement et être à l’armée… Est-ce qu’on peut vraiment demander à une enfant de cinq ans, non seulement de manger proprement, mais aussi de se taire, de manger la bouche fermée? Est-ce vraiment important pour son éducation?

C’est important uniquement parce que son père l’exige…Aurait-il raison de ne pas y attacher d’importance?

S`il n’y attachait que l’importance nécessaire, eh bien, je suis sûre que la petite mangerait déjà proprement. Elle provoque son père pour qu’il y ait des histoires; c’est très drôle, à cinq ans, de voir que papa et maman se disputent à cause de soi. Et, même si sa mère ne le dit pas, la fille, elle, le sent et, finalement, c’est elle qui est la reine pendant le repas, puisque le père ne s’occupe que d’elle. Je me demande si la mère ne pourrait pas prendre à part son mari- en dehors, bien sûr, des heures de repas et pas devant les enfants – et lui dire : « Et si les enfants continuaient à manger avant nous, même pendant le week-end, jusqu’à ce qu’elle mange parfaitement bien? ›› Peut-être que, lui, ça l’amuse beaucoup aussi. Je n’en sais rien. Là c’est déjà un autre problème : celui du père, qui, lui, n’a pas écrit de lettre et ne se plaint de rien, recommence à tous les repas le même scénario, comme s’ils étaient, lui et sa fille, deux clowns qui se jouent un sketch réussi. »[1]

A propos du « non » chez l’enfant

En son non(m) l’enfant affirme sa propre identité et consolide le « je » déjà naissant. Les premières manifestations oppositionnelles apparaissent entre deux et trois ans. A cet âge, la vie de l’enfant se transforme : acquisition de la propreté, entrée à l’école maternelle, reprise du travail pour la maman, voire naissance d’un petit frère ou d’une petite sœur. Ces événements précipitent l’autonomisation de l’enfant. Il quitte ses parents, entre dans un processus de socialisation. Son caractère commence à s’affirmer.

Le « non » de la phase d’opposition de l’enfant est une façon de s’opposer à ses parents et donc de se distinguer, d’affirmer ses désirs. D’ailleurs, en même temps qu’il dit « non », l’enfant commence également à dire « je ». Cela lui permet de montrer qu’il possède une maîtrise sur ce qu’il entend et comprend. La «  phase du non » signe trois changements liés entre eux et sont tous très importants dans le développement psychique de l’enfant. Premièrement, il se perçoit désormais comme un individu à part entière, avec sa pensée propre, et entend le faire savoir. Le « non » lui sert à exprimer ses désirs. Deuxièmement, il a compris que sa volonté était souvent différente de celle de ses parents. L’utilisation du « non » lui permet, peu à peu, de commencer un processus d’autonomisation face à ses parents. Troisièmement, l’enfant souhaite savoir jusqu’où va cette autonomie nouvelle. Il « teste » donc sans cesse ses parents pour en expérimenter les limites. Cette phase est une opération au fondement même du fonctionnement psychique. La négation est posée ici comme l’un des agents majeurs des transformations du psychisme humain, de l’inconscient au conscient, des perceptions aux représentations et au langage, du ça au moi, du passivement subi à l’activement assumé, pour n’en citer que les plus importantes. C’est d’un « non » initial, d’un rejet, que naît le sujet et qu’il discerne son monde intérieur du monde extérieur. Sans ce « non », il n’y aurait pas d’objet, il n’y aurait pas non plus de sujet.

Le regard qui fait « autorité »

L’adulte est en devoir de veiller sur l’enfant et de répondre au regard qui l’interroge. Si l’enfant est animé de l’intention d’explorer le monde, l’adulte a le souci de protéger l’enfant : l’un et l’autre vont coordonner leurs intentions respectives grâce au partage de regard qui n’appartient ni à l’un ni à l’autre mais qui s’inscrit dans leur relation. Chacun n’a qu’une part de ce regard qui « fait autorité » sur l’un et l’autre. Rapidement d’ailleurs, ce regard sera recherché par l’enfant comme un code d’exploration du monde : « En regardant l’adulte qui m’accompagne, j’obtiens une clef de compréhension du monde. » On ne comprend rien à l’autorité si l’on ne pose pas comme principe premier que l’autorité autorise avant d’interdire : c’est en encourageant l’enfant dans son mouvement de curiosité et de découverte du monde que secondairement, et si nécessaire, le froncement de sourcil avec la parole d’interdit qui l’accompagne prendront pour l’enfant une valeur positive et pas simplement une fonction d’entrave. S’il est soucieux de veiller à la vulnérabilité de l’enfant et de le protéger, l’adulte consent d’abord à ce que cet enfant s’éloigne parce qu’il reconnaît dans ce mouvement un potentiel enrichissant de curiosité : autorité provient de la racine indo-européenne « aug » qui signifie « augmenter ». L’autorité c’est ce qui augmente, ce qui donne quelque chose en plus…J’invite le lecteur à lire l’article « le concept d’autorité » sur mon site web : https://www.psychotherapie-psychodrame.be/2017/10/03/quelques-mots-sur-le-concept-dautorite/

L’autorité de l’infantile

« Quand l’enfant a intériorisé ce partage de regard comme guide d’exploration du monde, guide enrichissant puisque ce regard l’autorise dans ses découvertes, il ne lui sera pas trop douloureux d’accepter parfois la contrainte du « non », l’identification à l’interdit, même si ce refus parental suscite une émotion négative transitoire : déception, petite colère… Encore faut-il que, de temps à autre, quand c’est nécessaire, l’adulte dise « non » et prenne le risque d’une bouderie transitoire de l’enfant, d’un désamour momentané. On a trop mis en évidence la valeur du « non », pas assez l’importance du partage de regard ! Pour l’enfant il est très important que le parent reconnaisse ce désir de différenciation et de temps à autre le valide. Mais il est tout aussi important que, du côté du parent, il n’y ait pas acquiescement systématique. À l’ego tout-puissant, à l’affirmation jouissive de son désir, la rencontre de l’autre impose une inéluctable limite : il est de l’intérêt de l’enfant d’apprendre cette limite sans trop tarder. Comme toujours dans l’éducation, le « trop » produit ses propres toxines : à trop reconnaître ce désir assertif de différenciation, on le transforme chez l’enfant en besoin assertif d’opposition, le regard devenant le véhicule d’expression de ce besoin. Dans les troubles oppositionnels avec provocation, le défi du regard est permanent, c’est même le symptôme principal. Chez les enfants tyranniques, ceux dont les parents déclarent qu’ils n’arrivent pas à se faire obéir, ces derniers font presque toujours cette double constatation sur leur enfant : « il suffit de lui dire “non” pour qu’il le fasse », « il ne cesse de nous défier du regard, on a l’impression qu’il le fait exprès ». En ce sens, l’autorité a plus à voir avec le futur qu’avec le passé : c’est précisément dans notre société l’autorité du potentiel, ce que j’ai appelé l’autorité de l’infantile. Mais l’infantile n’est pas l’enfant : l’infantile est une disposition, une tendance, ce n’est pas un individu, une personne.  Il y a aussi ses capacités de séduction : les enfants, dès le plus jeune âge, ont appris les trucs et les ficelles qui font craquer l’adulte : petit sourire en coin, mimique de désespoir, ébauche de pleur plus ou moins théâtral, grimace adéquate… La panoplie des expressions utilisées par un bambin doué est redoutable d’efficacité. Plus fondamentalement et plus sérieusement, l’enfant a aussi la loi pour lui : la puissance paternelle a disparu (en 1970), qui imposait à l’enfant (et à sa mère) le commandement du père (système simple, hiérarchique, sans discussion mais fondamentalement inégalitaire et potentiellement injuste). À sa place, « l’autorité parentale conjointe » est un substitut au maniement délicat car, bien plus que la puissance paternelle, cette dernière s’exerce « dans l’intérêt de l’enfant ». Cet intérêt, on vient de le voir, consiste précisément pour les parents à se mettre (se soumettre ?) au service du potentiel développemental de leur enfant, ce que j’ai appelé « l’autorité de l’infantile ». Cet « infantile » fait désormais autorité sur la fonction des parents, entièrement dévolue à l’épanouissement de sa personnalité : la responsabilité première des parents est, aujourd’hui, de faire en sorte que leur enfant soit épanoui !  (« s’il n’est pas content aujourd’hui, il me dira merci plus tard… »). La fameuse phrase « c’est pour ton bien » était un véritable sésame éducatif absolvant par anticipation bien des abus parentaux. Que reste-t-il de tout cela ? Rien ou pas grand-chose me semble-t-il ! En tout état de cause, rien qui aujourd’hui ne conserve une valeur sociale franchement positive. Que le lecteur me permette ici une incise : pour éviter tout malentendu, je tiens à préciser que ce type d’éducation pouvait avoir et avait très souvent des effets extrêmement nocifs sur l’enfant, par exemple sous forme d’inhibitions assez graves ou de souffrances névrotiques majeures. »[2] Ceci  conduit même à confondre autorité et autoritarisme. Pour reprendre une formule de Winnicott,  il faut que l’environnement soit « suffisamment bon », c’est-à-dire qu’il soit frustrant mais pas trop. C’est en effet à cette condition que pourra se constituer un équilibre narcissique. Un environnement trop frustrant affecterait l’équilibre narcissique ; un environnement trop satisfaisant est pareillement de nature à provoquer une faille dans les assises narcissiques du sujet. L’équilibre narcissique du sujet requiert en effet que, dès son plus jeune âge, l’enfant soit confronté à la frustration sous peine de rester dans une constante dépendance aux autres. « L’éducation supposant des actes d’autorité, de tels parents risquent en effet de se culpabiliser de devoir énoncer des interdits considérés comme méchants et contraires à leur idéal d’amour. Ils pourront d’ailleurs également fonder leur culpabilité sur la peur de perdre l’amour de leurs enfants, cherchant alors à colmater un narcissisme fragile dans la relation à leurs enfants. Cette culpabilité entraîne souvent une relation « narcissisée », centrée sur la séduction. D’où un nivellement dans la relation parents-enfants et, en tout état de cause, une réelle difficulté pour les parents à poser des limites à leurs enfants. »[3]

« Pour conclure, tout dans le monde moderne suit la même pente : il est de plus en plus facile pour un enfant de dire « non » ; il est de plus en plus difficile aux parents de dire « non »…Le « non » de l’enfant qui par là même affirme sa singularité s’est vu doté de vertu citoyenne : l’individu existe par l’affirmation de sa différence, le « non » d’opposition est son sésame.

Les enfants ont besoin de limites : ils s’y sentent protégés tant des autres que de leur propre pulsionnalité. Aider les parents à trouver un subtil équilibre entre ce qu’ils autorisent et ce qu’ils désapprouvent est devenu un enjeu de la parentalité contemporaine ; les parents doivent y mettre beaucoup d’énergie car le jeune enfant, de son côté, n’a nullement l’intention de renoncer à son trône. »[4]

L’autorité en souffrance

« Si le parent souffre d’une blessure narcissique, sa relation à son enfant donnera nécessairement lieu à une projection de ses fantasmes sur ce dernier et affectera l’exercice de son autorité (Cramer, 1982). Une telle projection met en œuvre des scénarios inconscients liés à un processus de réparation (Manzano, Palacio Espasa, Zilkha, 2003). Une culpabilité est ainsi susceptible d’apparaître, dans le cadre de l’éducation de leurs enfants, chez les parents au narcissisme fragilisé. Le développement des professionnels de l’éducation, posés en spécialistes, a également pour conséquence de conduire de plus en plus de parents à croire en l’efficacité de « recettes éducatives » qu’ils sont prêts à adopter à l’égard de leurs enfants, s’apparentant alors à de simples « développeurs » du potentiel de ces derniers. Cette attitude passe aussi bien par la consultation de spécialistes que par le recours aux médias ou aux ouvrages spécialisés, étant encore précisé que certains parents n’hésitent pas à appliquer – le cas échéant de manière mécanique – les informations obtenues, ce qui n’est pas sans générer des difficultés dans l’exercice de l’autorité. En poussant les parents vers un certain infantilisme, la société de consommation rend difficile la transmission des interdits. Ces parents ne sont en effet plus en mesure de donner à leurs enfants les nécessaires « castrations symboligènes », pour reprendre l’expression de Dolto : trop soucieux d’éviter les conflits inhérents au processus éducatif, ils sont ainsi « amenés à inventer des stratégies complexes, stupides, voire perverses, pour échapper à ces confrontations qui leur imposent d’assumer leur fonction ». Prônant la jouissance et le plaisir, la société de consommation véhicule la croyance, pour les sujets, en la fin du manque, source d’un bonheur absolu : « […] des “pousse-à-jouir” invitent les grandes masses à fuir tout ce qui pourrait éveiller du “vague à l’âme”, de la tristesse et du mal-être propice à l’assomption de questions existentielles » (Herfrey, 2005, p. 28). Imprégnés de cette quête de bonheur, les parents pourront, dans un tel modèle social, éprouver une réelle difficulté à accepter le conflit nécessaire dans la relation éducative, celui-ci leur apparaissant en effet comme une contrainte insurmontable. De fait, l’injonction à la jouissance illimitée est assurément incompatible avec une position d’autorité. Il semble incontestable que les difficultés d’autorité des parents dans la relation à leurs enfants résultent essentiellement d’une faille dans le narcissisme parental. »[5]

MOTS-CLES :

Le principe de réalité ; le processus de socialisation ; la naissance du sujet ; le regard qui fait autorité ;le non de l’enfant ; le non assumé de l’adulte ; l’inéluctable limite ; culpabilité et fragilité narcissique parentale ; la castration « symboligène ».

[1] DOLTO F., Lorsque l’enfant paraît, Tome 1. Ed. Du Seuil, Paris, 1977.p. 148-154.

[2] Daniel Marcelli, Dire non, un enjeu décisif dans l’éducation contemporaine,

   https://www.cairn.info/article_p.php?ID_ARTICLE=EP_035_0135

[3] https://www.cairn.info/article_p.php?ID_ARTICLE=DIA_198_0101

[4] Daniel Marcelli, Dire non, un enjeu décisif dans l’éducation contemporaine,

   https://www.cairn.info/article_p.php?ID_ARTICLE=EP_035_0135

[5] https://www.cairn.info/article_p.php?ID_ARTICLE=DIA_198_0101

Réf. : Libres cahiers pour la psychanalyse, 2000/2 (N°2), Dire non, Ed. In Press: https://www.cairn.info/revue-libres-cahiers-pour-la-psychanalyse-2000-2.htm

 

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Hyperactivité et trouble du sommeil

L’hyperactivité

L’hyperactivité compense généralement une dépression masquée par des conduites dites opératoires. « Ainsi, comme le signale Claude Smadja, décrivant l’attitude du patient opératoire : « son narcissisme est orienté vers le dehors, vers la réalité collective, et non vers le dedans, vers la réalité interne. Il cherche la voie de satisfaction dans l’accomplissement de conduites conformes aux valeurs du socius et non dans la rêverie. Il ne connaît pas la détente et le repos, et s’épuise dans la recherche permanente de la satisfaction illusoire d’un exigeant idéal ».[1]

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Dans l’ hyperactivité la pensée n’a plus de recul pour s’apaiser, apaiser, se faire confiance et faire confiance. Quand la capacité de symbolisation et la protection imaginaire échouent la panique de l’angoisse et l’épouvante du réel, reste le recours à l’agir, reste le recours à la motricité comme fuite, défense, évasion. L’agir vient alors à la place d’un remémorer, ce remémorer qui est le prémisse nécessaire à une élaboration symbolique apaisante. Nous tombons malade à force de ne pas faire de nous-mêmes des « patients », alors que se faire « patient » guérit ! Quand l’urgence amène  l’hyperagitation. il devient dès lors urgent de se mettre à penser. L’urgence, pour nous thérapeutes, consiste à prendre du temps et aussi de ne pas toujours faire. Accepter de ne pas toujours faire (être toujours dans l’agir) c’est permettre d’être et de ressentir cette intériorité transformante. Un espace de parole respectant le rythme de chacun, permettant une décharge-recharge émotionnelle, permettant de passer de la plainte à la demande, l’expression de ses difficultés singulières reste indispensable. Si nous arrêtons de bouger dans tous les sens nous pouvons nous sentir bouger de l’intérieur !

L’insomnie

Les insomniaques rejouent au  moment de dormir une souffrance «encapsulée» de génération en génération, ou un deuil non fait, ou un sentiment d’abandon éprouvé dans leur petite enfance. Le sommeil, rappelons-le, est une «petite mort[2]». Les Grecs anciens le savaient déjà puisqu’ils faisaient d’Hypnos (personnification du sommeil) et Thanatos(personnification de la Mort) des frères jumeaux[3]. « Le moi renonce au sommeil parce qu’il a peur de ses rêves. » (S. Freud).  Le sommeil est indispensable pour la reconstitution de l’organisme éprouvé par l’état de veille. Mais sa très grande particularité, introduite par Freud en 1900 dans L’interprétation des rêves, tient dans la spécificité de l’expérience onirique et son importance pour l’économie et la dynamique de la vie psychique. C’est pourquoi, sans doute, le sommeil est si sensible aux événements comme aux fluctuations des émotions qui émaillent notre vie quotidienne »[4].  La fonction onirique a une valeur transitionnelle qui favorise l’activité mentale. Daniel Stern (1985)[5] a montré dans des microanalyses d’interactions filmées en vidéo comment des nourrissons réagissent à leurs mères dépressives. Il a distingué divers types de réactions. Les nourrissons d’un certain type semblent essayer, avec toute leur force, de ramener leur « mère morte » à la vie : un comportement hyperactif observable en est le résultat. De plus, ces bébés ne semblent pas avoir assez d’espace interne et externe pour éprouver leurs propres pulsions et sentiments en tant qu’indices d’un « Soi émergent ». Ils sont insuffisamment capables d’avoir une expérience récurrente d’un « effet de soi », d’une « cohérence du Soi » et d’une « affectivité du Soi » pour leur donner un sentiment de base d’avoir leur propre histoire de soi, un sentiment qui, comme nous l’avons appris, est l’une des conditions nécessaires pour le développement d’un sentiment de soi central stable. Ce peut être une des raisons pour lesquelles le développement d’un « faux self » est souvent observé chez les enfants souffrant de TDAH. L’émergence du soi ne peut se maintenir sans un apport énergétique constant. L’amour narcissique, celui que nous nous portons à nous même, est nécessaire au maintien de soi.

[1] Michel About,L’insomnie en pratique médicale, Médecin généraliste, psychanalyste,Psychothérapeute à l’IPSO,Membre du DER de Psychologie Médicale de Créteil-Paris XII. https://www.cairn.info/revue-le-carnet-psy-2002-4-page-24.htm

[2] L’expression de la petite mort signifie qu’une personne connaît un orgasme. Son origine remonte au XVIème siècle ou ce terme voulait dire syncope ou étourdissement et frissons.
On assimile ainsi l’orgasme à la petite mort car il ressemble aussi au grand frisson qui nommait autrefois cette action ainsi. Puis vint le langage érotique qui se l’est octroyée et qui nous l’a transmis dans le langage courant.

[3] Dans la mythologie grecque, Hypnos (en grec ancien Ὕπνος / Húpnos) est le dieu du sommeil, connu chez les Romains sous le nom de Somnus. Il est le fils de Nyx et le frère jumeau de Thanatos, la personnification de la Mort. Il est aussi le père de Morphée, dieu des rêves.

[4] ibidem

[5] https://www.cairn.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2008-4-page-1213.htm

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Le concept de la confiance en soi

Manquer de confiance en soi, c’est se croire inférieur aux autres, se dévaloriser. Certaines croyances entraînent un certain nombre de comportements dont les retombées négatives pour la personne la confortent dans le jugement négatif qu’elle porte sur elle-même. C’est dans l’enfance que la confiance prend racine, s’élabore et plus tard se ressource. Un nourrisson ardemment désiré sera mieux armé que celui né « par accident ». Il est plus facile de s’aimer lorsque l’on a pu intérioriser un amour parental. Que l’on a été nourri par une mère elle-même étayée par son conjoint…et que l’un et l’autre fort et juste ont accueilli avec bonheur notre venue au monde. Dénigré par ses proches, on prend l’habitude de se dévaloriser et appréhende toute circonstance qui nous mettrait en valeur. Il faut apprendre à ne plus craindre d’être perçu aimable d’être qui nous sommes.

Le manque de confiance en soi, tout comme l’angoisse en général, sont un précieux signal d’alerte nous signalant que quelque chose ne va pas, que nous ne vivons pas en harmonie avec notre histoire, notre pensée, notre désir.

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Composé de cum « avec » et du vieux français « fiance » (qui a donné et oui fiancé, fiançailles) confiance est dérivé du latin fidem « foi » et son équivalent savant étant confidence… c’est dire la richesse et la complexité de ce terme. Mais le « soi » dont il faut s’assurer la confiance tout autant que la lui accorder est lui aussi porteur de sens. Entre le moi freudien, à la troisième personne du singulier, et le self de Winnicott qui peut être entendu comme le sentiment d’existence individuelle, il indiquerait ici le rapport entre le moi-sujet se constituant à travers diverses expériences et le sentiment de force qu’il se communique à lui-même… Lieu psychique et physique, dans lequel la personne totale pourrait douter sans pour autant être inquiétée, il évoquerait un ressenti subjectif perçu avec un certain recul, pour s’affirmer, et soulignerait une perception distanciée entre la confiance et le sujet supposé l’avoir en lui pour lui-même.

Il ne serait pas tant une figure humaine personnifiée qu’une structure – qui advient ou qui fait défaut – quand elle s’affirme ou s’esquive – au sein de laquelle se résoudraient les opérations psychiques complexes qui définissent l’être en devenir, et où se croiseraient, se heurteraient, se réuniraient, les diverses identifications qui le traduisent.

Avoir confiance en soi serait croire en un soi fiable, avoir foi en lui, ce qui suppose un moi bien constitué et suffisamment fort pour à la fois se reposer et compter sur lui pour avancer. La confiance en soi serait la capacité de se vivre au jour le jour dans la certitude du lendemain. De se sentir aimé à n’en pas douter d’être aimable. De ne se laisser ébranler ni par la critique, ni par la flatterie. Ni déstabiliser par (ce) qui nous contredit ni altérer par le regard de l’autre tout en restant indifférent à la malveillance, à la mesquinerie, à la médisance. Ce serait oser s’exprimer, oser entreprendre. Parcourir un chemin pour arriver à un but, surmonter les obstacles, croire en ses facultés, se connaître soi-même. Se sentir soutenu bien sûr par un entourage reconnaissant et ne pas renoncer à soi pour plaire à l’autre. Ce serait encore le désir de rester fidèle à ce qui nous tient à cœur dans la mesure où, conscient de sa valeur, on admettrait, en même temps, que son changement perpétuel au contact du monde, ses erreurs et ses errances autant que ses atouts et ses certitudes. Même sûr de soi, on traverse des périodes de doute ou de remise en questions qu’il faut s’avoir s’avouer si l’on veut en sortir. L’opposé, le manque de confiance se traduira par un sentiment diffus de non-existence, un fantasme de disparition, une volonté de s’annihiler plus tôt que d’encourir échec ou refus… Une insensibilité prétendue au froid, au chaud, aux variations de température, de crainte d’être dans l’erreur en témoignant de sensations que contredirait celui dont la confiance semble si supérieure qu’elle exclut sans conteste la nôtre. Une propension à la culpabilité, de préférence infondée, justifie ce manque de force intérieure, mais conjure l’anéantissement qui guette au contact du dehors…

Confiance en soi et capacité d’être seul

La confiance implique une qualité de l’interaction pour laquelle la séparation ne constitue pas une menace, mais un défi créatif. L’absence d’autrui et les nouvelles distances dans l’interaction avec l’environnement sont une opportunité pour que le bébé développe la « capacité d’être seul » (Winnicott, 1958).

Selon Winnicott, telle est l’une des conquêtes fondamentales de son processus de développement, qui est également le moyen par lequel il peut éprouver l’effet de son action sur le monde et sur soi-même, mesurant ainsi « la confiance en soi et en ce qu’il peut espérer de la vie » (1950 : 292). Apprendre à être seul en présence de l’autre c’est tout autant apprendre à être soi en présence de l’autre. La notion de solitude se met en place en même temps que s’élargissent les possibilités d’un espace intérieur . La capacité à être seul en présence de l’autre souligne cette solitude essentielle, et nécessaire, si l’on veut tenir debout, aller jusqu’au bout de ses projets, porter sa propre vie. Cette capacité à être seul en présence de l’autre – c’est-à-dire à être vraiment soi-même au cœur de la relation, sans avoir « besoin » de l’autre – conditionne la possibilité d’affronter la « vraie » solitude.

Allons interroger également le concept de l’estime de soi.

Du côté du concept de l’estime de soi

 

L’estime de soi : Quelques définitions

Selon Robert W. Reasoner, auteur américain : « C’est la conscience de la valeur personnelle qu’on se reconnaît dans différents domaines. Il s’agit, en quelque sorte, d’un ensemble d’attitudes et de croyances qui nous permettent de faire face à la réalité, au monde. »[1]

Selon Germain Duclos[2] : «  Avoir une bonne estime de soi ne signifie pas être gentil, mais bien avoir conscience de ses forces et de ses faiblesses et s’accepter soi-même dans ce qu’on a de plus personnel, de plus précieux. Cela signifie prendre ses responsabilités, s’affirmer, savoir répondre à ses besoins, avoir des buts et prendre les moyens pour les atteindre. Avoir une bonne estime de soi, c’est se respecter soi-même tout en ayant de la considération pour les autres ».[3]

Ou encore…

« L’estime de soi, c’est la valeur positive qu’on se reconnaît globalement en tant qu’individu et dans chacun des domaines importants de la vie. On peut avoir une bonne estime de soi comme travailleur, mais une image de soi très négative comme parent ou comme amant. »[4]

Et…

« L’estime de soi, suppose une conscience de ses difficultés et de ses limites personnelles. Toute personne qui a une bonne estime de soi est capable de dire d’elle-même : « J’ai des qualités, des

 forces et des talents qui font que je m’attribue une valeur personnelle, même si je fais face à des difficultés et que je connais mes limites. » [5]

Un schéma résumant ce concept :

schéma estime de soi

Voici, à contrario, le Schéma des effets négatifs de la sous-estimation de soi :

 

 

Comment modifier son estime de soi ?

Avec 9 CLEFS :  (3 rapports de sens)

  • 1) le rapport à soi-même
  • 2) le rapport à l’action
  • 3) le rapport aux autres

Le rapport à soi-même :

  1. Se connaître
  2. S’accepter
  3. Etre honnête envers soi

 

Le rapport à l’action :

(Sentiment de compétence)

  1. Neutraliser les 4 « r » qui créent l’inhibition et le stress : ruminer, ressasser, râler, ne rien faire.
  2. Faire taire le « critique intérieur » (« de toute façon, ça sert à rien, c’est nul…).
  3. Accepter l’idée de l’échec (attribut externe, spécificité, instabilité de l’échec).

Le rapport aux autres :

  1. Oser s’affirmer, exprimer ce que l’on pense, ressent tout en respectant ce que l’on

pense et  ressent.

  1. Eviter les comportements inhibés (cf. Image du paillasson), agressifs (cf. Image du hérisson) révélateurs d’une incapacité à s’affirmer en restant dans la confrontation.
  1. Capacité à l’empathie.
  1. S’appuyer sur le soutien social

Comment encore…

ü  Analyser ce qui nous empêche d’avoir une bonne estime de soi.

ü  Aller à la rencontre de ses forces et fragilités et les observer avec bienveillance.

ü  Oser se donner des permissions pour ne plus nourrir ses complexes.

ü   Mieux connaître ses compétences pour pouvoir davantage se fier à soi.

ü  Changer la perception qu’on a de soi-même.

ü  Apprendre à s’estimer à sa juste valeur, à s’évaluer de manière plus positive.

ü  Être assertif.

Le concept de l’assertivité peut également nous aider dans la compréhension d’une meilleure confiance en soi. Voici quelques idées générales :

L’assertivité :

Le mot vient du mot anglais ASSERTIVENESS. Initié par Andrew SALTER psychologue New-yorkais dans la première moitié du siècle dernier. Développé plus récemment par Joseph Wolpe, psychiatre et professeur de médecine américain comme « Expression libre de toutes émotions vis à vis d’un tiers, à l’exception de l’anxiété »

L’assertivité est définie comme une attitude dans laquelle on est capable de s’affirmer tout en respectant autrui. Il s’y agit de se respecter soi-même en s’exprimant directement, sans détour, mais avec considération. Cela conduit à diminuer le stress personnel, à ne pas en induire chez autrui et à augmenter l’efficacité dans la plupart des situations d’entretien. Cette attitude est particulièrement importante dans toutes les situations de la vie, mais elle l’est particulièrement dans toutes les situations d’entretiens professionnels et notamment dans le management (domaine où elle est trop souvent ignorée).

Par l’assertivité il s’agit de s’’affirmer sans agresser, sans s’effacer. L’assertif postule le respect réciproque des opinions. Les compétences liées à l’assertivité sont :

se respecter et se faire respecter,

  • développer une bonne assurance interne,
  • identifier ses attitudes les plus fréquentes,
  • savoir faire face à des comportements passifs, agressifs et manipulateurs,
  • communiquer efficacement,
  • La position de l’assertif correspond au « je suis OK, vous êtes OK et pas KO ! ».

Les compétences liées à l’assertivité sont :

  • se respecter et se faire respecter,
  • développer une bonne assurance interne,
  • identifier ses attitudes les plus fréquentes,
  • savoir faire face à des comportements passifs, agressifs et manipulateurs,
  • communiquer efficacement.

La position de vie de l’assertif correspond au « je suis OK, vous êtes OK » (relation idéale selon l’analyse transactionnelle). L’assertif postule le respect réciproque des opinions : ce n’est pas parce que moi j’aime telle chose que les autres ont tort de ne pas l’aimer.

Un comportement assertif consiste à s’exprimer en respectant le plan suivant :

  • Exprimer les faits…
  • Puis donner votre sentiment sur les faits exposés en utilisant le JE plutôt que le TU
  • Exprimer votre demande suite aux faits.

L’assertivité, cela s’apprend…

Comment être assertif ?

L’assertivité est une attitude de fermeté; fermeté par rapport aux événements, par rapport à ce que vous considérez comme acceptable ou non. Ce n’est pas de l’agressivité. Ce n’est pas l’expression de la rancœur, le défoulement des frustrations. C’est plutôt un moyen de les éviter. Ce n’est pas une menace. C’est la délimitation d’un territoire qui n’est pas accessible à l’autre, qui n’appartient qu’à vous. C’est un peu comme un panneau sens interdit. Un automobiliste ne se fâche pas lorsqu’il voit un tel panneau à l’entrée d’une rue. Il est là dans l’intérêt de tous. C’est la même chose avec une attitude assertive. Elle est là, dans l’intérêt de la victime et de celui qui tente de la harceler en établissant clairement les comportements acceptables et répréhensibles. L’assertivité n’est pas donnée à tout le monde. Elle est trop peu développée. La plupart des personnes, lorsqu’elles étaient enfant ont plutôt appris à accepter, à obéir et à ne pas poser de questions. Se révolter n’était pas nécessairement bien vu. Cela part d’une bonne intention, mais cela n’aide pas la personne à apprendre à exprimer ses sentiments, à trouver la manière de les exprimer et à fixer ses propres limites. Si vous n’avez pas appris à être assertif dans votre enfance, rien ne vous empêche de rattraper votre retard une fois adulte. Comme pour les langues, l’informatique, la photographie, … C’est probablement l’apprentissage le plus utile pour un adulte et pas uniquement pour ceux ou celles qui sont victimes de harcèlement moral.

Références :

Pedro Salem,De la genèse à la reproduction de la confiance chez l’enfant,Corps,2007/1 (n° 2) ,Éditeur : Dilecta ,Université de Rio de Janeiro, Brésil

Virginie Megglé , http://www.psychanalyse-en-mouvement.net/actualites/article-33-2003123033-confiance-en-soi.html;   .

Jacques Arènes, Apprendre à être seul en présence de l’autre, Imaginaire & Inconscient,2007/2 (n° 20) ,  Éditeur :L’esprit du temps.

Thomas d’Ansembourg « Cessez d’être gentil, soyez vrai ! », , Ed. De l’Homme, 2001.

René de Lassus ,« Oser être soi-même », ,Editions Marabout,1992.

http://www.psychotherapie-psychodrame.be/2016/01/31/developpons-nos-competences-et-non-nos-defauts/

http://www.psychotherapie-psychodrame.be/2016/01/31/cultiver-son-jardin/

http://www.psychotherapie-psychodrame.be/2016/01/31/vivre-le-moment-present/

http://www.psychotherapie-psychodrame.be/2016/01/31/la-communication-relationnelle-de-jacques-salome/

http://www.psychotherapie-psychodrame.be/2016/01/31/pensee-et-psychologie-positives/

http://www.psychotherapie-psychodrame.be/2017/09/07/pourquoi-le-changement-fait-il-si-peur-ou-comment-sempecher-dagir/

[1] http://www.estimedesoi.org/

[2] Auteur, formateur, chargé de cours à l’Université de Sherbrooke

[3]LAPORTE D., SEVIGNY L., Comment développer l’estime de soi de nos enfants, Hôpital Sainte-Justine, mars 1994, pp. 9.

[4]DUCLOS G., L’estime de soi, un passeport pour la vie, Hôpital Sainte Justine, 2000, pp.17.

[5] Idem.

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La sanction éducative et la punition impulsive

Souvent la sanction est associée au mot « punition ». Or ces deux notions ne sont pas assimilables. Pour mieux les comprendre il faut les différencier. La sanction est une réponse donnée à une transgression de la règle. C’est un acte qui ne se pose pas dans l’emportement, la colère. La sanction donne une consistance à la règle. La sanction éducative a pour fonction de réaffirmer l’importance de la loi et non de rendre tout puissant la personne qui la fait respecter. Sanctionner c’est faire preuve d’autorité en confrontant l’autre à la réalité qui l’entoure. Qu’est-ce que l’autorité ? (cf. mon texte : » Quelques mots sur l’autorité »).

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La punition est plutôt une réaction (avec un bonne part d’émotionnel) à un comportement perçu comme une transgression. Punir c’est réagir dans l’émotionnel et décharger ses sentiments en affirmant sa domination vis-à-vis de l’autre (enfant, adolescent, adulte). Souvent la punition est imposée, non pour réparer ou apaiser, mais culpabiliser (« tu as vu ce que tu as fait, tu l’as bien mérité, tu n’es qu’un sale gamin » ou pour servir d’exemple (« voilà ce qui arrive quand on provoque »). La punition est souvent exagérée en espérant dissuader l’enfant, l’adolescent de recommencer. Elle est peut être exagérée aussi parce que le parent ou l’éducateur est en colère et que c’est un moyen de décharger son agressivité. Par ailleurs, la punition est souvent décidée non en fonction de ce qui s’est objectivement passé mais en fonction de la résonnance immédiate que cette transgression provoque chez celui qui découvre ces faits. C’est pour cette raison qu’elle est souvent vécue comme injuste. Punir  c’est réagir dans l’émotionnel et décharger ses sentiments négatifs en affirmant sa domination. Ce faisant on répond à une transgression d’enfant, d’adolescent par une transgression d’adulte.

Quand la sanction est énoncée dans un moment de colère, l’adulte court plusieurs risques :

–          La sanction peut être disproportionnée par rapport à l’acte

–          La sanction peut être mal choisie

–          La sanction a plus d’inconvénients pour les autres que pour le « fautif »

–          La sanction est inapplicable dans les faits ou ne correspond pas aux valeurs des parents (ex. « je ne veux plus te voir jusque demain » alors qu’il est 17h.

Dans ces différentes situations, l’adulte peut être amené à revenir sur sa parole et entacher sa crédibilité (en tout cas si cela arrive souvent).

La sanction est un coup d’arrêt. Sans celui-ci, l’enfant peut être conduit à persévérer, à aller plus loin, à faire plus mal, à se faire plus mal. « La sanction, écrit Jean-Bernard Paturet (1997, p. 6), a donc comme fonction essentielle, quand elle est fondée sur cette reconnaissance du sujet désirant, d’empêcher que le sujet se perde dans une régression infinie ou dans une puissance mortifère. » L’éducateur doit soutenir des « non », savoir faire face même si ses prétentions narcissiques doivent en souffrir. La peur de ne plus être aimé taraude souvent l’éducateur qui s’oppose ou se risque à poser un refus.

Adossée à la loi, la sanction repose sur le principe d’humanisation et est au service de l’avènement du sujet. Sa vocation première est bien de rappeler que la loi prime sur le pouvoir des adultes.

Le mot sanction, nous dit le Robert historique, dérive du sancire qui signifiait « rendre sacré, inviolable », puis « établir solennellement, par une loi ». Par son action bivalente, la sanction permet aux thérapeutes de borner et restaurer les limites, de continuer à œuvrer pour que du sens advienne là où était le chaos de l’excitation, l’impératif du besoin. La sanction s’adresse à un individu, elle appelle la parole. La punition  vise l’indignité de l’être et relève du dressage par la contrainte tandis que la sanction permet une élaboration des conséquences d’un acte par son auteur. Cette volonté actuellement affirmée de vouloir restaurer les valeurs de l’autorité et de la discipline influe sur les pratiques pédagogiques en matière d’éducation des jeunes enfants. L’évolution des pratiques enseignantes « innovantes » se heurte à un enracinement qui privilégie la compétence, l’efficacité, voire la précocité.

La sanction vise à rappeler la primauté de la loi et non la prééminence des adultes. Plus généralement, elle manifeste l’importance de l’existence d’un ordre symbolique structurant : le droit ou plus simplement l’ensemble des règles explicitées. Une sanction qui entend faire œuvre d’éducation ne peut donc être utilisée comme une stratégie de réactivation du pouvoir du maître ou de l’adulte. Rappeler la loi, c’est aussi en appeler à sa valeur d’instance, c’est-à-dire à sa capacité à lier un « je » à un « tu » pour faire advenir un « nous ».

Il n’y a pas de « vivre-avec » (autrui) qui ne soit articulé à un « vivre-devant » (la loi). Le vivre-ensemble ne peut être pensé comme ferme et permanent que sur fond d’une instance transsubjective. Et ce transsubjectif, c’est la loi. La sanction rappelle que les lois que le groupe se donne ne peuvent être impunément ignorées ou violées au risque de le faire éclater. Telle est la finalité politique de la sanction : rappeler la loi pour préserver l’identité et la cohésion du groupe. Toute infraction met en péril le groupe dans son existence sociale, car la loi est ce qui nous relie par la dialectique des droits et des devoirs.

Le règne de l’autoritarisme, même si les thèmes de la répression et de la discipline sont de retour, est mis à mal et ses nuisances reconnues. Aujourd’hui, l’éducation distingue la sanction qui s’attache à l’acte, de la punition qui s’en prend à la personne. Les parents comme les professionnels reconnaissent que sans légitimité il est impossible d’asseoir leur autorité et de faire accepter une sanction. Une légitimité qui se gagne dans le respect, la fermeté et la prise de conscience de l’acte commis.

 Les quatre règles d’or de la sanction

La sanction doit, tout d’abord, donner à penser et non à voir ; et donc renoncer tant au spectaculaire, qu’à la mise en scène ou à l’édification du groupe. S’il n’y a pas de sanction exemplaire, mais que des punisseurs exemplaires, c’est parce que ce qui doit toujours être privilégié, c’est le sens donné par une parole établissant une relation avec la transgression. La sanction n’a pas l’obligation d’être admise, du moment qu’elle est comprise. Cette compréhension peut se manifester tardivement, ses effets ayant un rôle bien plus structurant qu’on ne l’imagine. En cela, la sanction se distingue de la vengeance qui, elle, est silencieuse et ne s’annonce pas forcément.

Seconde règle, la sanction porte sur des actes : on sanctionne un manquement à un contrat social, pas celui qui s’en est rendu coupable, l’indignité de ce qui a été commis et non l’indignité de son auteur, le vol et non le voleur. Le sujet doit bénéficier d’une bienveillance inconditionnelle. C’est sur ses conduites que s’exerce l’intolérance. On préserve ainsi l’infracteur d’une culpabilité ontologique qui porterait sur sa personne, sur son manque ou son déficit.

Troisième règle, la sanction doit apparaître comme privative d’un avantage, d’une joie ou d’un droit partagé (comme être avec ses pairs). S’il y a là une inévitable source de frustration, il ne peut y avoir d’humiliation. Aristote expliquait qu’il y a une bonne honte, c’est celle qui freine les attitudes, sans altérer la personnalité.

Dernière règle d’une sanction qui se veut éducative : un geste à l’intention de la victime. Ce qu’il est de coutume d’appeler la réparation, permet non seulement de compenser le tort commis, mais aussi, par un acte positif, de réintégrer le lien social.

Réparer, c’est remettre en état, refaire, raccommoder. C’est aussi compenser. C’est à Melanie Klein  que revient le mérite d’avoir introduit la notion de réparation comme concept clinique pour désigner un mécanisme inhérent à la position dépressive. Selon cet auteur, l’enfant est très tôt confronté à la peur inconsciente de l’anéantissement, à des pulsions persécutrices qui sont des fantasmes de destruction, de mise en pièces et de dévoration. Face à ses pulsions morbides, l’enfant est envahi par l’angoisse et la culpabilité d’avoir détérioré l’objet d’amour (la mère). Craignant de perdre l’amour en même temps que l’objet, l’enfant désire annuler le mal qu’il a fait. À l’origine de la tendance réparatrice se trouvent donc la peur de perdre l’amour et le sentiment de culpabilité qui l’accompagne. La réparation est une tentative d’apaisement et d’élaboration des pulsions, un processus de maturation qui se fonde sur la reconnaissance de la souffrance causée. C’est en ce sens que les procédures réparatoires nous intéressent, car celui qui manifeste le désir de réparer est en position de responsabilité par rapport à ses actes. Il les reconnaît et les assume.

Le besoin de réparer est aussi le désir de se réparer. La dialectique réparer/se réparer est bien réelle, car l’objet réparé ne revient jamais à l’état antérieur ; il est autre, il est créé à nouveau. C’est en recréant l’objet que le fautif se recrée lui-même. La réparation est, en ce sens, un mouvement de construction du moi. Réparer, c’est aussi être en position de reconnaissance par rapport à autrui, car si l’on répare quelque chose, on répare aussi et d’abord à quelqu’un. La réparation est orientée vers « un autrui ». Avoir recours à une procédure réparatoire, c’est au-delà du face-à-face punisseur-puni introduire une tierce personne qui est la victime. C’est à elle que s’adresse la réparation. En ce sens, on peut dire qu’une sanction éducative est reconstructive, car elle tend à retisser les fils et à renouer le lien social, un instant blessé.

Références :

Jacques Trémintin, Lien Social numéro 918,26 février 2009, Le sens de la sanction dans l’action éducative.

La sanction, La lettre de l’enfance et de l’adolescence, 2004/3 (no 57) , ERES .

« Grandir avec des limites et des repères….pour aller plus loin » (brochure ONE : N° Edition : D/2007/74.80/67).

La lettre de l’enfance et de l’adolescence, 2004/3 (no 57), La sanction, Réflexions sur la sanction dans le champ de l’éducation.

 

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Quelques mots sur le concept d’autorité

L’autorité (auctoritas), faculté de l’auctor, est « ce don réservé à peu d’hommes de faire surgir quelque chose et – à la lettre – de produire à l’existence » .[i] Kojève[ii] insiste sur la distinction entre autorité et force (violence) et considère que l’autorité est l’apanage d’un être conscient et libre. Là où il y a force et contrainte, il n’y a pas autorité. L’autorité fait agir alors que le pouvoir agit ; cette définition permet à Kojève d’établir la distinction entre force (potestas) et autorité d’une part et entre autorité et « discussion » ou « compromis » – que Arendt[iii] nomme « persuasion » – d’autre part. Ainsi, s’il y a distinction entre les deux termes et notions, il y a association de l’un avec l’autre : le pouvoir n’est pas sans autorité, l’autorité n’est pas sans pouvoir. Mais aussi, en position dominante, l’un peut se manifester sans l’autre. Le pouvoir peut se manifester sans l’autorité, c’est la figure de l’aliénation du dominé au dominant dont le rapport de la foule au meneur fournit le modèle exemplaire où chacun est « au pouvoir » d’un chef.

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Dans les plus anciens emplois, augeo indique l’« acte de produire hors de son propre sein ; acte créateur qui fait surgir quelque chose d’un milieu nourricier et qui est un privilège des dieux ou des grandes forces naturelles, non des hommes » . Augur, terme religieux, aurait d’abord désigné « la “promotion” accordée par les dieux à une entreprise et manifestée par un présage. En somme, l’auctoritas, faculté de l’auctor, est « ce don réservé à peu d’hommes de faire surgir quelque chose et – à la lettre – de produire à l’existence.

L’auteur est celui qui inspire l’entreprise, à la différence de l’artifex qui l’a seulement faite. Ce terme provient de augere, « augmenter », nominalisé en auctor, nom d’agent issu du verbe augeo, qui appartient à la sphère politique à côté de laquelle se trouve le doublet religieux augur, « augure », dont est dérivé l’adjectif augustus ; ces deux noms ont donc la même étymologie. Le radical en indo-iranien signifie « force ».

« Auteur » vient du latin auctor qui avait le sens de « instigateur, fondateur, auteur », mais aussi de « conseiller ». Mais bien sûr, on peut aller plus loin : auctor est dérivé du verbe augere, « faire croître, augmenter ». L’auteur est donc « celui qui augmente »… « Auteur » a la même origine que « autorité » : auctoritas en latin dérive également de augere, augmenter. Ici, l’idée est que celui qui détient l’autorité augmente l’efficacité, la valeur d’un acte (juridique, par exemple). Auteur et autorité ont longtemps été liés, et aujourd’hui encore on peut dire d’un auteur qu’il « fait autorité dans son domaine », par exemple.

Mais pour Émile Benveniste, linguiste spécialisé dans la grammaire comparée des langues indo-européennes, rapporter « auteur » et « autorité » (mais aussi « augure » et « augustin ») à l’idée d’augmenter n’est pas suffisant. En indo-européen, la racine aug- désigne la force, notamment la force divine. Alors, est-il possible qu’ « augere » en latin ait eu un sens plus fort que simplement « augmenter » ? Augere, augmenter, c’est accroître ce qui existe déjà, mais dans un sens plus ancien, c’est produire ce qui n’existe pas encore. Augmenter le réel, c’est créer.

L’auteur est donc un créateur. Auctor, c’est « celui qui accroît, qui fait pousser, l’auteur », traduisent couramment les dictionnaires latins. Conrad de Hirsau, grammairien du xie siècle, explique dans son Accessus ad auctores : « L’auctor est ainsi appelé du verbe augendo (« augmentant »), parce que, par sa plume il amplifie les faits ou dits ou pensées des anciens. »

Si l’on interroge le petit Larousse, l’autorité signifie « droit ou pouvoir de commander, de se faire obéir ». Mais si l’on se penche sur les « origines », à travers un « antique » dictionnaire d’étymologie, autorité nous renvoie à auteur, du latin auctorem qui lui-même se rattache à augere, auctum . Vaste programme ! L’auteur est proprement celui qui augmente d’où, celui qui produit, celui qui concède un droit. À ce dernier sens se réfèrent les acceptions des dérivés savants, autoriser , autorité, autoritaire.

« Ainsi, à celle de l’autorité serait intimement liée la notion de respect, indépendante elle de l’exercice du « pouvoir soumettre », mais qui autoriserait l’idée que la personne qui dépend puisse en ça-voir, momentanément, plus ou mieux, que celle qui représente le pouvoir qui confère autorité. Et de ce fait d’avoir, à son tour, une certaine autorité qu’il est bon de reconsidérer pour maintenir le contact en lui permettant de s’exprimer. »[iv]

Références :

François Dutrait ,Marc Derycke  Revue, Le Télémaque 2009/1 (n° 35) Autorité : retour aux sources .PUF

https://www.cairn.info/revue-le-telemaque-2009-1-page-113.htm#no8

http://www.signesetsens.com/psycho-de-ces-equivoques-limites.html

[i] https://www.cairn.info/revue-le-telemaque-2009-1-page-113.htm#no8

[ii] A. Kojève, La notion de l’autorité, Paris, Gallimard, 2004.

[iii] H. Arendt, « La crise de l’éducation », in La crise de la culture, Paris, Gallimard (Folio essais), 1996, p. 247.

[iv] http://www.signesetsens.com/psycho-de-ces-equivoques-limites.html

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