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Le juste milieu ou le tiers inclus

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Trouver son équilibre et son autonomie psychiques c’est passer à ce que l’on peut appeler « la conscience réfléchie ». Au cours de cette étape, nous apprenons à faire le tri entre nos désirs, nos projets, nos pensées, nos émotions… Nous devenons ainsi plus libres parce que nous nous détachons de nos désirs confus et contradictoires. Nous constatons que nous étions aveuglés par des fantasmes, des imaginations irréalistes où tout tournait uniquement autour de nous-mêmes et de notre supposée grandeur. Ensuite, nous nous réalisons, parce que nous parvenons à des choix où nos aspirations s’accordent à la vie en société. Il s’agit en fait de choisir « avec » les autres, sans pour autant nous soumettre passivement à leur domination. L’équilibre de la personne ne résiderait-il pas dans notre capacité à accepter nos antinomies ?

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Être, devenir autonome psychiquement

 

« Autonome » vient du grec autos : soi-même et nomos : loi, règle. L’autonomie est la faculté d’agir par soi-même en se donnant ses propres règles de conduite, sa propre loi. C’est la capacité à agir par soi-même, à choisir par soi-même et à penser par soi-même. Devenir autonome c’est pouvoir fonctionner selon les normes que l’on se fixe soi-même et exige donc une certaine dose de maturité. L’autonomie est donc définie par la capacité à se gouverner soi-même. Elle présuppose la capacité de jugement, c’est-à-dire la capacité de prévoir et de choisir, et la liberté de pouvoir agir, accepter ou refuser en fonction de son jugement. Cette liberté doit s’exercer dans le respect des lois et des usages communs. L’autonomie d’une personne relève ainsi à la fois de la capacité et de la liberté.

L’autonomie affective se traduit par la capacité de subvenir à ses propres besoins émotionnels. L’amour, la chaleur humaine, l’attention, la tendresse, la patience, l’empathie et la joie sont quelques-uns des ingrédients de cette nourriture émotionnelle nécessaire au développement d’une autonomie émotionnelle. L’indépendance affective est cet état dans lequel une personne a suffisamment d’amour d’elle-même pour ne plus être dépendante de l’amour des autres.

Ce que j’en dis, entre autres, dans mon livre « Prendre soin de soi et de l’autre en soi[1] » à la page 94.

« Il appartient à chacun de ne pas s’abuser et de cesser d’accuser autrui d’être le responsable de sa souffrance ou de ses manques. Passer de la victimisation à l’affirmation, et donc à la responsabilisation, suppose qu’on accepte de ne plus se complaire dans la dépendance ou l’impuissance. Accéder à la reconnaissance de ses blessures et de ses besoins, apprendre à développer des capacités d’autonomie et de prise en charge personnelle, des moyens visant à satisfaire ses propres besoins, telles sont les bases d’une liberté d’être à la fois plus centrée et plus ouverte. Cette responsabilité de conscience constitue un pas essentiel vers le respect de soi. »[2] Le « processus de séparation-individuation » est indispensable à l’autonomie. Qu’est-ce que l’individuation ?

Le processus d’individuation

 

A la page 58 de mon livre :

“L’individuation n’a d’autre but que de libérer le Soi, d’une part des fausses enveloppes de la persona, et d’autre part de la force suggestive des images inconscientes”. C’est un chemin, un processus de transformation qui consiste en une prise de conscient de plus en plus étendue et à une obéissance au Soi. »[3] « La philosophie grecque a forgé un très beau concept : la métanoïa[4], cet effort sur soi, cette conversion intime qui visent à se transformer radicalement pour embrasser un art de vivre apte à nous préserver des passions tristes, des réflexes, de l’égoïsme, de la prison des habitudes. Avancer, progresser, se délester de ce qui alourdit, se libérer, pour les autres et donc pour, le monde tout entier. »[5] Ainsi, la réalisation du Soi est la condition sine qua non de notre liberté.

A la page 30-31 :

 

L’individuation se fait à partir des autres et moyennant la réalité de l’autre comme autre. « L’individuation psychique, cela implique au moins quatre dimensions : la capacité de soutenir une identité, de l’assumer ; cela suppose une capacité d’existence psychique par soi-même ; une capacité de relation avec les autres ; et enfin, une capacité d’être en société, de jouer le jeu du collectif. »[6]

 

À la page 12 :

« C’est l’individuation psychique qui fait des humains des êtres pour eux-mêmes, des êtres d’action et des êtres pour les autres, des êtres en société. Autant de registres qui ne vont nullement de soi, qui ne sont nullement donnés par la nature, qui relèvent de processus de constitution problématiques puisque payés dans tous les cas de lourdes séquelles qui nous hantent d’une manière ou d’une autre. »[7]

 

Le juste milieu

 

Retrouver le juste milieu, c’est réintroduire du tiers, l’inclure au lieu de l’exclure. C’est le « et » au lieu de « ou », « ou bien », le « nous » en place et à côté ou après le « je ». Nous retrouvons ce concept dans celui de l’espace transitionnel. Tout espace transitionnel sert à créer du lien, constitue un espace de partage, une aire solidaire opposée à l’individualisme, le « nous » opposé au « je fais ce que je veux, je suis ce que j’aime ». Le lecteur trouvera un développement plus approfondi dans mon livre « Prendre soin de soi et de l’autre en soi » à la page 145-159.

Trouver, chercher le juste milieu c’est aussi et surtout faire, non seulement ce travail d’élaboration de la pensée, mais aussi celui opéré par la symbolisation (cf. le jeu de la bobine), qui permet de surmonter le traumatisme de la séparation p.ex. Le jeu (représentation scénique p.ex.) constitue un véritable chaînon manquant entre la décharge et la pensée.

 

Qu’est-ce que le « milieu » ?

Ce terme vient de Mi et Lieu. En général, il s’agit de tout endroit qui est éloigné de la circonférence, des extrémités. Le lieu est distant des extrémités. C’est la partie moyenne d’une durée entre le commencement et la fin. C’est un intermédiaire. Le dictionnaire Le Littré[8] définit, entre autres, le milieu comme « tout corps, soit fluide, soit solide, qui peut être traversé par un autre corps, spécialement par la lumière. L’air, l’eau, le diamant sont, pour la lumière, des milieux qui la réfractent diversement en vertu de leur densité différente ». L’air est le milieu dans lequel nous vivons. L’eau est le milieu où vivent les poissons. Les antonymes de « milieu » sont : extrémité, bordure, écart …

Que veut dire « juste » ?

Ce mot vient du latin justus et désigne « qui est conforme au droit, à la raison et à la justice ». C’est ce qui est fondé,  exact, légitime, qui s’accorde bien, qui cadre. Dans l’ancien français, jus est le nominatif masculin, juste est le régime. Justus est considéré comme une autre forme de jussus, participe passif de l’ancien verbe jussere ; il signifierait proprement : ordonné, prescrit. Ses antonymes sont : abusif, inexact, erroné, faux, inéquitable …

La question du tiers c.-à-d. du « trois » :

 

Voici ce que j’en dis dans mon livre « Prendre soin de soi et de l’autre en soi » à la page 49-50.

« Dans sa plongée au cœur de la pensée chinoise, nous rapporte l’historienne Élisabeth Roudinesco, Lacan cherchait d’abord à résoudre une énigme… la fameuse topique du réel, de l’imaginaire et du symbolique. Voici sur quel texte il travaillait avec François Cheng [9] : “ La parole engendre le un. Le un engendre le deux, le deux engendre le trois et le trois engendre toutes choses… L’harmonie naît du vide médian ”[10]. Le vide médian c’est : zhongkong 中空, comme l’est “le vide central de la roue qui fait avancer le char ”[11]. L’interprétation faite par Lacan de la pensée de Lao Tseu, fait remarquer Roudinesco, était un peu de la même nature que celle qu’il avait donnée du commentaire heideggérien du logos d’Héraclite »[12].

Et à la page 202-203 :

« Le 3 : viens de « tres » (trio, triple, tricolore, trident, trimestre, trancher (couper en trois) ont la même racine). Le chiffre 3 fait esprit de synthèse qui permet de résoudre les conflits entre 1 et 2. En tant que nombre naturel, 3 est le premier des nombres premiers (divisible par 1 et par lui-même), le premier des nombres impairs et le premier des nombres triangulaires. C’est pourquoi Pythagore (philosophe et mathématicien grec, VIe siècle avant J-C.) identifiait en 3 un nombre parfait, moyen et proportionnel, qui présidait à la musique, la géométrie, l’astronomie. À partir de là, il érigea un système selon lequel « les nombres seuls permettent de saisir la nature véritable de l’univers ». Le 3 revêt un caractère universel. Citons parmi les triades les plus connues le Père, le Fils et le Saint-Esprit pour les chrétiens, Vishnu, Shiva et Brahma pour les hindous, Buddha, Dharma et Sangha pour les bouddhistes. Citons toute la symbolique du chiffre 3 que l’on retrouve dans : « les trois temps de la pulsion » ; les trois fonctions symboliques du père (réel, symbolique, imaginaire) chez Lacan ; les trois registres de la peau chez Aquien Michèle [13]; le jeu des trois figures de Serge Tisseron ; les trois temps d’une séance de psychodrame ; les trois instances de la personnalité de Freud (2e topique) ; les trois temps de la pulsion, les trois états du Moi en Analyse transactionnelle ; les trois étapes du stade du miroir (Lacan) ; la métaphore des trois poupées [14]; le jeu des trois figures ; la tiercéité : « c’est en effet le tiers, ce trait d’union séparant et reliant, un projet, une cause, une valeur, un principe fédérateur, qui serait capable de les transcender et de les étayer de l’extérieur pour les sauver du duo. On ne peut être deux que si l’on est trois. On ne désire en effet jamais quelque chose ou quelqu’un dans l’absolu, seulement pour ce qu’il est. Tout désir est désir du désir, de même que tout amour est amour de l’amour. Seule cette quête pourrait tenir la libido en érection, stimulant l’en – vie de cheminer ensemble, déliée des fantômes intérieurs, pour devenir, s’accomplir, telle la chenille se muant en papillon. »[15] Le chiffre 3 se rencontre également dans les contes : les 3 vœux qu’exaucent une fée ou un génie, les 3 objets clés, les 3 mousquetaires, boucle d’or et les 3 ours, les trois petits cochons. Et personne n’a oublié le troisième petit cochon qui, avec sa maison en pierre, réussit à échapper au loup ! Passer de « 2 » à « 3 » ? : passer de « 2 » à « 3 » revient à évoquer un espace de médiation.

 

L’espace de médiation

 

 L’espace de médiation est un jeu de miroir : un espace renvoie à l’autre qui renvoie à un troisième…mais cet espace les contient tous et permet de les situer d’un seul tenant dans leurs divergences ou non-convergences. Comment intégrer les ruptures, cassures et traumas ? Ce lieu amène la transformation de l’insupportable en supportable. Qu’une chose impensable trouve des mots, c’est déjà un travail de médiation.  

Cet espace est également un espace de parole, de lien permettant au sujet d’émerger, de se réapproprier son projet de vie.

 

Les effets psychiques des évènements

 

La pandémie du COVID-19, pour y faire référence, est fondamentalement, une crise anthropologique. Nous nous découvrons bien impuissants face à la mort, la maladie, l’isolement, la faillite, le chômage…elle est non seulement une crise sanitaire mondiale, économique, sociale avec ses conséquences sur le plan familial, sexuel, scolaire et professionnel, mais constitue aussi une crise psychique. Les effets psychiques peuvent être, pour certaines personnes, traumatiques (angoisse, dépression …).

Comment, dès lors, prendre soin de soi et de l’autre ? J’en parle dans mon livre Prendre soin de soi et de l’autre en soi paru chez L’Harmattan ce mois de septembre.

Sachant que dorénavant rien ne sera plus comme avant, il faudra muter, se réinventer, être créatif et ouvrir, à partir de l’impossible, du réel traumatique, de nouveaux possibles, sortir du binaire exclusif, trouver une voie résiliente, symbolique et tierce !

Mots clés :

Équilibre, autonomie, antinomie, séparation, individuation, métanoïa, transitionnalité, symbolisation, tiers, « mi-lieu », juste, médiation, réel traumatique, nouveaux possibles.

[1]Jacques Michelet, Prendre soin de soi et de l’autre en soi, Ed. L’Harmattan, Septembre 2020.

[2]Ibidem, p.211.

[3] http://www.geopsy.com/cours_psycho/psycho_analytique.pdf

[4]C’est moi qui précise ici son étymologie : Étymologiquement, le mot « métanoïa » provient du grec méta (préfixe signifiant le changement, la succession, le fait d’aller au-delà, ce qui nous dépasse, induisant une idée de transformation) et noïa (de noos ou noüs : esprit, idée).

[5]Alexandre Jollien, Christophe André, Matthieu Ricard, A nous la Liberté ! L’Iconoclaste et Allary Editions, Paris, 2019, p. 13.

[6]Marcel Gauchet, pour une théorie psychanalytique de l’individuation in se construire comme sujet, sous la direction de Karl-Leo Schwering, Ères 2012, p.24.

[7] Ibidem, p.18.

[8] https://www.littre.org/definition/milieu

[9]J. Lacan (1953). Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse, in Écrits, Paris, Éd. du Seuil, 1966. p. 269.

[10]Daodejing XLII.

[11]Daodejing XI

[12]Référence : https://www.lacanchine.com/Massat_05_files/Massat-parole.pdf

[13]« Si Peau d’Âne m’était conté…. Lecture psychanalytique du conte », Le Journal des psychologues 9/2008 (n° 262), p. 67-71.

[14]Métaphore des trois poupées : une en verre, une en plastique, une en acier. Les trois poupées reçoivent un coup de marteau. L’effet du choc sera différent en fonction de la constitution du sujet et de sa vulnérabilité.

[15] Moussa Nabati, Guérir son enfant intérieur, Ed Fayard, 2008. p.130-131.

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