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Crise sanitaire salutaire et retour aux fondamentaux de la société

Par

Isabelle Ferreras, dans « le grand oral »[1] (magazine télévisé) nous invite à « revenir aux fondamentaux de la société » (sic). Le deuxième confinement actuel serait l’aveu d’un échec de notre société. Elle précise que les soignants et les artistes y ont une fonction sociale essentielle. L’enjeu fondamental est la solidarité. Nous devons changer le modèle préexistant c.-à-d. celui où les travailleurs, actuellement, sont considérés comme une « ressource » c’est-à-dire marchandisés au profit d’un nouveau modèle d’entreprise où les travailleurs seraient considérés comme des investisseurs c’est-à-dire comme faisant partie de l’entreprise où les biens ne sont plus produits uniquement pour satisfaire les actionnaires. La cogestion, si elle existe, serait remplacée par la codécision où les décisions (conseil d’entreprise) seront prises avec les travailleurs et pas uniquement par les actionnaires. Pour être dans un projet sociétal démocratique, il faudra changer la structure de l’entreprise. La crise actuelle révèlerait un changement indispensable de notre modèle de société. Il faudra permettre une remobilisation, c’est-à-dire donner une vraie place, aux travailleurs dans la prise de décision et revoir l’organisation du travail.

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La question de l’argent, du capital et des « richesses » est également abordée dans ce magazine en ces termes : l’argent octroyé actuellement est un pansement, un sauvetage qui répond à une urgence. Il faudra investir l’argent pour créer des emplois utiles aux soins des personnes et de la planète, permettant l’adaptation aux changements climatiques et démarchandiser le travail pour dépolluer la planète. Il faudra penser la citoyenneté au travail avant la propriété. Isabelle Ferreras pose la question de savoir quel est le projet de société que nous voulons nous donner   ? La structure de l’entreprise ne doit plus rester uniquement du côté du capital, mais bien au service de la planète. Il faudra penser (panser), repenser les fondamentaux de notre société et réorganiser son modèle. La pensée va éclairer le futur de la société. Dans ces « fondamentaux » dixit Isabelle Ferreras, dans sa lecture de sociologue, il faudrait aussi inclure, à mon avis, le point de vue psychologique à savoir que nous sommes chacun d’entre nous, impliqués dans ce système néo-libéral quand nous recherchons une jouissance immédiate. Le point de vue de Lacan à ce sujet concernant l’objet « a »[2] et « le plus de jouir »[3] est intéressant : « Notre culture produit de « l’objet a » pour tous afin de combler les manques ».  Lacan parlait de la télévision (avec tous ces messages publicitaires de désinformation), comme projetant l’objet a pour tous. Est-ce un monde de la jouissance consommatrice sans limites ? La science, d’après Lacan, nous donne des gadgets pour combler ce qui nous manque dans le rapport à l’(A) autre. Et cette société de consommation serait-elle devenue une société de consolation ?

Crise sanitaire à la fois mortifère et salutaire

La pandémie du Covid-19 a été un accélérateur de tendances qui étaient déjà sous-jacentes : télétravail, e-commerce, limitation des déplacements. Toutes ces tendances couvaient dans notre société et grâce à la numérisation elles ont montré leur efficacité.

Cette pandémie, quelque part, est une opportunité inédite pour amorcer ou accélérer des changements, pour que le monde ne ressemble plus au précédent. Comme je l’ai déjà dit précédemment (cf. articles postés sur Facebook, du 27 mars[4], du 4 avril [5] et du 19 juin [6]2020) le coronavirus est un puissant révélateur des crises globales de notre société. Ce virus nous invite à reconsidérer notre rapport à soi, aux autres et à l’environnement. Ce qui nous arrive est à la fois la pire et la meilleure des choses. Nous sommes forcés de revenir à l’essentiel et changer nos représentations. La question du soin est redevenue centrale. A ce sujet j’invite le lecteur à prendre connaissance de mon livre « Prendre soin de soi et de l’autre en soi[7] » paru ce 8 septembre 2020. Les mots répétitifs « Prenez soin de vous » fleurissent encore dans la bouche de nos responsables politiques. Comment prendre soin de soi ? Comment prendre soin de soi quand cette pandémie provoque aussi une crise psychique. Cette pandémie est non seulement une crise sanitaire mondiale, économique, sociale avec ses conséquences sur le plan familial, sexuel, scolaire et professionnel, mais constitue aussi une crise psychique. Les effets psychiques peuvent être, pour certaines personnes, traumatiques (angoisse, dépression …). On parle toujours trop peu de santé mentale. Il est devenu urgent de se mettre à penser (panser !). L’urgence est de vivre mieux en paix avec soi, les autres et l’environnement.

Dans un monde aussi complexe, interconnecté et compétitif que le nôtre, le « virus chinois » est rapidement devenu une crise sanitaire mondiale et se transforme en une crise économique et plus. Cette crise, paradoxalement, a profité aux grands monopoles (GAFA et autres multinationales) et a nui à certains commerces qui, malheureusement, ont dû se déclarer en faillite et ont provoqué des drames humains collatéraux.

Collectivement, notre vision du monde est remise en cause. Cette situation de toute puissance nous a renvoyé à notre impuissance. L’infiniment grand nous renvoie à l’infiniment petit. Dans l’avenir, il n’y aura pas de retour à « la normale » c’est-à-dire de remise en marche de l’appareil productif et commerçant comme précédemment, car la situation antérieure globale n’était pas normale. Il faudra dorénavant incorporer les coûts écologiques. Actuellement tout est suspendu à la découverte et à la mise sur le marché d’un vaccin.

Reviendrait-on, en conséquence de cette crise économique, au keynésianisme[8] ? Cette crise nous ferait passer de l’absolue nécessité de l’équilibre budgétaire (ne pas dépenser plus que ce que l’on gagne) à l’absolue nécessité de la dette (vu le taux d’intérêt bas, emprunter permet une relance économique). Le discours sur la rigueur et son dogme sont remplacés par celui de la dette. C’est à se demander si nous n’avons pas été manipulés pendant de nombreuses années au cours desquelles l’étendard de la crise n’a pas cessé d’être brandi, par un chantage à l’austérité engendrant bien des souffrances !

Certes, il y a une pandémie mais ce n’est pas la fin du monde. Il nous appartient de faire en sorte que tout ne recommence pas comme avant, qu’on entonne un autre chant. Et de citer, à ce sujet, Vinciane Despret[9] : « Ce n’est pas oublier que si la terre gronde et grince, elle chante également. C’est ne pas oublier non plus que ces chants sont en train de disparaître, mais qu’ils disparaîtront d’autant plus si on n’y prête pas attention. Et que disparaîtront avec eux de multiples manières d’habiter la terre, des inventions de vie, des compositions, des partitions mélodiques, des appropriations délicates, des manières d’être et des importances. Tout ce qui fait des territoires et tout ce que font des territoires animés, rythmés, vécus, aimés. Habités. Vivre notre époque en la nommant « Phonocène »[10], c’est apprendre à prêter attention au silence qu’un chant de merle peut faire exister, c’est vivre dans des territoires chantés, mais c’est également ne pas oublier que le silence pourrait s’imposer. Et que ce que nous risquons bien de perdre également, faute d’attention, ce sera le courage chanté des oiseaux. »[11]

Mots clés

Démarchandiser, dépolluer, codécision, infiniment petit, argent « pansement », keynésianisme, citoyenneté nouvelle, plus de jouir, manque, joie.

[1]Réf. : « Le grand oral » avec Isabelle Ferreras – sociologue UCL. https://www.rtbf.be/auvio/detail_le-grand-oral-d-isabelle-ferreras?id=2636010&jwsource=em

[2] L’objet a fut développé par Jacques Lacan à partir de la notion de l’objet pulsionnel chez Sigmund Freud et de l’objet transitionnel chez Donald Winnicott. Cette expression décrit le désir comme phénomène caché à la conscience, son objet étant un manque à être. Il manque donc toujours quelque chose, et ce « quelque chose » ne peut être symbolisé.

[3] Le terme « plus-de-jouir » est un néologisme proposé par Lacan qui constitue un des modes de présentation de l’objet a. Ce néologisme est construit à partir du terme  « plus-value » de Marx.

[4] https://www.facebook.com/jcqsmichelet/posts/2820489934708943

[5] https://www.facebook.com/jcqsmichelet/posts/2837748629649740

[6] https://www.facebook.com/jcqsmichelet/posts/3017930731631528

[7]Jacques Michelet, Prendre soin de soi et de l’autre en soi, Ed. L’Harmattan, Septembre 2020.

[8].Le terme keynésianisme, à contrario de l’économie néolibérale, fait référence à un courant économique créé par John Maynard Keynes qui estime que léconomie doit être soutenue par le monde politique et notamment en matière de création demplois. Le keynésianisme est l’une des plus importantes théories macroéconomiques. Keynes y défend l’hypothèse que la demande est le facteur déterminant qui permet d’expliquer le niveau de la production et par conséquent de l’emploi. Il souligne l’impuissance du marché dans certaines circonstances. On donne du pouvoir d’achat aux salariés, qui consomment et favorisent le développement des entreprises. Celles-ci créent de l’emploi et prospèrent au détriment de la dette extérieure. L’État aurait donc un rôle à jouer dans le domaine économique notamment dans le cadre de politique de relance.

[9] Vinciane Despret est une philosophe des sciences belge, professeur à l’Université de Liège et à l’Université Libre de Bruxelles.
Elle a suivi une formation de psychologue, avant de reprendre des études de philosophie. Après avoir commencé, à s’intéresser à l’éthologie, elle s’oriente vers la philosophie des sciences. Inspirée dans sa démarche par Isabelle Stengers et Bruno Latour, elle se propose de suivre les scientifiques sur leurs terrains, dans leur pratique, et de comprendre comment ils rendent leurs objets d’études intéressants.

[10] Ce concept de phonocène, cité par Vinciane Despret, dans son livre « Habiter en oiseau » est une façon de nommer une époque en considérant à la fois l’idée d’une catastrophe et à la fois l’idée qu’il y a encore de la vie, mais qu’il faudra se coltiner avec elle d’une manière différente.

[11] Vinciane Despret, Habiter en oiseau, Actes Sud 2019, p.181.

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