L’agir expressif

« L’agir expressif, c’est la façon dont le corps se mobilise au service de la signification, c’est-à-dire au service de l’acte de signifier à autrui ce que vit le ‘Je’ »[1]

« Essentiel à la compréhension du sens, l’agir expressif est également une façon d’agir sur son interlocuteur, et donc de le transformer au travers du dialogue intersubjectif. Ainsi, en mobilisant le corps (dans notre culture : arrêt brutal de la parole ou cri, accélération ou blocage de la respiration, yeux rouges fixant autrui…), la dramaturgie de la colère permet de signifier à l’autre son état, puis dans un second temps, de lui faire connaître ses propres limites de tolérance émotionnelle. »[2]

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« L’agir expressif mobilise toutes les fonctions physiologiques, non plus au service de la régulation des milieux intérieurs ou de l’homéostasie, mais au profit de la mise en scène du sens, au profit de la dramaturgie. L’on ne peut échapper sans dommage à l’obligation d’en passer par l’agir expressif. La mise en scène de la signification est nécessaire à l’avènement de cette dernière et à sa compréhension par autrui. De sorte que se soustraire à l’exigence dramaturgique et livrer un discours monocorde, plat, inexpressif, risque de nuire tant à sa compréhension par autrui qu’à sa puissance illocutoire. Car le corps, dans l’agir expressif, ne porte pas seulement le sens : il provoque aussi des réactions dans le corps de l’autre, il agit sur l’autre, auquel il s’adresse. En général, cet agir ne laisse pas l’autre indifférent, c’est-à-dire qu’il a une action sur ce dernier qui peut infléchir la dynamique intersubjective en indiquant à l’autre les limites qu’il ne faut pas franchir, les limites de tolérance émotionnelle et affective du sujet. »[3]

L’agir expressif et la colère

Nul ne peut sortir sans dommage de son inhibition ! En effet, incapable d’affirmer ses limites, l’effraction de soi devient inévitable et aboutit nécessairement à des ressentis d’étouffement : « je ne peux plus le sentir », « il m’étouffe », « j’ai besoin d’air », « besoin de respirer, de souffler ».

« Je tiens la structuration de l’agir expressif de la colère pour une des fonctions dialogiques nécessaires à la préservation de l’identité et de la santé mentale, et cela chez tout un chacun, sans exception… »[4]

« La structuration de l’expressivité de la colère est difficile chez l’enfant. Beaucoup de parents sont totalement désemparés devant leurs chérubins en colère. Or c’est bien de la façon dont ils jouent cette question, au long cours, avec eux, que dépend la structuration et l’usage souple de la puissance expressive de la colère chez l’adulte. »[5]

« L’impuissance expressive est dangereuse, non pas tellement au plan économique, comme le suggère la théorie de Marty[6], mais au plan proprement dynamique. Ce n’est pas l’absence de décharge pulsionnelle qui est délétère. C’est qu’en absence d’agir expressif, la patiente (ici C. Dejours relate un exemple à la page 37 de son livre « Le corps d’abord ») ne peut pas se protéger efficacement de ce qui, venant de l’autre, provoque en elle sa propre hostilité…L’hostilité est bel et bien représentée chez cette patiente par des fantasmes. Son analyse en fournit de nombreux exemples, où elle rêve de tuer ou de faire exécuter des gens qui l’irritent. Ce qui fait défaut ici, c’est l’agir expressif de la colère. »[7]

Le trouble somatique

 « Pour DETOURS (1996), comme nous l’avons déjà signalé, « le trouble somatique est ontologiquement premier » (p. 23) et la possibilité d’être libéré de ce symptôme dépend, selon lui, « de la capacité d’être accompagné par l’autre dans la symbolisation de ce vécu corporel. » C’est seulement l’échec de cette perlaboration qui entraînerait secondairement « la chronicisation du trouble somatique » (p. 23). »[8]

« La perspective de DETOURS, centrée ici sur les relations entre l’échec de la mentalisation et la somatisation, nous confronte une nouvelle fois au travail essentiel de symbolisation et pose « l’hypothèse de la violence réprimée comme processus central de la somatisation (1989, p. 54). Elle nous permet aussi d’enrichir la définition de ce concept de mentalisation de racines corporelles. »[9]

L’échec de l’agir expressif

 « Que se passe-t-il alors en cas d’échec dans la réalisation de cet agir expressif ? DEJOURS (1995) montre que cet échec « fait surgir la violence contre l’autre. » Deux solutions se présenteraient alors au sujet : « le passage à l’acte compulsif ou la répression. Dans cette dernière, la violence se solderait par une paralysie de la pensée. Alors peut survenir une crise somatique » (p. 75). Dans sa conception, DEJOURS (1989) pense en effet « qu’il faudrait accorder à la violence une place spécifique dans le fonctionnement psychique, aussi importante qu’au désir » (p. 55), et que c’est l’animalité qui serait la source de la violence et des motions destructrices » (p. 56). Il précise que si le sujet s’oppose à l’exercice de cette violence instinctuelle par un retournement contre soi, « cette animalité devient motion suicidaire ou motion mutilatrice. S’il s’oppose, au contraire, par la répression, « il se réserve d’un passage à l’acte suicidaire », mais en risquant « de déclencher un processus de somatisation (…), mouvement qui, selon lui, « n’est pas suicidaire stricto sensu » (p. 56), mais qui relève bien « de l’économie de la violence » (1995, p. 75). … Mais alors, comment expliquer le recours à l’une des solutions plutôt qu’à l’autre ? C. DEJOURS (1995) propose une réponse à cette question : ce serait l’impuissance vécue dans le corps, le vécu de douleur au niveau du corps, qui aiguillerait les sujets vers le passage à l’acte compulsif, et ce serait le ressenti de honte, ou de peur de la violence de l’autre, qui aiguillerait les sujets vers la maladie somatique. En envisageant chez le sujet passant à l’acte, le contexte antérieur d’une lutte pour l’éviter, d’une impossibilité de verbalisation de cette lutte contre le passage à l’acte, et d’une paralysie de la pensée, pouvant alors entraîner la survenue de somatisations, C. DEJOURS (1989) semble articuler à l’hypothèse d’une alternative, passage à l’acte ou somatisation, celle de l’éventualité d’un lien de succession dans le temps entre passage à l’acte et somatisation … Il souligne en tout cas la complexité et l’intrication probable entre ces deux processus, puisque « la répression » est, selon lui, requise « pour conjurer le passage à l’acte », sans permettre la perlaboration (p. 58). »[10]

Somatisation, fonctionnement mental et diabète

« Il est bien connu que chez les diabétiques insulino-dépendants (DID) hyperglycémie et cétose[11] peuvent être aggravées par les stress psychologiques. De plus, certains diabétiques présentent un déséquilibre métabolique persistant en dépit d’une technique correcte (insulinothérapie, régime alimentaire, autosurveillance), en l’absence de cause banale de déséquilibre (infection, lipodystrophie.) et en l’absence même de trouble majeur du comportement vis-à-vis du traitement de leur diabète. Il apparaît d’autre part que la psychothérapie de certains DID pourrait influencer favorablement, en plus de l’état mental, le contrôle métabolique à court terme. »[12]

« Du fait d’un défaut des processus de liaison intrapsychique, le DID est plus vulnérable qu’un autre aux traumatismes psychiques. En termes de fonctionnement mental : l’excitation insuffisamment métabolisée par l’appareil psychique se manifeste sous forme « d’angoisse actuelle ». Au lieu d’un processus de mentalisation (de liaison), l’angoisse subit un processus de somatisation…Au lieu de représentations psychiques et d’une verbalisation impossible, ces malades donnent seulement à observer un « état de détresse », sans autre symptôme, cependant que l’excitation, la tension et l’angoisse donnent lieu à une contre-régulation neuro-endocrinienne et à une hyperglycémie de stress. Cette simultanéité et cette équivalence entre angoisse non représentée, actuelle et automatique d’une part, et contre-régulation glycémique d’autre part, évoquent la formule de J.McDougall : dans le processus de « somatisation », le corps réagit à une menace psychique comme s’il s’agissait d’une menace physique »[13] »[14]

« A l’angoisse non représentée mentalement répond une désinhibition de l’axe hypothalamique-viscéral conduisant à une hyperglycémie. L’inefficacité des défenses mentales chez les DID, vis-à-vis d’une angoisse incontrôlée, pourrait jouer un rôle important dans le mauvais contrôle du diabète. L’approche psychothérapeutique ne peut espérer conduire à un changement de structure. Mais elle pourrait parvenir, à l’intérieur de la lignée structurale, à rétablir un équilibre psychique meilleur. »[15]

L’agir expressif dans le psychodrame

Depuis la nuit des temps (cf. la tragédie grecque) la représentation scénique et le jeu rituel autour des difficultés, des problèmes et questions qui nous touchent, font partie de notre humanité. Un psychiatre, J.L.Moreno, au début du 20ème siècle, en a fait une méthode thérapeutique dont les principes de base sont la spontanéité, la présence et la participation empathiques de spectateurs-acteurs, ainsi que la conduite de la séance par un meneur de jeu. Il l’a baptisée « psychodrame ». Le jeu, par la dramatisation, va permettre grâce au processus d’introjection de réduire la charge émotionnelle en transformant la pulsion en symbolisation. Le jeu est acte de parole, acte d’énonciation qui transforme celui qui était objet d’un évènement en sujet d’un acte symbolique. Ce renversement est capital ! « Cette interliaison énergétique représente une mobilisation, une circulation dynamique, déclive et ouvre sur le monde exté-rieur. Le psychodrame permet ce jeu énergétique de la stimulation réceptive à plusieurs »[16].

L’agir expressif dont nous parle C.Dejours peut se traduire en psychodrame par son aspect « corporant ». « Le psychodrame est « corporant » parce qu’il y est question d’une dynamique corporelle, d’une dynamisation du corps, bref de la « corporéité » prise dans le sens de l’être humain considéré dans sa globalité. La corporéité se situerait dans une zone intermédiaire entre l’action de rendre une parole corporelle et l’acte de faire parler le corps. C’est aussi une zone où les objets transitionnels et le langage métaphorique prennent une place importante. A propos de l’objet transitionnel, nous renvoyons le lecteur aux ouvrages de D.W. Winnicott. »[17]

En psychodrame le soulagement et l’amélioration psychologique de la personne viendront souvent par l’expression de ce qui jusque-là est resté imprimé. Après une certaine décharge émotionnelle, la parole peut se charger à nouveau car elle s’adresse à quelqu’un. En quelque sorte les animateurs du groupe psychodramatique font circuler le métro de ce qui n’est pas dit en dessous du boulevard de ce qui est difficile à dire ! Le cadre, quant à lui, a pour fonction l’inscription de l’autre qui va permettre une symbolisation. La marque délimitée par le processus psychothérapeutique produit du sens, triangule, relie les morceaux éparpillés du patient et permet à la pensée de reprendre un relais. Qu’est-ce que la symbolisation ?

La symbolisation

Ce terme désigne la fonction d’expression ou de représentation psychique de la vie pulsionnelle. Que signifie exactement symboliser ? Pour répondre à cette question, il nous paraît nécessaire de revenir au jeu de la bobine mis en évidence par Freud. C’est le jeu du « Fort-Da »[18]au cours duquel le petit-fils de Freud renouvelle le geste d’Hermès en créant son propre jouet.

Dans ce jeu, la bobine (l’objet petit a) est l’équivalent de la mère (abandonnante) mais aussi de tout ce qui est susceptible de disparaître : personne ou objet. « Ce premier jeu inventé par l’enfant fonctionne comme un schème de représentation »[19]. Cette description ne va pas sans évoquer le processus que Winnicott place à l’origine des « objets transitionnels ». La symbolisation implique la représentation d’un objet absent. Dans la réalité, l’enfant a subi la séparation. Elle l’a fait souffrir. S’il arrive à la représenter symboliquement par un jeu, c’est d’abord qu’il a pu prendre un certain recul vis-à-vis d’elle, qu’il la voit de dehors, sur un certain plan, en provoquant la présence-absence du substitut, et qu’enfin il pourra interpréter pareillement des séparations comparables et ne plus être totalement surpris.

L’enfant était passif, envahi par l’expérience mais, en la répétant, il acquérait un rôle actif. « Le moi qui a vécu passivement le trauma en répète maintenant activement une reproduction affaiblie, dans l’espoir de pouvoir en diriger le cours en agissant par lui-même. Nous savons que l’enfant se comporte de la même manière face à toutes les impressions qui lui sont pénibles en les reproduisant dans le jeu ; par cette façon de passer de la passivité à l’activité, il cherche à maîtriser psychiquement ses impressions de vie. »[20] Dès qu’il mime l’absence et la présence, l’enfant fait vivre l’objet « ici » et « maintenant ». La mère présente doit être appréhendée comme celle qui pourrait ne pas être là. Ce travail permet à l’enfant de ne pas s’enfermer dans l’imaginaire. Ce mouvement d’alternance, dans une relation d’ouverture et de fermeture est décomposé, aussi, par Sami Ali comme un mouvement agressif, comme un désir actif de l’enfant de se séparer de sa mère (« Ma mère ne m’abandonne pas », « Je ne suis pas abandonné par elle » ou encore « Ce n’est pas toi qui me laisses tomber », « Je n’ai pas besoin de toi », « Je t’envoie promener moi-même »). Ce mouvement semble s’inscrire dans un contexte ambivalent qui fait naître chez l’enfant de l’angoisse et de la culpabilité. La plupart de ces jeux symboliques tentent à reproduire ce qui a frappé, à évoquer ce qui a plu ou participer de plus près à l’ambiance, bref, à construire un vaste réseau de dispositifs permettant au moi d’assimiler la réalité tout entière c’est-à-dire se l’incorporer pour la revivre, la dominer ou la compenser. C’est aussi la conscience du « comme si ». C’est une aire intermédiaire qui, par la symbolisation, permet le désillusionnement, le sevrage et l’acceptation de la réalité. Celle-ci, parfois très dure, est soulagée par l’aire intermédiaire. C’est une aire transitionnelle qui sépare et unit. C’est un lieu privilégié d’expression, de création et de surprise. Grâce au jeu, l’histoire du sujet peut reprendre un sens, s’intégrer à une chaîne signifiante. Jouer est toujours une expérience créative, une expérience qui se situe dans le continuum-espace-temps, une forme fondamentale de la vie. Le moment clé est celui où l’enfant se surprend lui-même, et non celui d’une brillante interprétation par le thérapeute. Le jeu implique aussi le corps. Le psychodrame permet une mise en place des corps qui entraîne une dynamique. Le corps comme métaphore est mis en scène. Le corps en mouvement va permettre, grâce à l’abréaction, de réintégrer des représentations enfouies. Dans la réalité de la vie quotidienne, ce corps est surtout agi. A l’inverse, en psychodrame, il se trouve en représentation. Le corps représenté va favoriser le langage du cœur. La symbolisation implique la représentation d’un objet absent. D’après Lacan, « le réel (l’impossible, le subi, ce qui constitue, avant tout, ce qu’on ne peut   changer, ce qui heurte nos désirs) est ce qui résiste absolument à la symbolisation ».[21] La symbolisation des anxiétés, p.ex., pour citer la problématique anxieuse elle-même, va opérer un déplacement de l’angoisse somatique vers une expression névrotique externe, hors du corps. En effet, une fois nommée activement et non uniquement subie, l’angoisse ne collant plus à la peau, peut être mieux maîtrisée. Qu’est-ce que la représentation ?

La représentation :

La représentation est une re-présentation c’est-à-dire une présentation nouvelle.  Elle a une fonction de libération et de re-création. Elle constitue une reprise du vécu sur le plan symbolique (symbolisation). Elle permet à l’enfant d’accepter le traumatisme de la séparation sans en être détruit, sans non plus se réfugier dans l’imaginaire pur. Le jeu est là, précisément, pour maintenir en oeuvre la fonction de représentation qui lui permet en l’occurrence d’interpréter un fait nouveau au lieu de le subir. La fonction de représentation sert de clivage entre l’imaginaire et le réel. Elle sauve l’homme du délire en lui ouvrant le champ symbolique. Par la représentation, le mot commence par fonctionner comme signe c’est-à-dire non plus comme simple partie de l’acte mais comme évocation de celui-ci. « Parler, c’est désigner l’objet absent, passer de la distance à l’absence comblée par la représentation…. Penser, c’est se représenter mais dépasser les représentations. Les mots, les signes représentent la présence dans l’absence. « Le langage est une présence-absence, présence évoquée, absence remplie. »[22]

Mots clés :

Dramaturgie, expressivité de la colère, somatisation, passage à l’acte, répression, symbolisation, représentation psychique et scénique, psychothérapie psychodramatique.

[1] Ibid. p.37.

[2] https://www.psychologie.fr/article/est-ce-mal-de-se-mettre-en-colere–A-677.html

[3]C. Dejours, Le corps d’abord, Petite biblio Payot, p.38.

[4] Ibid. p. 39.

[5] Ibid. p.40.

[6] C’est moi qui précise ici dans le texte même de C. Dejours. Médecin français Pierre Marty (1918-1993) a fondé l’Ecole Psychosomatique de Paris avec comme objectif d’intégrer la pathologie somatique à la médecine. De nos jours, cette approche globale constitue un courant à part entière dans la pratique médicale. La psychosomatique est ainsi définie comme un défaut de mentalisation. La mentalisation étant la capacité à discerner, à faire face et à élaborer des conflits internes et interpersonnels. Elle permet de faire appel à des représentations. Ainsi lorsque nous devons faire face à une perte, au début il y a une sidération, puis on fait appel à des représentations, à des images psychiques dans le préconscient. La carence de représentations entraîne un surinvestissement de l’agir.

[7] C. Dejours, Le corps d’abord, Petite biblio Payot, p.36-37.

[8] Rosine Diwo, Evénements de vie, mentalisation, somatisation et tentatives de suicide : approche comparée à     l’adolescence. Thèse de Doctorat en Psychologie. Réf. :   https://hal.univ-lorraine.fr/tel-01776235/document, p.106.

[9] Ibidem, p.106.

[10] Rosine Diwo, Evénements de vie, mentalisation, somatisation et tentatives de suicide : approche comparée à     l’adolescence. Thèse de Doctorat en Psychologie. Réf. :   https://hal.univ-lorraine.fr/tel-01776235/document,p.103-104.

[11] C’est moi qui précise ici ce terme : La cétose est un état du métabolisme humain provoqué par les régimes faibles en glucides. Elle est un état dans lequel l’organisme se trouve après avoir subi une alimentation très faible en sucres.

[12]C. Dejours, Les dissidences du corps, Petite biblio Payot, Paris, 1989, Annexe, p.197.

[13] J.McDougall, «  De la douleur psychique et du psycho-soma », in Plaidoyer pour une certaine anormalité, Paris, Gallimard, 1978.

[14] C. Dejours, Les dissidences du corps, Petite biblio Payot, Paris, 1989, Annexe, p. 217.

[15] Ibidem, p.226.

[16] Ophélia Avron, La pensée scénique, Ed. Eres 1996.

[17] Jacques Michelet, Handicap mental et Technique du psychodrame, Ed. L’Harmattan, 2008, p.45.

[18] S. Freud, « Essais de Psychanalyse », p. 16-18.

[19] A. Sami, « L’espace imaginaire », p. 48.

[20] S. Freud, « Inhibition, symptôme et angoisse », p. 79.

[21] J. Lacan, « Le séminaire- RSI », p. 80.

[22] H. Lefebvre, « La présence et l’absence », p. 88.

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Comment ne plus subir l’angoisse qui nous affecte effroyablement ?

L’angoisse est un affect[1]

L’angoisse est l’affect[2] (Du latin affectus (« état affectifdisposition ») par excellence, au cœur du procès de la subjectivation. «  L’angoisse survient sur le mode de la coupure : elle est arrêt et immobilité, entonnoir, abîme temporel et aussi mutisme atterré, assiette d’immobilité, dit Lacan. »[3] « On ne connaît pas d’affect qui n’ait son répondant corporel et pour penser l’affect il faut « en passer par le corps »[4]. L’implication du corps dans l’affect est, en effet, bien patente. Lacan évoque la décharge d’adrénaline mais il a bien d’autres exemples : la boule d’angoisse dans la gorge, le tremblement des mains, de la voix dans l’intimidation, les jambes qui flageolent, le cœur qui bat, les larmes, etc. »[5]

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Les sortes d’angoisse

L’angoisse est une réminiscence de quelque chose d’immémorial. Elle est inscrite dans l’âme et le corps. Il existe trois sortes d’angoisse :

  • L’angoisse du réel ou de la réalité extérieure, devant un danger extérieur. Nous n’avons pas de pouvoir sur celle-ci. Il y a ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. La sagesse consiste à bien faire la différence. « Que Dieu me donne la force de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être, mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre »[6].
  • L’angoisse névrotique c’est-à-dire celle du Moi. Le Moi est l’auteur de l’angoisse. Le Moi subit et s’angoisse. La forme peut être passive ou pronominale. On peut la canaliser. On peut la subir et aussi la produire. Le seul pouvoir que nous avons sur l’angoisse c’est de s’angoisser grâce à la représentation théâtrale p.ex. S’angoisser c’est angoissant mais ce n’est pas pire que d’être angoissé ! L’angoisse est radicale mais elle permet une ouverture d’un possible par la symbolisation contrairement au désespoir qui nie l’angoisse et ferme les possibles. L’intérêt du langage est qu’il permet une ouverture et une fermeture. Et ce qui a été fermé par lui peut être ouvert par lui.
  • L’angoisse du Sur-Moi qui est une angoisse morale. Elle est constructive si elle n’est pas excessive.

La propriété de l’angoisse est sa transférabilité. L’angoisse chez l’autre rencontré déstabilise. Nier l’angoisse provoque une recherche de maîtrise.

L’angoisse est sans cause, mais non pas sans objet.

« L’angoisse est sans cause, mais non pas sans objet » et désigne Das Ding[7], c’est en cela qu’ « elle ne trompe pas » et fait certitude,  non de l’ordre du savoir,  mais du réel[8]. Elle oriente le sujet dans son rapport au désir de l’Autre, au plus près de ce qui le détermine comme sujet lié à la condition d’un objet, fondamentalement l’objet perdu. Substitut de l’objet perdu, l’objet a[9] est un objet autour duquel tourne la pulsion. «  Ce dont il s’agit, c’est notre rapport angoissé à quelque objet perdu, mai qui n’est sûrement pas perdu pour tout le monde. »[10]

Non seulement elle n’est pas sans objet, mais elle désigne très probablement l’objet, si je puis dire, le plus profond, l’objet dernier, la Chose.[11]

L’angoisse est la manifestation spécifique du désir de l’Autre.[12]

L’Autre est celui qui me voit[13] Sur la voie qui condescend à mon désir, ce que l’Autre veut, ce qu’il veut même s’il ne sait pas du tout ce qu’il veut, c’est pourtant nécessairement mon angoisse.[14] L’Autre serait un radicalement Autre, la mante religieuse au désir vorace à quoi ne me lie aucun facteur commun.[15]

Lacan illustre l’angoisse comme affect du désir de l’Autre par l’image de la mante religieuse. Imaginons, dit-il, que je porte un masque et que je me trouve face à une mante religieuse. L’angoisse surgit quand je ne sais pas quel masque je porte et donc ce qui pourrait m’arriver, au vu de ses instincts carnassiers. Mais après l’introduction de l’objet a, Lacan précise que la fonction angoissante du désir de l’Autre est liée au fait que nous ne savons pas quel objet a nous sommes pour ce désir. Car fondamentalement, nous sommes le petit a de l’Autre, ce qui est perte du côté de notre être et révèle la fonction décisive du désir de l’Autre. Dans son dixième séminaire, Lacan précise que  l’angoisse est liée au désir de l’Autre. Lacan commence d’ailleurs, dès la première séance du 14 novembre 1962, par se mettre en scène dans une situation fantasmée : portant un masque d’animal, il se tient en face d’une mante religieuse géante. Incapable de voir son reflet dans l’œil de l’insecte qui se tient en face de lui, il ignore tout de l’animal représenté par son masque, ouvrant donc la possibilité de devenir une proie pour la mante religieuse. Cette situation engendre une question brûlante à propos de l’Autre : que me veut-il  « Que vuoi ? » Et c’est cela précisément qui illustre, affirme Lacan, « le rapport essentiel de l’angoisse au désir de l’Autre » [16].

L’angoisse est un signal

L’angoisse, et Lacan rejoint Freud là-dessus, est bien un signal. Mais elle n’est pas le signal d’un danger interne comme le pensait Freud. Non, l’angoisse signale au sujet qu’il est dans le collimateur du désir de l’Autre, et d’être dans ce collimateur-là va nous remettre fondamentalement en question, interroger notre propre désir, notre a ; ce désir de l’Autre, à l’image du face-à-face avec la mante religieuse, ce désir de mon a peut m’annihiler : c’est là que l’angoisse nous envahit. L’angoisse est là car l’on ignore quel a l’on est pour le désir de l’Autre, désir qui nous renvoie à l’ignorance de notre propre a. Lacan met l’accent sur la dimension de signal de l’angoisse. « C’est un signal avec ce qui se passe concernant la relation du sujet avec l’objet a. »[17]

L’angoisse et le manque du manque

« Si tout d’un coup ça ne manque pas, c’est à ce moment là que commence l’angoisse[18] « Ne savez-vous pas que ce n’est pas la nostalgie du sein maternel qui engendre l’angoisse mais son imminence. Ce qui provoque l’angoisse c’est tout ce qui nous annonce, nous permet d’entrevoir, qu’on va rentrer dans le giron. Ce n’est pas, contrairement à ce qu’on dit, le rythme ni l’alternance de la présence-absence de la mère. La preuve en est que ce jeu présence-absence, l’enfant se complet à le renouveler. La possibilité de l’absence, c’est ça, la sécurité de la présence. Ce qu’il y a de plus angoissant pour l’enfant, c’est justement quand le rapport sur lequel il s’institue, du manque qui le fait désir, est perturbé, et il est le plus perturbé quand il n’y a pas de possibilité du manque, quand la mère est tout le temps sur son dos, et spécialement à lui torcher le cul, modèle de la demande, de la demande qui ne saurait défaillir. »[19] Pour Lacan l’angoisse est liée au manque du manque. C’est justement l’absence du manque de la mère, « quand il n’y a pas de possibilité de manque, quand la mère est tout le temps sur son dos », c’est cela qui angoissera l’enfant. L’exemple du jeu de la bobine que Freud a observé chez un enfant d’un an et demi illustre bien cette idée d’un équilibre entre présence et absence ; et c’est lorsque cette absence, ce vide est entièrement comblé que surgit l’angoisse.

Observons  dans nos sociétés contemporaines cette obsession à combler les manques. Le modèle de surconsommation dans lequel nous vivons révèle cette angoisse du manque. Or  paradoxalement c’est justement le manque du manque qui participe à l’angoisse. N’est-ce pas là une des raisons qui expliquerait l’explosion de la consommation d’anxiolytiques ?

« Aujourd’hui le thème de l’angoisse est partout, sous des noms divers et sous couvert de traumatisme. »[20]

« On parle beaucoup de la montée de la dépression dans notre époque, mais la vraie maladie d’humeur du capitalisme, c’est l’angoisse…Le capitalisme scientifique avec ses effets techniques destitue les sujets bien plus radicalement que l’analyse : il en use et en abuse à titre d’instrument. Si on en fait plus de cas aujourd’hui de la dépressivité généralisée que de l’angoisse, c’est, je crois, simplement parce que le sujet déprimé se soustrait davantage à la machine productive et coûte plus cher que l’angoisse qui, elle, peut  même être stimulante. L’angoisse est aujourd’hui renommée : stress, pression, crise de panique, etc. ; mais ça ne change rien. Le discours capitaliste décrit le rapport de chaque sujet avec les objets à produire et à consommer ; En ce sens, d’ailleurs, il réalise bien une forme de fantasme : le lien direct du sujet à un objet a, sauf que cet objet est collectivement conditionné par toute l’économie. Il est frappant qu’aujourd’hui on trouve légitime, normal, que chacun soit animé par le goût du profit, de l’accumulation, et même en est fier. Voyez le fameux couple desdits battants et perdants. Times Magazine en présente chaque semaine  un petit encadré  où winners et loosers se font face avec leurs photos, ces deux visages souriants et égaux dans leur vacuité. Dès 1970, Lacan a posé que le discours capitaliste, à l’inverse, défaisait le lien social, défaisait toutes les solidarités et laissait chacun dans le face-à-face avec les objets plus-de-jouir.[21]

L’Angoisse et l’action

« Toute activité humaine s’épanouit dans la certitude, ou encore qu’elle engendre la certitude, ou d’une façon générale, que la référence à la certitude, c’est essentiellement l’action. Agir c’est arracher à l’angoisse sa certitude. Agir c’est opérer un transfert d’angoisse. »[22] Ceci pourrait expliquer, en partie, pourquoi certaines personnes ne restent « pas en place ». Dans ce cas on parle plus d’hyperagitation ou d’hyperactivité. Le sujet hyperkinétique, quant à lui, traduit en acte et en agitation motrice l’agitation psychique qu’il ne peut gérer, faute de symbolisation suffisante. Après les enfants « hyperactifs », ce sont maintenant les adultes stressés, distraits, débordés ou débordant d’activités qui souffriraient de TDAH : « trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité ». Or ce trouble est considéré comme un problème important de santé publique par les uns, comme une fausse épidémie par d’autres – et comme une catastrophe par ceux qui s’élèvent contre la prescription associée de dérivés d’amphétamine dont on ignore les effets à long terme. L’hyperactivité peut être vue comme un trouble psychosomatique renvoyant à un processus auto-calmant paradoxal. L’hyperactivité de l’enfant, quant à elle, peut renvoyer également à des troubles de l’attachement, à des troubles de la contenance psychique en lien avec une défaillance du holding initial et des carences de l’environnement.

L’angoisse et l’urgence

Un constat :

Les services d’urgence médicale sont débordés actuellement par le nombre croissant de patients se présentant aux « urgences ». Le constat fait par les différents chefs de service urgentiste : les patients qui se présentent ont, en général, un niveau d’angoisse très élevé et demandent donc une réponse rapide !

De l’immédiateté à la médiateté, à la médiation d’un évènement :

Nous sommes souvent amenés à penser et agir dans l’urgence quand au contraire il est urgent de se mettre à penser dans la durée et une relative sérénité. La médiation consiste à privilégier un travail favorisant les processus de symbolisation difficiles à mettre en place seulement par des interventions verbales. La médiation nous protège de l’immédiat, elle nous protège d’un contact direct. L’immédiat, au sens étymologique, serait de l’ordre de la violence, de l’action directe. La médiation permet que l’on passe en quelque sorte de deux (la relation duelle) à trois. C’est un espace où nous pouvons y affronter toutes les sortes de menaces qui pèsent sur nous, tout en étant hors menace. Le groupe thérapeutique, en raison de son cadre bienveillant, est un lieu dont on peut dire qu’on s’y exprime, s’y confronte avec des problèmes qui nous déstabilisent, tout en entrant dans un processus de structuration. L’urgence amène l’hyperagitation. Je pense que dans cette hyperactivité la pensée n’a plus de recul pour s’apaiser, apaiser, se faire confiance et faire confiance. Dès lors tout devient urgent alors qu’il est urgent de se mettre à penser. L’urgence, pour nous, consiste à prendre du temps et aussi de ne pas toujours faire. Accepter de ne pas toujours faire (être toujours dans l’agir) c’est permettre d’être. Un espace de parole respectant le rythme de chacun, permettant une décharge-recharge émotionnelle, permettant de passer de la plainte à la demande, l’expression de ses difficultés singulières reste indispensable. Nous tombons malade à force de ne pas faire de nous-mêmes des « patients », alors que se faire « patient » guérit !

Angoisse et psychothérapie

La psychothérapie est un lieu de symbolisation, de représentation et de remémoration. On s’y soigne en se remémorant. En se remémorant on rejoue. En rejouant on symbolise. On se « ré-origine ». On peut se soigner en symbolisant le non-approprié de l’histoire subjective vécue. Le tableau des années oubliées peut se ré-organiser dans une perspective devenue alors constructive. La représentation, quant à elle, est une re-présentation c’est-à-dire une présentation nouvelle.  Elle a une fonction de libération et de re-création. Elle constitue une reprise du vécu sur le plan symbolique (symbolisation). Elle permet à l’enfant d’accepter le traumatisme de la séparation sans en être détruit, sans non plus se réfugier dans l’imaginaire pur. Le jeu est là, précisément, pour maintenir en œuvre la fonction de représentation qui lui permet en l’occurrence d’interpréter un fait nouveau au lieu de le subir. La fonction de représentation sert de clivage entre l’imaginaire et le réel. Elle sauve l’homme du délire en lui ouvrant le champ symbolique. Par la représentation, le mot commence par fonctionner comme signe c’est-à-dire non plus comme simple partie de l’acte mais comme évocation de celui-ci. « Parler, c’est désigner l’objet absent, passer de la distance à l’absence comblée par la représentation…. Penser, c’est se représenter mais dépasser les représentations. Les mots, les signes représentent la présence dans l’absence. Le langage « est » une présence-absence, présence évoquée, absence remplie. »[23]

L’expression de l’angoisse et des émotions dans un groupe thérapeutique

Dans un groupe l’émotion d’une personne peut-être très vive et peut-être masquée, contenue par un silence. La représentation « cathartique »  d’une scène peut permettre à la personne de s’exprimer malgré ses difficultés verbales, de mettre une forme à son vécu, d’extérioriser ce qu’elle vivait mal en elle afin de mieux l’intégrer et d’être donc plus disponible pour le présent et le futur. Dans un groupe le jeu permet à d’autres participants du groupe d’exprimer, à leur tour, des difficultés vécues en famille, des traumatismes subis. L’avantage indéniable est de pouvoir en parler dans un cadre précis et de mettre des mots à la place des maux. Le soulagement et l’amélioration psychologique de la personne viendra d’ailleurs souvent par l’expression de ce qui jusque là est resté imprimé. Après une certaine décharge émotionnelle, la parole peut se charger à nouveau car elle s’adresse à quelqu’un. En quelque sorte nous faisons circuler le métro de ce qui n’est pas dit en dessous du boulevard de ce qui est difficile à dire ! Le cadre, quant à lui, a pour fonction l’inscription de l’autre qui va permettre une symbolisation. La marque délimitée par le processus psychothérapeutique produit du sens, triangule, relie les morceaux éparpillés du patient et permet à la pensée de reprendre un relais. Dans la mesure où certaines personnes n’ont pas accès facilement à une élaboration psychique par la parole, la représentation jouée dans un groupe de thérapie permet un travail sur soi à partir du ressenti, des émotions et impressions. On n’est pas seul avec ses difficultés. Celles-ci peuvent être partagées. Dans le groupe la personne n’est pas renvoyée à sa déficience, à sa difficulté à gérer seul son monde interne mais elle est accompagnée dans cette partie d’elle même pour en faire tout de suite, dans l’ici et maintenant, quelque chose d’autre. Le groupe, espace tiers de « confrontation » et cadré, libère la parole. Les mots et les émotions reliés aux gestes peuvent y être décodés. Dans cet espace tampon ou amortisseur, ce sas de décompression, les sensations éprouvées et les mots vont mettre du lien et donner du sens. Corps et psyché peuvent s’ordonner et une activité de pensée peut mieux prendre sa place. Le groupe, matrice à tricoter des liens, permet de retrouver une certaine unité et un espace psychique propre. Grâce à un autre, on passe dans une nouvelle perspective de communication. Chaque participant devient « co-thérapeute » de l’autre. L’identification à un semblable permet dans le cadre de l’enveloppe du groupe, d’aller mieux. Mais « le psychodrame ne représente pas seulement la possibilité d’explorer les conflits intra-psychiques. En stimulant la participation rythmique à la matrice communicationnelle d’ensemble, qu’ensemble les participants sont en train de constituer, il permet à chacun une renarcissisation énergétique. »[24] Par la verbalisation des éprouvés, le groupe devient une enveloppe corporelle pour chacun. Cette enveloppe du groupe renforce l’enveloppe individuelle défaillante. « L’enveloppe accomplit une fonction de transformation : mutatis mutandis, le groupe comme enveloppe est un appareil de la formation et de la transformation de la réalité psychique »[25] La mise en scène de ses sensations apporte du contenant et les échos de chacun : souvenirs, images, scènes vécues, associations diverses.  Le groupe thérapeutique favorise les échanges dans un cadre structuré, remet en circulation les émotions, les pensées et la parole. Il permet de différer et de réinstaurer du temps et de l’espace pour soi. Le but final est de permettre une meilleure autonomie psychique où il n’est plus question de se satisfaire uniquement d’être porté mais de trouver du plaisir à porter et à se transporter soi-même dans une mise en pro-jet[26] !

L’angoisse et l’hypnothérapie

L’hypnothérapie peut permettre d’utiliser les ressources du passé et les rendre conscientes. C’est aussi faire ce voyage intérieur à l’intérieur de notre propre monde qui va nous permettre de profiter de ce moment pour apprendre, comprendre et développer quelque chose d’extraordinaire en soi, nos capacités à se permettre d’être comme on est, qui nous devenons. Françoise Dolto parlait d’un « allant-devenant » quand elle évoquait la thérapie. La psychothérapie est une co-création. La personne consultante est en demande d’une aide par un(e) psychothérapeute pour retrouver à son tour ses propres potentialités perdues à un moment donné. Étant aidée à retrouver son propre potentiel d’autoguérison, la personne en souffrance pourra devenir son propre thérapeute. La thérapie est une passerelle vers un réel changement. Dans cette rencontre avec soi-même, dans ce rendez-vous avec son meilleur ami l’on peut prendre le temps d’apprécier une autre façon d’être soi-même, peut être plus proche de soi-même, dans une relation plus douce à soi-même et dans un « endroit » où l’on peut, à son propre rythme, se détendre, s’entendre et ressourcer. L’hypnothérapie Ericksonienne, ici, va être très utile. La pratique de la Nouvelle Hypnose, créée par Milton H. Erickson[27], permet d’obtenir un mode de fonctionnement psychique particulier caractérisé par le lâcher-prise (la transe hypnotique). L’état de bien-être est un état hypnotique. Parler ne suffit pas toujours ! L’inconscient va être utilisé pour donner de l’inspiration à sa créativité et à ses prises de décision. L’hypnose permet d’effectuer un travail de réaménagement psychique, l’utilisation de nos ressources. La transe hypnotique a par elle-même un effet thérapeutique. L’hypnose ericksonienne puise parmi plusieurs techniques de communication afin de provoquer un dialogue entre celui-ci et le conscient : métaphores, recadrage, activation de rêves, suggestions indirectes ou composées, altération sensorielle, etc. Erickson disait : « L’hypnose, c’est une relation pleine de vie qui a lieu dans une personne et qui est suscitée par la chaleur d’une autre personne. » (Erickson).

Pour approfondir certaines questions j’invite le lecteur à consulter ces quelques autres articles sur mon site web :

L’angoisse

 

https://www.psychotherapie-psychodrame.be/tag/affect/

https://www.psychotherapie-psychodrame.be/2016/10/12/lindication-premiere-du-psychodrame/

https://www.psychotherapie-psychodrame.be/2017/05/01/lurgence/

https://www.psychotherapie-psychodrame.be/2016/01/31/hypnotherapie/

HYPNOSE ERICKSONIENNE

Mots-clés :

Affect – objet a – mante religieuse – signal – manque du manque – médiation – psychothérapie.

[1] J. Lacan, Le Séminaire livre X, L’angoisse, Ed. du Seuil, 2004, p.28.

[2] Étymol. ET HIST. − 1942 affect, psychol. et psychanal. « état affectif élémentaire » (P. J. Jouve, Tombeau de Baudelaire, éd. du Seuil, Paris, p. 14 ds Rheims 1969 : Ces condamnations ont précipité l’affect angoissé de Baudelaire dans un tourment continuel, de révolte inutile, de détachement accompagné d’attachement et de revendication); 1946 id. « id. » (E. Mounier, Traité du caractère, p. 438 : (…) dans l’ombre du moi, une charge émotive, l’« affect », [entre guillemets dans le texte] qui reste agressive et disponible, prête à se porter sur d’autres objets …); 1951 id. « id. » (A. Malraux, Les Voix du silence, 318 : Comme toute conversion, la découverte de l’art est la rupture d’une relation entre un homme et le monde. Elle connaît l’intensité profonde de ce que les psychanalystes nomment les affects). Empr. à l’all. Affekt « mouvement ou état affectif impétueux » (Hehlmann, Wörterbuch der Psychologie6, Kröner, Stuttgart, 1968, s.v. Affekt : R. Heller, Das Wesen der Affekte, 19462), spécialisé comme terme de psychanal., surtout à partir des premiers travaux de Breuer et de Freud, Studien über Hysterie, 1895 (cf. Laplanche et Pontalis, Vocab. de la psychanal., 1967 s.v. affect). All. Affekt dep. 1526 (Polit. Korresspond. von Strassburg, I, 263 d’apr. Kluge 1967; empr. au lat. affectus « état, disposition de l’âme » dep. Cicéron (Tusc., 5, 47 ds Gaff.).

[3] C. Soler, Les affects lacaniens, PUF, 2016, Paris, p. 25.

[4] J. Lacan, Télévision, op. cit., p. 39.

[5] C. Soler, Les affects lacaniens, PUF, 2016, Paris, p. 49..

[6] Marc-Aurèle (121 – 180 ap. J.-C.)

[7] « Freud introduit « la chose » pour nommer ce qui dans le complexe perceptif est la partie incompréhensible, inassimilable et qui échappe au jugement. Lacan, en suivant le pas de Freud, conçoit la Chose comme apparaissant dans le réel, retranché de la symbolisation. La Chose” (Das Ding) qui impose la catégorie du Réel est articulée, pour la première fois, à celle d’imaginaire et de symbolique. Le Réel est, en ce sens, à l’opposé de la réalité, ce qui doit être évité, contourné. Das Ding est originellement ce que nous appellerons le hors-signifié. L’objet recherché, l’objet de la satisfaction est toujours déjà perdu comme tel. Il ne sera jamais retrouvé. On le retrouve tout au plus comme regret. Ce n’est pas lui que l’on retrouve, mais ses coordonnées de plaisir, l’état de souhait et d’attente, la quête, la tension. Au fond, ce n’est pas un objet de la perception mais un objet de la satisfaction hallucinatoire, ce qui constitue notre horizon d’attente et d’attention. Lacan peut donc dire tout aussi bien que nous qualifions cet objet de perdu car il s’agit de le retrouver. Mais l’objet n’a jamais été perdu, quoiqu’il s’agisse essentiellement de le retrouver. Toujours perdu ou jamais perdu, jamais retrouvé mais toujours recherché : c’est la quête qui nous constitue, non l’existence de cet objet. » Réf. : https://www.spp.asso.fr/la-chose-un-reste-inassimilable/

[8] Le réel correspond à la partie non représentative de la pulsion dont Freud indique qu’elle ne peut être ni consciente, ni inconsciente. Cette part instinctive de soi-même, non accessible aux représentants psychiques préconscients et inconscients, est peut-être ce qui nous aveugle le plus, ce qui est donné comme totalement évident, trivial ou superficiel dès qu’interviennent des interactions réelles entre plusieurs personnes. Le réel constitue ce qui est parti dans l’inconscient, ce qui est impossible à dire, ce que personne ne sait, ce qu’on ne peut atteindre. C’est dans la perte du réel que l’enfant va se donner des signifiants. D’après Lacan, « le réel est ce qui résiste absolument à la symbolisation ». Il se distingue de la réalité qui est toujours pensable. Il existe comme impossible. « Le réel c’est l’impossible ». Il s’agit d’un impossible qui ne cesse d’exister et qui ne cesse pas de ne pas s’écrire. L’analyse le rencontre dans la cure sous la forme du trauma. Il n’est saisissable que par bouts, que dans les « bouts du réel ». Le réel, en effet, c’est le subi. Il constitue, avant tout, ce qu’on ne peut   changer, ce qui heurte nos désirs, ce qu’il faut constater : ainsi quand un malheur survient en notre vie. Le temps est réel en ce que nous ne pouvons revenir en arrière, et faire que ce qui a eu lieu n’ait pas eu lieu. L’espace est réel en ce que je suis, par lui, séparé de ce que j’aime, des lieux où je voudrais vivre. Le réel est donc avant tout ce avec quoi il faut compter, ce que je ne saurais négliger sans me perdre. D’autre part, selon Piaget, le réel renvoie à tout ce qui existe effectivement par opposition au fictif, à l’idéal, à tout ce qui n’est que le produit pur de l’imagination. La construction du réel  devient une élaboration progressive de soi comme sujet et du monde comme objet. Piaget distingue le « réel vrai » (les possibilités réalisables mais non réalisées) et le « réel apparent » qui est la seule réalité actuelle. Réf[8]Jacques Michelet, Handicap mental et Technique du psychodrame, Ed. L’Harmattan, 2008, p.50-51.

[9]  L’objet a fut développé par Jacques Lacan à partir de la notion de l’objet pulsionnel chez Freud et de l’objet transitionnel chez Winnicott. Il a repris de Platon l’idée d’un Agalma, objet représentant l’idée du Bien, et en tire l’expression d’« objet a ». Cette expression décrit le désir comme phénomène caché à la conscience, son objet étant un manque à être. Il manque donc toujours quelque chose, et ce « quelque chose » ne peut être symbolisé. L’objet a est une particularité du désir. C’est la raison même de l’emploi d’une expression mathématique, qui se veut rendre compte de la difficulté de parler de cet objet, pourtant présent partout dans la pratique du psychanalyste. Il est, en ce sens, extension de la pétition de principe que constitue la pulsion. Le sujet croit souvent savoir quel est l’objet de son désir. Or, il y a là un leurre. Ce que la psychanalyse met en relief, c’est que, ce qui a pu causer son désir est perdu et que tous les objets, que désormais il se propose, fonctionnent seulement comme des objets de substitution.

[10] J. Lacan, Le Séminaire livre X, L’angoisse, Ed. du Seuil, 2004, p.77.

[11] Ibid., p.360.

[12] Ibid., p.179.

[13] Ibid., p.33.

[14] Ibid., p.211.

[15] Ibid., p.376.

[16] Le séminaire, Livre X, L’angoisse, Paris, Editions du Seuil, 2004, p.105. 89 Ibid. p.14.

[17] Ibid., p.102.

[18] Ibid., p.53.

[19] Ibid., p.67.

[20] C. Soler, Les affects lacaniens, PUF, 2016, Paris, p. 28.

[21] Ibid., p. 35-37.

[22] Jacques Lacan, Le séminaire X l’Angoisse, Editions du Seuil, mai 2004, p.93.

[23] H. Lefebvre, « La présence et l’absence », p. 88.

[24] Ophélia Avron, La pensée scénique, Ed. Eres 1996.

[25] René Kaës,  La parole et le lien, p.173.Ed. Dunod, Paris, 1994.

[26] [2] « Subjectif désigne à la fois la faille et le saut, l’obstacle et le jet », P. Fédida. « L’objeu », dans L’absence, Paris, Gallimard, 1978.

[27]Milton Hyland Erickson, né le 5décembre1901 à Aurum (Nevada) et mort le 25mars1980 à Phoenix (Arizona), est un psychiatre et psychologue américain qui a joué un rôle important dans le renouvellement de l’hypnose clinique et a consacré de nombreux travaux à l’hypnose thérapeutique. Son approche innovante en psychothérapie repose sur la conviction que le patient possède en lui les ressources pour répondre de manière appropriée aux situations qu’il rencontre : il s’agit par conséquent d’utiliser ses compétences et ses possibilités d’adaptation personnelles. Atteint de poliomyélite à l’âge de dix-sept ans, Erickson a été une figure emblématique du « guérisseur blessé », expérimentant sur lui-même, lors de sa réadaptation, certains phénomènes qu’il met ensuite en application dans l’hypnose thérapeutique. Au cours de sa carrière, Erickson a collaboré notamment avec Margaret Mead, Gregory Bateson, Lawrence Kubie, Aldous Huxley, John Weakland, Jay Haley et Ernest Rossi. Il est considéré comme le père des thérapies brèves. Ses travaux ont inspiré plusieurs approches thérapeutiques, dont l’hypnose ericksonienne, la thérapie brève de Palo Alto et la programmation neuro-linguistique.

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Comment sortir de ces conduites répétitives qui nous mènent à l’échec et nous font souffrir ?

La ré…pétition et la conscience créative

Ce mot vient du latin repetitio.signifiant réclamation. De cette petitio on retrouve en français la racine latine dans pétition, demande collective. Lacan l’écrit en deux mots : ré-pétition. L’étymologie du verbe « répéter » est « repetere » qui vient du verbe « petere », et signifie en latin chercher à atteindre. C’est en 1914, dans l’article Remémoration, répétition, perlaboration que Freud commença à conceptualiser la notion de répétition. La répétition serait quelque chose qui reviendrait sans cesse, le plus souvent à son propre insu. Ce retour du même et cette insistance prennent volontiers valeur compulsive et apparaissent généralement sous la forme d’un automatisme. L’automatisme de répétition serait-il un déterminisme d’essence magique ou puissance d’une rencontre manquée traduite par un « je cours à ma perte » ? « Comme l’écrit Safouan, « 1e tragi-comique de la destinée humaine réside sans doute en ceci que, d’une part, nous sommes condamnés à la répétition, puisque le désir n’est désir, que de se suspendre à un objet foncièrement perdu… et, d’autre part, nous sommes conviés à rompre avec cette répétition »[1].

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« La répétition est une mise en acte qui échappe au sujet et qui recèle en son cœur une part de jouissance. La répétition aurait donc pour fonction de diminuer le trauma. Mais cette fonction s’avère la plupart du temps inopérante. Elle a un caractère d’automatisme. Dans un troisième temps donc, et plus précisément dans L’Envers de la psychanalyse, en 1970, Lacan en parle explicitement. Selon lui, la répétition est corrélée à la jouissance. Il s’appuie sur la découverte de Freud, en 1920, pour dire que ce qui se répète est lié à la pulsion, à l’insistance de la pulsion de mort, qui, dans ce qu’elle a de réel, échappe à la représentation, au symbolique, et devient source de jouissance. « Ce qui nécessite la répétition, c’est [… ce] qui s’inscrit d’une dialectique de la jouissance, [et qui] est proprement ce qui va contre la vie. […] la répétition n’est pas seulement fonction des cycles que comporte la vie, cycles du besoin et de la satisfaction, mais de quelque chose d’autre, d’un cycle qui emporte la disparition de cette vie comme telle, et qui est le retour à l’inanimé. […] Il suffit de partir du principe de plaisir, qui n’est rien que le principe de moindre tension, de la tension minimale à maintenir pour que la vie subsiste. Cela démontre qu’en soi-même, la jouissance le déborde et que, ce que le principe du plaisir maintient, c’est la limite quant à la jouissance.»[2] La répétition est aussi une voie d’accès à son « la tuché »[3], c’est la rencontre, c’est ce qui n’a pas pu être évité, ce qui est impossible à symboliser pour le sujet, et que Lacan va nommer le réel. C’est la rencontre avec quelque chose d’inattendu, qui n’a pas été programmé. C’est le réel du trauma.

En tant que thérapeutes nous pouvons évoquer des situations où nous sommes témoins impuissants d’une répétition trop rapide et trop violente. Ces situations rendent compte de certaines consultations uniques après lesquelles nous nous demandons avec perplexité pourquoi le patient n’est pas revenu et si nous ne sommes pas responsables d’une erreur ou d’une maladresse ; en fait, nous n’y voyons que du feu ; on peut présumer qu’il y a pas mal de patients qui errent ainsi de thérapeute en thérapeute, ne trouvant leur salut que dans une fuite répétée. Cela nous renvoie à la question de la demande en psychothérapie.

La demande

Ce qui amène une personne à rencontrer un psychothérapeute c’est en général qu’il y a quelque chose qui ne va pas et souvent c’est  quand cette personne s’aperçoit qu’elle a beau faire, elle retombe toujours dans les mêmes problèmes, que quelque chose qu’elle ne comprend pas se répète. Les demandes de conseil, d’aide, d’orientation, voire parfois de psychothérapie, sont souvent sous-tendues par l’espoir initial d’une normalisation rapide avec une attente disproportionnée (« Réparez-moi cela en vitesse »). Ces personnes ne sont pas encore prêtes à admettre qu’elles  tiennent à leur symptôme.

«  Il n’en reste pas moins qu’à notre époque de « prétendue information », bien des sujets, après avoir évoqué cet éternel retour du même qui les tourmente caressent l’espoir, malheureusement vain, d’une reprise de contrôle moïque : mieux contrôler, mieux maîtriser, « mieux gérer ses sentiments » (quelle affreuse expression), leur espoir trop souvent déçu repose sur le postulat si répandu de l’unité du sujet, un sujet qui pourrait évacuer ses drames passés et enfin trouver l’oubli et la tranquillité. Ce type actuel de demande met en question l’activité des multiples psychothérapeutes qui foisonnent sur le marché, que leur pratique soit consolatrice, invigorante, d’accompagnement d’aide à la mise en mots, qu’elle se réfère à des techniques codifiées comportementales, pédagogiques, cognitives, qu’elles soient attentives ou non à la part de suggestion et de transfert. »[4]

« Donc retour à la vraie demande. À quoi ça se juge, et il faut bien que ça puisse s’évaluer, si on en fait la condition pour allonger le patient. Alors, pour approcher les vraies demandes, interrogeons les fausses demandes. Il me semble que dans la vie courante on n’a pas de mal à détecter les fausses demandes, celles faites juste pour entretenir le dialogue dans les dîners par exemple, pour manifester un intérêt de circonstances, pour faire plaisir, etc., et il suffit de chercher à y répondre pour s’apercevoir qu’elles n’étaient que des semblants de demande, soit des dits qui ne portaient aucun désir effectif. Là on peut utiliser la construction classique de Lacan, la vraie demande porte autre chose, qui n’est pas demande, qui est désir. Grosse différence, la demande va vers, vers des objets ou vers la présence, le désir, lui, est poussé, et on ne sait pas où il va ».[5]

 Face à une demande, il convient toujours de ne pas répondre avec empressement, mais de chercher le sens de la demande, c’est-à-dire le caché, le non dit, permettant ainsi un échange; mais face aux problèmes de temps et aussi parfois a une formation trop limitée, la réponse peut être faite sur la demande manifeste, ignorant la demande latente et ne permettant pas une ébauche de prise en compte du désir. En tant que soignants, devons-nous répondre à cette  » demande  » basée sur le besoin ? Pouvons-nous nous appuyer sur cette demande pour engager une réflexion  » thérapeutique « , montrer que l’on est capable d’entendre ce qui se dit à demi-mot ? L’exemple typique est celui du patient hospitalisé qui se plaint de difficultés pour dormir. S’appuyant sur le besoin, l’infirmière ou le médecin pourrait répondre en donnant un quart de lexomil….Passant ainsi a cote du désir qui peut être un besoin de parler ou une peur, une angoisse non exprimée (face à une opération par exemple). Et ce serait seulement dans cet écart entre demande et besoin que pourrait, dans certaines conditions, apparaître quelque chose du désir du sujet, comme primus movens, ne serait-ce qu’un désir insatisfait. Le désir est en quelque sorte lié à la possibilité d’émergence d’une demande intransitive, comme l’est une demande de changement, en tant qu’elle n’est pas demande de quelque chose. C’est pourquoi il nous semble que le travail psychothérapeutique, à quelque niveau que ce soit, n’est pas de combler des besoins, mais de susciter, autoriser, faciliter l’émergence d’une demande. C’est un travail de désaliénation, qu’il soit institutionnel, familial ou individuel. « D’où cette autre formule de Lacan que toute demande est une demande d’amour.
Demande nécessairement frustrante, dans la mesure où la mère ne saurait, et c’est heureux, être exclusivement et constamment tournée vers son enfant. Demande, de ce fait, jamais totalement satisfaite et toujours à renouveler. Est-ce à dire que l’enfant va ainsi passer son temps, de demande en demande, à tenter d’obtenir la confirmation impossible de l’amour maternel total ? Ce peut être le cas, si celle-ci, ne renonçant pas à être tout amour pour l’enfant, s’installe, imaginairement, dans cette position de toute-puissance, en voulant croire et lui laisser croire qu’elle peut répondre à toutes ses demandes, qu’elle a tout ce qu’il lui faut. Comment alors, pour l’enfant, lui signifier, autrement que par une surenchère de la demande, que ce qu’elle lui donne (son sein, ses bras, son temps, son argent…), ça n’est pas ça ? L’amour, disait encore Lacan, c’est donner ce que l’on n’a pas. Et c’est donc, au contraire, la défaillance de la mère qui va permettre à l’enfant de passer à un autre registre que cette frustration sans fin, celui du désir. Dans un texte de 1912, « Sur le plus général des rabaissements de la vie amoureuse », il conclut ainsi à une difficulté inhérente à la pulsion sexuelle : « Aussi étrange que cela paraisse, je crois que l’on devrait envisager la possibilité que quelque chose dans la nature même de la pulsion sexuelle ne soit pas favorable à la réalisation de la pleine satisfaction. » Et il rattache ce « quelque chose » à ce constat de la psychanalyse : « Lorsque l’objet originaire d’une motion de désir s’est perdu à la suite d’un refoulement, il est fréquemment représenté par une suite d’objets substitutifs dont aucun ne suffit pleinement. »  D’où ces conduites de répétition qui visent non pas à retrouver l’objet, irrémédiablement perdu, mais à le faire exister comme perdu en le ratant d’aussi près que possible, pourrait-on dire. Lacan pointera le caractère mythique de cet objet perdu freudien qui vient habiller de la nostalgie d’une jouissance première avec la mère, ce trou de l’origine, « ce réel au-delà de toutes les représentations qu’en a le sujet », qu’il nommera « la chose », dans le séminaire L’Éthique de la psychanalyse, c’est à partir de ce lieu hors signifiant, lieu du refoulement originaire, que s’organise la dialectique de la demande et du désir. Dialectique que Freud repère à travers les impasses de la répétition, par exemple dans les névroses d’échec, mais aussi bien et plus subtilement à l’œuvre dans les conduites ordinaires par lesquelles nous mettons régulièrement en perspective des objets à obtenir, des projets à réaliser, des récompenses à décrocher, des défis à relever, selon des modalités propres à chacun, et dont la satisfaction, sinon totalement ratée, laissera ce réel approché, mais hors d’atteinte et ne pourra être que partielle et temporaire, permettant la relance du désir vers d’autres objectifs. S’agissant des patients qui nous arrivent, et puisqu’ils nous arrivent, il est probable qu’ils sont, plus que d’autres, empêtrés dans la répétition, du côté de l’échec plutôt que de la réussite. Et leur demande à notre endroit est à considérer de la même façon, à la fois comme une tentative ultime de sortir du ratage et de la souffrance qui l’accompagne et comme une tentative supplémentaire de le reproduire et de s’en faire confirmer l’inéluctable, corroborer leur fantasme, certifier leur symptôme. Ce que nous ne manquerions pas de faire simplement en répondant à leur demande initiale, dans les termes où ils la posent. Ainsi, dans l’exemple de ce petit Johnny[6], répondre par un examen, un test et, éventuellement, par un certificat attestant que l’enfant est ou n’est pas, peu importe, plus agressif qu’un autre, reviendrait à certifier toute la détermination inconsciente qui préside à la demande, au prix d’y enfermer un peu plus l’enfant. C’est donc, là, la raison de la suspension de la réponse à la demande qui va permettre, au contraire, de déployer ces déterminations, au fil des demandes substitutives, explicites ou implicites, qu’elle va engendrer. »[7] Dans ma pratique avec les personnes handicapées mentales, j’ai constaté qu’à l’amélioration mentale des personnes correspond une augmentation des demandes explicites. Voici ce que j’en disais, en conclusion, dans mon livre « Handicap mental et techniques du psychodrame »[8] : «  Les résultats observés par le personnel institutionnel ainsi que par certains parents, révèlent, auprès des personnes handicapées mentales participant au psychodrame, un meilleur climat relationnel, une diminution de leur souffrance, des plaintes et corrélativement  une augmentation de demandes de plus en plus précises auxquelles des réponses sont possibles. Les personnes se révèlent moins agressives, plus dans l’écoute, le respect, la nuance et davantage engagées dans une perspective constructive, un projet. » La mobilisation du désir de vivre constitue une action essentielle de l’élaboration psychique des personnes en proie au trauma, car lorsque le désir de vivre fait son retour, les symptômes post-traumatiques s’en vont.

La répétition, n’est pas seulement le destin du sujet, elle est aussi une voie d’accès à son désir

Nos désirs peuvent être refoulés par notre morale, nos valeurs, notre éducation, la religion. Mais malgré cela ils sont en nous et exercent une poussée (pulsion). Le désir est alors en quelque sorte l’envers de la loi, d’où son attirance pour l’interdit. Ou encore, nous ne pouvons pas avoir ce qui est interdit, hors le désir étant issu d’un manque, je vais désirer ce qui est interdit, car je ne l’ai pas. Pour Lacan, comme dit précédemment, le désir c’est le désir de l’autre ou encore le désir de désir. Le désir est foncièrement position de l’altérité. Le désir humain est essentiellement le désir d’être reconnu par l’autre. Être reconnu dans son désir, comme un être désirant. Le désir est, chez le sujet humain, réalisé dans l’autre, par l’autre, chez l’autre. Pas d’interrogation sur le mot manque, mais être ? Manque à être quoi ? La réponse se situe dans l’autre phrase de Lacan sur le désir : le désir de l’autre. Le manque à être peut être alors compris comme le manque à être l’objet du désir de l’autre. Par exemple, quand la mère part, le nourrisson peut alors ressentir ce manque à être l’objet de son désir à elle (la mère). Nous sommes alors dans un désir de désir. « Etre » a plusieurs sens, il peut être le verbe, mais aussi le nom, je suis un être vivant et être vivant. Ce que nous pourrions alors voir dans ce manque à être, c’est que le sujet va se construire à partir de cette frustration. Il va aller chercher dans la quête d’autres objets d’amour ce manque à être. En faisant cela, il va construire son être. L’être humain se construit grâce à la frustration. En quelque sorte, le désir de l’autre c’est le désir de soi, d’être soi-même, à savoir un être désirant, c’est l’affirmation ultime du sujet. De la perte va alors naître un gain, et c’est cela le désir : de la perte il nait un gain et le désir étant né de la perte, on peut voir le désir comme le gain de la perte. Le manque c’est l’être ; le désir est à lui-même son propre manque – le désir est manque d’être. La formule du « manque à être » est venue à Lacan de cela. Dès que le sujet lui-même vient à l’être, il le doit à un certain non-être sur lequel il élève son être.

La répétition et l’objet « a »

Comme le dit Lacan, « le sujet a toujours à reconstituer l’objet, il cherche à en retrouver la totalité à partir de je ne sais quelle unité perdue à l’origine  ( …) »[9]. Cette conception de l’objet originellement perdu, est désignée par Lacan par la lettre a. Freud déduit de cette perte originelle une expérience de satisfaction mythique, que le sujet tentera désespérément de retrouver, ce qui fonde son désir. Le sujet est ainsi voué à une répétition de cette quête qui ne pourrait le satisfaire, puisque, à vouloir répéter l’expérience première, il en éprouve une perte inévitable : l’objet retrouvé n’étant jamais le même, il diffère à chaque fois, c’est une rencontre manquée qui se réitère, tout en rappelant systématiquement la perte initiale.  « L’objet «a», c’est ce qui «reste» (par exemple, d’une rencontre). On pourrait parler ici d’un «en plus». Ceci se rapproche de la façon dont Lacan définit l’objet «a»: «plus de jouir». Il est en effet cause du désir, lui-même articulé avec la jouissance; mais l’objet «a» est hors jouissance. C’est parce qu’il est hors jouissance que c’est du négatif qui devient du «pins de jouir»… Je dis ceci pour préciser ce que j’entends par «l’objet a, c’est ce qui reste». On est en train de converser poliment avec quelqu’un, et quand on se retrouve seul, on peut se dire: «Quel emmerdeur!» ou bien: « Quel moment agréable! », et on reste fasciné, pris dans le «regard» de l’Autre. De même à propos de la voix, etc. L’objet «a» est « hors jouissance», mais la jouissance, elle, est dans la rencontre. Et quelque chose va typifier ce mode de jouissance, sous forme d’un «sentiment», d’un «Einfühlung». À rapprocher ce phénomène de ce que Rümke désigne comme «Praecox Gehfühl» (il vaut mieux ne pas traduire cette expression) et de ce que Lacan appelle «l’instant de voir». Nous pourrions proposer aussi «l’instant de sentir», au sens pathique du terme: sensibilité pathique, immédiate, au style de celui qui se présente; une certaine qualité spécifique de son mode de présence… Ce qui permet de faire un diagnostic avant tout repérage de symptômes »[10]. Notre culture produit de l’objet a pour tous afin de combler les manques. Lacan parlait de la télévision, comme projetant l’objet a pour tous. Est-ce un monde de la jouissance consommatrice sans limites ? La science, d’après Lacan, nous donne des gadgets pour combler ce qui nous manque dans le rapport à l’(A) autre. La société de consommation serait-elle devenue une société de consolation ?

Le transfert et la répétition

« Le transfert est le processus constitutif de la cure analytique par lequel les désirs inconscients de l’analysant concernant les objets extérieurs viennent se répéter dans le cadre de la relation analytique, sur la personne de l’analyste, mis en position de ces divers objets.  Le transfert c’est un déplacement, un transport, une substitution d’une place à une autre. La répétition met en jeu en son cœur même un réel. Le transfert permet une symbolisation[11]. Ce que l’analyste répond est moins important que la place d’où il répond.. Lacan pose le transfert comme « mise en acte de la réalité de l’inconscient ». Il me semble que nous pouvons dire que le transfert permet à l’analysant de repérer sa façon répétitive de fonctionner car elle est à l’œuvre dans le transfert comme dans sa vie courante. Mais là, elle est mise en acte, l’analyste la considère comme un acte du sujet et, avec le temps pour comprendre, l’analysant en arrivera à cette même conclusion. »[12] 

La répétition et psychothérapie

La psychothérapie ne promet pas de miracle. Mais elle dit qu’en travaillant sur soi-même, on peut consentir à ne plus se voiler la face, et se saisir de la corde qui nous lie à notre souffrance. Il s’agit de retourner l’événement à l’origine de nos fourvoiements, de l’instrumentaliser plutôt que d’en être l’esclave. Et de libérer ainsi notre désir. Quand nous y arrivons enfin, nous acquérons une grande force intérieure. Ce n’est pas le bonheur, pas la complétude, pas l’unité de soi, mais une forme d’énergie et de satisfaction que nous ressentons dans tout ce que nous accomplissons. Choisir notre vie ? Décider de notre désir ? La psychothérapie le propose. Elle suggère de repérer les obstacles récurrents qui se dressent systématiquement devant nous à chaque fois que nous essayons d’être en accord avec nos désirs. Face à sa souffrance intérieure, un choix va s’imposer. Lequel ?  Soit de nous complaire et de nous laisser dominer par la souffrance, soit d’établir une rupture radicale et de passer à un second niveau, que l’on peut appeler « la conscience réfléchie ». Au cours de cette étape, nous apprenons à faire le tri entre nos désirs, nos projets, nos pensées, nos émotions… Nous devenons ainsi plus libres parce que nous nous détachons de nos désirs confus et contradictoires. Nous constatons que nous étions aveuglés par des fantasmes, des imaginations irréalistes où tout tournait uniquement autour de nous-mêmes  et de notre supposée grandeur. Ensuite, nous nous réalisons, parce que nous parvenons à des choix où nos aspirations s’accordent à la vie en société. Il s’agit en fait de choisir « avec » les autres, sans pour autant nous soumettre passivement à leur domination.

La répétition et le dispositif psychodramatique[13]

Dans le jeu psychodramatique la mobilisation de l’affect est plus intense sur la scène représentée que lors du récit de celle-ci. C’est dans le passage du récit au jeu que l’on appréhende toute la fécondité de la « représentation transférentielle ». La mise en scène est non plus seulement racontée mais représentée et ce en direct. Parfois une remémoration reste impossible et la répétition ou représentation[14] peut permettre d’amener par exemple un évènement enfoui, oublié, un traumatisme pour la première fois à la perception et à la décharge motrice dans des conditions favorables grâce au dispositif psychodramatique. La représentation a un effet cathartique dans le sens aristotélicien d’une purge. Le jeu stabilise complètement le rapport au corps du sujet qui se trouve engagé dans un rapport d’excitation. La répétition exprime une souffrance indicible. Il faut savoir rompre la répétition pour surprendre et passer à un autre plan car un enfant peut rester plusieurs années à jouer toujours à un même jeu répétitif. L’intérêt principal du travail de représentation n’est pas seulement dans les vertus de dialogue des propos qui libèrent l’expression. L’intérêt essentiel est clinique : la fonction poétique ouvre à la démultiplication du sujet. En psychodrame, la personne s’exprime verbalement, mais aussi corporellement par une représentation qui la replace dans une situation vécue et son contexte.  Entre parole et mimique une synergie s’installe. Je citerais l’exemple d’une représentation d’une situation qui a permis, très rapidement, une meilleure prise de conscience de soi. Il s’agit d’un patient  âgé d’une trentaine d’années (que j’appellerais ici Jules nom  d’emprunt-) qui, en général, est très soumis à l’autorité et ne supporte pas le conflit entre les personnes. Au cours de son évolution thérapeutique, il évoque une situation où il n’ose pas s’affirmer face à une personne âgée de septante ans environ (que j’appellerais François) qui cherche à s’imposer à lui. Il situe le contexte relationnel dans un cadre de loisir. Jules évoque son impossibilité de réagir face à  François. Nous représentons en séance individuelle la situation. Ce jeu nous apprend que Jules évite le conflit. Il se justifie et cherche à s’en aller. Je résume le « dialogue » : François : « tu aurais dû ranger le matériel ! » Jules : « je fais mon possible ici, je fais déjà le maximum ». Jules est visiblement excédé par les reproches de François. Au moment où François s’adresse à Jules et lorsque Jules répond à François, Jules opine sans arrêt du bonnet en bloquant sa respiration par ailleurs ! Jouant son rôle[15] (le thérapeute joue le rôle de Jules) reprenant le propos de Jules et son langage non verbal, il se rend compte de son attitude. Il interprètera cette scène en disant : « j’acquiesce tout le temps ! » En fait, il se sent très souvent coupable : « je ne suis pas d’accord, mais je l’accepte » dira-t-il. Questionné par l’animateur à ce sujet il se rappelle un souvenir d’enfance où ses parents étaient très stricts avec lui et ne voulaient entendre aucune justification. Pour ces derniers, les adultes avaient et auraient encore toujours raison ! Il s’agissait d’un devoir qu’il n’aurait pas remis à son instituteur alors qu’il affirme l’avoir donné, mais que l’instituteur aurait égaré. Jules a été puni deux fois et par son instituteur et par ses parents. Il a gardé de cette situation un profond sentiment d’injustice et le manque de confiance que ses parents avaient en lui. Pour Jules, s’affirmer, dire la vérité c’est pire ensuite ! À quoi bon, donc, dire la vérité si elle n’est pas entendue ! Pour Jules il vaut donc mieux fuir une situation conflictuelle sous peine de la voir prendre plus d’ampleur et de ne jamais trouver d’issue. Souvent il ne se sent pas à la hauteur comme il dit. En position de coupable (culpabilité qui n’en finit pas de ne pas se régler) il devient hyperactif pour éviter tout reproche. À force d’éviter le conflit, Jules le crée en lui-même et souffre de maux d’estomac et d’épuisement. Un travail portant notamment sur l’assertivité lui a permis ensuite de se dégager de ce cercle vicieux, de s’affirmer et de reprendre confiance en lui. Le travail d’analyse, de remémoration en place de la répétition, lui a permis de  s’affirmer dans sa singularité. Un travail en hypnose lui a permis également, à certains moments, un lâcher-prise indispensable, de mieux respirer et lui permettre d’être lui-même au lieu du devoir faire et agir continuellement.

Mots-clés :

L’insu – le réel du trauma – l’instant du sentir – l’automatisme – la jouissance – fausse demande – désir du sujet – désirs confus et contradictoires – le gain de la perte – la symbolisation – la représentation – choisir sa vie – la conscience réfléchie – décider.

[1] L’automatisme de répétition et les limites de notre pouvoir. Quelques illustrations,   Jean Delahousse. Réf.. : http://www.ecole-psy-nord.asso.fr/wp-content/uploads/2016/08/autorepetition-Quelques-illustrations.pdf

[2]Evelyne Hurtado, La répétition de Freud à Lacan « Répéter : destin du sujet et voie du désir * »  file:///C:/Users/jmich/Desktop/la%20répétition%20de%20freud%20à%20lacan%20.pdf

[3] Tuchè, c’est donc l’origine, la cause qui déclenche chez le patient le mécanisme de la répétition : une phobie, un cauchemar, une situation qui se répète interminablement pour le patient, toujours comme par hasard, et constitue sa névrose. Le problème, c’est qu’entre l’origine qui expliquerait tout, donc l’élucidation apporterait la guérison, et la névrose elle-même, il y a toujours la clocherie de la causalité. « La fonction de la tuché, du réel comme rencontre — la rencontre en tant qu’elle peut être manquée, qu’essentiellement elle est la rencontre manquée — s’est d’abord présentée dans l’histoire de la psychanalyse sous une forme qui, à elle seule, suffit déjà à éveiller notre attention — celle du traumatisme.

[4] L’automatisme de répétition et les limites de notre pouvoir. Quelques illustrations,   Jean Delahousse. Réf. :http://www.ecole-psy-nord.asso.fr/wp-content/uploads/2016/08/autorepetition-Quelques-illustrations.pdf

[5] Colette Soler, Travailleur * ? Séminaire EPFCL, Mensuel 104 https://www.champlacanienfrance.net/sites/default/files/soler_M104.pdf

[6] Exemple cité par l’auteur dans ce texte : Bon Norbert, ‘‘Analyser la demande, reconnaître le désir‘,

[7]Bon Norbert, ‘‘Analyser la demande, reconnaître le désir‘,https://www.jdpsychologues.fr/article/analyser-la-demande-reconnaitre-le-desir.

[8] Jacques Michelet, Handicap mental et techniques du psychodrame, Ed. L’Harmattan, 2008.p.144-145.

[9] J. Lacan, Le Séminaire. Livre II. [1954-1955] Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse Seuil, Paris 1978, pp. 332-333.

[10] Jean Oury, L’objet chez Lacan, Clinique LaBorde,http://www.revueinstitutions.com/articles/oury_objetlacan.pdf

[11]La symbolisation : ce terme désigne la fonction d’expression ou de représentation psychique de la vie pulsionnelle. Que signifie exactement symboliser ? Pour répondre à cette question, il nous paraît nécessaire de revenir au jeu de la bobine mis en évidence par Freud. C’est le jeu du « Fort-Da »[11] au cours duquel le petit-fils de Freud renouvelle le geste d’Hermès en créant son propre jouet. Dans ce jeu, la bobine (l’objet petit a) est l’équivalent de la mère (abandonnante) mais aussi de tout ce qui est susceptible de disparaître : personne ou objet. « Ce premier jeu inventé par l’enfant fonctionne comme un schème de représentation ».[11] Cette description ne va pas sans évoquer le processus que Winnicott place à l’origine des « objets transitionnels ». La symbolisation implique la représentation d’un objet absent. Dans la réalité, l’enfant a subi la séparation. Elle l’a fait souffrir. S’il arrive à la représenter symboliquement par un jeu, c’est d’abord qu’il a pu prendre un certain recul vis-à-vis d’elle, qu’il la voit de dehors, sur un certain plan, en provoquant la présence-absence du substitut, et qu’enfin il pourra interpréter pareillement des séparations comparables et ne plus être totalement surpris. L’enfant était passif, envahi par l’expérience mais, en la répétant, il acquérait un rôle actif. « Le moi qui a vécu passivement le trauma en répète maintenant activement une reproduction affaiblie, dans l’espoir de pouvoir en diriger le cours en agissant par lui-même. Nous savons que l’enfant se comporte de la même manière face à toutes les impressions qui lui sont pénibles en les reproduisant dans le jeu ;  par cette façon de passer de la passivité à l’activité, il cherche à maîtriser psychiquement ses impressions de vie ».[11]  Dès qu’il mime l’absence et la présence, l’enfant fait vivre l’objet « ici » et « maintenant ». La mère présente doit être appréhendée comme celle qui pourrait ne pas être là. Ce travail permet à l’enfant de ne pas s’enfermer dans l’imaginaire. Ce mouvement d’alternance, dans une relation d’ouverture et de fermeture est décomposé, aussi, par Sami Ali comme un mouvement agressif, comme un désir actif de l’enfant  de se séparer de sa mère (« Ma mère ne m’abandonne pas », « Je ne suis pas abandonné par elle » ou encore « Ce n’est pas toi qui me laisses tomber », « Je n’ai pas besoin de toi », « Je t’envoie promener moi-même »). Ce mouvement semble s’inscrire dans un contexte ambivalent qui fait naître chez l’enfant de l’angoisse et de la culpabilité. La plupart de ces jeux symboliques tentent à reproduire ce qui a frappé, à évoquer ce qui a plu ou participer de plus près à l’ambiance, bref, à construire un vaste réseau de dispositifs permettant au moi d’assimiler la réalité tout entière c’est-à-dire se l’incorporer pour la revivre, la dominer ou la compenser. C’est aussi la conscience du « comme si ».

[12]Répétition, transfert, désir de l’analyste – Joëlle HUBERT-LEROMAIN file:///C:/Users/jmich/Desktop/Repetitiontransfert.et_.desir_.de_.lanalyste.Liege_.13.02.2010.pdf

[13] Pour une information plus détaillée sur le psychodrame je renvoie le lecteur à l’article suivant : https://www.psychotherapie-psychodrame.be/2016/02/06/quest-ce-que-le-psychodrame/

[14] La représentation est une re-présentation c’est-à-dire une présentation nouvelle. Elle a une fonction de libération et de re-création. Elle constitue une reprise du vécu sur le plan symbolique (symbolisation). Elle permet à l’enfant d’accepter le traumatisme de la séparation sans en être détruit, sans non plus se réfugier dans l’imaginaire pur. Le jeu est là, précisément, pour maintenir en oeuvre la fonction de représentation qui lui permet en l’occurrence d’interpréter un fait nouveau au lieu de le subir. La fonction de représentation sert de clivage entre l’imaginaire et le réel. Elle sauve l’homme du délire en lui ouvrant le champ symbolique. Par la représentation, le mot commence par fonctionner comme signe c’est-à-dire non plus comme simple partie de l’acte mais comme évocation de celui-ci. « Parler, c’est désigner l’objet absent, passer de la distance à l’absence comblée par la représentation. Les mots, les signes représentent la présence dans l’absence. Le langage  « est »  une présence-absence, présence évoquée, absence remplie ».[14]

[15] Jouer le rôle du patient consiste à utiliser la technique psychodramatique du miroir qui consiste à lui faire prendre conscience de sa position, de son attitude et positionnement,  par sa propre représentation jouée par un protagoniste (participant du groupe s’il y a groupe ou thérapeute en individuel). Pour plus d’informations à ce sujet je renvoie le lecteur à mon livre : « Handicap mental et Techniques du psychodrame », Technique du miroir, p.84.

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La tendresse

Définition générale

La tendresse[1] est un sentiment d’affection, d’amitié (dictionnaire Littré), d’attachement, de générosité qui porte à considérer autrui avec bienveillance, à le traiter avec beaucoup de sollicitude. « La tendresse est une forme d’affection, de sensibilité et de considération bienveillante à l’égard d’un autre sans qu’il existe d’élément de contrainte que la passion ou le désir pourrait susciter. Elle s’exprime dans les gestes, le toucher, la douceur, la délicatesse, l’attention portée aux besoins d’autrui, le regard, la voix, et constitue une forme de respect de l’autre. La tendresse permet de créer une relation d’affection, qui peut aller de la relation d’amitié à la relation amoureuse. Il est à noter qu’elle n’implique pourtant pas nécessairement de désir sensuel, attendu qu’elle peut être l’élément clé d’une relation familiale. » [2]

Les antonymes du mot tendresse : dureté, froideur, haine,, indifférence, sadisme, cruauté.

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Tendresse et philosophie

« La tendresse, c’est le désir qui dort mais d’un œil »Maurice Chapelan[3]

« La tendresse est une naissance à soi-même qui nous fait pénétrer dans le ventre émerveillé de l’existence nous dit Jacques Salomé dans sa « Déclaration des droits de l’homme et de la femme à l’amour » : « T’aimer sans t’envahir ; Te multiplier sans te perdre ; Te dire sans te trahir ; Te garder sans te posséder ; Et être ainsi moi-même au plus secret de toi. » [4]

 « Dans « Les origines de l’amour et de la haine » (1935), le psychiatre Suttie relevait un véritable et indubitable « tabou de la tendresse ». Et effectivement, on accepte les manifestations de la tendresse qu’entre parents et enfants ou bien entre amoureux. En toute autre occasion, le geste tendre paraît plus inconcevable et déplacé que bien des manifestations grivoises ou obscènes. Pourquoi est-ce que prendre la main, effleurer la joue, toucher les cheveux de l’autre sont-ils des actes si difficiles et quasiment impossibles à assumer spontanément ? Mis à part certains « attouchements » permis et standardisés (comme la poignée de mains ou la tape « amicale », sans oublier l’inévitable « bise » – double, triple, quadruple…), et malgré l’essor d’un nouveau souci de soi corporel, l’on ne se touche guère dans nos sociétés occidentales. Dans ce contexte, oser la tendresse physique s’avère généralement impossible, non seulement entre personnes étrangères mais également entre amis. Quelques fois, bien sûr, les douceurs du regard et les accents tendres de la parole peuvent suffire ; il n’empêche que, même sous ces formes relevées et déjà spiritualisées, la tendresse paraît difficilement soutenable au long cours. Elle est davantage l’exception que la règle…

La tendresse : recevoir pour donner

Cependant, la tendresse est la sève de la vie. Quand, dans une relation, il ne circule pas de tendresse, la vie reste en jachère. Ce n’est pas un sentiment mais une qualité de présence, d’écoute, de contact. C’est aussi une qualité d’énergie qui passe entre les êtres, davantage de confiance proposée, reçue et redonnée dans le cycle de l’amour vivant. La tendresse, c’est ce dont nous avons le plus besoin et, en même temps, ce dont nous avons le plus peur. En effet, qui dit tendresse dit aussi proximité, rapprochement, lâcher-prise et ouverture. On a souvent peur de l’envahissement, de l’intrusion. On craint que l’autre nous dépossède de quelque chose. Nous sommes trop souvent des handicapés, car nous ne savons pas recevoir. Nous nous sentons obligés de rendre. Dès qu’on reçoit quelque chose, on a le sentiment d’être en dette. Nous avons tendance à minimiser ou à banaliser les marques d’attention. C’est un véritable apprentissage que d’accepter ce qui vient de l’autre, d’accueillir, de laisser germer et fleurir, de moissonner et de vendanger ces fruits de la confiance, de l’abandon. Si nous avons su recevoir, il est vraisemblable que notre rayonnement redonnera à l’univers le centuple. Nous ne serons donc pas tristes de quitter quelqu’un de cher si nous avons reçu pleinement ce qui est venu de lui et s’il a reçu lui-même ce qui est venu de nous. Chacune des parties engagées reste habitée par le partage. L’insatisfaction naît d’un manque dans la rencontre. C’est donc que nous n’avons pas su, peut-être, accueillir et recevoir ce qui nous est venu en don, en offrande si gratuite ou si imprévisible. N’oublions pas que nous avons tous reçu une somme d’amour et d’énergie de vie. Si nous nous contentons d’y puiser, elle ne se renouvellera pas et s’asséchera. Si, au contraire, nous l’agrandissons, une entité nouvelle et enrichie d’amour reviendra à la vie universelle, au moment de notre mort. Quelqu’un viendra y puiser et l’enrichir à son tour. Ainsi, l’existence est pleine de présents, mais nous ne savons pas toujours les recevoir. Si nous les amplifions, ce sera notre façon de nourrir la vie et de nous engager ainsi à plus d’humanité. Sources : Philosophie en France : D’après une lecture de Freud (S.), Introduction à la psychanalyse, Payot, Paris, 1992. »[5]

Tendresse et psychanalyse

Lorsqu’en 1932, Freud rappelle les acquis de sa théorie des pulsions, il n’emploie pas moins d’une dizaine de termes pour caractériser la plasticité des pulsions sexuelles. Certains concernent l’objet, d’autres le but, d’autres la source : le refoulement, modification du but, est désigné par les verbes dévier et changer d’orientation (ablenken, verwenden. Un mode de satisfaction pulsionnelle peut être remplacé par un autre (ersetzt werden) y compris dans un renoncement (verzichten) qui transforme le désir sexuel en tendresse. Freud a toujours considéré que la tendresse résultait d’une inhibition de l’amour sensuel et que l’amour durable nécessitait une certaine inhibition des tendances sexuelles. Freud, s’il a (mieux que jamais ou n’a au fil des siècles de casuistique érotologique), détecté les motifs du ravalement de la relation amoureuse, l’a rapporté d’abord au drame de l’Œdipe, c’est-à-dire à un conflit dramatique articulant une refonte plus profonde du sujet, une Urverdrängung, un refoulement archaïque, laissant dès lors sa place au refoulement secondaire qui permet, qui force à se disjoindre les courants qu’il distingue comme ceux respectivement de la tendresse et du désir.

Amour et tendresse

La tendresse est nécessaire au développement de l’enfant. Sans tendresse, le petit humain ne peut s’édifier ; ni l’adolescent s’émanciper ; ni l’adulte former un couple ; ni le vieillard mûrir. Sans tendresse, les amants ne s’aiment pas vraiment et les mourants laissent derrière eux d’irrémédiables regrets. Sans tendresse, nous n’existerions pas.

L’amour désigne un sentiment d’attachement d’un être pour un autre, souvent profond, voire violent, mais qui peut aussi être marqué d’ambivalence et, surtout, qui n’exclut pas le narcissisme.

 « La question de S. Beckett « comment vivre séparé-ensemble ? » est une question posée à l’amour, si tant est que l’amour, dans sa structure narcissique même, serait ce qui permet de supporter le « deux » de la différence sexuelle, de suppléer à la béance du « deux ». Lacan dira de l’amour entre deux humains qu’il les met hors d’eux, hors deux. Ainsi serons-nous amenés à penser l’amour comme processus paradoxal où se vérifie qu’il y a en jeu, dans tout rapport, l’impossible d’un deux. Deuxième remarque L’amour est de l’ordre de l’événement. Il se réfère à « ces choses qui arrivent… » quand un homme rencontre une femme, un homme, un homme, une femme, une femme : l’amour est voué au hasard de la rencontre. « Comment un homme aime une femme ? » « Par hasard », répond Lacan. S’il y a événement, il y a surprise et ce qui fera nomination tient à la déclaration d’amour. Le moment de la passion amoureuse, c’est l’heur, du bon-heur. Du ravissement soudain. De l’extase qui vous déplace et vous met dans l’être. C’est un moment dont on peut décrire les issues mortelles, si on veut le prolonger tel à tout prix : Roméo et Juliette, Tristan et Yseult. Mais par delà la passion traversée, l’amour ouvre, dans la découverte d’un manque, à la mise en processus infini de la vérité que la passion recélait. Troisième remarque L’amour donne de l’être, est don de l’être. II vise l’être dont le sujet manque parce qu’il parle. L’amour (me) fait être. S’il est vrai que nous manquons d’être du fait du langage, on peut alors soutenir la formule de Lacan : l’amour est don de ce qu’on n’a pas. »[6] Voici la phrase complète citée par Lacan : Aimer c’est donner quelque chose que l’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas. Aimer et être aimé représente sans doute une quête universelle propre à la nature humaine. Naturellement, le sentiment amoureux connaît plusieurs déclinaisons. L’amour est sentiment fort de tendresse et d’affection entre deux personnes ou envers une divinité ou un idéal.  « Aimer passe par un dire, la parole d’amour prend le relais, vient à la place de ce qui ne peut pas s’inscrire de la relation sexuée comme telle. C’est à ce qui ne peut pas s’éprouver ni s’écrire logiquement de la relation à l’autre que la parole d’amour, le dire amoureux, vient suppléer. À partir de ce dire d’amour, tout le langage vient trouver sa place – de la poésie à la littérature ; à partir de ce dire foncier, tout peut être dit. »[7]

L’amour vu par la mythologie grecque

Les peuples anciens (Egypte antique, Grèce antique, …) avaient probablement un savoir qui s’est en partie perdu au fil du temps et que nous sommes en train de redécouvrir aujourd’hui. L’étymologie des mots nous apprend également beaucoup, notamment avec le mot désir qui est lié à l’absence d’une étoile (un astre) dans le ciel et qui serait donc issu d’un manque.

Dans la Grèce antique il y avait quatre mots différents pour dire amour et qui dépendaient du contexte :

  • Agapè (ἀγάπη / agápê) : l’amour désintéressé, divin, universel, inconditionnel, qui s’adresse à l’être de l’autre.
  • Éros (ἔρως / érôs) : l’amour naturel, la concupiscence, le plaisir corporel.
  • Storgê (στοργή / storgế) : l’affection familiale, l’amour familial.
  • Philia (φιλία / philía) :basé sur l’équivalence, la liberté et l’égalité, la réciprocité, l’amitié, l’amour bienveillant, le plaisir de la compagnie.

L’amour vu par certains psychanalystes

Pour Erich Fromm (psychanalyste américain d’origine allemande, 1900-1980) l’amour consiste à prendre soin de l’autre, à s’inquiéter de lui, à le respecter et à essayer sans cesse de le connaître davantage. Aimer quelqu’un ne relève pas seulement de la puissance du sentiment mais d’une décision, d’un jugement, d’une promesse. Le paradoxe de l’amour réside en ce que deux êtres deviennent un et cependant restent deux. À partir du moment où il introduit l’hypothèse des pulsions de mort, Freud se sert volontiers du terme grec éros pour désigner l’ensemble des pulsions de vie (celles-ci incluent les pulsions sexuelles et les pulsions d’auto-conservation) qui s’y opposent. Sur ses traces, Jacques Lacan a ironisé en parlant de « l’amûr », qu’il identifie à une sorte d’amour courtois suranné qui n’est qu’une «  sublimation illusoire ». En couplant l’amour à l’impossible du rapport sexuel, en l’élevant à la dimension d’une « épreuve », Lacan s’éloigne de Freud pour qui l’amour est essentiellement de l’ordre d’une répétition, sur le modèle oedipien. L’amour tient à la contingence d’une rencontre, rencontre qui semble démentir l’impossible du rapport sexuel, qui peut « donner l’illusion que le rapport sexuel cesse de ne pas s’écrire »[8]. C’est ce qui fait dire à Lacan que l’amour n’est pas seulement imaginaire et narcissique, mais comporte une dimension réelle parce qu’il survient comme rencontre contingente sur fond d’impossible. Dans la dimension imaginaire de l’amour il y a l’idéal de fusion, faire un avec deux. C’est ce que développe Freud dans son texte « Pour introduire le narcissisme » : « On se cherche soi-même comme objet d’amour, on aime à travers l’autre ce que l’on est soi-même, ce qu’on a été, ce qu’on voudrait être, la personne qui a été une partie propre de soi (son enfant comme prolongation de soi-même). » C’est l’amour du même. La dimension symbolique de l’amour, elle, consiste avant tout dans sa part de détermination inconsciente. Elle met en jeu la signification phallique. Lacan pense aussi l’amour au niveau du réel de la pulsion. Il situe également l’amour du côté de l’être. Avec Lacan, l’amour se fait par la parole, il est soumis à la contingence et l’invention. Aussi Lacan finit-il par se demander, et par nous demander : « est-ce que l’amour c’est ça : d’avoir fait un bout du chemin ensemble » ? Ferenczi, un des disciples de Freud, a appuyé toute son œuvre sur le sentiment amoureux après s’être séparé de son maître pour mettre en avant le primat de la mère sur le père. Carl Gustav Jung a terminé son autobiographie par une longue réflexion de plusieurs pages sur « le mystère de l’amour ».
Et enfin, Françoise Dolto employait l’expression « cœur à cœur » pour caractériser le tissage entre sensations du corps et sentiments, aussi bien dans la rencontre de deux adultes que dans la relation mère-enfant.

Références :

http://eclaircie.canalblog.com/archives/2012/01/30/23348355.html

http://www.psychanalyse67.fr/accueil/myFiles/149_9EII715976.pdf

Mots-clés : bienveillance – oser la tendresse – sève de la vie – qualité de présence, d’énergie –  nourrir la vie – vivre « séparé-ensemble » – hasard de la rencontre – l’imaginaire, le symbolique et le réel de l’amour.

[1] Étymol. et Hist. 1. Ca 1240 « tendreté » (Jean de Thuin, Jules César, 92, 12 ds T.-L.); 2. 1319 « jeune âge, enfance » (Assiette de 200 liv. de rente, Morice, Hist. de Bret., I, 1286 ds Gdf.); 3. 1551 « faiblesse, fragilité du jeune âge » (Leroy, trad. Isocrate, Au Roy ds Hug.); 4. av. 1648 « sentiment, attachement qui se manifeste par des paroles douces, des gestes affectueux….https://www.cnrtl.fr/etymologie/tendresse

[2]https://fr.wikipedia.org/wiki/Tendresse

[3] Maurice Chapelan est un journaliste, essayiste et scénariste français, né le 1ᵉʳ janvier 1906 à Valence et mort le 14 mars 1992 à son domicile à Coye-la-Forêt.

[4] Jacques Salomé, Apprivoiser la tendresse, Editions Jouvence, 2015.

[5] http://ocinquieme.ch/parution/43-la-tendresse.html

[6] http://www.association-freudienne.be/pdf/bulletins/37-02Boons.37.pdf

[7] http://www.lacanquotidien.fr/blog/wp-content/uploads/2016/04/LQ-576.pdf

[8]  LACAN J.: “ Encore”, op. cit., p. 132.

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La mé…chanceté et son contraire la bien…veillance

La méchanceté

Ceux qui préfèrent les contes de fées font la sourde oreille quand on leur parle de la tendance native de l’homme à la méchanceté, à l’agression, à la destruction, et donc aussi à la cruauté. (J. Lacan) [1]

« L’homme n’est pas méchant – disait Lacan – il est méprisant ». Et il est vrai que la méchanceté procède le plus souvent du mépris, auquel elle vient ajouter comme une touche cruelle de raffinement. Lacan insiste d’ailleurs sur l’étymologie commune de ces deux passions mauvaises. « Méchant a à faire avec le mal par sa première syllabe : mé – observe-t-il. Comme dans médire, dans mépris. La deuxième syllabe concerne le choir. Méchant, c’est méchéance, c’est tomber mal. » Et c’est souvent tomber dans un puits sans fond, la méchanceté se repaissant d’elle même, elle est comme le négatif du désir, avec lequel elle a plus d’un point commun et peut-être le même foyer d’origine. Comme la vengeance, la méchanceté ordinaire se pratique à froid, et sans ostentation, le but étant d’atteindre l’autre au cœur, alors qu’il a baissé la garde, quand la colère avec ses gros sabots élève immédiatement des résistances. Petites piques et coups de griffe, médisance, persiflage, propos vexatoires, moqueries : « Les flèches blessent le corps mais les pointes blessent l’âme » disait Baltasar Gracian. Tout un arsenal de basse intensité, qui opère dans la durée et dont la constance morbide finit par faire mouche. La méthode ici est le harcèlement – le mot vient de herse, l’instrument à dents qui laboure et retourne la terre. « La méchanceté ne détruit pas, elle désagrège » affirmait à juste titre Jankélévitch.[2] « Par-delà ses origines et les formes plus ou moins sadiques et perverses qu’elle épouse, la méchanceté reste une tare qui exige une riposte, à moins de renoncer à toute vie collective harmonieuse. C’est surtout parce que la volonté méchante est « une volonté qui fait sécession avec l’altérité, pour ne vouloir que soi » qu’il faut lui opposer le goût de l’esprit commun. Parce qu’ils font sécession avec les autres, ne respectent pas la loi, les méchants refusent « les devoirs liés à leur appartenance humaine ». Leur solitude est la conséquence du refus des autres et de la société en tant qu’ils symbolisent ce que nous appelons aujourd’hui le « vivre ensemble ». «Celui qui a fait sécession avec le monde comme système de normes morales ne vit que pour lui-même, éloigné de la destination la plus haute de l’humanité : une vie sociale apaisée », écrit Michaël Foessel. »[3] La méchanceté est une manière d’être  d’un individu. Le méchant commet le mal. Pour Socrate la faute est le résultat d’une méprise: désirer le mal, c’est se tromper, c’est croire que le mal est un bien. Il existe bien une volonté du mal. Le méchant n’est pas seulement celui qui fait le mal et qui le fait en fonction d’une intention délibérée, il est celui qui aime le mal. « La méchanceté est toujours une relation entre les personnes. Est méchant celui qui veut du mal à son semblable. Le méchant a besoin d’un autre, il ne veut pas le mal en général, mais la souffrance d’un être. La méchanceté vise toujours une autre personne, si elle s’adresse à une chose, c’est qu’elle la personnifie ou qu’elle voit en elle une humanité possible. …L’amour dit: je suis heureux de ton bonheur et malheureux de ton malheur. La méchanceté dit: je me complais à ta souffrance et je souffre de ton plaisir. Elle est «la joie gratuite de faire souffrir »[4]

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 « La méchanceté se combat par l’altérité, la politique, la réflexion ; autant dire, qu’elle n’est pas près d’être vaincue. »[5] « L’homme n’est pas méchant. Il est méprisant. » Ce propos de Jacques Lacan concerne l’Autre méchanceté, celle au quotidien : la méchanceté ordinaire. Nous sommes méchants sans le vouloir ou, pire, sans le savoir. Quand elle n’est pas   mais déduite, la méchanceté nous semble plus violente encore. L’injure la plus crue évite l’obscénité, les cris, les coups, et laisse le sujet à qui elle est destinée le soin de l’interpréter. Poètes, Baudelaire en tête, et écrivains savent qu’une part de méchanceté habite l’être humain : « tout le monde est méchant » dit Alexandre Dumas. Cet ouvrage prend à rebours la conception du pervers narcissique, selon quoi le méchant c’est toujours l’Autre. Issu d’une psychologie dégradée, ce concept est dangereux : il méconnait que la méchanceté est native, et que, si le sujet n’est pour rien dans le mal qui lui tombe dessus, il est responsable de la manière dont il y répond. L’ignorer, c’est risquer de provoquer répétitivement l’Autre méchant, de voir la méchanceté là où elle n’est pas, et ne pas la voir là où elle se trouve. »[6] « Par le seul fait que ses parents parlent de lui, tout un discours précède sa venue au monde. On parle à son sujet. Et cela, très probablement constitue un autre malveillant, un autre qui n’a pas de bonnes intentions. Ceci définit le statut primaire de l’Autre. A partir de là, nous pouvons supposer à n’importe quel Autre une jouissance mauvaise, parce que la jouissance de l’autre nous est toujours inconnue »[7]

La bienveillance

Définition

Le dictionnaire définit la bienveillance comme la capacité à se montrer indulgent, gentil et attentionné envers autrui d’une manière désintéressée et compréhensive. La bienveillance est la disposition affective d’une volonté qui vise le bien et le bonheur d’autrui. Le terme est calqué sur le latin benevolens qui par la suite, a donné le doublet lexical bénévolence. Quelqu’un qui montre de la bienveillance se montre attentif au bien et au bonheur des autres. Son antonyme est malveillant. Dans le boudhisme Bienveillance est l’une des traductions usuelles de maitrī en sanskrit (metta, en pali), signifiant à l’origine amitié,  impliquant une relation désintéressée. Dans l’hindouisme on parle d’Ahimsa, c’est-à-dire la non-violence, le respect de la vie, plus précisément « l’action ou le fait de ne causer de nuisance à nulle vie ».  Dans l’hindouisme l’image symbolique reste la vache et la lionne buvant côte à côté dans la rivière. Cette image est reprise dans la mythologie romaine avec la louve qui allaite Romus et Rémulus.

« Confucius et Mencius, l’un comme l’autre, l’ont souvent affirmé : la qualité fondamentale d’un chef est la bienveillance. Confucius aurait dit : « Que le prince cultive les vertus et le peuple viendra à lui en masse, avec le peuple viendront les terres, avec les terres la richesse. Cette richesse sera le bénéfice de la rectitude du prince. Vertu est racine, richesse est moisson ». Et encore «Jamais on ne vit de prince bienveillant, monarque d’un peuple qui n’aime pas la vertu ». Quant à Mencius, il mettait ses pas dans les siens en disant : « On peut citer des exemples d’hommes capables d’atteindre un pouvoir suprême dans certaines contrées malgré un total manque de bienveillance mais jamais je n’ai entendu parler d’empires entiers tombant dans les mains de l’un de ceux qui manqueraient de cette vertu. En outre, il est impossible à quiconque de devenir monarque d’un peuple qui ne lui aurait pas fait, au préalable, allégeance de son cœur. » – « La bienveillance, dit-il avec Confucius, fait l’homme ». »[8]

« Dans la langue française le terme est introduit en 1175 sous le vocable « bienvoillance » pour devenir au XIVème siècle « bienvaillance ». C’est en 1680 que la graphie actuelle bienveillance apparait encore qu’on l’écrive aussi « bienveuillance ». C’est-à-dire vouloir le bien pour quelqu’un.  Jusqu’au XXème siècle il y a un sous-entendu de condescendance on est bienveillant de supérieur vers un inférieur. Et donc le terme peut dériver vers la compassion, la complaisance envers autrui. Au final, la bienveillance c’est vouloir le bien. Il y a donc une notion claire de volonté, d’intention favorable envers une personne. On veut le bien et non le mal (d’où l’antonyme malveillance). S’y ajoute aussi un sous-entendu de protection (on pourrait donc vouloir le bien contre la volonté d’autrui, puisqu’on le protège….pour son bien).»[9]

Prendre soin de son « Moi »

« Si l’on a souffert d’un sentiment de ne pas être reconnu, ou d’incompréhension. Si on s’est senti rejeté, injustement traité. Si l’on a subi des traumatismes, des manques affectifs, si l’on n’a pas vécu une enfance épanouissante, ou si l’on a vécu une cassure venant briser le centre de soi…si l’on a entendu des cris, si l’on a été négligé, si l’on ne sait pas pourquoi on était là. Toutes ces expériences créent des blessures immenses, dont la souffrance est enfouie. Cependant, le refoulé ne disparaît pas, il est toujours agissant. Le psychisme n’oublie rien. L’individu alors s’enferme dans une carapace, créant des comportements de défense, vis-à-vis de ces blessures. Il construit des attitudes de rigidifications, visant à éviter à tout prix de se confronter à toute situation risquant de réveiller la peine issue de l’élan brisé. Pour ne pas souffrir à nouveau. Ainsi, il va vivre à côté de lui, n’étant pas lui-même, pas totalement lui-même. « Ces diverses expériences de non reconnaissance amènent un être à conclure qu’il ne peut pas vivre en étant lui-même. Le sens profond de la maladie est là, presque toujours. (Guy Corneau, Revivre !) Un trouble va naitre. En effet, cette partie de soi oubliée, négligée, dont on n’a pas pris soin, va s’étioler, se désagréger. Le prix à payer, est la maladie, d’être ou de corps. La maladie montre une désunion d’avec soi, un déséquilibre. L’harmonie qui préside est rompue. L’être est globalité avant tout. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de prendre soin de soi. Quelle que soit l’entrée : corps, énergie, psychisme, la technique sollicitée, le professionnel consulté, tout travail sur soi permet de prendre un peu de recul et de se rendre compte que l’on peut améliorer sa vie, la rendre meilleure. Il s’agit aussi de savoir manœuvrer les forces en soi qui sombrent, qui ne veulent pas évoluer, voire qui œuvrent en sourdine pour la destruction ! Ne pas les laisser dans l’ombre, ni aux commandes. Il s’agit donc de réveiller les forces de régulation, de réparation, qui se sont endormies, inhibées suite aux traumas vécus. En effet, toute guérison, toute amélioration d’être, est due à l’activation de l’auto-guérison, à la stimulation de la capacité autonome de rééquilibrage propre aux  fonctionnements psychiques et physiques. La reconnaissance, en soi, pour soi, des souffrances niées et enfouies est la condition première pour commencer à être vraiment soi. Toute souffrance intense et durable engendre une dissociation psychique. Une partie du psychisme fait comme si l’autre partie, la souffrante, la malade, n’existait pas. Celle-ci s’enferme dans le non-dit. Une barrière invisible l’entoure et l’empêche d’être au jour. Avec elle, c’est une part de soi qui s’isole et s’anéantit. Le dialogue avec l’inconscient est nécessaire pour faire réunir ces morceaux disparates de la psyché. La psychanalyse permet la fluidité entre conscient et inconscient. Elle place la reconnaissance du sujet au centre de son dispositif. La faculté de réparation provient du sujet lui-même, de sa renaissance à lui-même, dans une place enfin occupée. C’est une thérapie par la mise en valeur du moi. Un moi qui s’est ouvert et a quitté ses compulsions de défense, qui l’enfermaient dans une attitude figée. Un moi qui n’est plus replié sur ses peurs. La fluidité apporte le mouvement, la possibilité de l’action. Elle permet à la force vitale, au désir de vie de se propulser à l’extérieur. Sans cette fluidité, des cuirasses psychiques, et physiques se mettent en place. Un moi qui occupe le centre de l’être, et peut regarder autour de lui avec bienveillance,  interagir en combinant indépendance et accomplissement, se relier en gardant sa liberté d’être. « La santé est globale, elle inclut le corps, l’âme et l’esprit. » (Guy Corneau, Revivre.) Il s’agit de découvrir le sens de ce qui nous arrive. Un sens est découvert quand il parle à notre conviction profonde, intime. Cela arrive comme un éclairage subit, suivi d’un soulagement émotionnel. La conscience s’enrichit. A chaque situation, à chaque évènement ne correspond pas un mais plusieurs sens. Ils sont à cueillir au fur et à mesure de l’avancement, et viennent se mutualiser, renforcer l’élaboration globale. Le chemin vers les prises de conscience, en ramenant du mouvement intra et inter psychique, conduit à la sortie de l’impasse où nos peurs nous ont enfermés. Une nouvelle circulation s’instaure, ce qui était fixé se dénoue, la vision des choses en est modifiée. Suite à ce travail de conscientisation, l’harmonie entre ressenti et action est rendue possible. L’action juste, issue de la synthèse entre le ressenti et la réalité extérieure, ancre le sujet dans sa vie. Elle lui permet l’incarnation de ce qu’il est vraiment. »[10]

Le bien vivre ensemble

« Jamais on n’aura autant parlé de bienveillance : colloques d’enseignants, de soignants, conférences de philosophes, de méditants autour de ce thème se multiplient. Ces appels à travailler avec précision et persévérance, comme les muscles abdominaux, une disposition plutôt naturelle et désintéressée peuvent sembler contre-productifs. A force d’appeler à la bienveillance, ne risque-t-on pas d’en altérer les élans spontanés ? Pour Jacques Lecomte, la bienveillance précède l’action. Elle est « la bonté» déclinée dans la vie quotidienne, ordinaire, et n’a rien de spectaculaire. « Ceux qui la pratiquent ne sont pas des  » héros sauveteurs » mais ont un regard a priori positif sur autrui, la capacité à ressentir ce qu’il ressent, notamment s’il souffre – c’est l’empathie – et leur altruisme s’exprime en actes. » Bernadette Lemoine, psychologue et psychothérapeute expérimentée, développe une même approche dans l’aide aux parents. Pour elle qui publie (avec Diane de Bodman) Petites Phrases à leur dire pour les aider à grandir (Albin Michel), être bienveillant avec les enfants qu’on éduque, c’est d’ abord veiller sur eux, être attentif à eux. Une attitude profonde qui influence chaque geste et décision. «Éduquer, ce n’est plus donner des ordres de manière raide, à la militaire, mais dans un coeur à coeur avec l’enfant, avec souplesse … Toute l’ambiance familiale en est transformée. Attention cependant, être bienveillant avec son enfant, ce n’est pas seulement lui faire plaisir : « le problème de nombreux adultes, c’est qu’ils n’entendent dans le mot bienveillance que  » ce qui est bien et facile pour l’enfant  » », observe la psychologue. Or, si jusqu’ à 3 ans, l’enfant est en effet le centre du monde, les parents doivent ensuite veiller à le décentrer de lui-même afin que son plaisir seul ne domine pas, mais qu’il apprenne à faire plaisir aux autres. Sinon, le risque est de donner des enfants « no limits » qui, en fin de compte, ne savent ni se respecter, ni respecter l’autre dans le « bien vivre ensemble».»[11]

Bien veiller

Les orientaux insistent sur la volonté du bien et du bonheur d’autrui, le christianisme également, tout en soulignant qu’elle ne suppose pas la réciprocité, et n’instaure pas de liens durables avec l’autre. Il s’agit de veiller à son bien, de « veiller »
Bien veillance ; veiller au bien de. Veiller sur.., veiller sur soi est aussi en lien avec le concept de la vigilance. J’invite le lecteur à consulter mon article sur la vigilance à cette adresse : https://www.psychotherapie-psychodrame.be/2018/08/24/le-concept-de-la-vigilance/

Mots-clés :

Mépris ; négatif du désir ; herse ; rupture avec l’altérité ; vivre ensemble ; l’Autre ; relation désintéressée ; vertu est racine, richesse est moisson ; prendre soin de soi ; activation de l’auto-guérison ; fluidité ; sens ; conscientisation ; empathie.

[1] J. LACAN, Séminaire, livre VII, L’éthique de la psychanalyse, Leçon du 23 mars 1960.

[2] Article de Jacques Munier (auparavant professeur de philosophie, il rejoint ensuite France Culture en tant que producteur en 1983, et a longtemps piloté l’émission « les Chemins de la connaissance ».) https://www.franceculture.fr/emissions/lessai-et-la-revue-du-jour-14-15/la-mechancete-ordinaire-revue-le-portique

[3] https://www.lesinrocks.com/2014/06/14/actualite/sommes-mechants-11510205/

[4] https://www.psychaanalyse.com/pdf/MECHANCETE%20ET%20PERVERSITE%20-%206%20pages%20-%20246%20Ko.pd

[5] https://www.lesinrocks.com/2014/06/14/actualite/sommes-mechants-11510205/

[6] https://journals.openedition.org/lectures/14212

[7] Santiago Castellanos, « Paranoias et folies de la vie quotidienne ». Réf. : https://congresoamp2018.com/fr/textos-del-tema/paranoias-et-folies-de-la-vie-quotidienne/

[8] https://fr.wikipedia.org/wiki/Bienveillance

[9] https://www.philcodev.com/la-bienveillance-mot-a-la-mode

[10] Genviève Abrial, psychanalyste, Paris 8ème. Réf. :http://www.genevieveabrial.com/tag/bienveillance/

[11]Pascale Senk (journaliste), article : « La bienveillance, une prise de risque », Le Figaro, 3 septembre 2018. Réf. : http://www.psychologie-positive.net/IMG/pdf/Figaro_3_septembre_2018.pdf

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L’assertivité

Par l’assertivité il s’agit de s’affirmer sans agresser, sans s’effacer. L’assertif postule le respect réciproque des opinions. Les compétences liées à l’assertivité sont :

  • se respecter et se faire respecter,
  • développer une bonne assurance interne,
  • identifier ses attitudes les plus fréquentes,
  • savoir faire face à des comportements passifs, agressifs et manipulateurs,
  • communiquer efficacement,
  • La position de l’assertif correspond au « je suis OK, vous êtes OK et pas KO ! ».

La position de vie de l’assertif correspond au « je suis OK, vous êtes OK » (relation idéale selon l’analyse transactionnelle). L’assertif postule le respect réciproque des opinions : ce n’est pas parce que moi j’aime telle chose que les autres ont tort de ne pas l’aimer.

Un comportement assertif consiste à s’exprimer en respectant le plan suivant :

Exprimer les faits…

Puis donner votre sentiment sur les faits exposés en utilisant le JE plutôt que le TU

Exprimer votre demande suite aux faits. Vous pouvez être aidé en reprenant le schéma de la communication violente (OSBD)[1]– cf. article suivant : https://www.psychotherapie-psychodrame.be/2019/03/19/la-communication-non-violente-cnv/

L’assertivité, cela s’apprend…

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Comment être assertif ?

L’assertivité est une attitude de fermeté; fermeté par rapport aux événements, par rapport à ce que vous considérez comme acceptable ou non.

Ce n’est pas de l’agressivité. Ce n’est pas l’expression de la rancoeur, le défoulement des frustrations. C’est plutôt un moyen de les éviter. Ce n’est pas une menace. C’est la délimitation d’un territoire qui n’est pas accessible à l’autre, qui n’appartient qu’à vous.

C’est un peu comme un panneau sens interdit. Un automobiliste ne se fâche pas lorsqu’il voit un tel panneau à l’entrée d’une rue. Il est là dans l’intérêt de tous. C’est la même chose avec une attitude assertive. Elle est là, dans l’intérêt de la victime et de celui qui tente de la harceler en établissant clairement les comportements acceptables et répréhensibles.

L’assertivité n’est pas donnée à tout le monde. Elle est trop peu développée.

La plupart des personnes, lorsqu’elles étaient enfant ont plutôt appris à accepter, à obéir et à ne pas poser de questions. Se révolter n’était pas nécessairement bien vu. Cela part d’une bonne intention, mais cela n’aide pas la personne à apprendre à exprimer ses sentiments, à trouver la manière de les exprimer et à fixer ses propres limites.

Si vous n’avez pas appris à être assertif dans votre enfance, rien ne vous empêche de rattraper votre retard une fois adulte. Comme pour les langues, l’informatique, la photographie, …

C’est probablement l’apprentissage le plus utile pour un adulte et pas uniquement pour ceux ou celles qui sont victimes de harcèlement moral.

Assertivité:

Le mot vient du mot anglais ASSERTIVENESS. Initié par Andrew SALTER psychologue New-yorkais dans la première moitié du siècle dernier. Développé plus récemment par Joseph Wolpe, psychiatre et professeur de médecine américain comme « Expression libre de toutes émotions vis à vis d’un tiers, à l’exception de l’anxiété ».

L’assertivité est définie comme une attitude dans laquelle on est capable de s’affirmer tout en respectant autrui. Il s’agit de se respecter soi-même en s’exprimant directement, sans détour, mais avec considération. Cela conduit à diminuer le stress personnel, à ne pas en induire chez autrui et à augmenter l’efficacité dans la plupart des situations d’entretien. Cette attitude est particulièrement importante dans toutes les situations de la vie, mais elle l’est particulièrement dans toutes les situations d’entretiens professionnels et notamment dans le management (domaine où elle est trop souvent ignorée)

Nous trouvons quatre attitudes pour définir un grand nombre de comportements humains:

1 – La fuite,
2 – La manipulation
3 – L’agressivité 
Ces trois premières  attitudes sont beaucoup moins performantes que l’assertivité. Elles ont tendance à s’exprimer de façon réflexe dans les situations difficiles. Elles sont génératrices de tensions, de défenses, d’incompréhension et de perte de temps.

4 – L’assertivité 
Cette attitude, elle, au contraire, définit parfaitement une grande qualité de la communication dans laquelle on se respecte soi-même autant que l’on respecte autrui. Elle s’exprime de façon sensible et réfléchie. Elle permet des actions adaptées avec les situations. Ceci est important dans toutes les circonstances de l’existence, personnelles et professionnelles.

Le non-verbal : certificat d’authenticité

Lorsque nous échangeons des propos, l’information qui passe de nous à l’autre et de l’autre à nous est constituée de verbal (mots – sémantique) et de non-verbal (attitudes, gestuelles, intonations de la voix). Ce qui est étonnant c’est que la plus grande partie de l’information échangée est surtout non-verbale. Il paraît même que ce non-verbal représente au moins 90% de l’information.

Une des bases fondamentales de la communication et de l’assertivité est de ne pas avoir peur de s’ouvrir à ce que l’autre a à dire, car quoi qu’il dise nous savons qu’il a une raison et nous n’avons pas peur de l’entendre. Nous cessons alors de nous comporter comme un animal menacé par un prédateur, les oreilles aux aguets, prêt à mordre au moindre danger… voir même sans qu’il y ait danger, comme ces chiens qui aboient dès qu’on passe près de la barrière de leur maison.

L’assertivité, c’est humaniser ses comportements et se détendre un peu… tout en permettant ainsi à son entourage de se détendre aussi… car notre entourage également réagit trop souvent comme s’il était menacé. Le moins qu’on puisse dire est que nous ne sommes pas entourés par un environnement communicant. Raison de plus pour adopter un comportement plus performant qui apaisera les situations et désamorcera les mines posées ça et là dans les conversations.Cependant, cela ne doit jamais nous empêcher d’exprimer ce que nous avons à dire sans détour, car le respect d’autrui ne doit pas s’exercer au détriment du respect  qu’on s’accorde à soi-même. D’ailleurs, l’efficacité de notre façon de gérer les situations qui se présentent en dépend. L’assertivité n’est surtout pas une attitude dans laquelle on accepte tout sans rien dire. Celui qui fait tout pour les autres mais ne veut rien pour lui, celui qui accepte tout sans jamais rien dire, n’est pas dans l’assertivité mais dans la négation de soi. Dans la négation de soi, même si on est généreux, on reste absent et inefficace. L’autre se plaindra de notre inexistence et les situations seront tendues et embrouillées. Donc s’affirmer et oser dire est très important pour la qualité des échanges.

En finir avec la fausse communication

Il est de bon ton de parler de communication. Utilisé pour tout et pour rien, ce mot devient commun au point de s’être un peu vidé de sa substance. Pour qu’un échange entre deux personnes mérite le label « communication », il doit pourtant répondre à certains critères très précis. L’assertivité, mot beaucoup moins galvaudé, définit parfaitement un état dans lequel on est communicant. Pour comprendre ce que signifie « être communicant », nous devons différencier la communication et la relation. Être communicant, c’est d’abord être ouvert, alors qu’être relationnel, c’est être relié (attaché, dépendant). Ce sont deux attitudes fondamentalement différentes. La relation est fréquente, puisque c’est le minimum incontournable de tout échange, volontaire ou non. La communication, elle, est plus rare car elle suppose une conscience et une humanisation des échanges, qui malheureusement n’a rien de spontané. Être communicant, c’est sortir des réflexes (quasi animaux) pour entrer dans une dimension humanisée.

Quand nous utilisons notre intellect de la même manière qu’un animal utilise ses griffes et ses crocs (pour se défendre ou pour attraper une proie), il y a juste changement d’outil: l’attitude, elle, reste animale.  Il y a réel passage d’un comportement animal à un comportement humain quand on passe de la relation à la communication.

Le tableau ci-dessous reprend quelques critères dans un listage comparatif entre la communication et la relation. Dans les deux cas l’information va bien d’un point à un autre, mais elle ne circule pas de la même façon et ne produit pas le même effet. On ne peut pas parler d’assertivité si on n’a pas clairement différencié  la relation de la communication

Etre communicant Etre relationnel
Être ouvert Être relié
Être libre Être attaché
Chaleur humaine Affectivité
Sensibilité Émotivité
Considération Manipulation (même involontaire)
Respect Copinage
Constructif Conflictuel
Responsabilité Culpabilisation
Attention (pour quelqu’un) Intérêt (pour quelque chose)
L’individu compte plus que l’information L’information compte plus que l’individu
Information proposée par l’émetteur Information imposée par l’émetteur
Information accueillie par le récepteur Information subie par le récepteur
Les deux interlocuteurs sont gagnants L’un gagne au détriment de l’autre
Partager une différence de point de vue Imposer un point de vue, convaincre
Actions (réfléchies, adaptées) Réactions (involontaires, inadaptées)
Stratégies (intellectuelles, manipulatrices)
Information mieux transmise Information déformée

On notera que quand on dit « J’ai des relations », on parle plus  des gens dont on peut se servir, que de ceux vis à vis desquels on a une ouverture d’esprit.

 Différencier le « quelqu’un », du « quelque chose »

Plus le quelque chose est important (information, projet), et plus on souhaite atteindre son objectif, plus il est nécessaire, pour y parvenir, de considérer le quelqu’un plus que le quelque chose : c’est à dire avoir plus de considération pour l’individu (l’autre et soi-même) que pour le propos (ce que l’on échange). Cela peut sembler paradoxal de lâcher un peu quelque chose pour mieux l’obtenir… mais il en est ainsi.

Respect d’autrui

Le respect d’autrui ne peut être que naturel. S’il est forcé, il n’y a pas respect de l’autre mais manipulation (même avec de bonnes intentions). Rappelons nous que, dans le meilleur des cas, le non-verbal ne se contrôle que partiellement. De plus, dans un tel contrôle, on ne se respecterait pas soi-même non plus car alors, on y refoulerait son ressenti.

Pour mieux respecter l’autre, plutôt que de tenter de se forcer, mieux vaut augmenter sa sensibilité à la réalité. Le non-verbal s’ajustera automatiquement. Nous sommes d’autant plus touchés par les circonstances que nous ne percevons pas la réalité de ce qui se passe.

Le mot respect d’ailleurs vient du latin re-spectus qui veut dire « regarder en arrière, porter attention, regarder avec égards ».

Au premier regard, souvent, nous sommes surtout « scotchés » à l’apparence immédiate du propos. Au deuxième regard, nous pouvons tenter de nous ouvrir à l’individu et à ce qui motive son attitude ou son discours (qui se trouve souvent hors de la circonstance présente).

Alors qu’au premier passage, l’intérêt que nous portons au « quelque chose » (le discours) nous égare et nous porte à réagir, au deuxième passage l’attention que nous portons au « quelqu’un » (l’interlocuteur) nous sensibilise à sa raison. Avec un peu de sensibilité, nous découvrons alors que sa raison (la raison, le fondement, l’origine de son propos) est tout autre que ce que nous croyions.

C’est ce qui s’appelle « voir en 4 dimensions« : les trois de l’espace et celle du temps. En effet un individu n’est pas seulement  ce qu’il nous montre, il est aussi tout ce qu’il a vécu et  tout ce qu’il a été auparavant.

Ce que nous considérions trop souvent comme une attaque personnelle n’est en fait qu’une tentative (consciente ou inconsciente) de l’autre pour exprimer ce qu’il ressent. Par exemple quand quelqu’un vous agresse ou vous fait un reproche, il ne fait que vous parler de ses craintes ou de son inconfort. En lui donnant l’opportunité de les préciser et d’être entendu, vous pouvez désamorcer les bombes relationnelles.

Le secret, pour un authentique respect d’autrui, est de comprendre que l’autre a une raison et de l’aider à l’exprimer. Cependant cela ne doit pas s’opérer au détriment du respect de soi (par soi).

Respect de soi-même

Autant il est important de respecter autrui, autant il est important de se respecter soi-même. L’assertivité décrit une attitude où les deux sont présents sans que l’un le soit au détriment de l’autre.

re-spectus (re- spectus) c’est aussi se regarder en 4 D. Au premier regard nous ne voyons que l’apparence de notre comportement immédiat ou de notre réaction, au deuxième regard, nous cernons mieux, dans le temps, le fondement, la raison, l’origine de celui-ci. Alors, plutôt que de le maîtriser ou de le refouler, nous pouvons mieux l’entendre et l’apaiser. Ce respect de soi n’est ni plus ni moins qu’une meilleure capacité à communiquer avec soi-même. Il ne s’agit pas là d’un monologue pour malade mental, mais au contraire d’une rencontre avec ce qu’il y a de précieux en soi et d’une validation authentique de ces richesses. Cela permet d’assurer ses bases dans une réelle affirmation de soi

Par exemple, quand quelqu’un nous demande quelque chose que nous ne souhaitons pas lui donner: par exemple de lui prêter un de nos livres… alors que nous ne le souhaitons pas, car nous en avons besoin. Le respecter peut sembler être de le satisfaire à notre détriment. Mais dans ce cas on ne se respecte pas soi-même. Si au contraire on lui oppose un refus sans l’écouter, c’est lui qu’on ne respecte pas.

Le problème, dans un premier temps, n’est pas de savoir ce qu’on va décider, mais de l’écouter lui et de s’écouter soi, dans un esprit réellement communicant.

Par exemple nous pouvons l’aider à exprimer ce qui motive sa demande et le valider (voir les cinq points de validation de la communication). Il nous explique alors qu’il voudrait que nous lui prêtions notre livre car ça lui ferait plaisir de pouvoir le commencer rapidement, et aussi qu’il n’a pas trop le courage d’aller l’acheter. Il nous expliquera d’autant mieux cela sans détour que nous serons capable de l’entendre sans réagir négativement. Nous devons pouvoir valider ses raisons et lui manifester que, compte tenu de cela, nous comprenons que ce serait mieux pour lui que nous le lui prêtions. Mais aussitôt, si cela reste pertinent compte tenu de ses raisons, nous lui affirmons que de notre côté, cela nous pose un problème car nous avons besoin de cet ouvrage. Nous sommes désolés de ne pouvoir lui donner la commodité qu’il sollicite.

Autant il est important d’être généreux, autant il faut savoir se respecter soi-même. Sinon, on court le risque de se retrouver rapidement exsangue. C’est l’aptitude à dire non tout en restant ouvert à l’autre, c’est à dire tout en restant communicant. Trop souvent, comme nous n’osons pas dire non, nous préférons intuitivement reprocher à l’autre de nous avoir fait une telle demande. Pour la délicatesse, c’est loupé car alors, même si nous ne sommes plus le méchant qui dit non, c’est seulement l’autre qui est stupide d’avoir posé sa demande! Naturellement, c’est pire.

D’un autre côté, ce respect de soi-même ne doit pas motiver de ne rien accorder à autrui. on deviendrait alors un monstre d’égoïsme sous le couvert d’un faux respect de soi qui n’est qu’un protectionnisme nous faisant manquer la vie.

Pour trouver un équilibre convenable, il est souhaitable d’être capable de s’ouvrir avant d’expliquer quoi que ce soit, puis ensuite d’oser dire ce qu’on a à dire. Nous allons examiner ces deux éléments d’un échange dans l’assertivité.

S’ouvrir avant d’expliquer

Quand vous souhaitez sortir d’une pièce, vous respectez intuitivement un excellent protocole qui consiste d’abord à ouvrir la porte et ensuite à sortir. Il ne vous viendrait pas à l’idée de faire l’inverse, d’essayer de sortir avant d’ouvrir la porte.

Quand nous sommes communicants, nous respectons aussi ce protocole: d’abord j’ouvre mon esprit, ensuite je peux faire sortir des informations de moi vers l’autre.

Dans le mode relationnel, la tendance est d’essayer de forcer l’autre à s’ouvrir à nous sans, nous, nous être ouvert à lui. Nous nous plaindrons ensuite de son manque d’ouverture car il aura tendance à ne pas nous entendre.

Oser entendre

Nous trouvons cela fréquemment dans les services d’accueil où, quand on ne peut satisfaire la demande d’un client, on lui explique directement cette impossibilité, sans entendre le problème que ça lui pose. Pareillement, dans les services de soin quand un patient refuse un traitement, une toilette, sa nourriture… etc… on lui explique ce qu’il doit faire sans entendre sa raison. Voir à ce sujet le chapitre « Douceurs et violences ordinaires » dans l’article de mai 2001 « Personnes âgées« 

Une des bases fondamentales de la communication et de l’assertivité est de ne pas avoir peur de s’ouvrir à ce que l’autre a à dire, car quoi qu’il dise nous savons qu’il a une raison et nous n’avons pas peur de l’entendre. Nous cessons alors de nous comporter comme un animal menacé par un prédateur, les oreilles aux aguets, prêt à mordre au moindre danger… voir même sans qu’il y ait danger, comme ces chiens qui aboient dès qu’on passe près de la barrière de leur maison.

L’assertivité, c’est humaniser ses comportements et se détendre un peu… tout en permettant ainsi à son entourage de se détendre aussi… car notre entourage également réagit trop souvent comme s’il était menacé.

Le moins qu’on puisse dire est que nous ne sommes pas entourés par un environnement communicant. Raison de plus pour adopter un comportement plus performant qui apaisera les situations et désamorcera les mines posées ça et là dans les conversations.

Cependant, cela ne doit jamais nous empêcher d’exprimer ce que nous avons à dire sans détour, car le respect d’autrui ne doit pas s’exercer au détriment du respect qu’on s’accorde à soi-même. D’ailleurs, l’efficacité de notre façon de gérer les situations qui se présentent en dépend.

L’assertivité n’est surtout pas une attitude dans laquelle on accepte tout sans rien dire. Celui qui fait tout pour les autres mais ne veut rien pour lui, celui qui accepte tout sans jamais rien dire, n’est pas dans l’assertivité mais dans la négation de soi. Dans la négation de soi, même si on est généreux, on reste absent et inefficace. L’autre se plaindra de notre inexistence et les situations seront tendues et embrouillées. Donc s’affirmer et oser dire est très important pour la qualité des échanges.

Oser dire

Oser dire est aussi important que de savoir entendre, même si « savoir entendre » doit toujours  précéder « oser dire ». Même quand il est nécessaire de s’exprimer, sans auparavant permettre à notre interlocuteur de donner le fondement de son attitude ou de son propos, il y aura néanmoins toujours un état d’esprit ouvert, dans lequel on accorde à l’autre qu’il a une raison. Cela modifiera favorablement notre non-verbal et évitera les réactions intempestives de celui à qui on s’adresse.

Oser dire est trop rare. Alors, sous prétexte de ménager l’autre, nous n’avons en fait que trop peur de sa réaction, ou trop honte de nous affirmer. C’est plus cette peur qu’un souci de délicatesse qui nous anime quand nous n’osons pas dire.

Alors, par cette pseudo délicatesse, nous taisons ce que nous aurions souhaité exprimer… puis nous adoptons involontairement une attitude frustrée ou un peu coléreuse. Ce reproche non-verbal conduira l’autre à réagir. Lui même n’osant pas dire, les échanges vont devenir complexes, tendus et stressants. Dans le meilleur des cas ils seront  stériles, dans le pire des cas ils seront destructeurs.

Oser dire peut paraître simple, mais en fait  il nous arrive souvent lors d’un mécontentement, de nous taire avec une personne, puis de ruminer… pour ensuite nous plaindre à une autre de ce qui vient de se passer. Les ragots, les cancans et le « radio couloir » sont généreusement alimentés par ce genre de verbiage qui n’est plus une expression de soi mais seulement une situation dans laquelle on tente de se soulager… j’oserai même dire « se soulager comme si on allait aux toilettes » pour y déverser ce qu’on n’a pas digéré. Prenant ainsi notre interlocuteur pour un déversoir (et je choisis là un terme pudique) nous ne faisons que l’encombrer, pour ne pas dire le souiller, et générons ainsi toute une succession de tensions… car suite à l’échange avec nous, ce dernier fera pareil avec un autre.

Oser dire c’est, sans attendre, exprimer ce qu’on ressent, ce qui nous semble important, ou ce qui doit être dit 

– Si par exemple quelqu’un nous dit « Tu viens au cinéma voir ce film? », alors que ce film ne nous intéresse pas, nous lui dirons simplement « Tu sais, ça ne me dit pas trop » plutôt que de lui lancer d’un air faussement délicat « Tu es sûr que ce film vaut le coup? » (comme si nous voulions lui éviter un mauvais spectacle).

– Si nous sommes avec quelqu’un en voiture, et qu’il se gare sans fermer sa portière alors que nous avons notre sac dans son coffre. Nous lui dirons simplement « Je serai plus tranquille si tu fermes tes portières » plutôt que de jouer le donneur de conseils, faussement délicat, du genre « Tu es sûr que c’est prudent de ne pas fermer ta voiture? ».

– Dans le travail, si un collaborateur passe trop de temps à la pose café, nous lui dirons simplement « Tu sais, ton absence prolongée pose des problèmes », plutôt que de sous-entendre d’un air faussement humoristique « Alors! il était bon le café? »

– Dans un hôpital, une infirmière s’approchant d’un patient à qui elle doit faire une piqûre lui dit simplement « Je vais vous faire votre piqûre » et non une phrase du genre « On va faire une petite piqûre »

 – Face à un patient lui demandant « Dites moi ce que j’ai », un médecin annoncera directement le diagnostic plutôt que d’utiliser des paraphrases, des mots techniques incompréhensibles ou pire encore, des mots inadaptés du genre « grosseur » ou « kyste » pour « cancer ». Nous trouvons souvent cela dans l’annonce de pathologies graves où le médecin argumente son attitude en disant qu’il faut protéger le malade. En vérité, c’est surtout le médecin qui se protège lui-même de la réaction du patient, car il ne saurait pas quoi en faire. D’autres, croyant avoir compris cela, annoncent au contraire le diagnostic brutalement et sans aucun accompagnement. Je pense par exemple à cette patiente accidentée, dont le médecin se met à distance au pied du lit, et lui annonce « Eh bien mon petit, pour vos jambes, c’est foutu! » pour lui dire qu’elle est dorénavant paraplégique… puis il s’en va. C’est évidemment abominable!

Dire directement c’est bien, mais encore faut-il le faire avec humanité et ne pas s’esquiver au moment où il faut gérer le retour de ce qu’on vient de dire. En aucun cas, être dans l’assertivité ne doit signifier « lancer dans la figure de l’autre ce qu’on a à lui dire » et ensuite « qu’il se débrouille! ».

Dire et surtout « gérer le retour »

Dans l’assertivité, on ose dire, mais aussi on sait rester présent pour entendre et pour gérer (si nécessaire) le retour que l’autre nous adresse.

Là encore, nous n’avons pas peur de ce retour car nous savons que l’autre a sa raison et nous n’avons pas peur de l’entendre. L’affirmation de soi dans laquelle nous sommes ne nous fait pas craindre de nous y ouvrir. Nous le ferons d’autant mieux que nous ne nous mettrons pas à sa place (sur ce site, voir à ce sujet l’article de novembre 2000 « Les pièges de l’empathie« ). Par contre, nous serons prêts à entendre ce qu’il vit, pense ou ressent à la place où il se trouve. Cette ouverture est beaucoup plus efficace et tranquille que tout l’imaginaire que nous pouvons mettre en jeu. Quand nous nous mettons à la place de l’autre, nous cessons aussitôt de le comprendre pour n’avoir plus accès qu’à notre imaginaire.

Dans les exemples du paragraphe précédant: 

– Si pour le cinéma, notre ami nous dit en retour qu’il aurait aimé aller voir ce film avec nous, nous pourrons l’aider à exprimer ce qui, pour lui, motive ce souhait. Nous devons savoir faire cela, même si nous savons que nous n’irons pas. Ce n’est pas parce qu’on ne peut accorder quelque chose, qu’il ne faut pas permettre à l’autre d’en avoir le désir.

– Si pour la voiture restée ouverte l’ami nous dit « oui, mais en la fermant, je crains que pour l’ouvrir, un voleur ne brise la vitre et que ce soit pire ». Nous saurons valider cela et trouverons une autre solution, à moins que ce ne soit lui. De toute façon nous saurons respecter sa crainte sans pour autant nier la notre.

– Si pour la pause café le collaborateur nous retourne « Oui, mais si je ne m’arrête pas quelques minutes de temps en temps, je pète un câble! J’en ai marre de ce boulot! » certes il a la réaction que nous aurions aimé éviter. « Ne rien dire » ne pouvait convenir, « dire » risquait d’engendrer cela! Mais justement nous ne devrions pas craindre une telle réaction. Elle est seulement l’opportunité de mettre à plat une situation tendue et refoulée chez le collaborateur. Ce dernier doit certainement ruminer et refouler depuis un moment et se sentir enfin compris ne peut que l’apaiser (même si on ne peut changer sa situation). Pour plus de détails sur ce point, lire sur ce site l’article de janvier 2001  « La bonne distance dans le management« 

– Pour l’infirmière qui fait la piqûre, si le patient rétorque « J’ai peur des piqûres », l’infirmière ne sera pas gênée pour lui demander « Qu’est ce qui vous fait peur dans les piqûres? ». Le non verbal sera correct si l’infirmière accorde au patient qu’il a une raison d’avoir peur. Ce dernier se sentira d’autant plus rassuré que sa raison sera entendue et validée (même s’il doit quand même subir la piqûre). Il ne sera pas du tout rassuré si celle-ci dit « Mais non. Ne vous inquiétez pas, ça  va aller vite. Vous ne sentirez rien! » Même si l’infirmière dit vrai, elle vient de nier l’autre et de le mettre en situation d’inexistence. Cela sera néfaste pour la suite des soins.

– Pour le médecin devant annoncer une pathologie lourde, s’il voit face à lui son patient s’effondrer sans rien dire ou au contraire exploser en larmes, il saura l’aider à préciser son ressenti, ses peurs, ses angoisses, son effondrement. Cela suppose que le médecin est capable de l’accompagner. S’il ne l’est pas (car ce n’est pas ce métier qu’il a appris) il peut faire appel à la collaboration d’un psy à qui il délèguera la suite. Pour mieux comprendre ce qu’est l’aide, vous pouvez lire sur ce site le dossier psychothérapie.

Donc, ce qui est important, c’est d’oser dire, mais tout en étant capable d’accueillir le retour que l’autre nous adresse et de  l’accompagner si nécessaire.

Cela peut sembler prendre du temps… et on n’a pas que ça à faire! Certes, si on a l’impression que ça prend du temps, je comprends une telle réticence! Mais en réalité,  ne pas faire ainsi prend beaucoup plus de temps. A force de ne pas dire vraiment, de nier ce que l’autre exprime (même pour le rassurer), de ne pas entendre… nous ne faisons que fonctionner tous sur notre imaginaire sans entendre personne. Cela génère de multiples malentendus, du stress et d’innombrables fuites d’énergie.

Des échanges sans gaspillage d’énergie

Faire semblant consomme beaucoup d’énergie. Cela nous épuise. Nous allons rapidement nous en plaindre. Ce mécanisme étant contagieux, il va s’étendre à notre environnement. Tout cela engendre la fuite d’une phénoménale quantité d’énergie et un grand gaspillage de temps. Nous avons là une importante source du stress quotidien.

Il suffit, dans un environnement, qu’une seule personne soit dans l’assertivité pour qu’une régulation s’opère. C’est justement parce que dans notre entourage les gens ne sont pas ainsi qu’il est urgent que nous le soyons le plus possible. Peu importe notre imperfection, car chaque fois que nous y parvenons, c’est un peu de mieux être et d’efficacité gagnée.

Attention de ne jamais pour autant prétendre en savoir plus que les autres. Se prétendre proche de la perfection ne fait que développer un mépris pour autrui et produira à coup sûr l’inverse de l’effet attendu. Soyons simples, y compris avec nos défauts, et assumons nous. C’est ce qui fait notre richesse, c’est ce qui fait que nous existons vraiment. Je vous renvoie pour cela au début de cet article dans le paragraphe « Le leurre de la maîtrise de soi »

Mots-clés : je suis OK, vous êtes OK et pas KO ; Être communicant ;  se respecter, se faire respecter et respecter l’autre (re-spectus) ; oser dire, oser dire non, modifier son environnement.

REFERENCES :

  • « Analyse transactionnelle et psychothérapie », Eric Berne, Petite Bibliothèque Payot, 1977.
  • « Cessez d’être gentil, soyez vrai! », Thomas d’Ansembourg, Edition de l’Homme, 2001.
  • « Manuel d’Analyse Transactionnelle », Stewart Ian et Vann Joines, Intereditions, 2005.
  • « Etre soi dans les relations », Sylvie Grivel, Eyrolles, Editions d’organisation,2010.
  • « Le courage d’être soi », Jacques Salomé, Editions du Relié, 1999.
  • « Oser être soi-même », René de Lassus, Editions Marabout,1992.
  • « http://www.maieusthesie.com/chemin_decouverte_communication/communication.htm».

[1][1] Anne Van Stappen « Ne marche pas si tu peux danser », Editions Jouvence, 2009.

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La communication non violente (CNV)

Pour Thomas d’Ansembourg[[1]], le processus de la CNV initié par Marshall Rosenberg[2] vise à aider à clarifier ce que nous vivons. Ce processus n’est pas selon lui de l’empathie en tant que telle, mais la CNV y donne accès. Il ne s’agit pas non plus qu’une simple écoute, mais de « se relier efficacement à soi et à l’autre », c’est-à-dire prendre pleinement conscience de ses propres sentiments et de ceux de l’autre. Tout d’abord, il est important de prendre le temps de s’arrêter et de se pencher sur ses sentiments.  Être conscient de ce que l’on vit et savoir dire ce l’on ressent joie, tristesse, peur ou colère. Ce sont les indicateurs qui nous permettent de connaître nos besoins pour agir. Il faut pouvoir nommer ses besoins pour les dire à l’autre.

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Il faut savoir recevoir également la gratitude de l’autre, car l’appréciation positive fait aller de l’avant. Et tout ça engendre un espace de bienveillance avec l’autre, car les petites attentions font les grandes relations : comme l’essence dans une voiture, ça fait aller de l’avant. Puis, savoir transformer les reproches et les ressentis en essayant de comprendre l’autre. Bref, faire preuve d’une qualité d’écoute…

Les 4 étapes de la CNV : nous les verrons en détail ensuite

  1. Observation objective des faits
  2. Expression des sentiments
  3. Expression des besoins
  4. Formulation d’une demande claire et précise.

Par exemple, votre compagnon passe du temps devant l’ordinateur et vous avez tendance à lui dire « j’en ai marre, tu passes ta vie devant l’ordi et tu ne m’aides jamais !  » Si vous lui disiez plutôt :  » Ce soir depuis que tu es rentré, tu t’es installé derrière l’ordi et je me suis occupée de tout ce qu’il fallait faire dans la maison (observation factuelle et objective). Je me suis sentie abandonnée et pas soutenue (sentiment). J’ai  besoin que tu m’ rapportes un peu  d’attention et de savoir que tu partages toi aussi les soucis de la maison (besoin). Lorsque tu rentres, pourrais-tu me demander s’il y a des choses à faire pour m’aider  et/ou j’aimerais bien que tu me donnes un coup de main pendant un certain temps (demande précise). Le ton de la discussion peut paraître artificiel, et pourtant formuler ses émotions un peu conventionnellement pacifie la discussion.

En résumé, la CNV c’est, d’après Anne van Stappen[3], ceci : « prenez deux hommes, chacun sur sa montagne regardant la même fleur avec finalement un point de vue différent ! Si l’un ne descend pas de sa montagne pour rejoindre le second sur la sienne, il ne pourra pas prendre conscience des besoins et attentes de l’autre » (voyez le schéma ci-dessous) alors, en fait, la communication non violente, c’est accepter les différences de besoins !

[1] Thomas d’Ansembourg, Cessez d’être gentil soyez vrai ! — Être avec les autres en restant soi-même, éditions de l’Homme, 6 mai 2004,

[2]Marshall Rosenberg, créateur de la Communication NonViolente, est né aux Etats-Unis en 1934 et s’est éteint le 7 février 2015. Il a été le directeur pédagogique du Centre pour la Communication non violente (Center for Nonviolent Communication), une organisation internationale à but non lucratif. Formé à la psychothérapie psychanalytique, puis élève de Carl Rogers, Marshall B. Rosenberg a reçu son diplôme de docteur en psychologie clinique à l’Université du Wisconsin en 1961. Il a voyagé dans le monde entier pour intervenir en tant que médiateur international dans les conflits et promouvoir la paix.

Les 4 temps de la communication non violente :

L’efficacité de la CNV tient ensuite dans 4 étapes simples qui la composent : O-S-B-D

  1. Observer la situation – observer les faits sans les évaluer : 

Cette étape implique d’apprendre à distinguer l’évaluation de l’observation. Cela consiste à remplacer généralisations et jugements par une description circonstanciée et précise des faits.

  1. Reconnaître le Sentiment- exprimer des sentiments et non des interprétations – :

Il s’agit ici de prendre conscience du ressenti provoqué par la situation précédente, et de le nommer en utilisant tout le registre du vocabulaire affectif.

3. Identifier le Besoin sous-jacent –exprimer les besoins à l’origine de ces  sentiments – :

Prendre conscience et verbaliser le besoin qui engendre le sentiment permet en retour de déterminer les moyens à mettre en œuvre pour le satisfaire.

  1. Exprimer une Demande négociable- Formuler des demandes d’actions claires et concrètes:

 

Lobjet de la demande est d’expliquer dans un langage clair les actions que nous aimerions voir mener pour satisfaire le besoin. La violence provient de nos besoins non rencontrés et aussi quand je me coupe de mon humanité ou de celle de l’autre. Prenons le temps, restons reliés à soi. Je me consulte au lieu de je consulte. Accueillir et reconnaître nos émotions avec bienveillance. Quels sont nos besoins ? Nous dépensons une énergie folle à ruminer et fulminer. Élargir notre éventail c’est viser l’écologie de nos relations soit sans se faire violence et sans déni de responsabilité.

[3] Anne Van Stappen « Ne marche pas si tu peux danser », Editions Jouvence, 2009.

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Réflexion et action

  • La réflexion sans l’action

    introduit l’inertie.

  • L’action sans la réflexion

    introduit l’agitation.

  • L’action et la réflexion

    conjugués introduisent du sens

    et une direction,

    l’ouverture de soi à ce que vit

    l’autre, sans être submergé,

    sans se laisser submerger et

    sans submerger l’autre par

    nos «bons » sentiments   !

La distance et la proximité suffisamment bonnes 

La distance sans le lien introduit l’indifférence

 

Le lien sans la distance introduit la dépendance

 

Le lien et la distance conjugués introduisent l’ouverture de soi à ce que vit l’autre, sans être submergé, sans se laisser submerger et sans submerger l’autre par nos «bons» sentiments !

Le piège de la distance, c’est l’indifférence et la banalisation.

Le piège du lien, c’est l’emprise de notre subjectivité.

Deux pièges sont donc à éviter : L’un consiste à se blinder et tenir à distance les plaintes, jusqu’à ne les entendre que comme un murmure habituel, ce qui est le propre de l’indifférence organisée. L’autre de s’y noyer avec le souffrant parce que nous sommes pris dans les rets d’une relation fusionnelle.

La jouissance

Définition générale :

Le terme de jouissance renferme deux définitions : la première date du XVème siècle et correspond à l’usage d’un bien propre. Quant à la seconde, elle est souvent assimilée au plaisir sexuel. En voici une autre définition : « Action de jouir, plaisir intellectuel, moral que procure quelque chose. Jouissance de l’âme, de la conscience, de l’esprit; jouissance intellectuelle. État de celui qui jouit. État de bien-être, plaisir physique et moral. Jouissance sexuelle, physique. Plaisir sexuel éprouvé jusqu’à son aboutissement. En droit c’est le fait d’être titulaire d’un droit. » [1]

Autre définition :

La jouissance désigne l’action de profiter ou de tirer parti de quelque chose, alors que le terme jouir se rapporte habituellement à l’orgasme sexuel.

Définition psychanalytique :

En psychanalyse, Jacques Lacan fait de la jouissance un concept à part entière, distinct du plaisir et du désir. Il opposera plaisir et jouissance : cette dernière se voudrait outrepasser le principe de plaisir.[show_more more= »your text » less= »your text » color= »#0066CC » list= »» »] 

Le plaisir :

Le plaisir est le contraire de la douleur. Il correspond à un état émotionnel agréable né spontanément d’une situation donnée, de la satisfaction d’un désir ou de la perspective de cette satisfaction. Physique, psychique ou intellectuel, il concerne tous les âges et est, comme le désir, indispensable à l’équilibre d’un être humain. Son refus, conscient ou inconscient, révèle un trouble psychique. Dans ce dernier, le psychisme est gouverné par un principe régulateur dont le rôle est d’assurer la recherche du plaisir (Lust) et d’éviter le déplaisir (Unlust).

Le plaisir à l’encontre de la jouissance :

Plaisir et déplaisir sont des sentiments conscients restant attachés au Moi. La jouissance serait une souffrance inconsciente : « là où tu souffres, c’est peut-être là où tu jouis le plus » ! Elle est toujours synonyme de complication. L’impératif de ce savoir inconscient est de s’opposer  à la propension au bonheur.  Le plaisir, quant à lui, équivaut à la tension réduite tandis que la jouissance équivaut à une tension maximale. Freud nous rappelle toujours que l’individu recherche le bonheur. Ensuite qu’il dresse des obstacles pour ne pas y parvenir. Le bonheur est une satisfaction extrêmement limitée, modeste, que l’on obtient avec peu de moyens. Et toute autre satisfaction au-delà de cette limite représente la jouissance de l’Autre  (détaillé plus loin dans le texte). Symptômes et fantasmes s’opposent donc à la jouissance hors mesure.

Le désir :

Le désir serait issu d’une trace laissée par un ancien vécu de plaisir, le tout premier ressenti de plaisir. Il a pour but de reproduire la satisfaction laissée par cette trace originelle. Le désir est donc issu des premiers ressentis de plaisir et du souhait de revivre le plaisir. Pour Freud on ne peut désirer que ce que l’on a déjà connu. Les pulsions provoquent une tension qui tend à être déchargée à travers un ressenti de plaisir. Plaisir et désir sont liés, nous pouvons associer le désir au travail des pulsions.  Le désir est un effort de réduction d’une tension issue d’un sentiment de manque et en ce sens, comme le disait Platon dans Le Banquet, « on ne désire que ce dont on manque ». Quand on a trouvé des objets ou des buts considérés comme une source de satisfaction, on va tendre vers eux. Le désir est tantôt considéré positivement puisque l’on considère l’objet désiré comme source de plaisir ou de contentement, voire de bonheur et tantôt considéré négativement comme une source de souffrance, une forme d’insatisfaction. D’un point de vue psychologique, le désir est une tendance devenue consciente d’elle-même, qui s’accompagne de la représentation du but à atteindre et souvent d’une volonté de mettre en œuvre des moyens d’atteindre ce but. Le désir est similaire au besoin, car ils sont censés combler un manque. Le besoin faisant quant à lui partie de la pyramide des besoins, alors que le désir n’est qu’inconscient.

Le désir  opposé à la jouissance :

Le désir s’oppose à la jouissance : le désir est ce qui fait barrage, ce qui, étant articulé à la loi, protège de la jouissance. Le désir, génère un état pénible de tension psychique- une tension d’autant plus exacerbée que l’élan du désir est arrêté par la digue du refoulement. Plus le refoulement est intransigeant, plus la tension s’élève. Devant le mur du refoulement, la poussée du désir se trouve alors contrainte d’emprunter simultanément deux voies opposées : la décharge où l’énergie se libère et la rétention où l’énergie s’accumule et devient une énergie résiduelle. Une partie de l’énergie traverse le refoulement et se décharge. Cette décharge incomplète procure un soulagement appelé jouissance phallique qui ferme l’accès de la jouissance à l’extérieur.  L’autre partie reste confinée à l’intérieur du système psychique et suractive, exite constamment le niveau de la tension interne. La zone érogène, source du désir, est exitée en permanence. Cette jouissance s’appelle le plus de jouir qui est représenté par le fantasme. Elle reste ancrée dans les zones érogènes et orificielles du corps. Ce « plus de jouir » serait, d’après Lacan l’objet petit a[2]. Le terme « plus-de-jouir » est, en fait, un néologisme proposé par Lacan qui constitue un des modes de présentation de l’objet a. Ce néologisme est construit à partir du terme  « plus-value » de Marx.
Selon Lacan, l’accès à l’ordre symbolique auquel se soumet tout être humain pour devenir un sujet se paie par une renonciation à une certaine jouissance, celle interdite par la loi contre l’inceste. Concernant la jouissance phallique, de manière plus précise, celle-ci se rapporte à la fonction phallique ou à la castration. La fonction phallique est mise en jeu dans le langage sous la forme de la signification phallique. La jouissance phallique n’a a priori rien à voir avec l’organe du même nom. Lacan la désigne aussi comme jouissance sémiotique en raison de son lien au langage, à ce qui fait sens. Elle est, à ce titre, dite hors corps. « Liée aux lois du langage, causée par le signifiant, la jouissance phallique se manifestera dans le champ du sujet à travers les formations de l’inconscient : rêve, mot d’esprit, lapsus et actes manqués qui sont autant de filières par où la pulsion peut trouver satisfaction, mais aussi les symptômes où la pulsion trouve une satisfaction partielle. La jouissance comporte ici une dimension de satisfaction indéniable pour le sujet et c’est bien pour cela que sa résorption n’est que partielle. En parlant dans la cure, l’analysant consomme la jouissance en même temps qu’il l’alimente. Ce serait une chaîne sans fin si l’interprétation ne visait que le sens, nourrissant ainsi le symptôme, plutôt que de viser le non-sens dans l’équivoque signifiante par exemple. »[3] La jouissance phallique est le renoncement aux jouissances œdipiennes. Elle est associée à la prise de parole, à l’exercice du pouvoir, aux activités créatrices, aux relations sexuelles et à la procréation. Le troisième destin de l’énergie psychique c’est la décharge totale appelée la jouissance de l’Autre. C’est la jouissance parfaite de l’acte incestueux où le plaisir sexuel est absolu. Dans l’inconscient, la jouissance a une place, celle du trou. Dans les jouissances locales (phallique et + de jouir) le trou est bordé par une limite. La jouissance de l’Autre est sans limite ni bordure. Elle est hors langage. C’est la puissance hors mesure de l’Autre[4] non localisée à un point précis d’un système mais repérée par le sujet à la manière d’un mirage. La jouissance de l’Autre c’est la Chose (je renvoie le lecteur à mon texte : La Chose, Das Ding), le trou noir qui aspire tout, dont il faut se protéger.  La chose ou « Das Ding est une part de la jouissance qui est une jouissance du corps propre. L’Autre est troué par le réel. La jouissance Autre nous la trouvons surtout chez le psychotique. (cf. Louis II de Bavière). Le désir est une défense contre la jouissance d’où l’expression « ne pas céder sur son désir ». Il ne faut donc ne pas abandonner le désir seule défense contre la jouissance. Bref, pour ne pas atteindre la jouissance de l’Autre, pourtant rêvée, le mieux est de ne pas cesser de désirer et de se contenter de symptômes et de fantasmes. La douleur est un plus de jouir. La jouissance est un état énergétique dans des circonstances limites, dans des situations de rupture, au moment où l’individu affronte une crise exceptionnelle, pour franchir un cap. Que veut dire das Ding, la Chose ? Cela veut dire que la satisfaction, la vraie, la pulsionnelle, la Befriedigung, ne se rencontre ni dans l’imaginaire, ni dans le symbolique, qu’elle est hors de ce qui est symbolisé, qu’elle est de l’ordre du réel. « Ce que j’appelle jouissance au sens où le corps s’éprouve est toujours de l’ordre de la tension, du forçage, de la dépense, voire de l’exploit…Il y a incontestablement jouissance au niveau où commence d’apparaître la douleur  et nous savons que c’est seulement à ce niveau, de la douleur, que peut s’éprouver toute une dimension de l’organisme qui autrement reste voilée. » [5] « Il s’agit d’un «Réel» qui est une extériorité intime pour le sujet, c’est-à-dire ce qui lui est le plus extérieur et à la fois le plus proche. De même, cette Chose est l’essence du mal, mais aussi, la source de la sublimation. La mère, interdite, vient à ce séminaire en tant qu’incarnation de cet Autre absolu, c’est à dire de la Chose. Lors de ce séminaire, au-delà de l’interdit se trouve l’impossible – du Réel – qui vient annoncer le divorce entre jouissance et signifiant. La Chose est ce qui ne peut se retrouver pour des raisons, non seulement d’interdiction, mais – en principe – d’impossibilité. L’interdiction œdipienne devient ainsi une version « mythique » de cette impossibilité primordiale. La jouissance de la Chose est de ce fait impossible, donc la définition initiale propre à la jouissance de Lacan est « la jouissance de la Chose comme impossible ».

Pour une conclusion partielle et pour être plus clair, je résumerais, ici, sous forme de schéma ce qui vient d’être dit :

Jouissance et corps :

Le corps est un corps partiel substrat de la jouissance. Il n’y a de jouissance que du corps. Le corps réel de la jouissance confisque l’organe, détruit ses tissus à la manière d’un agent toxique envahit l’espace de la psychothérapie. La sœur de la jouissance est l’action où le sujet est seulement corps, où le sujet ne parle ni ne pense (« je suis là où je ne pense pas »). La jouissance se soutiendrait d’une injonction amenant à abandonner le désir même, dans une subordination au grand Autre c’est-à-dire l’inconscient, les parents…Durant le même séminaire il tentera de définir la notion de jouissance comme satisfaction de la pulsion – et non pas du besoin – définition qu’il ne répétera pas par la suite. La pulsion n’a pas comme but la satisfaction mais au contraire l’échec de la satisfaction, échec qui cependant relance son processus. Par conséquent, si la jouissance est la satisfaction d’une pulsion, elle ne peut l’être que dans la mesure où toute pulsion est au fond une « pulsion de mort ». C’est-à-dire dans la mesure où, la pulsion fait passer la jouissance par la chaîne des signifiants, elle historicise le sujet, et, par là-même, fait sortir la jouissance du circuit exclusif du vivant. »[6] « C’est dans l’opposition au désir que la jouissance peut nous apparaître beaucoup plus nettement avec ses caractéristiques qui lui sont spécifiques. Rappelons-nous que le désir est un manque, un manque à être, alors que, au contraire, la jouissance est positive, c’est quelque chose vécu par un corps…Le désir désigne un objet absent, c’est un manque à être qui requiert satisfaction dans la rencontre avec l’objet perdu…Il trouve dans le fantasme son expression concrète ; la jouissance, elle, ne désigne rien et ne sert aucun but, quel qu’il soit. Une expérience imprévisible située au-delà du principe du plaisir, distincte de toute rencontre mythique. Le sujet, nous dit Nestor Braunstein, subit la division qu’introduit en lui la polarité jouissance – désir. C’est pourquoi désir, fantasme et plaisir sont autant d’obstacles à la jouissance. »[7]

La jouissance du blabla :

Lacan, à la fin de « L’Étourdit »[8], tourne en dérision l’être parlant. Tout être vivant qui parle n’est pas un parlêtre[9]. Son ara, son perroquet, parle. Beaucoup d’humains parlent sur un mode mécanique sans accès à l’équivoque, à l’histoire de leurs mots. Ils ne sont que des perroquets. La guérison serait l’écart avec le père-OK. « Là où ça parle, ça jouit, et ça sait rien »[10] Si l’on prend dans son sens le plus immédiat cette phrase située en exergue de la page 95 du Séminaire Encore, on peut l’entendre comme une satisfaction de jouissance à parler. Parler ne sert pas seulement à communiquer, mais avant tout à jouir, de la jouissance que Lacan a pu appeler celle du blabla, mais aussi de la jouissance de dire certains mots ou certaines phrases, et qu’il a aussi appelée, la jouis-sens.

Jouissance, répétition et pulsion de mort :

Lacan définira la jouissance en relation avec la notion de répétition. Selon cette nouvelle conceptualisation, c’est la jouissance qui exige la répétition, ou formulé autrement, c’est à la jouissance qu’aspire la répétition. La pulsion de mort ; c’est elle, nous dit Freud, qui est à l’œuvre dans la répétition. Lacan, relisant Freud, dira que la répétition « est proprement ce qui va contre la vie » et que ce qui la nécessite « s’appelle la jouissance ». On voit apparaître la jouissance comme un autre nom de la pulsion de mort. Le symptôme constitue lui-même une jouissance. Ce qui fait jouir le corps, ce sont des signifiants. Ceci éclaire le concept de trauma et lui donne sa dimension lacanienne, qui est celle d’un événement de discours affectant le corps, « l’événement produisant traces d’affects »[11] Lacan, relisant Freud, dira que la répétition « est proprement ce qui va contre la vie » et que ce qui la nécessite « s’appelle la jouissance ». On voit apparaître la jouissance comme un autre nom de la pulsion de mort. « Il parlera de la jouissance en tant qu’elle est ce qui s’oppose au sens, qu’elle est hors sens, en ceci qu’elle est « ce qui ne sert à rien ». Comment entendre cela ? La jouissance ne répond pas à un besoin, comme Freud l’a montré avec la cécité hystérique. Elle « ne sert à rien, sinon à sa propre exigence », comme le note P. De Georges. »[12]

Les évènements de discours, les signifiants-maîtres, les mots qui ont blessé :

« Dans l’histoire de chaque sujet, il y a de tels événements de discours qui ont laissé des traces dans le corps, des marques de jouissance qui se manifestent sous la forme de symptômes. C’est à partir de ce noyau de jouissance que le sujet divisé construit son fantasme. Les Analystes de l’École (AE), qui ont mené leur analyse jusqu’à son terme, en témoignent. Ainsi, Hélène Bonnaud rapporte que, de son histoire, s’extrait un événement : sa sœur aînée lui a raconté que peu avant sa naissance, leur père lui a dit : « Si c’est une fille, on la jettera par la fenêtre. » H. Bonnaud fera de nombreuses années d’analyse avant de pouvoir énoncer cette phrase qui, dit-elle, « n’était pourtant pas refoulée ». Elle entend maintenant cet événement de discours comme une interprétation sur son mode de jouissance, qui isole le signifiant maître jeter et qui a produit chez elle des symptômes, ce qu’elle nomme une « jouissance intime de vertige, de chute ». Cet événement aura déterminé le fantasme de se faire jeter et toute sa vie, elle aura lutté pour ne pas se « sentir éjectée », par cette « sensation de corps qui tombe, de corps qui lâche ». La jouissance ayant l’aptitude de se retourner en son contraire, H. Bonnaud parle de son « auto-jouissance à se jeter / se faire jeter ». Ce témoignage montre que pour qu’il y ait analyse menée à son terme logique, il faut qu’au-delà du déchiffrage de l’inconscient dans le transfert, soit touché le fantasme et par là la jouissance du corps vivant, que soit touché le réel, en tant que « le réel, ce sont les effets qu’a la jouissance sur le corps », selon la formulation d’Éric Laurent. L’analysant fait alors le constat de ce qui simplement se répète comme jouissance du corps vivant. C’est ce que Lacan a nommé le sinthome. »[13] Le sinthome [14]maintient à tout prix la jouissance, fut-elle réduite à la portion congrue : que ça tienne ! La clinique du sinthome est celle du corps qui jouit trop ou trop peu ! Chez Lacan, la jouissance est assignée au réel. C’est « le corps qui est affecté de la jouissance »[15], c’est-à-dire qu’il ne s’agit ni du corps imaginaire, ni du corps symbolique, représenté par exemple par un blason ou des armoiries. Dire que le corps vivant est affecté de la jouissance, c’est aussi faire de la jouissance « un affect du corps ».Voilà une autre définition de la jouissance. Ce qui fait jouir le corps, ce sont des signifiants. Ceci éclaire le concept de trauma et lui donne sa dimension lacanienne, qui est celle d’un événement de discours affectant le corps, « l’événement produisant traces d’affects »[16]. « La situation analytique est propice à faire resurgir ces mots qui ont blessé et qui souvent, sont devenus des signifiants-maîtres pour le sujet. Tel cet analysant, traité toute son enfance de « bon à rien » par son père du fait de ses difficultés à l’école et de sa maladresse. Malgré la position sociale très convenable à laquelle il est parvenu, il reste, dans sa vie conjugale, affective et familiale, ce « bon à rien ». Toujours entre deux femmes et ne sachant pas comment être le père qu’il faudrait, il ne cesse de répéter inlassablement la qualification paternelle. Il est « le petit garçon incontrôlable » et le « bon à rien ». Dans le transfert même, il fut longtemps « le bon à rien » ; cela se traduisait par des doutes constants concernant la tâche analysante : « je ne suis bon à rien dans cette analyse, je n’y arrive pas », ou bien « je ne suis pas sûr d’être vraiment en analyse », ou encore, « je ne sais pas associer autrement que pour faire de l’analyse à deux balles », etc. Tout cela démontrait, non seulement la résistance du sujet à l’analyse, mais aussi l’intention agressive qui se déployait au travers de ces signifiants-maîtres, vis-à-vis de l’analyse comme de l’analyste. Ce patient cheminait tout en s’efforçant d’aller contre ce cheminement, c’est-à-dire, contre lui-même. Tous ces obstacles n’empêchèrent pourtant pas son analyse d’avancer ni l’analysant finalement d’y consentir. Il continue de le faire avec ses doutes de sujet obsessionnel.  »[17]

Voie de guérison :

La voie vers la guérison consisterait à produire du sens face au réel, à reconstituer la chaîne symbolique, à occuper la place du « maître », à être le tiers, à donner du sens et à opérer un mouvement de contre-forclusion par la position tierce. Il s’agit d’utiliser la fonction tierce symboligène, de dévaloriser la jouissance, de revenir dans le champ du plaisir et de permettre à un sujet d’être un sujet désirant. Permettre à ce sujet une parole sur lui-même va user la jouissance. Comme le résume Lacan : « Tout symptôme est un langage dont la parole doit être délivrée ». Le symptôme est le substitut de la jouissance. C’est le retour du refoulé. La parole transmet et révèle. C’est l’effet de sens de la parole. Une parole qui énonce se trouve modifiée par son énoncé. L’effet de parole est un effet de désir, une réalisation de désir. Le désir s’accomplit dans une parole qui s’adresse à l’autre. Pour Lacan « Il faut que la parole soit entendue par quelqu’un là où elle ne pouvait être lue par personne : message dont le chiffre est perdu et le destinataire mort. »[18] Au sujet de l’importance de la parole comme outil analytique, j’invite le lecteur à lire le texte : Le pouvoir de la parole[19].

Mots-clés : désir-plaisir-jouissance-douleur-souffrance-inconsciente-jouissance de l’Autre- jouissance phallique- le « + de jouir »- jouissance du corps- jouissance du « bla bla » -objet a-Autre-la Chose, das Ding-répétition-pulsion de mort-évènements du discours-signifiants-maîtres-voie de guérison-fonction tierce symboligène-pouvoir de la parole.


[1] Référence : http://www.cnrtl.fr/definition/jouissance

[2] L’objet « a » est la première lettre du mot « autre ». Il est ce qui fait tenir l’image « L’objet a fut développé par Lacan à partir de la notion de l’objet pulsionnel chez Sigmund Freud et de l’objet transitionnel chez Donald Winnicott. Il reprend de Platon l’idée d’un Agalma, objet représentant l’idée du Bien, et en tire l’expression d’« objet a ». Cette expression décrit le désir comme phénomène caché à la conscience, son objet étant un manque à être : il y a là radicalisation de la théorie freudienne selon laquelle la libido se prête peu à la satisfaction. Il manque donc toujours quelque chose, et ce « quelque chose » ne peut être symbolisé. Finalement, l’objet du désir s’identifie à la jouissance, qui se détache du signifiant — cette empreinte acoustique liée à un concept et formant avec lui un mot. L’objectif d’une cure psychanalytique serait précisément de révéler au sujet cette vérité du manque indéfinissable, faisant tomber l’aliénation. » Réf. : https://fr.wikipedia.org/wiki/Objet_a

[3] http://epsf.fr/wp-content/uploads/2015/12/Bernard-de-Goeje_24.pdf

[4] Quelques mots à propos du grand autre orthographié « Autre » : Pour évoquer l’Autre, l’usage lacanien est d’employer l’expression « le grand Autre » où est souligné le A majuscule. Le grand Autre est à distinguer du « petit autre », avec un a minuscule, qui est une notion opposée en psychanalyse. Toutefois, l’usage d’un vocabulaire identique à la lettre près n’est pas sans motif. Tous les deux, petit et grand Autre, désignent une des instances auxquelles un sujet peut s’adresser en parlant. Si l’on salue une personne, cette personne est un petit autre, c’est-à-dire son semblable. Si l’on salue une foule dans son ensemble, c’est le grand Autre. Dieu, la science, la politique, la doxa sont des formes du grand Autre. Précisément, un locuteur prononce un énoncé à un interlocuteur et au-delà de la personne à laquelle le locuteur s’adresse, le sujet suppose une instance — le grand Autre — qu’il pense être en mesure de confirmer ou de réfuter la véracité de son discours. Jacques Lacan parle ainsi de l’Autre comme le lieu de la reconnaissance selon des modalités symboliques. L’instance du grand Autre existe avant même le discours des individus, c’est donc le langage. L’Autre, ou grand Autre, désigne chez Jacques Lacan, l’ordre symbolique déterminant le sujet, et s’opposant tant au petit autre qu’à l’objet petit a (objet du désir). C’est le lieu de la parole. « L’Autre est le lieu de la parole. (..) L’Autre est le lieu du signifiant. (…) L’Autre est le lieu du manque à être. » (Jacques Lacan, Écrits, Le Seuil, Paris, 1966.). « Chez Lacan « Autre » est particulièrement polysémique. L’Autre c’est le lieu où le sujet se constitue, et en ce sens on peut l’assimiler au langage, mais c’est aussi ce qui lui reste extérieur. Dire en ce sens que le corps symbolise l’Autre, c’est dire que le corps, c’est ce que le sujet ne peut maîtriser. Même s’il tente d’en jouir, il y a toujours – chacun le sait bien quelque chose qui résiste. Nous faisons quotidiennement l’expérience des réactions imprévisibles du corps Le corps, notre corps comme le corps du partenaire, est ce qu’il y a de plus proche et en même temps de plus hors d’atteinte. C’est lui l’Autre même. Il est d’ailleurs sans doute possible de faire des ponts entre les diverses acceptions de l’Autre. L’Autre du langage, nous dépendons de lui dès lors que nous parlons, mais nous ne savons pas de quelle façon. Il y a par exemple un discours qui nous concerne, le discours familial entre autres, mais pas seulement, et nous sentons bien que le discours détermine, à l’avance, une bonne part de notre trajet, mais nous ne savons pas vraiment de quelle façon. Pour cette raison, la question sera de savoir ce que cet Autre veut de

nous. Mais cette question peut nous angoisser. Ainsi préférons nous incarner l’Autre, lui donner un corps, parce que, d’un Autre incarné, nous pouvons espérer savoir ce qu’il veut, et même lui dicter nos désirs. Quand nous voulons jouir du partenaire, c’est en même temps du grand Autre que nous tentons de jouir. Mais en même temps nous éprouvons à quel point il y a une dimension d’impossible dans cette jouissance. »Réf. :http://www.gnipl.fr/pdf_actes_sem6/Autre%20jouissance%20ou%20jouissance%20de%20l’Autre%20Roland%20Chemama.pdf.

[5] « Psychanalyse et médecine » article de Lacan de 1966, cité par Nestor Braunstein dans son article « Désir et jouissance dans l’enseignement lacanien ».

[6] La jouissance comme concept psychanalytique et son potentiel destructeur sur l’organisme Georgios (yorgos) Dimitriadis. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01468828

[7] http://www.cerclefreudien-dijon.org/index.php?option=com_content&view=article&id=78:le-manque-a-etre-le-desir-et-la-jouissance-m-soriano&catid=49:journees-cliniques-2007-jouissance&Itemid=54

[8] http://www.cerclefreudien.org/wp-content/uploads/2012/11/40.pdf

[9]Le parlêtre est en effet celui qui a affaire à la parole, qu’il soit parlant ou bien parlé. Dire le parlêtre, c’est prendre acte du fait que l’être humain se définit d’abord dans son rapport à la parole, qu’il parle ou pas, qu’il ait l’usage ou non de la parole. C’est dans un monde de paroles qu’advient l’être humain. Il est parlé avant qu’il ne parle.  Le terme de parlêtre permet à Lacan d’unifier ces deux termes de sujet de l’inconscient et de sujet de la jouissance.  L’être par la jouissance du corps, l’inconscient.

[10] Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, Paris, Le Seuil, 1975, p. 95.

[11]  Miller J.-A., « Biologie lacanienne et événement de corps », op. cit., p. 36.

[12] https://www.lacan-universite.fr/wp-content/uploads/2015/05/3Rollier.pdf

[13] http://www.lacan-universite.fr/wp-content/uploads/2015/05/3Rollier.pdf

[14] Le sinthome est un terme employé par Jacques Lacan pour désigner une particularité de la fonction que l’écriture eut pour l’écrivain James Joyce. Il s’agit d’une ancienne graphie du mot symptôme.

[15]  Miller J.-A., Biologie lacanienne et événement de corps, op. cit., p. 12.

[16]  Miller J.-A., « Biologie lacanienne et événement de corps », op. cit., p. 36.

[17]https://www.psychaanalyse.com/pdf/L%20AGRESSIVITE%20EN%20PSYCHANALYSE%20(21%20Pages%20-%20184%20Ko).pdf

[18] Lacan J., « Discours de Rome », Autres Écrits, Paris, Le Seuil, 2001, p. 140

[19] http://www.psychotherapie-psychodrame.be/2018/11/27/le-pouvoir-de-la-parole/[/show_more]

Le terme de jouissance renferme deux définitions : la première date du XVème siècle et correspond à l’usage d’un bien propre. Quant à la seconde, elle est souvent assimilée au plaisir sexuel. En voici une autre définition : « Action de jouir, plaisir intellectuel, moral que procure quelque chose. Jouissance de l’âme, de la conscience, de l’esprit; jouissance intellectuelle. État de celui qui jouit. État de bien-être, plaisir physique et moral. Jouissance sexuelle, physique. Plaisir sexuel éprouvé jusqu’à son aboutissement. En droit c’est le fait d’être titulaire d’un droit. » [1]