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Le pouvoir de la parole

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Les vertus de la parole sont connues de l’homme depuis fort longtemps. Ainsi, la parole a-t-elle servi à soulager la souffrance morale et physique, et ce, dans plusieurs champs : médecine, magie, religion, chamanisme, etc. Avec Pinel, le terme de thérapie morale apparaît. Elle consiste à assister le malade en lui prodiguant, selon sa personnalité, des conseils ou encore en l’intimidant et le confrontant. Chez les aliénistes du XIXe, la thérapie morale faisait partie du traitement : “ Le vrai médecin fait plus de bien par sa parole que par ses ordonnances.”
Il existe des mots qui soulagent et des phrases qui guérissent ! C’est ce que nous constatons dans l’hypnose médicale. L’hypnose médicale moderne est enseignée comme un état d’esprit un peu particulier avec un outil de communication : « les mots qui soulagent et les phrases qui guérissent ».

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Boris Cyrulnik, quant à lui, utilise une très belle image pour parler de « l’effet papillon » de la parole. Le simple fait de se préparer à parler allège la sensation que nous éprouvons de notre propre corps. «La parole est au corps ce que le papillon est à la chenille. Ce passage de la larve à l’imago (forme adulte définitive de l’insecte à métamorphose complète) s’effectue grâce à l’étonnant processus de la métamorphose.
« Parler, c’est désigner l’objet absent, passer de la distance à l’absence comblée par la représentation. Les mots, les signes représentent la présence dans l’absence. Le langage « est » une présence-absence, présence évoquée, absence remplie ».

Parler c’est désirer. Le désir est mis en circulation, se donne à entendre. L’interlocuteur va lui donner un sens. « Demander » est une demande adressée à l’autre duquel il attend une réponse, un savoir sur son propre désir. On ne se rend pas compte de ce que l’on dit. La parole désire. Parler vrai, vraiment… en vérité… La parole transmet et révèle. C’est l’effet de sens de la parole. Une parole qui énonce se trouve modifiée par son énoncé. L’effet de parole est un effet de désir, une réalisation de désir. Le désir s’accomplit dans une parole qui s’adresse à l’autre.
Toute parole est une action. La lecture de l’autre fait entendre sa voix, voie. Notre voix est ce que nous avons de plus intime. La parole engage parce que son appel amène une réponse du sujet. « Vraiment écouter c’est parler, c’est en dire quelque chose du sujet avec espérance » (F.Dolto).
C’est avec Freud que le terme psychothérapie apparaît. Sans doute influencé par ce qu’il retient de l’hypnose et du célèbre cas de son confrère Breuer (Anna O.), Freud opère ici un renversement radical : ce n’est plus le médecin (ou le prêtre, le chaman, …) qui détient le savoir, mais le patient lui-même. La parole du patient recèle un savoir, mais ce savoir, le patient le méconnaît ; ce savoir, il ne le sait pas ; c’est un savoir insu : l’inconscient. « Les mots qui vont surgir savent de nous ce que nous ignorons d’eux » (René Char).
Le psychothérapeute fait un acte de lecture. Il doit fabriquer une lettre absente. L’inconscient est en quête de lien pour pouvoir s’exprimer. Comme l’enseigne Saussure « C’est dans la parole que se trouve le germe de tous les changements » Il s’agit d’une parole hiéroglyphique qu’il convient de déchiffrer. Le but de la cure s’énonce ainsi, pour Lacan : « Il faut que la parole soit entendue par quelqu’un là où elle ne pouvait même être lue par personne : message dont le chiffre est perdu ou le destinataire mort, un texte où se puisse lire à la fois ce que la parole dit et ce qu’elle ne dit pas » (Actes du Congrès de Rome, 1956, p. 211). Libérer la parole est bien l’objectif de la psychothérapie comme de la cure analytique. Le but est que le patient se réconcilie avec lui-même en mettant à jour les conflits internes et se retrouve à partir de ce qu’il a, de ce qu’il est. Il ne s’agit pas de modifier sa personnalité mais de l’enrichir de ce qu’il porte déjà en lui.
En français le mot parole peut être découpé — à la manière du cuisinier Ting de Zhuangzi — entre le son « pas » qui désigne un mouvement et le son « rôle » qui désigne la roue. Une roue ne prend appui que sur un point qui change continuellement. Roue du changement. Roue ou tore du temps qui fait que rien n’est jamais le même. Puisque tout change tout est vide et le vide lui-même change. Ce mouvement du vide est la parole qui enfante. La parole se déroulant dans le temps a les caractéristiques du temps : subitisme, coupure, présence, apparition et insaisissabilité.
En chinois il y a plusieurs façons d’écrire « parole ». Elle peut être représentée par le sinogramme « bouche », 言 c’est-à-dire un trou surmonté de trois traits qui signifient qi, l’énergie

La parole est alors l’énergie du trou qui précède ses bords conformément à la topologie lacanienne. Les bords ne sont pas ici une fin mais ce à partir de quoi un commencement est possible. Ce qui est décisif, ce n’est pas de sortir du cercle que forme le trou mais d’y entrer convenablement c’est-à-dire en le reconnaissant comme ce qui précède. Toute parole est ouverture.
« Dans sa plongée au cœur de la pensée chinoise, nous rapporte l’historienne Elisabeth Roudinesco, Lacan cherchait d’abord à résoudre une énigme… la fameuse topique du réel, de l’imaginaire et du symbolique. Voici sur quel texte il travaillait avec François Cheng » : « La parole engendre le un. Le un engendre le deux, le deux engendre le trois et le trois engendre toutes choses… L’harmonie naît du vide médian » . Le vide médian c’est : zhong kong 中空, comme l’est « le vide central de la roue qui fait avancer le char » . « L’interprétation faite par Lacan de la pensée de Lao tseu, fait remarquer Roudinesco, était un peu de la même nature que celle qu’il avait donnée du commentaire heideggérien du logos d’Héraclite » .


L’analysant qui vient consulter est un sujet souffrant qui n’arrive pas à donner sens à ses sentiments, actions et réactions contraignants et qui se dit : « Je sais que quelque chose ne va pas avec moi mais je n’arrive pas à le comprendre. » L’analyse qu’il demande accomplira ses effets de transformation en articulant par la parole son expérience psychique, ce domaine de souffrance qui s’étend entre les deux pronoms : le « je » qui n’arrive pas à donner sens au « moi ». Comme le résume Lacan : « Tout symptôme est un langage dont la parole doit être délivrée ». Dans Fonction et champ de la parole et du langage, Lacan fait la distinction entre une parole vide et une parole pleine. Disons simplement qu’une parole vide en est une qui n’engage pas le sujet ; c’est par exemple une parole qui transmet de l’information. À l’inverse, une parole pleine en est une qui porte à conséquence ; elle implique qu’une fois dite, le sujet n’est plus pareil après, qu’il s’en trouve transformé. Tout le dispositif de la psychothérapie et de la cure analytique tend évidemment à produire de telles paroles.
Voici, ici, un exemple du déploiement de la parole et de l’efficacité de l’écoute :
« Voici un exemple tout simple. Un soir, alors que je travaillais au Centre, une femme (cliente du Centre) que je n’avais encore jamais rencontrée en entrevue, vient me demander si je pouvais la voir quelques instants car, disait-elle, ça n’allait pas du tout. Une fois assise, il lui faut une bonne minute avant d’être capable de dire un seul mot, puis, elle arrive enfin à me dire qu’elle est terriblement angoissée. Elle ajoute, sur un ton de regret, qu’elle aimerait bien pouvoir pleurer mais qu’elle en est incapable. J’interroge alors, avec un ton ne cachant pas mon étonnement, cette nécessité de pleurer qu’elle semble implorer. Elle me répond que pleurer lui ferait du bien. J’ajoute alors, cette fois avec un ton affirmatif, que si elle tente de parler de ce qui l’angoisse, cela l’aiderait probablement. “ Mais, dit-elle, je ne sais pas ce qui m’angoisse ” ; puis elle ajoute, sans doute septique par la simplicité du procédé que je lui offrais, “ vous pensez vraiment qu’en parlant je pourrais me débarrasser de mon angoisse ? ”. “ Tout à fait ”, lui dis-je. Durant cinq minutes elle en parle donc. Le contenu de ses propos n’est pas tellement important – disons simplement qu’il cerne le lieu de son angoisse en l’associant à la peur de mourir qu’éveille ses symptômes et que cette peur l’amène à parler de son père. Ce qui compte, c’est les effets de ce déploiement de parole. Après ces cinq minutes, elle me dit, tout en étant surprise de se l’entendre dire, qu’elle n’est plus du tout angoissée. En sortant du bureau, elle se met à me parler de son plaisir de chanter, ce qui n’était pas sans me faire évoquer les symptômes dont elle venait de me faire part et qui concernait principalement ses poumons et ses difficultés respiratoires ! Qu’est-ce qui a bien pu, momentanément, dissiper cette angoisse, sinon le déploiement de sa parole. En lui donnant à penser qu’il y avait du savoir derrière son angoisse et en privilégiant la parole comme indice de vérité, et non l’affect (par exemple, l’encourager à pleurer pour être plus près de ses émotions), n’y a-t-il pas eu de la parole pleine qui lui a permis une certaine prise de vérité ? (Mettre le savoir en position de vérité, telle est l’éthique de la psychanalyse ; cf. le mathème du discours analytique.) »
La parole comme soin psychique :

La parole est précieuse quand les soins psychiques passent avant les soins physiques qui sont la plupart du temps prioritaires ! Je citerais ici une partie de texte De Didiez Anzieu dans son célèbre livre : Le Moi-peau.
« Voici une première observation que je remercie Emmanuelle Moutin d`avoir mise à ma disposition : Observation d’Armand : « Je me rendis un jour dans la chambre d`un malade avec lequel j`avais une relation suivie et de bonne qualité. Cet homme en pleine maturité était un détenu qui avait fait une tentative d’autolyse par le feu. Moyennement brûlé, sa vie n’était plus en danger, mais il traversait alors une phase douloureuse. Lorsque je le vis, il ne put que se plaindre de ses vives souffrances physiques qui ne lui laissaient guère de répit. Il appela l’infirmière et la supplia de lui donner une dose supplémentaire de calmants, l`effet des précédents ayant cessé. Ce malade ne se plaignant pas sans raisons, elle accepta, mais occupée par une urgence, elle ne revint qu’au bout d`une demi-heure. Pendant ce temps j’étais restée auprès de lui et l’entretien spontané et chaleureux que nous eûmes porta sur sa vie passée et sur des problèmes personnels qui lui tenaient à cœur. Lorsqu`enfin l’infirmière revint avec les antalgiques, il les refusa en disant avec un grand sourire: “ Ce n’est plus la peine, je n’ai plus mal.  » Il en était lui-même étonné. L’entretien continua; après quoi il s’endormit paisiblement et sans aide médicamenteuse. ›› La présence à ses côtés d’une jeune femme qui n’en voulait pas à son corps mais qui s`occupait uniquement de ses besoins psychiques , le dialogue vivant et d’assez longue durée qui s’ïnstaura entre elle et lui, le rétablissement de la capacité de communiquer avec un autre ( et par là avec soi-même) permirent à ce malade de reconstituer un moi-peau suffisant pour que sa peau, malgré l’atteinte physique, puisse exercer ses fonctions de pare-exitation à l’égard des agressions extérieures et de conteneur des affects douloureux. Le Moi-peau avait perdu son étayage biologique sur la peau. A la place il avait, par la conversation, par la parole intérieure et les symbolisations consécutives, trouvé un autre étayage, de type socio-culturel (le Moi-peau fonctionne en effet par étayage multiple). La peau de mots trouve son origine dans un bain de paroles du tout-petit à qui son entourage parle ou pour qui il chantonne. »

Un texte prochain suivra en abordant :
Le savoir de la parole
Le savoir des mots (maux) et la jouissance (le jouit-sens)
« Un savoir pas sans le dire »
Le dire, le dit, l’étourdit (« les tours dits »), et la guérison

Mots-clés :

Des mots qui soulagent et des phrases qui guérissent; « l’effet papillon » de la parole; l’effet de sens; le savoir insu; l’énergie; la parole vide ; la parole pleine; le déploiement de la parole; les besoins psychiques ; un bain de paroles.

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