
Introduction : éthique et métapsychothérapie
En psychothérapie, la question des méthodes et des moyens doit renvoyer d’abord à celle de l’éthique. Il s’agit de penser sa pratique et d’élaborer psychiquement les situations rencontrées. Avoir assimilé les outils et techniques relatifs à la pratique ne suffit pas. S’interroger, par contre, sur le sens des actes que l’on pose et sur les valeurs qui les sous-tendent permet d’en être davantage conscient, de se rapprocher des objectifs poursuivis et de mieux cadrer ses interventions.
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L’éthique représente le respect de la personne, la prise en compte du caractère unique et irremplaçable de chaque personne : La visée thérapeutique que je poursuis est surtout humaniste c’est- à-dire que j’essaye de permettre ce qu’il y a de plus humain dans la personne au-delà de ses manques, ses handicaps. Faire le bilan des compétences me paraît plus constructif et respectueux de la personne que de faire l’inventaire de ses incapacités. L’éthique est une visée positive de l’être humain : Nous pouvons bouger davantage dans le positif. Une vision ou une perception positive de l’être humain semble libérer davantage ce dernier. Nous adressant à la partie saine des personnes que nous rencontrons, n’avons-nous pas davantage de chance d’obtenir des résultats ? Il s’agit donc de trouver les ressources chez les personnes que nous rencontrons, de miser sur leur créativité plutôt que sur leurs incapacités. Sans le nier, nous pouvons faire d’un handicap un moteur. Le regard porté sur soi et sur l’autre me paraît déterminant : « Si je crois en toi, je te permets de croire en toi » ! Nous pouvons être porteurs d’espoir, prendre le risque de trouver une étincelle d’espérance et croire au développement de l’autre. « Un plus petit signe suffit à transformer un vilain petit canard en cygne » ![1] L’essentiel de nos comportements n’est-il pas suscité par nos représentations ? L’ennemi de la « vérité » n’est-il pas la conviction, le jugement définitivement porté ? Ce qui éloigne, ce qui oppose, c’est l’ignorance. Quand nous ignorons, nous construisons des représentations arbitraires que nous tenons pour des vérités. Dans la théorie constructiviste, pour y faire référence, la perception du monde, chez l’homme, restera toujours une construction de l’esprit. Nous ne pouvons connaître que ce que nous construisons nous-mêmes. L’intérêt que j’y trouve personnellement réside, en outre, dans cette synthèse : « La conclusion de tout cela est bien intéressante : le monde empirique du vivant, la logique de la réflexibilité et l’histoire naturelle nous disent donc que l’éthique, – la tolérance, le pluralisme, la distance qu’il nous faut prendre à l’égard de nos propres perceptions et valeurs pour pouvoir prendre en compte celles des autres- est le fondement même de la connaissance, mais aussi son point final. En trois mots, mieux vaut faire que dire : les actes parlent davantage que les mots » [2] L’éthique est une visée essentielle de l’humanité, une réflexion sur l’action humaine, enracinée dans la volonté de préserver la dignité, la vie et l’équilibre environnemental. MAÂT[3] : La justesse permet à la vie de s’épanouir Sur le plan de l‘environnement mon éthique personnelle est celle du choix responsable. Nous vivons dans une société où règne l’hyper industrialisation à outrance combinée à la cupidité, à la spéculation financière de certaines organisations (banques, multinationales agro-alimentaires et autres…) et à l’individualisme exacerbé qui règne en maître. Le technocapitalisme, dans sa course utilitariste, brûle et consume tout. Avec le « toujours plus » nous sommes dans une société de l’épuisement. Le burn-out est le symptôme révélateur de cet excès et du dysfonctionnement entre le travailleur et les contraintes de travail de plus en plus fortes. Si la production industrielle née après-guerre a aidé les gens à se nourrir et à survivre, actuellement elle est en train de nous faire mourir. En effet, l’intensification des cultures provoquant la suppression des forêts, l’érosion accélérée des sols engendrant l’appauvrissement des sols s’est accompagnée par l’emploi des pesticides, engrais… garantissant la production, voire la surproduction avec toutes les conséquences qu’on connaît sur la santé des gens. L’utilisation des pesticides à grande échelle a participé, pour sa part, à la pollution des eaux potables, ainsi que des océans et de sa faune et sa flore. Ainsi, du fait de la pollution de l’eau par l’azote et le phosphore provenant des engrais chimiques, les algues ont proliféré, réduisant la quantité d’oxygène nécessaire aux poissons, dont la population a diminué (sans compter les excès de la pêche intensive !). Le but, dans cette dictature du présent, n’est plus de nourrir les gens mais le rendement, la rentabilité avant tout et à travers tout. On produit pour produire et ce sans aucune éthique ! On fait plus de la même chose sans effectuer aucun changement véritable. La destruction prend alors la place de la production. A ce jour au moins un milliard d’humains ont faim alors que nous produisons deux fois plus que ce qu’il ne faut pour nourrir l’humanité entière ! Un milliard de personnes souffrent de la famine, de malnutrition alors qu’un tiers de la production mondiale de nourriture est perdu ou gaspillé ; et en même temps, on compte plus d’un milliard et demi d’adultes en surpoids ! Il faut trouver le moyen de sortir de la recherche à tout prix du profit immédiat, au détriment de la viabilité à long terme des systèmes alimentaires et créer des initiatives innovantes. Penser le long terme est une urgence de court terme. Pourquoi, p.ex., ne pas investir dans des exploitations agricoles dites familiales, plus à même de produire localement sans détruire les écosystèmes et permettre à chacun de retrouver le goût des choses ? Pourrions-nous réorienter la production industrielle et la consommation actuelles, dans un souci d’éco-responsabilité et d’éco-citoyenneté, vers une production et une consommation « positives » c’est-à-dire vers des biens durables ? Préserver la nature, c’est se donner les moyens de préserver les conditions d’existence de l’humanité, à condition que les actions réalisées par l’homme soient responsables, c’est-à-dire qu’elles préservent les conditions d’existence de l’humanité. L’homme contrôle la nature à l’aide de techniques qu’il ne contrôle pas ! L’être humain pourrait investir dans la biodiversité p. ex. et respecter un certain nombre de principes se rattachant à ce que l’on nomme « la bonne gouvernance » : principe de précaution, principe de responsabilité, principe de la participation des parties prenantes aux décisions, principe d’équité et de solidarité, etc. Il pourrait développer une approche éthique capable de dépasser l’anthropocentrisme responsable de la détérioration de l’environnement et des crises écologiques qui en découlent. L’approche éthique environnementale pourrait devenir biocentrée c’est-à-dire étendue à tous les êtres vivants (animaux, écosystèmes, plantes…). Il pourrait également respecter la règle d’or de l’éthique (« Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît ») etc. L’éthique est au fondement de l’humanité. Elle est légitime : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre »[4]. Le respect de la vie est un de ces principes éthiques à valeur universelle : la vie est la vie et l’Homme n’a pas à user des animaux, des plantes, comme des choses. Dans le cadre professionnel, notamment thérapeutique, l’éthique repose sur cinq principes : réflexion sur l’action (question du sens et des valeurs), respect de la singularité de la personne, vision positive de l’humain, acceptation des contradictions internes, et approche éclectique nourrie par diverses références théoriques (de Szondi à Jung, Freud, Marc Ledoux, …). Je propose une éthique humaniste, orientée vers le développement des potentialités et la co-construction du soin avec la personne, bien au-delà de l’application mécanique de techniques. Dès lors qu’est-ce l’éthique pour chacun ? Question à laquelle chacun devrait réfléchir, me semble-t-il… Vient la question suivante tout aussi cruciale liée à celle de l’éthique qui est de savoir comment analyser nos actions ? J’ai trouvé une réponse à la lumière de l’analyse du destin chez Leopold Szondi[5] appelée aussi analyse structurale de la psyché. La voici : « L’analyse du destin pose les quatre questions suivantes pour n’importe quelle action : Une psychologie des profondeurs, qui néglige ne fût-ce qu’une seule de ces questions ou de ces principes dans son activité analytique, ne pourra jamais saisir et diriger comme il faut la psyché intégrée et le destin global de ses patients. »[6] Ces principes renvoient à la question du devenir-homme : « Être homme signifie être un avec soi-même, avec son prochain et avec l’esprit. Être homme signifie ouvrir le poing serré de Caïn à l’amour et à la bonté, au besoin de secourir et de guérir. Mais avant tout, être homme signifie renoncer à être et à posséder par sa propre toute-puissance, établir une confiance foncière en soi-même, en autrui et en l’esprit, tout comme accepter une charge qui implique la responsabilité personnelle ».[7] Ce que je propose ici, pour en finir avec la redondance, avec la vieille psychologie, est ce que j’appelle une métapsychothérapie. Le titre de mon livre « Prendre soin de soi et de l’autre en soi » [8] en est l’illustration la plus claire et représente, en condensé, à lui seul, autant de chapitres que les mots écrits. Ce manuscrit se veut une parole pleine, un acte de précision sémantique, d’intervention dans le champ de la clinique méta[9]-psychothérapeutique. Prendre soin de soi qu’est-ce que cela veut dire au-delà de ce qui est communément entendu et comment prendre soin de soi ? Vous l’aurez sans doute compris « prendre soin de soi » n’a rien à voir avec le syndrome et le supermarché du bien-être, car, aujourd’hui, s’occuper de soi semble devenu une obligation morale et une tyrannie. Cette dictature du « bonheur », a pour corollaire la recherche de bien-être à tout prix qui vire au business. Coachs, autres colporteurs de bonne conscience, instructeurs divers de méthodes à la mode, guérisseurs et gourous en tous genres prodiguent et vendent leurs conseils ainsi que leur idéologie. Actuellement il pleut des « thérapies » en tous genres utilisés par des professionnels de la santé et des non-professionnels qui s’autoproclament « thérapeute », instructeur, formateur… en ayant suivi une formation par-ci, par-là, quelques jours, une « retraite », parfois jusqu’à un an de formation ! C’est tout à fait insuffisant bien sûr dans notre domaine de la psychothérapie. Par ailleurs, les diplômes comme l’absence de diplômes, assortis de certitudes, ne garantissent rien ! » [10] Mais le paradoxe souvent rencontré : celui qui n’a que ses titres et connaissances, sans l’art, ni la manière, ni l’empathie, peut n’apporter aucun secours, voire être nocif s’il est maladroit ou parle mal à propos… Nous connaissons la puissance thérapeutique de se représenter le problème déjà résolu. Dans le scénario réparateur nous substituons la fin tragique d’une situation par un dénouement heureux ce qui libère la personne de ses symptômes. Les scénarii réparateurs jouent un rôle essentiel en permettant au patient de liquider les réminiscences traumatiques. Une situation n’est bien liquidée, bien assimilée que lorsque nous avons réagi non seulement extérieurement par nos mouvements, mais encore intérieurement par les paroles que nous nous adressons à nous-mêmes, par l’organisation du récit de l’événement aux autres et à nous-mêmes et par la mise en place de ce récit comme un chapitre de notre propre histoire. Cela est cité par Janet en 1919. Pour Janet, la mémoire est une action, elle consiste essentiellement dans l’acte de raconter. Les modifications introduites par rapport à la scène inaugurale ont pour but de favoriser la réparation du Moi qui a manqué de soutien au moment crucial. En associant un ensemble de ressources aux mnésies traumatiques, le patient parvient à dépasser la solitude douloureuse, l’impuissance, la terreur, l’horreur, la honte et/ou la culpabilité qu’il a éprouvées au moment de l’événement. En revisitant ainsi la situation il ne la revit pas de manière traumatique car il dispose cette fois des moyens nécessaires pour y faire face. » Nous retrouverons quelques scénarios réparateurs repris dans plusieurs orientations psychothérapeutiques dont notamment le psychodrame, l’hypnose Ericksonienne, l’EMDR et le parentage. Le psychodrame favorise la transformation symbolique des expériences passées douloureuses en actes créatifs et réparateurs, offrant aux patients un rôle actif dans leur guérison. Enfin, il est mentionné que le jeu psychodramatique permet d’accéder à une sensation d’existence authentique et peut être considéré comme un processus de transformation profonde. « Le jeu est le chaînon manquant entre la décharge cathartique et la pensée ».[11] Il constitue un véritable espace potentiel. Le dispositif psychodramatique réalise une véritable invitation à aborder cet espace potentiel de jeu exempt de danger, rassurant, fiable et source de plaisir qui souvent fait défaut dans les temps originaires de la constitution de l’appareil psychique de certains consultants. Permettre une mise en image (ima-giner) d’un état désiré constitue déjà une transe positive. En psychodrame, nous utilisons parfois la technique de représentation de rêve. Celle-ci est en fait une technique hypnotique en ce sens, qu’au lieu de raconter son rêve, le patient le joue, le représente. Il forme ainsi sa vie inconsciente. On peut remplacer les rêves angoissants par des rêves créateurs. Pour rappel (pour Milton Hyland Erickson, l’hypnose est un moyen donné à la personne de potentialiser ses ressources pour changer.) Dans le jeu psychodramatique, la mobilisation de l’affect est plus intense sur scène représentée que lors du récit de celle-ci. Parfois, la remémoration est impossible et la représentation peut permettre alors d’amener un évènement enfoui à la conscience grâce à la décharge motrice. L’utilité d’une transe a déjà, par ailleurs, été reconnue par certains psychanalystes eux-mêmes (Ferenczi Sandor[12], Roisin Jacques[13], Dupeu Jean-Marc[14]). Le surplus de réalité va au-delà de la réalité et offre au sujet une expérience nouvelle et plus étendue de la réalité. Moreno a été influencé par le concept de « plus-value » de Marx. Il a écrit : « La plus-value fait partie des gains du travailleur ou elle lui est volée par des employeurs capitalistes. Mais la réalité excédentaire n’est, en revanche, pas une perte mais un enrichissement ou une réalité par les investissements et l’utilisation extensive de l’imagination. Cette expansion de l’expérience est rendue possible dans le psychodrame par des méthodes non utilisées dans la vie – égos auxiliaires, chaise auxiliaire, double, inversion des rôles, miroir, la boutique magique, soliloque, répétition de la vie et autres. Décrivant la fonction du rôle d’auxiliaire, Moreno met l’accent sur l’utilisation thérapeutique du contact corporel pour donner au sujet la chaleur et l’immédiateté de la vie non seulement en mots mais aussi en paroles et en action. Par exemple, s’il y a eu absence de soins dans l’enfance, une personne peut avoir besoin de vivre l’expérience d’un « nouveau père » ou d’« une nouvelle mère » qui agit de la manière qu’elle souhaite que la mère ou le père ait agi. Adam Blatner[15] appelle cela le « moi auxiliaire réformé » par lequel une personne utilise la réalité excédentaire pour créer une expérience souhaitée. La reality therapy prend aussi la forme d’un enseignement ou d’un apprentissage. Elle essaie d’accomplir en une période relativement courte et intense, ce qui aurait dû être fait au cours de la période normale de croissance. Une nouvelle expérience réparatrice est menée. Les effets réparateurs permettent de compléter le développement émotionnel ou de surmonter un traumatisme. La thérapie va s’orienter vers une réécriture de l’histoire traumatisante ou souffrante du sujet. Le processus psychique devient alors actif, dynamique où l’histoire personnelle est continuellement redite, racontée de nouveau. Cette nouvelle perspective donne au protagoniste la liberté et l’opportunité de redire, raconter à nouveau son histoire d’une manière plus positive et constructive. Lorsque le protagoniste est invité à rejouer, avec une issue plus positive, un événement anxiogène qu’il vient de mettre en scène, une première fois, il investit d’images plus constructives sa propre histoire familiale. Il est amené à ressentir les dimensions kinesthésiques, cognitives, émotionnelles et relationnelles de cette nouvelle expérience qui devient réparatrice ou corrective. Ce changement de compréhension de l’expérience interne de base, qui conduit en thérapie à réexpérimenter un événement négatif d’une façon plus affirmative, constructive et positive, s’aligne sur le pouvoir créatif de la spontanéité développée en psychodrame. Cette nouvelle perspective thérapeutique fait ressortir à la surface de la scène psychodramatique des expériences traumatiques et fait en sorte de restructurer celles-ci autour d’un sens constructif. Elle permet de connecter des expériences vécues dans le présent de la séance psychodramatique à un passé problématique auquel on attribue un nouveau sens. Les souvenirs et leurs sens offrent une protection symbolique si l’histoire personnelle est redite d’une façon plus positive et constructive. À partir de ses ressources personnelles et de celles du groupe, l’individu se dégage de l’emprise de ses récits néfastes en développant, dans une séance psychodramatique, une expérience nouvelle ou plus adaptée de son histoire personnelle. Autrement dit, il s’agit ici du pouvoir réparateur de la réalisation symbolique ou du surplus de réalité fourni par le psychodrame. C’est là une des richesses de la méthode du psychodrame que de pouvoir mieux comprendre, par le jeu, les investissements et de pouvoir agir sur ces investissements pour favoriser un effet réparateur par l’efficacité symbolique du psychodrame. La technique du surplus de réalité peut permettre aussi, par exemple, au protagoniste, d’avoir une rencontre avec un défunt qui n’a pas réellement eu lieu dans la réalité de leur relation. Ainsi, le protagoniste endeuillé a la possibilité d’expérimenter et d’exprimer ses sentiments et ses pensées envers le défunt dans leur complexité et leur variété. La décharge émotionnelle et la compréhension intellectuelle de cette rencontre psychodramatique peuvent aider le protagoniste à traiter certains aspects de son deuil non résolu en obtenant plus de perspicacité et une meilleure compréhension. De nombreux points communs relient la clinique de l’Hypnose Ericksonienne à celle du trauma. L’hypnose est un état modifié de conscience, au cours duquel une personne se dissocie temporairement d’une situation, tout en restant en contact avec le monde environnant. La dissociation dure quelques secondes à quelques jours, reviviscence conséquente du traumatisme, états répétitifs auxquels s’adresse la régression en âge, très utilisé dans l’hypnose du trauma. Le trauma et l’hypnose sont deux phénomènes psychiques similaires. Le trauma réalise une auto-hypnose négative et toxique ; l’hypnose permet de se reconstruire en sortant de ces phénomènes dissociatifs et réalise une auto-hypnose positive à visée thérapeutique. Le temps de la litanie et de la plainte est clos, elles entretiennent la souffrance : passés à l’action la déstructure et la supprime ! L’hypnose Ericksonienne, utilisant la capacité spontanée de dissociation du sujet, réalise une de ses meilleures indications en psychothérapie. La métaphore stimule la possibilité de changement par l’évocation de situation ne concernant pas le patient personnellement, elle utilise les expériences et réactive les ressources du sujet. » Après avoir expliqué la méthode qu’il s’apprête à appliquer, et partant des cognitions déterminées par son patient, le thérapeute interroge : « que vous a-t-il manqué à ce moment-là, de quoi auriez-vous eu besoin, qui aurait pu vous aider, qu’auriez-vous eu besoin de comprendre ? « Aujourd’hui, adulte et parents, capable de protéger vos enfants qu’aimeriez-vous faire pour ce petit garçon que vous étiez ? ». Les mouvements oculaires sont efficaces pour désensibiliser les souvenirs traumatiques. Par contre, ils semblent atténuer les représentations et les souvenirs positifs, effet contraire au but recherché. Dès lors nous recommandons d’utiliser le tapping (tapotements) dès qu’émergent des nouvelles associations fonctionnelles ou des émotions positives. Dans ce type de séance, le thérapeute est actif. Il manifeste à son patient qu’il est à ses côtés dans le combat qu’il mène face au trauma. Sa présence joue un rôle essentiel dans le fait que la personne vit l’expérience de manière différente de ce qu’elle a éprouvé au moment crucial. Tout comme en EMDR, convoquer l’expérience délétère en hypnose en rappelant au patient qu’il est en toute sécurité et en parfait contrôle avec le thérapeute induit une double focalisation lui permettant d’être simultanément dans le passé au moment où il était victime et dans le présent, en sécurité et en maîtrise. Le thérapeute peut poser des questions commençant par : « pouvez-vous, est-ce possible de …, de quoi cette petite fille ou ce petit garçon, cette jeune fille ou cet homme que vous étiez à ce moment-là etc. a-t-elle ou a-t-il besoin, de quoi as-tu besoin pour te défendre, de quoi as-tu besoin pour te protéger. Plutôt que de replonger dans le souvenir traumatique, le thérapeute peut suggérer de visualiser le déroulement de la scène sur un écran de cinéma par exemple. : « alors que vous êtes ici, en toute sécurité avec moi dans ce cabinet, vous pouvez imaginer que vous regardez ce qui vous est arrivé comme s’il s’agissait d’un film ou d’une vidéo, ou visionner cela sur un écran et vous avez une télécommande. Au besoin, vous pourrez couper le son, faire des retours en arrière ou des avancées rapides, mettre sur pause, etc. cette manière de procéder permet une mise à distance émotionnelle. » On parle d’autoparentage lorsque la personne d’aujourd’hui, sécurisée, maîtrisant sa vie, capable de se protéger, vivante, remise de ses blessures, etc., rassure, console, apporte son soutien à la victime qu’elle fut, lui relate la manière dont la situation va s’améliorer et lui explique la façon dont elle va réussir à se sortir de ce mauvais pas. On nomme hétéro parentage la technique qui consiste à introjecter des personnes ressources, un proche, un parent, un ami, le thérapeute, la police, etc. Des défunts peuvent également être conviés dans les scènes traumatiques. Par exemple, un père revient pour empêcher son frère d’abuser sexuellement de sa fille alors qu’il était décédé au moment des faits. Durant la séance d’EMDR ou d’hypnose, le thérapeute interroge le patient plongé dans la scène traumatique : « qui pourrait vous aider qui veux-tu qu’il vienne t’aider ou est-ce que l’adulte que vous êtes aujourd’hui peut venir aider la petite fille que vous étiez à ce moment-là ? ». Par ces interventions, le thérapeute vise à protéger le patient et à le soustraire au danger. Une fois le péril écarté, il s’assure que le patient est rassuré par la figure de parentage en demandant : de quoi cet enfant a-t-il encore besoin d’être pris dans les bras ? d’aller jouer avec sa maman, de quoi cette jeune femme que vous étiez au moment de l’accident a-t-elle encore besoin ? lorsque les personnes ont connu des expériences de maltraitance et d’abus de pouvoir, leur confiance en l’être humain s’en trouve généralement ébranlée. En hypnose tout est possible. Le thérapeute doit être créatif et surtout, agir de manière adaptée par rapport au rythme et aux besoins du patient lorsque le travail lui semble terminé, il le vérifiera en posant par exemple la question : « de quoi la petite a-t-elle encore besoin avant que nous revenions ici ? ». Lorsque le thérapeute suggère un scénario réparateur pour un souvenir traumatique survenu dans l’enfance, il lui est conseillé de débuter par un hétéro-parentage et de poursuivre par un auto-parentage. L’attachement sécure est un facteur essentiel de résilience. Les souvenirs ne sont pas la somme de ce qu’une personne a fait, mais bien plus la somme de ce qu’elle a pensé, de ce qu’on lui a dit, et de ce qu’elle croit. Selon la théorie des traces multiples/ transformation développée par le neuropsychologue Morris Moscovitch de l’Université de Toronto, un souvenir est modifié à chaque évocation. Les souvenirs peuvent-être modifiés lors de leur rappel par l’ajout de nouvelles informations. L’efficacité de la technique des scénarios réparateurs est conforme à la théorie du traitement adaptatif de l’information défendu par Francine Shapiro. Ce qui est utile est emmagasiné, avec les émotions appropriées, et constitue un apprentissage constructif pour l’avenir. Dans le scénario réparateur, le patient revisite son passé douloureux tout en utilisant ses ressources actuelles et adaptatives. Dans le parentage par exemple, le patient victime expérimente véritablement le fait d’être protégé ou rassuré par l’adulte qu’il est devenu. L’expérience lui semble réelle, ce qui est très convaincant. Nous avançons l’hypothèse que des expériences imaginaires peuvent créer de nouveaux circuits neuronaux et de nouvelles réponses car les centres émotionnels du sous- cortex ne font pas la différence entre les perceptions internes et externes. Le traitement terminé, les patients se souviennent de l’événement traumatique mais l’émotion intense a disparu ou du moins, à très nettement diminuée. » Mots-clés : L’éthique et la métapsychothérapie – une reflexion sur l’action humaine – l’éthique est au fondement de l’humanité – société de l’épuisement – l’éco-responsabilité et l’éco-citoyenneté -les scénarii réparateurs – la réparation du Moi – le parentage-l’autoparentage – l’hétéro parentage – l’attachement sécure – le psychodrame – l’hypnose Ericksonienne – la transe positive – les rêves créateurs – le surplus de réalité – une nouvelle expérience réparatrice – le pouvoir réparateur de la réalisation symbolique. [1]Boris Cyrulnik, « Un merveilleux malheur », p.262. [2] https://inventin.lautre.net/livres/invention-de-la-realite-Contributions-au-constructivisme.pdf,p.6. [3]Maât est, dans la mythologie égyptienne, la déesse de l’harmonie cosmique, de l’équilibre du monde, de l’équité, de la paix, de la vérité et de la justice. [4] Jonas, Les principes responsables, une éthique pour la civilisation technologique, Ed. du Cerf, 1993, Paris, p. 30. [5]Léopold Szondi, psychiatre d’origine hongroise, est le fondateur de l’Analyse du destin. Son œuvre développe une doctrine des dimensions pulsionnelles fondamentales qui structurent et guident les actes de choix individuels, socialisés ou maladifs. [6]Leopold Szondi, Introduction à l’analyse du destin. Ed.Nauwelaerts, 1972. P.65 [7] Ibidem P.15. [8] Jacques Michelet, prendre soin de soi et de l’autre en soi, Éd. L’Harmattan, septembre 2020. [9] Méta vient du grec « après, au-delà de, avec » exprimant à la fois réflexion et changement profond [10] Une balise utile : la reconnaissance du titre de psychothérapeute dans la loi. [11]Jean-Marc Dupeu, L’intérêt du psychodrame psychanalytique, PUF, 2005,75014 Paris, p.184. [12]Sandor Ferenczi, Le traumatisme, Petite Bibliothèque Payot, 2006,76006 Paris, p.150. [13]Jacques Roisin, De la Survivance à la Vie, PUF, 2010,75014 Paris, p. 228. [14]Jean-Marc Dupeu, L’intérêt du psychodrame psychanalytique, PUF, 2005,75014 Paris, p.170-171. [15]Adam Blatner était membre de la Life Fellow de l’American Psychiatric Association, doublement certifié en psychiatrie pour enfants/adultes, un formateur certifié en psychodrame et un théoricien en psychologie. Il est l’auteur du livre Acting In, publié pour la première fois en 1973, qui est devenu le manuel principal pour les étudiants de Psychodrame psychiatre pour enfants et adultes, Blatner a écrit Acting-In: Practical Applications of Psychodramatic Methods.[3] Publié pour la première fois en 1973, le livre a été traduit en dix langues, révisé deux fois, et est devenu un manuel principal dans le domaine du psychodrame. » your text
Il faut donc bien savoir à qui réellement on demande conseil et soutien, et à qui on ouvre son âme et confie sa vie. Car s’occuper du corps, de l’esprit, de l’âme et de la vie d’autrui est tout à la fois une responsabilité éthique et sociale, une science et un art.
Comment dès lors prendre réellement soin de l’autre ? Certaines méthodes nous y invitent telles celles décrites ci-après.La (les) réparation(s) en psychothérapie
Les scénarios réparateurs
Le psychodrame
Le jeu en psychodrame
La technique de représentation de rêve en psychodrame
La technique du surplus de réalité (le surplus de réalité ou la reality therapy)
L’hypnose médicale Ericksonienne et la dissociation traumatique
La métaphore
Les scénarios réparateurs en EMDR
Le parentage