Le concept de la confiance en soi

Manquer de confiance en soi, c’est se croire inférieur aux autres, se dévaloriser. Certaines croyances entraînent un certain nombre de comportements dont les retombées négatives pour la personne la confortent dans le jugement négatif qu’elle porte sur elle-même. C’est dans l’enfance que la confiance prend racine, s’élabore et plus tard se ressource. Un nourrisson ardemment désiré sera mieux armé que celui né « par accident ». Il est plus facile de s’aimer lorsque l’on a pu intérioriser un amour parental. Que l’on a été nourri par une mère elle-même étayée par son conjoint…et que l’un et l’autre fort et juste ont accueilli avec bonheur notre venue au monde. Dénigré par ses proches, on prend l’habitude de se dévaloriser et appréhende toute circonstance qui nous mettrait en valeur. Il faut apprendre à ne plus craindre d’être perçu aimable d’être qui nous sommes.

Le manque de confiance en soi, tout comme l’angoisse en général, sont un précieux signal d’alerte nous signalant que quelque chose ne va pas, que nous ne vivons pas en harmonie avec notre histoire, notre pensée, notre désir.

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Composé de cum « avec » et du vieux français « fiance » (qui a donné et oui fiancé, fiançailles) confiance est dérivé du latin fidem « foi » et son équivalent savant étant confidence… c’est dire la richesse et la complexité de ce terme. Mais le « soi » dont il faut s’assurer la confiance tout autant que la lui accorder est lui aussi porteur de sens. Entre le moi freudien, à la troisième personne du singulier, et le self de Winnicott qui peut être entendu comme le sentiment d’existence individuelle, il indiquerait ici le rapport entre le moi-sujet se constituant à travers diverses expériences et le sentiment de force qu’il se communique à lui-même… Lieu psychique et physique, dans lequel la personne totale pourrait douter sans pour autant être inquiétée, il évoquerait un ressenti subjectif perçu avec un certain recul, pour s’affirmer, et soulignerait une perception distanciée entre la confiance et le sujet supposé l’avoir en lui pour lui-même.

Il ne serait pas tant une figure humaine personnifiée qu’une structure – qui advient ou qui fait défaut – quand elle s’affirme ou s’esquive – au sein de laquelle se résoudraient les opérations psychiques complexes qui définissent l’être en devenir, et où se croiseraient, se heurteraient, se réuniraient, les diverses identifications qui le traduisent.

Avoir confiance en soi serait croire en un soi fiable, avoir foi en lui, ce qui suppose un moi bien constitué et suffisamment fort pour à la fois se reposer et compter sur lui pour avancer. La confiance en soi serait la capacité de se vivre au jour le jour dans la certitude du lendemain. De se sentir aimé à n’en pas douter d’être aimable. De ne se laisser ébranler ni par la critique, ni par la flatterie. Ni déstabiliser par (ce) qui nous contredit ni altérer par le regard de l’autre tout en restant indifférent à la malveillance, à la mesquinerie, à la médisance. Ce serait oser s’exprimer, oser entreprendre. Parcourir un chemin pour arriver à un but, surmonter les obstacles, croire en ses facultés, se connaître soi-même. Se sentir soutenu bien sûr par un entourage reconnaissant et ne pas renoncer à soi pour plaire à l’autre. Ce serait encore le désir de rester fidèle à ce qui nous tient à cœur dans la mesure où, conscient de sa valeur, on admettrait, en même temps, que son changement perpétuel au contact du monde, ses erreurs et ses errances autant que ses atouts et ses certitudes. Même sûr de soi, on traverse des périodes de doute ou de remise en questions qu’il faut s’avoir s’avouer si l’on veut en sortir. L’opposé, le manque de confiance se traduira par un sentiment diffus de non-existence, un fantasme de disparition, une volonté de s’annihiler plus tôt que d’encourir échec ou refus… Une insensibilité prétendue au froid, au chaud, aux variations de température, de crainte d’être dans l’erreur en témoignant de sensations que contredirait celui dont la confiance semble si supérieure qu’elle exclut sans conteste la nôtre. Une propension à la culpabilité, de préférence infondée, justifie ce manque de force intérieure, mais conjure l’anéantissement qui guette au contact du dehors…

Confiance en soi et capacité d’être seul

La confiance implique une qualité de l’interaction pour laquelle la séparation ne constitue pas une menace, mais un défi créatif. L’absence d’autrui et les nouvelles distances dans l’interaction avec l’environnement sont une opportunité pour que le bébé développe la « capacité d’être seul » (Winnicott, 1958).

Selon Winnicott, telle est l’une des conquêtes fondamentales de son processus de développement, qui est également le moyen par lequel il peut éprouver l’effet de son action sur le monde et sur soi-même, mesurant ainsi « la confiance en soi et en ce qu’il peut espérer de la vie » (1950 : 292). Apprendre à être seul en présence de l’autre c’est tout autant apprendre à être soi en présence de l’autre. La notion de solitude se met en place en même temps que s’élargissent les possibilités d’un espace intérieur . La capacité à être seul en présence de l’autre souligne cette solitude essentielle, et nécessaire, si l’on veut tenir debout, aller jusqu’au bout de ses projets, porter sa propre vie. Cette capacité à être seul en présence de l’autre – c’est-à-dire à être vraiment soi-même au cœur de la relation, sans avoir « besoin » de l’autre – conditionne la possibilité d’affronter la « vraie » solitude.

Allons interroger également le concept de l’estime de soi.

Du côté du concept de l’estime de soi

 

L’estime de soi : Quelques définitions

Selon Robert W. Reasoner, auteur américain : « C’est la conscience de la valeur personnelle qu’on se reconnaît dans différents domaines. Il s’agit, en quelque sorte, d’un ensemble d’attitudes et de croyances qui nous permettent de faire face à la réalité, au monde. »[1]

Selon Germain Duclos[2] : «  Avoir une bonne estime de soi ne signifie pas être gentil, mais bien avoir conscience de ses forces et de ses faiblesses et s’accepter soi-même dans ce qu’on a de plus personnel, de plus précieux. Cela signifie prendre ses responsabilités, s’affirmer, savoir répondre à ses besoins, avoir des buts et prendre les moyens pour les atteindre. Avoir une bonne estime de soi, c’est se respecter soi-même tout en ayant de la considération pour les autres ».[3]

Ou encore…

« L’estime de soi, c’est la valeur positive qu’on se reconnaît globalement en tant qu’individu et dans chacun des domaines importants de la vie. On peut avoir une bonne estime de soi comme travailleur, mais une image de soi très négative comme parent ou comme amant. »[4]

Et…

« L’estime de soi, suppose une conscience de ses difficultés et de ses limites personnelles. Toute personne qui a une bonne estime de soi est capable de dire d’elle-même : « J’ai des qualités, des

 forces et des talents qui font que je m’attribue une valeur personnelle, même si je fais face à des difficultés et que je connais mes limites. » [5]

Un schéma résumant ce concept :

schéma estime de soi

Voici, à contrario, le Schéma des effets négatifs de la sous-estimation de soi :

 

 

Comment modifier son estime de soi ?

Avec 9 CLEFS :  (3 rapports de sens)

  • 1) le rapport à soi-même
  • 2) le rapport à l’action
  • 3) le rapport aux autres

Le rapport à soi-même :

  1. Se connaître
  2. S’accepter
  3. Etre honnête envers soi

 

Le rapport à l’action :

(Sentiment de compétence)

  1. Neutraliser les 4 « r » qui créent l’inhibition et le stress : ruminer, ressasser, râler, ne rien faire.
  2. Faire taire le « critique intérieur » (« de toute façon, ça sert à rien, c’est nul…).
  3. Accepter l’idée de l’échec (attribut externe, spécificité, instabilité de l’échec).

Le rapport aux autres :

  1. Oser s’affirmer, exprimer ce que l’on pense, ressent tout en respectant ce que l’on

pense et  ressent.

  1. Eviter les comportements inhibés (cf. Image du paillasson), agressifs (cf. Image du hérisson) révélateurs d’une incapacité à s’affirmer en restant dans la confrontation.
  1. Capacité à l’empathie.
  1. S’appuyer sur le soutien social

Comment encore…

ü  Analyser ce qui nous empêche d’avoir une bonne estime de soi.

ü  Aller à la rencontre de ses forces et fragilités et les observer avec bienveillance.

ü  Oser se donner des permissions pour ne plus nourrir ses complexes.

ü   Mieux connaître ses compétences pour pouvoir davantage se fier à soi.

ü  Changer la perception qu’on a de soi-même.

ü  Apprendre à s’estimer à sa juste valeur, à s’évaluer de manière plus positive.

ü  Être assertif.

Le concept de l’assertivité peut également nous aider dans la compréhension d’une meilleure confiance en soi. Voici quelques idées générales :

L’assertivité :

Le mot vient du mot anglais ASSERTIVENESS. Initié par Andrew SALTER psychologue New-yorkais dans la première moitié du siècle dernier. Développé plus récemment par Joseph Wolpe, psychiatre et professeur de médecine américain comme « Expression libre de toutes émotions vis à vis d’un tiers, à l’exception de l’anxiété »

L’assertivité est définie comme une attitude dans laquelle on est capable de s’affirmer tout en respectant autrui. Il s’y agit de se respecter soi-même en s’exprimant directement, sans détour, mais avec considération. Cela conduit à diminuer le stress personnel, à ne pas en induire chez autrui et à augmenter l’efficacité dans la plupart des situations d’entretien. Cette attitude est particulièrement importante dans toutes les situations de la vie, mais elle l’est particulièrement dans toutes les situations d’entretiens professionnels et notamment dans le management (domaine où elle est trop souvent ignorée).

Par l’assertivité il s’agit de s’’affirmer sans agresser, sans s’effacer. L’assertif postule le respect réciproque des opinions. Les compétences liées à l’assertivité sont :

se respecter et se faire respecter,

  • développer une bonne assurance interne,
  • identifier ses attitudes les plus fréquentes,
  • savoir faire face à des comportements passifs, agressifs et manipulateurs,
  • communiquer efficacement,
  • La position de l’assertif correspond au « je suis OK, vous êtes OK et pas KO ! ».

Les compétences liées à l’assertivité sont :

  • se respecter et se faire respecter,
  • développer une bonne assurance interne,
  • identifier ses attitudes les plus fréquentes,
  • savoir faire face à des comportements passifs, agressifs et manipulateurs,
  • communiquer efficacement.

La position de vie de l’assertif correspond au « je suis OK, vous êtes OK » (relation idéale selon l’analyse transactionnelle). L’assertif postule le respect réciproque des opinions : ce n’est pas parce que moi j’aime telle chose que les autres ont tort de ne pas l’aimer.

Un comportement assertif consiste à s’exprimer en respectant le plan suivant :

  • Exprimer les faits…
  • Puis donner votre sentiment sur les faits exposés en utilisant le JE plutôt que le TU
  • Exprimer votre demande suite aux faits.

L’assertivité, cela s’apprend…

Comment être assertif ?

L’assertivité est une attitude de fermeté; fermeté par rapport aux événements, par rapport à ce que vous considérez comme acceptable ou non. Ce n’est pas de l’agressivité. Ce n’est pas l’expression de la rancœur, le défoulement des frustrations. C’est plutôt un moyen de les éviter. Ce n’est pas une menace. C’est la délimitation d’un territoire qui n’est pas accessible à l’autre, qui n’appartient qu’à vous. C’est un peu comme un panneau sens interdit. Un automobiliste ne se fâche pas lorsqu’il voit un tel panneau à l’entrée d’une rue. Il est là dans l’intérêt de tous. C’est la même chose avec une attitude assertive. Elle est là, dans l’intérêt de la victime et de celui qui tente de la harceler en établissant clairement les comportements acceptables et répréhensibles. L’assertivité n’est pas donnée à tout le monde. Elle est trop peu développée. La plupart des personnes, lorsqu’elles étaient enfant ont plutôt appris à accepter, à obéir et à ne pas poser de questions. Se révolter n’était pas nécessairement bien vu. Cela part d’une bonne intention, mais cela n’aide pas la personne à apprendre à exprimer ses sentiments, à trouver la manière de les exprimer et à fixer ses propres limites. Si vous n’avez pas appris à être assertif dans votre enfance, rien ne vous empêche de rattraper votre retard une fois adulte. Comme pour les langues, l’informatique, la photographie, … C’est probablement l’apprentissage le plus utile pour un adulte et pas uniquement pour ceux ou celles qui sont victimes de harcèlement moral.

Références :

Pedro Salem,De la genèse à la reproduction de la confiance chez l’enfant,Corps,2007/1 (n° 2) ,Éditeur : Dilecta ,Université de Rio de Janeiro, Brésil

Virginie Megglé , http://www.psychanalyse-en-mouvement.net/actualites/article-33-2003123033-confiance-en-soi.html;   .

Jacques Arènes, Apprendre à être seul en présence de l’autre, Imaginaire & Inconscient,2007/2 (n° 20) ,  Éditeur :L’esprit du temps.

Thomas d’Ansembourg « Cessez d’être gentil, soyez vrai ! », , Ed. De l’Homme, 2001.

René de Lassus ,« Oser être soi-même », ,Editions Marabout,1992.

http://www.psychotherapie-psychodrame.be/2016/01/31/developpons-nos-competences-et-non-nos-defauts/

http://www.psychotherapie-psychodrame.be/2016/01/31/cultiver-son-jardin/

http://www.psychotherapie-psychodrame.be/2016/01/31/vivre-le-moment-present/

http://www.psychotherapie-psychodrame.be/2016/01/31/la-communication-relationnelle-de-jacques-salome/

http://www.psychotherapie-psychodrame.be/2016/01/31/pensee-et-psychologie-positives/

http://www.psychotherapie-psychodrame.be/2017/09/07/pourquoi-le-changement-fait-il-si-peur-ou-comment-sempecher-dagir/

[1] http://www.estimedesoi.org/

[2] Auteur, formateur, chargé de cours à l’Université de Sherbrooke

[3]LAPORTE D., SEVIGNY L., Comment développer l’estime de soi de nos enfants, Hôpital Sainte-Justine, mars 1994, pp. 9.

[4]DUCLOS G., L’estime de soi, un passeport pour la vie, Hôpital Sainte Justine, 2000, pp.17.

[5] Idem.

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La sanction éducative et la punition impulsive

Souvent la sanction est associée au mot « punition ». Or ces deux notions ne sont pas assimilables. Pour mieux les comprendre il faut les différencier. La sanction est une réponse donnée à une transgression de la règle. C’est un acte qui ne se pose pas dans l’emportement, la colère. La sanction donne une consistance à la règle. La sanction éducative a pour fonction de réaffirmer l’importance de la loi et non de rendre tout puissant la personne qui la fait respecter. Sanctionner c’est faire preuve d’autorité en confrontant l’autre à la réalité qui l’entoure. Qu’est-ce que l’autorité ? (cf. mon texte : » Quelques mots sur l’autorité »).

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La punition est plutôt une réaction (avec un bonne part d’émotionnel) à un comportement perçu comme une transgression. Punir c’est réagir dans l’émotionnel et décharger ses sentiments en affirmant sa domination vis-à-vis de l’autre (enfant, adolescent, adulte). Souvent la punition est imposée, non pour réparer ou apaiser, mais culpabiliser (« tu as vu ce que tu as fait, tu l’as bien mérité, tu n’es qu’un sale gamin » ou pour servir d’exemple (« voilà ce qui arrive quand on provoque »). La punition est souvent exagérée en espérant dissuader l’enfant, l’adolescent de recommencer. Elle est peut être exagérée aussi parce que le parent ou l’éducateur est en colère et que c’est un moyen de décharger son agressivité. Par ailleurs, la punition est souvent décidée non en fonction de ce qui s’est objectivement passé mais en fonction de la résonnance immédiate que cette transgression provoque chez celui qui découvre ces faits. C’est pour cette raison qu’elle est souvent vécue comme injuste. Punir  c’est réagir dans l’émotionnel et décharger ses sentiments négatifs en affirmant sa domination. Ce faisant on répond à une transgression d’enfant, d’adolescent par une transgression d’adulte.

Quand la sanction est énoncée dans un moment de colère, l’adulte court plusieurs risques :

–          La sanction peut être disproportionnée par rapport à l’acte

–          La sanction peut être mal choisie

–          La sanction a plus d’inconvénients pour les autres que pour le « fautif »

–          La sanction est inapplicable dans les faits ou ne correspond pas aux valeurs des parents (ex. « je ne veux plus te voir jusque demain » alors qu’il est 17h.

Dans ces différentes situations, l’adulte peut être amené à revenir sur sa parole et entacher sa crédibilité (en tout cas si cela arrive souvent).

La sanction est un coup d’arrêt. Sans celui-ci, l’enfant peut être conduit à persévérer, à aller plus loin, à faire plus mal, à se faire plus mal. « La sanction, écrit Jean-Bernard Paturet (1997, p. 6), a donc comme fonction essentielle, quand elle est fondée sur cette reconnaissance du sujet désirant, d’empêcher que le sujet se perde dans une régression infinie ou dans une puissance mortifère. » L’éducateur doit soutenir des « non », savoir faire face même si ses prétentions narcissiques doivent en souffrir. La peur de ne plus être aimé taraude souvent l’éducateur qui s’oppose ou se risque à poser un refus.

Adossée à la loi, la sanction repose sur le principe d’humanisation et est au service de l’avènement du sujet. Sa vocation première est bien de rappeler que la loi prime sur le pouvoir des adultes.

Le mot sanction, nous dit le Robert historique, dérive du sancire qui signifiait « rendre sacré, inviolable », puis « établir solennellement, par une loi ». Par son action bivalente, la sanction permet aux thérapeutes de borner et restaurer les limites, de continuer à œuvrer pour que du sens advienne là où était le chaos de l’excitation, l’impératif du besoin. La sanction s’adresse à un individu, elle appelle la parole. La punition  vise l’indignité de l’être et relève du dressage par la contrainte tandis que la sanction permet une élaboration des conséquences d’un acte par son auteur. Cette volonté actuellement affirmée de vouloir restaurer les valeurs de l’autorité et de la discipline influe sur les pratiques pédagogiques en matière d’éducation des jeunes enfants. L’évolution des pratiques enseignantes « innovantes » se heurte à un enracinement qui privilégie la compétence, l’efficacité, voire la précocité.

La sanction vise à rappeler la primauté de la loi et non la prééminence des adultes. Plus généralement, elle manifeste l’importance de l’existence d’un ordre symbolique structurant : le droit ou plus simplement l’ensemble des règles explicitées. Une sanction qui entend faire œuvre d’éducation ne peut donc être utilisée comme une stratégie de réactivation du pouvoir du maître ou de l’adulte. Rappeler la loi, c’est aussi en appeler à sa valeur d’instance, c’est-à-dire à sa capacité à lier un « je » à un « tu » pour faire advenir un « nous ».

Il n’y a pas de « vivre-avec » (autrui) qui ne soit articulé à un « vivre-devant » (la loi). Le vivre-ensemble ne peut être pensé comme ferme et permanent que sur fond d’une instance transsubjective. Et ce transsubjectif, c’est la loi. La sanction rappelle que les lois que le groupe se donne ne peuvent être impunément ignorées ou violées au risque de le faire éclater. Telle est la finalité politique de la sanction : rappeler la loi pour préserver l’identité et la cohésion du groupe. Toute infraction met en péril le groupe dans son existence sociale, car la loi est ce qui nous relie par la dialectique des droits et des devoirs.

Le règne de l’autoritarisme, même si les thèmes de la répression et de la discipline sont de retour, est mis à mal et ses nuisances reconnues. Aujourd’hui, l’éducation distingue la sanction qui s’attache à l’acte, de la punition qui s’en prend à la personne. Les parents comme les professionnels reconnaissent que sans légitimité il est impossible d’asseoir leur autorité et de faire accepter une sanction. Une légitimité qui se gagne dans le respect, la fermeté et la prise de conscience de l’acte commis.

 Les quatre règles d’or de la sanction

La sanction doit, tout d’abord, donner à penser et non à voir ; et donc renoncer tant au spectaculaire, qu’à la mise en scène ou à l’édification du groupe. S’il n’y a pas de sanction exemplaire, mais que des punisseurs exemplaires, c’est parce que ce qui doit toujours être privilégié, c’est le sens donné par une parole établissant une relation avec la transgression. La sanction n’a pas l’obligation d’être admise, du moment qu’elle est comprise. Cette compréhension peut se manifester tardivement, ses effets ayant un rôle bien plus structurant qu’on ne l’imagine. En cela, la sanction se distingue de la vengeance qui, elle, est silencieuse et ne s’annonce pas forcément.

Seconde règle, la sanction porte sur des actes : on sanctionne un manquement à un contrat social, pas celui qui s’en est rendu coupable, l’indignité de ce qui a été commis et non l’indignité de son auteur, le vol et non le voleur. Le sujet doit bénéficier d’une bienveillance inconditionnelle. C’est sur ses conduites que s’exerce l’intolérance. On préserve ainsi l’infracteur d’une culpabilité ontologique qui porterait sur sa personne, sur son manque ou son déficit.

Troisième règle, la sanction doit apparaître comme privative d’un avantage, d’une joie ou d’un droit partagé (comme être avec ses pairs). S’il y a là une inévitable source de frustration, il ne peut y avoir d’humiliation. Aristote expliquait qu’il y a une bonne honte, c’est celle qui freine les attitudes, sans altérer la personnalité.

Dernière règle d’une sanction qui se veut éducative : un geste à l’intention de la victime. Ce qu’il est de coutume d’appeler la réparation, permet non seulement de compenser le tort commis, mais aussi, par un acte positif, de réintégrer le lien social.

Réparer, c’est remettre en état, refaire, raccommoder. C’est aussi compenser. C’est à Melanie Klein  que revient le mérite d’avoir introduit la notion de réparation comme concept clinique pour désigner un mécanisme inhérent à la position dépressive. Selon cet auteur, l’enfant est très tôt confronté à la peur inconsciente de l’anéantissement, à des pulsions persécutrices qui sont des fantasmes de destruction, de mise en pièces et de dévoration. Face à ses pulsions morbides, l’enfant est envahi par l’angoisse et la culpabilité d’avoir détérioré l’objet d’amour (la mère). Craignant de perdre l’amour en même temps que l’objet, l’enfant désire annuler le mal qu’il a fait. À l’origine de la tendance réparatrice se trouvent donc la peur de perdre l’amour et le sentiment de culpabilité qui l’accompagne. La réparation est une tentative d’apaisement et d’élaboration des pulsions, un processus de maturation qui se fonde sur la reconnaissance de la souffrance causée. C’est en ce sens que les procédures réparatoires nous intéressent, car celui qui manifeste le désir de réparer est en position de responsabilité par rapport à ses actes. Il les reconnaît et les assume.

Le besoin de réparer est aussi le désir de se réparer. La dialectique réparer/se réparer est bien réelle, car l’objet réparé ne revient jamais à l’état antérieur ; il est autre, il est créé à nouveau. C’est en recréant l’objet que le fautif se recrée lui-même. La réparation est, en ce sens, un mouvement de construction du moi. Réparer, c’est aussi être en position de reconnaissance par rapport à autrui, car si l’on répare quelque chose, on répare aussi et d’abord à quelqu’un. La réparation est orientée vers « un autrui ». Avoir recours à une procédure réparatoire, c’est au-delà du face-à-face punisseur-puni introduire une tierce personne qui est la victime. C’est à elle que s’adresse la réparation. En ce sens, on peut dire qu’une sanction éducative est reconstructive, car elle tend à retisser les fils et à renouer le lien social, un instant blessé.

Références :

Jacques Trémintin, Lien Social numéro 918,26 février 2009, Le sens de la sanction dans l’action éducative.

La sanction, La lettre de l’enfance et de l’adolescence, 2004/3 (no 57) , ERES .

« Grandir avec des limites et des repères….pour aller plus loin » (brochure ONE : N° Edition : D/2007/74.80/67).

La lettre de l’enfance et de l’adolescence, 2004/3 (no 57), La sanction, Réflexions sur la sanction dans le champ de l’éducation.

 

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Quelques mots sur le concept d’autorité

L’autorité (auctoritas), faculté de l’auctor, est « ce don réservé à peu d’hommes de faire surgir quelque chose et – à la lettre – de produire à l’existence » .[i] Kojève[ii] insiste sur la distinction entre autorité et force (violence) et considère que l’autorité est l’apanage d’un être conscient et libre. Là où il y a force et contrainte, il n’y a pas autorité. L’autorité fait agir alors que le pouvoir agit ; cette définition permet à Kojève d’établir la distinction entre force (potestas) et autorité d’une part et entre autorité et « discussion » ou « compromis » – que Arendt[iii] nomme « persuasion » – d’autre part. Ainsi, s’il y a distinction entre les deux termes et notions, il y a association de l’un avec l’autre : le pouvoir n’est pas sans autorité, l’autorité n’est pas sans pouvoir. Mais aussi, en position dominante, l’un peut se manifester sans l’autre. Le pouvoir peut se manifester sans l’autorité, c’est la figure de l’aliénation du dominé au dominant dont le rapport de la foule au meneur fournit le modèle exemplaire où chacun est « au pouvoir » d’un chef.

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Dans les plus anciens emplois, augeo indique l’« acte de produire hors de son propre sein ; acte créateur qui fait surgir quelque chose d’un milieu nourricier et qui est un privilège des dieux ou des grandes forces naturelles, non des hommes » . Augur, terme religieux, aurait d’abord désigné « la “promotion” accordée par les dieux à une entreprise et manifestée par un présage. En somme, l’auctoritas, faculté de l’auctor, est « ce don réservé à peu d’hommes de faire surgir quelque chose et – à la lettre – de produire à l’existence.

L’auteur est celui qui inspire l’entreprise, à la différence de l’artifex qui l’a seulement faite. Ce terme provient de augere, « augmenter », nominalisé en auctor, nom d’agent issu du verbe augeo, qui appartient à la sphère politique à côté de laquelle se trouve le doublet religieux augur, « augure », dont est dérivé l’adjectif augustus ; ces deux noms ont donc la même étymologie. Le radical en indo-iranien signifie « force ».

« Auteur » vient du latin auctor qui avait le sens de « instigateur, fondateur, auteur », mais aussi de « conseiller ». Mais bien sûr, on peut aller plus loin : auctor est dérivé du verbe augere, « faire croître, augmenter ». L’auteur est donc « celui qui augmente »… « Auteur » a la même origine que « autorité » : auctoritas en latin dérive également de augere, augmenter. Ici, l’idée est que celui qui détient l’autorité augmente l’efficacité, la valeur d’un acte (juridique, par exemple). Auteur et autorité ont longtemps été liés, et aujourd’hui encore on peut dire d’un auteur qu’il « fait autorité dans son domaine », par exemple.

Mais pour Émile Benveniste, linguiste spécialisé dans la grammaire comparée des langues indo-européennes, rapporter « auteur » et « autorité » (mais aussi « augure » et « augustin ») à l’idée d’augmenter n’est pas suffisant. En indo-européen, la racine aug- désigne la force, notamment la force divine. Alors, est-il possible qu’ « augere » en latin ait eu un sens plus fort que simplement « augmenter » ? Augere, augmenter, c’est accroître ce qui existe déjà, mais dans un sens plus ancien, c’est produire ce qui n’existe pas encore. Augmenter le réel, c’est créer.

L’auteur est donc un créateur. Auctor, c’est « celui qui accroît, qui fait pousser, l’auteur », traduisent couramment les dictionnaires latins. Conrad de Hirsau, grammairien du xie siècle, explique dans son Accessus ad auctores : « L’auctor est ainsi appelé du verbe augendo (« augmentant »), parce que, par sa plume il amplifie les faits ou dits ou pensées des anciens. »

Si l’on interroge le petit Larousse, l’autorité signifie « droit ou pouvoir de commander, de se faire obéir ». Mais si l’on se penche sur les « origines », à travers un « antique » dictionnaire d’étymologie, autorité nous renvoie à auteur, du latin auctorem qui lui-même se rattache à augere, auctum . Vaste programme ! L’auteur est proprement celui qui augmente d’où, celui qui produit, celui qui concède un droit. À ce dernier sens se réfèrent les acceptions des dérivés savants, autoriser , autorité, autoritaire.

« Ainsi, à celle de l’autorité serait intimement liée la notion de respect, indépendante elle de l’exercice du « pouvoir soumettre », mais qui autoriserait l’idée que la personne qui dépend puisse en ça-voir, momentanément, plus ou mieux, que celle qui représente le pouvoir qui confère autorité. Et de ce fait d’avoir, à son tour, une certaine autorité qu’il est bon de reconsidérer pour maintenir le contact en lui permettant de s’exprimer. »[iv]

Références :

François Dutrait ,Marc Derycke  Revue, Le Télémaque 2009/1 (n° 35) Autorité : retour aux sources .PUF

https://www.cairn.info/revue-le-telemaque-2009-1-page-113.htm#no8

http://www.signesetsens.com/psycho-de-ces-equivoques-limites.html

[i] https://www.cairn.info/revue-le-telemaque-2009-1-page-113.htm#no8

[ii] A. Kojève, La notion de l’autorité, Paris, Gallimard, 2004.

[iii] H. Arendt, « La crise de l’éducation », in La crise de la culture, Paris, Gallimard (Folio essais), 1996, p. 247.

[iv] http://www.signesetsens.com/psycho-de-ces-equivoques-limites.html

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