Mes compétences

  • PSYCHOLOGUE – option clinique-
  • PSYCHOTHERAPEUTE-PSYCHODRAMATISTE
  • TITULAIRE DU CEP (Certificat Européen en Psychothérapie)
  • CERTIFIE EN HYPNOSE ERICKSIONIENNE
  • Formé A L’HYPNOSE MEDICALE
  • Formé A LA THERAPIE BREVE ET EMDR

Expérience d’une longue pratique psycho-médico-sociale pendant 38 ans.
Expérience d’une pratique psychothérapeutique de plus de + de 25 ans avec des personnes en situation de handicap mental (trisomie 21, autisme, syndrome d’Asperger,…).
Expérience d’une pratique d’animation de groupe de type Balint dans l’enseignement d’une dizaine d’année (projet Gaipe – groupe d’analyse interdisciplinaire de problématiques d’élèves-).
Expérience de supervision d’équipe et individuelle depuis plus de 20 ans.

Pratique actuelle en cabinet de consultation sur rendez-vous. Téléconsultations également :

+ d’info: https://www.psychotherapie-psychodrame.be/2020/04/03/teleconsultation-en-psychotherapie/

Expérimenté avec les personnes en dépression, burn-out, anxieuses et personnes à haut potentiel.

Le concept de « TRANSVERSALITE » constituerait le fil conducteur de ma clinique. L’interdisciplinarité à l’intérieur des psychothérapies relationnelles entraîne, me semble-t-il, une meilleure utilisation de chacune d’entre elles dans la clinique quotidienne du praticien.

HYPNODRAME

L’hypnose peut, à certains moments, constituer une des techniques utilisées en séance psychodramatique de groupe. L’hypnodrame ou l’hypno-analyse est une des variantes du psychodrame. En fait nous devons reconnaître que le jeu représentatif, symbolique est, en soi, caractéristique d’un ’état de transe hypnotique. Chaque psychodramatiste en a déjà fait l’expérience avec certains protagonistes, a déjà fait cette observation sans vraiment y mettre une définition plus précise, sans réellement conceptualiser son observation.
Le jeu est caractéristique de l’état hypnotique dans la vie courante nous dit François Roustang. Dans une belle formule, il nous dit aussi que « le jeu offre la possibilité de ne pas être déterminé maladivement par un aspect du réel ». Mettre du jeu, laisser du jeu, de l’air, décoincer les choses, mettre de la souplesse, créer un espace où les choses vont se mouvoir. Le jeu permet de sortir de l’étroitesse. Dans le langage courant, nous disons qu’il y a du jeu dans un emboitement ou dans une mécanique. Ce jeu permet le mouvement. Nous le retrouvons également en psychodrame. « Le jeu dramatique permet un décalage.
Permettre une mise en image (ima-giner) d’un état désiré constitue déjà une transe positive. En psychodrame nous utilisons parfois la technique de représentation de rêve. Celle-ci est en fait une technique hypnotique en ce sens, qu’au lieu de raconter son rêve, le patient le joue, le représente. Il forme ainsi sa vie inconsciente. On peut remplacer les rêves angoissants par des rêves créateurs.
Pour Milton Hyland Erickson l’hypnose est un moyen donné à la personne de potentialiser ses ressources pour changer. Dans le jeu psychodramatique la mobilisation de l’affect est plus intense sur scène représentée que lors du récit de celle-ci. Parfois la remémoration est impossible et la représentation peut permettre alors d’amener un évènement enfoui à la conscience grâce à la décharge motrice. L’utilité d’une transe a déjà, par ailleurs, été reconnue par certains psychanalystes eux-mêmes (Ferenczy Sandor , Roisin Jacques , Dupeu Jean-Marc ).
La suggestion constitue en soi également une aide importante au moment où l’énergie est paralysée. Si la suggestion est parfois nécessaire en séance nous devons parfois désuggestionner ou déshypnotiser certains patients pour leur permettre de ne plus être sous influence.
Dans la technique psychodramatique de projection dans le futur nous aidons le patient à modifier ses anciennes représentations, à sortir de son enferment, de ses prisons secrètes. Le protagoniste s’y retrouve actif, retrouve son pouvoir sur lui-même et devient co-créateur.
La relaxation utilisée en hypnose Ericksonienne permet, quant à elle, de découvrir des liens jusque là restés inconscients et refoulés. Il ne s’agit pas de s’endormir mais d’éveiller les capacités de l’inconscient.

Références:

Le traumatisme, Sandor Ferenczi, petite Bibliothèque Payot, 2006,76006 Paris, P.150.
De la Survivance à la Vie, Jacques Roisin, PUF, 2010,75014 Paris, P. 228.
L’intérêt du psychodrame psychanalytique, Jean-Marc Dupeu, PUF, 2005,75014 Paris, p.170-171.

PENSEE ET PSYCHOLOGIE POSITIVES :

PENSEE ET PSYCHOLOGIE POSITIVES :

Ce qui embellit le désert, c’est qu’il cache un puits quelque part !

« Nous pouvons bouger davantage dans le positif. Une vision ou une perception positive de l’être humain libère davantage ce dernier.
Nous pouvons faire un parallèle avec l’effet placebo en médecine. L’efficacité symbolique en médecine, c’est l’effet “placebo”. On sait aujourd’hui qu’il relève d’un effet physiologique d’auto guérison. Il s’agit de l’endorphine, hormone secrétée par le cerveau. On constate une réaction cérébrale réelle par rapport à l’injection de placebo. Nous avons donc plus de capacité d’autoguérison. Cette capacité est plus importante que nous le pensons.

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Au cours des trois ou quatre dernières années, on a mesuré l’activité cérébrale de patients consommant des placebos. On a pu observer certains phénomènes mystérieux, encore inexpliqués. Tout d’abord, les zones du cerveau qui s’activent, à la suite de la prise d’un médicament ou d’un placebo, varient selon la maladie, mais sont toujours les mêmes pour la même maladie. Ensuite, on a observé que l’activité du cerveau qui a lieu après la prise d’un placebo est très semblable à celle mesurée après la prise du véritable médicament. D’autre part, on n’a pas pu établir un profil psychologique type de l’individu sensible à l’effet placebo. On n’a pu établir aucune corrélation entre l’efficacité de l’effet placebo et des facteurs sociaux, des traits névrotiques ou hystériques, le sexe, etc. Tous les individus réagissent à l’effet placebo, à des degrés variables selon le contexte. Les chercheurs se pencheront aussi sur les mécanismes neurophysiologiques qui sous-tendent l’effet placebo. Sur cette piste, Predrag Petrovic, du groupe de recherche en neurophysiologie cognitive de l’Institut Karolinska, en Suède, a pour sa part découvert que l’injection d’un placebo à une personne à laquelle on promettait un analgésique pour soulager sa douleur entraînait une libération de dopamine – un neuromédiateur du cerveau – et d’endorphines endogènes, ces substances qui miment l’effet de la morphine.

Le bébé, quant à lui, nous dit T.Berry Brazelton, est déjà compétent. Il est une personne. Comment, dès lors, allons-nous, le considérer ? Tel sera l’impact que nous percuterons sur la relation établie réciproquement.
Nous adressant à la partie saine des personnes que nous rencontrons, nous avons plus de chance d’obtenir des résultats me semble-t-il. Il s’agit donc de trouver les ressources chez les personnes que nous rencontrons, de miser sur leur créativité plutôt que sur leurs incapacités. Nous pouvons faire d’un handicap un moteur. Avec sa rage de vivre, Grégory Lemarchal, le gagnant de la « Star Académy » de 2004 malheureusement décédé début mai 2007 de la mucoviscidose nous a montré comment surmonter un handicap. Il a marqué la chanson française par son incroyable voix, son humour et sa gentillesse. Il était un interprète singulier, sensible, généreux et talentueux.
Malgré ses difficultés respiratoires Grégory a alimenté un souffle de vie. Se laisser accabler par le réel, c’est oublier les prodigieux pouvoirs du symbolique et de l’imaginaire. Vouloir, avec assez de force, ouvre des perspectives insoupçonnables.
Le regard porté sur soi et sur l’autre me paraît déterminant : « Si je crois en toi, je te permets de croire en toi » ! Nous pouvons être porteur d’espoir, prendre le risque de trouver une étincelle d’espoir et croire au développement de l’autre. « Un plus petit signe suffit à transformer un vilain petit canard en cygne » !
L’essentiel de nos comportements n’est-il pas suscité par nos représentations ?
L’ennemi de la « vérité » n’est-il pas la conviction, le jugement définitivement porté ? Ce qui éloigne, ce qui oppose, c’est l’ignorance. Quand nous ignorons, nous construisons des représentations arbitraires que nous tenons pour des vérités.» (réf.bas de page).

« Mon postulat est qu’il existe un potentiel de croissance en tout homme.
Pour établir un parallèle avec l’exemple de la recherche médicale sur la régénération nerveuse, depuis quelques années, plusieurs modèles expérimentaux ont montré que les nerfs périphériques peuvent très bien repousser quand ils sont sectionnés !
Il existe donc dans le système nerveux un « potentiel de régénération ». En neuroplasticité (terme qui désigne, dans le domaine neurologique, les facultés de réorganisation que l’on a mis en évidence dans le système nerveux) les recherches actuelles révèlent que le cerveau s’adapte de lui-même. En effet le cerveau humain a la capacité de s’adapter aux nouvelles situations, de faire repousser ses cellules en cas de lésion, de suppléer la défaillance de certaines de ses fonctions
Winnicott écrit ceci: « Dans les cas graves, tout ce qui est réel, important, original et créatif est caché et ne donne nul signe de vie ».
Il dit aussi: « La pulsion créatrice est présente en chacun d’entre nous ».
Reste donc à saisir le comportement « éloquent », « parlant » de ceux qui ne savent pas parler nous dit aussi F. Dolto. » (réf.bas de page).

La psychologie positive :

La psychologie positive invite à réfléchir sur le fait que nous avons plus de pouvoir sur notre vie que nous le pensons. Son objectif est d’aider à la transformation des problèmes en source de créativité et de santé. Les récentes découvertes de la psycho-neuro-immunologie ont clairement démontré le bénéfice des émotions positives pour la santé. De même une attitude optimiste face à la vie est le médicament le plus puissant et le moins coûteux que l’être humain ait jamais eu à sa disposition. Réfléchissons au concept de la joie.
La joie n’est pas seulement le retournement de l’angoisse, elle est une expérience que l’on pourrait assimiler à un « rapt » psychique. L’amour et la joie sont des ravisseurs. L’Occident a toujours plutôt volontiers tourné la conscience du côté du désespoir. Elle est une expérience transcendantale qui déborde de toute part la conscience. La capacité de transcendance de la joie (ni religieuse, ni même extatique) est ce point de rencontre vertigineux en nous-mêmes avec « l’autre ». Eprouver de la joie c’est être dans un pur présent. « Il ne faut différer aucune joie », pouvait-on lire sur un des rouleaux de la bibliothèque d’Herculanum épargnés par la lave. Pour approfondir cette question, un lien avec le concept de résilience me paraît utile ici.
En physique, la résilience est l’aptitude d’un corps à résister aux pressions et reprendre sa structure initiale. Pour Cyrulnik, il s’agit donc de la capacité à vivre, à réussir et à se développer en dépit de l’adversité. La résilience repose aussi sur les réseaux d’entraide. Les enfants peuvent devenir résilients si le milieu dans lequel ils évoluent, leur offre un univers structuré de significations. Celui-ci leur permet de faire confiance dans l’avenir. Le sujet peut alors, habité par des images positives, devenir un sujet identifiable, capable de réalisation des ressources qui lui sont propres : le résilient. On peut lutter contre un certain déterminisme, tels sont les propos de Boris Cyrulnik. On peut se soigner, décider de changer, travailler à s’apprendre par la parole, l’interaction, une personne ressource appelée « tuteur », un thérapeute…Si la parole rend malade, on peut guérir par la parole. On n’est pas maître de son passé mais on peut être maître de ce qu’on pourra en faire !

Jacques Michelet, « Handicap mental et Technique du Psychodrame », p.30-31, éditions L’Harmattan, Paris, 2008.
Ibidem, p.14-15.

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Le Burn-Out

BURN-OUT OU EPUISEMENT PROFESSIONNEL : Voir également textes sur nouvelle loi « risques psychosociaux » et test du burn-out (dans « tableaux textes »)
Ce terme est repris en 1974 par le psychanalyste Herbert J. Freudenberger dans ses études des manifestations d’usure professionnelle.

« En tant que psychanalyste et praticien, je me suis rendu compte que les gens sont parfois victimes d’incendie, tout comme les immeubles. Sous la tension produite par la vie dans notre monde complexe leurs ressources internes en viennent à se consumer comme sous l’action des flammes, ne laissant qu’un vide immense à l’intérieur, même si l’enveloppe externe semble plus ou moins intacte » [1]

Le syndrome d’épuisement professionnel vise principalement les personnes dont l’activité professionnelle implique un engagement relationnel important comme les travailleurs sociaux, les professions médicales, les enseignants, voire les artistes – qu’on oublie trop souvent.

Il s’agit d’une expression (qui nous vient du domaine aérospatial et qui signifie « le moteur est brûlé ») qui indique un état d’épuisement, à la fois physique et mental, lié à un stress professionnel intense. Celui-ci ne constitue pas un phénomène nouveau, mais les données épidémiologiques reflètent son importance et conduisent de plus en plus d’entreprises à en prendre conscience. Traduit en japonais par « kaoshi » (mort par la fatigue au travail).

To burn-out signifie se consumer de l’intérieur. Au départ il y avait une flamme, des braises ! Continuer la lecture de « Le Burn-Out »

LA GESTION DES RESSOURCES HUMAINES, UN CAPITAL :

LA GESTION DES RESSOURCES HUMAINES, UN CAPITAL :
LE FACTEUR HUMAIN

La première ressource c’est l’homme. « La différence entre un jardin et un désert, ce n’est pas l’eau c’est l’homme » (proverbe arabe). Ce qui est en crise c’est la relation humaine => d’où l’importance de penser à ce qui est en train de se faire. L’homme est troublé, non par les événements eux-mêmes mais par la perception qu’il en a, a écrit Epictète. La relation à l’autre ne va pas de soi. Elle est complexe. La complexité selon – Edgar Morin correspond au travail du vannier. Elle n’est pas une difficulté. Elle n’est pas une simplicité. Celle-ci est une mutilation de la complexité. La complexité c’est quand on ne voit plus le début, ni la fin. Les conflits relationnels en sont le symptôme premier. Ils permettent une réflexion sur l’éthique de la relation sur le fonctionnement psychique de la relation. Cela semble relever du subjectif vu par un cartésien mais la subjectivité est une donnée objective. Le facteur humain représente une plus value symbolique et non pas matérielle qui peut devenir à son tour matérielle.

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Travailler n’est pas seulement un moyen de gagner sa vie. C’est aussi un facteur de socialisation. A travers un métier :

– on maîtrise un savoir,

– on se voit doté d’un statut social,

– on noue des relations,

– on devient, membre d’un groupe, d’une communauté

Un poste ou une fonction n’apporte pas seulement une rémunération matérielle mais aussi une « rémunération affective », sociale et intellectuelle, c.-à-d. des satisfactions (ou des insatisfactions) autres : un poste peut être enrichissant, ou à pouvoir, ou à responsabilité (c’est moi qui..), bien considéré etc.…

Le métier représente plus qu’une simple source de revenus. Il sert partiellement ou totalement à satisfaire, à détourner, à socialiser ou à ennoblir les besoins pulsionnels qui sont en action dans les couches les plus profondes de la vie pulsionnelle.

Ce n’est pas uniquement une ressource au service de l’entreprise !

Il y a un sens à donner au travail mais aussi à sa vie car « je joue ma vie dans le travail ». Il faut donc prendre en considération de nouvelles exigences comme les facteurs de stress, la charge psychosociale, l’organisation travail. Le succès d’une entreprise réside donc dans la mise en œuvre de sa stratégie qui, in fine, repose sur le facteur humain. Trop souvent, les entreprises ont développé le « hardware » au détriment du « software ». Traditionnellement, le managment s’est surtout préoccupé de la partie « hard ». On le sait, 80 % des investissements en conseils portent sur la stratégie, l’organisation et les systèmes négligeant le « soft », c’est-à-dire l’adaptation des ressources humaines qui ne retient que faiblement l’attention du managment.

Pour ne pas conclure et inviter à la réflexion voici quelques chiffres parlant qui en disent long sur la nécessaire gestion des ressources humaines :

En général, on attribue aux facteurs humains entre 60 et 90 % des accidents ?

75 % des accidents du travail et 80 % des conflits interpersonnels en entreprise surviennent dans les 2 dernières heures de travail. Le mardi et le jeudi sont les 2 journées les plus productives en entreprise. Lundi et jeudi constituent des jours de relance. Le mercredi est une journée moyenne. 70 % des personnes peuvent être efficaces lors d’une intervention si elles sont formées régulièrement !

Les accidents domestiques ont lieu le plus souvent entre 13h et 20 heures et de minuit à 5 heures du matin. Les comportements sont à l’origine des accidents. Les accidents domestiques sont plus nombreux que les accidents de travail et de la route. Enfants = principales victimes.

Les statistiques du suicide sont très parlantes: les chiffres du suicide sont plus élevés que les accidents de voiture :

* 1ère cause de décès chez jeunes entre 25-35 ans
* 2ème cause de décès chez jeunes entre 15-25 ans –

La dépression (d’où absentéisme, alcoolisme…) constitue la première cause du suicide. La dépression fait elle-même le lit du cancer !

Conclusion partielle de ce texte :

A l’école on apprend aux enfants à faire des gâteaux au chocolat par exemple, mais personne ne leur apprend à améliorer leurs relations avec les autres !

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VIVRE LE MOMENT PRESENT

« Puis il y a le toujours-présent du réel. C’est l’éternité selon Parménide ou Héraclite, et la seule qui puisse les réconcilier. Le passé ? Il n’est pas, puisqu’il n’est plus. L’avenir ? Il n’est pas, puisqu’il n’est pas encore. Il n’y a donc que le présent, qui ne cesse de changer, certes, mais aussi de continuer : le présent reste présent (puisqu’il n’y a rien d’autre) et c’est par quoi il est éternel. C’est ce qu’on peut appeler le perpétuel aujourd’hui du devenir. Ce n’est pas un laps de temps, qui aurait une durée déterminée (essayer un peu de mesurer le présent !). C’est le temps même, en tant qu’il dure, comme tel indivisible (essayer un peu de diviser le présent !). Ce n’est pas un temps parmi d’autres ; c’est le seul temps de l’être, le seul temps de la nature, comme tel toujours actuel et neuf : il est le lieu permanent de l’impermanence. Essayer un peu de supprimer le présent ! Essayer de l’arrêter !
Essayer de le quitter ! Il faudrait cesser d’être, et c’est par quoi toute vie est éternelle. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, mais encore moins dans un fleuve passé ou futur. Être, c’est être maintenant. C’est ce que Christian Bobin appelle joliment « le huitième jour de la semaine » » (1).

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Dans son livre « La vitesse de libération », Paul Virilio nous dit ceci : « La vitesse tue la couleur : le gyroscope quand il tourne vite fait du gris », écrivait Paul Morand en 1937, en pleine période de congés payés…(2) et plus loin dans ce même livre Paul Virilio cite ceci : « Pour Einstein, le présent c’est déjà « le centre du temps », le passé du BIG BANG originaire n’est pas, ne peut être scientifiquement ce centre ancien. Le centre véritable est toujours nouveau, le centre est perpétuel ou plus exactement encore, le « présent » est un ETERNEL PRESENT(3) .La méditation en pleine conscience permet de répondre de manière créative à l’instant présent, libérant des automatismes réactifs qui enclenchenet le cycle de la rumination.
« Le mode « faire » permet essentiellement d’atteindre un but qu’on s’est fixé à l’avance en focalisant l’attention sur l’écart entre l’endroit où nous pensons être et l’endroit où nous voudrions être. Le mode « être », par contraste, ne s’intéresse pas à l’écart entre ce que sont les choses et ce que nous voulons qu’elles soient. En principe au moins, il ne s’attache pas à la réalisation d’un objectif, quel qu’il soit. En cela, il aide à se défaire de l’habitude caractéristique du mode « faire » qui consiste à se fixer des buts. « La paix ne peut exister que dans l’instant présent. Il est ridicule de se dire : « j’attends d’avoir fini ça pour être libre de vivre en paix. « Qu’est-ce que « ça » ? Un diplôme, un boulot, une maison, le remboursement d’un prêt ? Si vous pensez ainsi, vous ne connaitrez jamais la paix. Il y aura toujours un autre « ça » qui remplacera le précédent. Si vous ne vivez pas en paix à cet instant précis, vous n’y vivrez jamais. Si vous voulez réellement être en paix, vous devez l’être maintenant. Autrement, vous n’aurez que « l’espoir d’être un jour en paix » Thich Nhat Hanh (4).
« C’est encore au présent que vous êtes le plus heureux. C’est au présent que vous êtes vivant, c’est encore au présent que vous avez cette chance considérable de pouvoir choisir d’être heureux ou de laisser se dilapider votre bonheur et votre énergie dans l’angoisse. L’angoisse du futur de même que l’amertume d’hier n’ont plus de fondement. C’est en ce moment même, dans l’angoisse ou la sérénité que se joue précisément votre lendemain. C’est en ce moment même que vous projetez vos états d’âme dans votre futur. C’est pourquoi il me semblait indispensable de vous encourager à réfléchir sur cette question et surtout à vous entraîner à vivre le présent comme un instant précieux au cours duquel vous pouvez goûter le miel de la vie, développer davantage d’enthousiasme quant à l’avenir, réaliser efficacement et avec passion ce que vous désirez faire » (5). « Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain. Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie. »(6)
Dans son livre « Le défi positif », Thierry Janssens, à propos du dépassement de soi et du projet de vie, en reprenant l’exemple d’une ouvrière dans l’industrie ouvrière, cite cette phrase merveilleuse : « je ne fais pas ce je veux mais je veux ce que je fais » ! (7)
Plus loin encore dans ce même livre je cite : « Un bon moyen de savourer notre plaisir est de nous concentrer sur notre action.(8) « Arrêtez de faire plusieurs choses en même temps ! », « Concentrez-vous sur une seule activité à la fois » peut-on lire dans les self-help books consacrés au bonheur. Ces recommandations sont judicieuses. Cependant, on peut regretter qu’elles soient énoncées sur un ton aussi impératif. En effet, il suffit d’en faire l’expérience pour en être convaincu : mener plusieurs activités de front empêche de goûter pleinement le plaisir qu’elles peuvent nous procurer. Pis, cela nous plonge dans un stress qui masque les effets potentiellement agréables de chacune de ces occupations. Du coup, nous les vivons comme des obligations, nous éprouvons de la frustration, nous cherchons à combler notre insatisfaction par davantage de stimulations, nous sommes entraîné dans la spirale infernale de la multiplication des actions. » Voici une analogie visuelle : « Vous marchez le long d’un sentier la nuit, entouré d’un épais brouillard. Toutefois, vous disposez d’une puissante torche électrique qui fend ce brouillard et trace devant vous un passage étroit mais dégagé. Disons que ce brouillard représente vos conditions de vie du passé et de l’avenir et que la torche électrique symbolise la présence consciente, le passage dégagé, le présent. » Et « si votre situation globale est insatisfaisante ou déplaisante, reconnaissez d’abord l’instant présent et lâchez prise à ce qui est. C’est la torche électrique qui fend le brouillard. Votre état de conscience cesse alors d’être contrôlé par les circonstances extérieures. Vous n’êtes plus mû par la réaction et la résistance. » (9)
En guise de conclusion partielle je citerais ici Winnicott :
“After being – doing and being done to. But first, being !” (10).

Références:

(1) Le goût de vivre, André Comte-Sponville,Editions Albin Michel,2010, p.394.
(2) La vitesse de libération,Paul VirilioEditions Galilée, 1995,75005 Paris, p.76.
(3) Ibid.,p.166.
(4) Méditer pour ne plus déprimer,la pleine conscience, une méthode pour mieux vivre,Mark Williams,John Teasdale,Zindel Segal,Jon Kabat-Zinn,Editions Odile Jacob,2009, 75005 Paris,p.92.
(5) Relaxation sophrologique,Jean-Pierre Blanchet,Chronique Sociale,Lyon 1998,p.117.
(6) Pierre de Ronsard, sonnets à Hélèn.e

(7)Le défi positif, Thierry Jansens, Les liens qui libèrent, 2011, p.254.
(8) Ibid., p.268.

(9) Le pouvoir du moment présent,Eckhart Tolle, Ariane Editions,2000,p.223.
Ibid.p.255.
(10) « Après « être » – faire et accepter qu’on agisse sur vous. Mais d’abord « être » ! D. W. Winnicott, « Jeu et réalité », p. 118.

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HYPNOSE ERICKSONIENNE

PRATIQUE DE LA NOUVELLE HYPNOSE :

L’hypnothérapie est l’application de l’hypnose à un vaste éventail de troubles médicaux et psychologiques. Avant de pratiquer l’hypnose, il faut avoir reçu une bonne formation en psychothérapie, que l’on soit psychologue, médecin, travailleur social ou dentiste. En fait, la formation en psychothérapie et en hypnothérapie est un processus sans fin.

La nouvelle hypnose, cette hypnothérapie intégrative, est une orientation éclectique et multidimensionnelle qui cherche à être complète et incorpore des méthodes issues de beaucoup d’approches de l’hypnose. L’hypnose est utilisée pour explorer des fonctions préconscientes et inconscientes, résoudre des problèmes du passé, et utiliser les ressources inconscientes. Elle est souvent encore plus efficace quand on la combine à d’autres interventions (non hypnotiques). L’hypnose est un don de la nature, comme le dessin ou la musique, résume Marie-Elisabeth Faymonville (Anesthésiste au Centre de la douleur du CHU de Liège qui utilise l’hypnose). L’état diissociatif favorisé par l’hypnose va permettre une mobilisation rapide des mécanismes réparateurs et d’entrer en contact avec son potentiel d’autoguérison. Respectueuse de chaque individu, l’hypnose Ericksonienne constitue un moyen de solliciter la créativité thérapeutique des patients.L’hypnose permet une manière d’être différent, une autre façon d’être soi-même. Elle est un mode de relation à soi différent de celui qui est habituel. Elle permet de prendre soin de soi, d’être plus proche de soi, de prendre le temps d’apprécier une autre façon d’être soi dans une relation plus douce à soi-même, de respecter son rythme et ses besoins.

L’hypnose n’est pas un sérum de vérité, encore moins du spectacle qui utilise une certaine forme d’autorité aveugle. Elle ne marche qu’avec des personnes qui veulent y entrer.En dehors de toute suggestion, la pratique de la Nouvelle Hypnose permet d’obtenir un mode de fonctionnement psychique particulier caractérisé par le lâcher-prise (la transe hypnotique). L’état de bien être est un état hypnotique. Parler ne suffit pas. L’inconscient va être utilisé pour donner de l’inspiration à sa créativité et à ses prises de décision. En hypnose ericksonienne, contrairement à l’hypnose traditionnelle, le suggestion n’est pas un ordre mais plutôt « une possibilité de faire une expérience nouvelle dans une attitude de disponibilité (Godin).Une suggestion n’est qu’une suggestion et l’inconscient du sujet est libre de la refuser ou de l’accepter en partie ou totalement.
L’hypnose permet d’effectuer un travail de réaménagement psychique, l’utilisation de nos ressources. La transe hypnotique a par elle-même un effet thérapeutique. L’utilisation de nos ressources et de nos apprentissages fournissent le matériel nécessaire à ce travail. Pendant ces quelques instants, les limitations acquises au cours de notre vie sont mises de côté.L’hypnose mobilise les ressources d’auto-guérison, de changement et rend le patient plus actif dans sa prise en charge de soi (être plus acteur dans le soin, dans la guérison. L’état d’hypnose est un état de bien être. C’est notre guérisseur intérieur, une réserve de ressources, la voie royale vers notre puissance (la puissance apprise est différente de l’impuissance acquise !).

Milton H. Erickson affirme que la transe hypnotique a par elle-même un effet thérapeutique. L’apparition de phénomènes particuliers au cours de l’hypnose serait en partie liée à la spécialisation des hémisphères cérébraux.
Lors de la transe hypnotique le fonctionnement du côté droit du cerveau est privilégié par rapport au gauche. Le sujet reçoit différemment les informations ; ceci augmente sa disponibilité psychique et permet un travail au niveau inconscient. Voici un rappel du fonctionnement des 2 hémisphères cérébraux :
Fonctionnement particulier du cerveau gauche (éveil), conscient prédominant :
– verbal
– logico-grammatical
– rationnel
– concret analytique
– dirigé
– focalisé
– tension
Fonctionnement particulier du cerveau droit (transe hypnotique), inconscient prédominant :
– non verbal
– visuo-spatial
– intuitif
– abstrait
– synthétiques
– spontané
– diffus
– confort

Lors de cette rencontre particulière, patient-thérapeute, l’attente, fonction de l’Histoire des uns et des autres, se manifeste à deux niveaux:
– chez le patient, elle permet de solliciter ses ressources et de les rendre disponibles. – chez le thérapeute elle permet de mettre en pratique ses acquisitions et ses ressources.
L’espérance d’un changement participe aussi de la mobilisation des acteurs. Chez le patient comme chez le thérapeute c’est une nécessité agissante.

L’hypnose, enfin, est un phénomène naturel. Le lâcher-prise est un phénomène banal que nous rencontrons quotidiennement. Au cours de la journée, nous connaissons des moments de rêverie, de distraction, d’absence, qui traduisent un relâchement de notre attention. Certaines situations favorisent ce phénomène (spectacle, voyage, conduite automobile, salle d’attente, lecture).
Ce phénomène naturel a des particularités :
– Ernest Rossi a démontré, en s’appuyant sur des études neurophysiologiques, que toutes les quatre-vingt-dix minutes nous lâchons prise quelques instants ;
– lors de la transe hypnotique la prédominance du cerveau droit diminue la réflexion habituelle qui accompagne tout comportement volontaire ;
– ce mode de fonctionnement psychique nécessite l’acceptation du patient. En effet, même lors d’une transe profonde, il n’est pas possible de demander n’importe quoi à quelqu un ;
– comme l’a montré Milton H. Erickson il diffère des états d’hypersuggestibilité que les hypnothérapeutes traditionalistes reliaient systématiquement à l’hypnose. La suggestibilité peut augmenter au cours de la transe hypnotique mais elle ne constitue pas un élément spécifique et constant de ce phénomène.

INDICATIONS ET UTILISATION DE L’HYPNOSE:

L’hypnose, cette méthode reconnue par le monde médical, permet de se débarrasser d’une dépendance ou de surmonter un traumatisme. Elle n’est pas seulement utile pour arrêter de fumer par exemple. Elle a également fait ses preuves dans la lutte contre les troubles du sommeil ou de troubles alimentaires, l’anxiété, la dépression, les phobies, les tocs, etc. Dans le cas d’un traumatisme, elle aide à réduire petit à petit l’impact émotionnel. Le traumatisme peut être vu, alors, sous forme d’une métaphore, mais aussi de plus en plus loin ou au ralenti, comme spectateur et plus comme victime…. jusqu’à, pourquoi pas, y apporter une conclusion plus heureuse. L’hypnose s’accompagnant communément d’une grande relaxation et d’une détente morale, permet de réduire l’anxiété, la nervosité, les tensions ainsi que la détresse morale et la dépression. En réduisant le stress l’hypnose vient généralement à bout des difféents troubles du sommeil. Elle aide un grand nombre de personnes à retrouver une meilleure qualité de vie.

TEXTE SUR LA DOULEUR CHRONIQUE: Le Soir du 12-13/8/2012

Sur la première RTB-forum du midi: audio

Le Forum de Midi 8/5/2012-Hypnose: faut-il juste y croire pour que ça marche? Audio uniquement -pas de vidéo ici. Cliquer sur le lien ou copier coller cette adresse sur votre explorateur si pas de lien direct::http://www.rtbf.be/radio/player/lapremiere?id=1727147&e=

JEUX DE ROLES

Les jeux de rôles : apprendre en jouant, en vivant…
Chargé de sensibiliser un groupe de bénévoles qui accompagneront des aveugles en vacances, plusieurs méthodes s’offrent à moi. Je puis leur faire un exposé sur l’œil et ses maladies, les causes de la cécité, les difficultés rencontrées par les aveugles et les attentions particulières qu’ils nécessitent. Une deuxième manière de procéder serait de nouer un bandeau sur les yeux de la moitié des moniteurs et de demander aux autres de les guider. Après un certain temps on intervertit les rôles ; suite à quoi, chacun peut exprimer ce qu’il a vécu et poser les éventuelles questions auxquelles participants et animateur répondrions.
Tel est le jeu de rôle : in-corporer une problématique, la comprendre non pas uniquement avec son cerveau mais avec ses fibres, la faire sienne et, de là, se mettre en mouvement.

Différents types de jeu de rôle

Les jeux de rôle sont utilisés dans de nombreuses situations. Ils permettent notamment de faciliter le démarrage du travail, d’apprendre de manière active, d’acquérir des connaissances techniques ou des compétences relationnelles ou encore de favoriser le développement personnel.
Le jeu de rôle permet d’explorer les rôles de parent, professionnel… tandis que le psychodrame – bien que reposant en partie sur des bases similaires – vise plutôt l’exploration de l’univers intrapsychique des participants. La frontière est parfois difficile à cerner, nous y reviendrons.

Les jeux de rôles concernent généralement:
o des situations présentes et réelles auxquelles on désire réfléchir et que l’on souhaite améliorer : notre manière d’être avec un client, dans une réunion, face à son employeur, à son conjoint.
o des situations nouvelles auxquelles on va être confronté : passer un examen, vivre dans un autre pays, se présenter à un entretien d’embauche, avoir des enfants, sortir de l’hôpital.
o des situations auxquelles les personnes que l’on côtoie sont confrontées : être analphabète, aveugle, sourd, malade, mourant…
o des situations passées sources de souffrance : une dispute familiale, le décès de quelqu’un, un divorce…
o des situations imaginaires, afin de développer la créativité : un conte de fée, une autre époque, des personnages caricaturaux…

En fonction de leurs objectifs, de nombreux jeux de rôles existent ou peuvent être construits :

Les jeux d’animation

Nous nous sommes tous ennuyés lors d’un début de séminaire où chacun se présente et exprime ses attentes. Un jeu d’animation permet de mettre rapidement les participants en train d’une manière dynamique et de leur ouvrir des portes vers plus de spontanéité et de créativité. Les membres du groupe font connaissance d’une manière ludique, ont leur intérêt éveillé, sont motivés pour le suite du travail. En choisissant un jeu, l’animateur signale d’emblée, de façon non verbale : « notre travail est en mouvement ».
Bien entendu – et c’est le cas pour tous les jeux – le choix du jeu d’animation est fonction du type de public et du niveau d’introspection nécessaire au séminaire. L’animateur veille à ne pas mettre ses participants dans une situation vécue comme puérile ou, à l’inverse, comme trop impliquante. Il va de soi que les jeux d’échauffement seront différents pour un groupe de chefs scouts, de guichetiers ou d’infirmières d’un service d’oncologie.

Les jeux pédagogiques

Ces jeux visent un apprentissage, par exemple dans le cadre d’un programme scolaire ou de formation continue. À l’école primaire, nous préférions jouer magasin plutôt que d’aller faire des additions au tableau. De même, les professeurs de langues rencontrent souvent l’inhibition quand quelqu’un doit « se lancer » dans une langue étrangère. Il pourrait inviter chacun à endosser un rôle imaginaire : entrer dans un hôtel de Barcelone, participer à un cocktail à Édimbourg ou, si le groupe s’y prête, transporter les participants à la fête du Grand Meaulne. Charge aux invités ensuite de faire connaissance et de se rencontrer en anglais ou en espagnol… Il en résulte un fameux brouhaha dans lequel chacun aura pu se risquer. Au cours du jeu ou après, l’enseignant reprendra l’un ou l’autre mot et indiquera une formulation ou une expression. Et, si nécessaire, de séance en séance, une histoire peut se construire, l’imagination est en route, une intrigue se tisse et les participants se retrouvent partie prenante d’une lutte interstellaire, d’un roman d’Agatha Christie ou de Stephen King…

Les jeux pédagogiques peuvent utiliser des techniques complémentaires : théâtrale, d’impro-mimes, de drama ainsi que des techniques scripturales, musicales ou corporelles. Il s’agit de simulation de situations imaginaires, réelles ou symboliques, de personnage ou de groupements qui peuvent être mise en scène dans de nombreux cours Ainsi, par exemple, l’élève aura joué le traité de Yalta en comprendra sans doute mieux les enjeux, il en irait de même pour la classe qui, pendant un trimestre, tenterait de mettre en scène les mécanismes économiques de la seconde moitié du XX° siècle.

Les jeux d’apprentissage professionnel

Des compétences professionnelles peuvent être acquises par jeu de rôle. Il peut s’agir de compétences techniques précises ou de compétences d’ordre relationnelles en terme individuel (une infirmière avec un patient) ou de groupe (un responsable avec son équipe).

o Souvent, les jeux de rôles visant un apprentissage technique sont complétés par un travail relationnel. En effet, dans un service après vente, ou dans un service d’aide par téléphone, il faut savoir donner une information précise (apprentissage technique) sur un ton adéquat (apprentissage relationnel). Ces jeux visent par exemple à la formation des vendeurs, guichetiers, téléphonistes, réceptionnistes, délégués médicaux…

o Les jeux d’apprentissage en relations humaines d’ordre individuel, il s’agit de sensibiliser les participants aux facteurs humains qui entrent en ligne de compte dans leur profession tels l’écoute. ou l’empathie. Ces jeux cherchent à aider le participant à être plus adéquat notamment en le rendant mieux capable de s’identifier à son public tout en gardant sa place, son rôle. Les écoutants d’un centre de prévention du suicide, des infirmières confrontées à des patients en stade terminal, des animateurs chargés d’adolescents, des médecins,… mais également des juges de la jeunesse ou gendarmes, peuvent être formés par des mises en scènes qui reprennent des situations professionnelles.

o Si ces jeux de rôles peuvent prendre place dans une formation, ils peuvent également être utilisé dans le cadre de supervision d’équipe ou d’intervision de personnes exerçant une même profession. Afin que les participants puissent se sentir libres et mettre en œuvre leur spontanéité, il est important que l’animateur ne soit pas dans une position d’évaluateur ni de supérieur hiérarchique (un directeur avec son équipe, un médecin avec les infirmières de son service, un professeur avec des stagiaires qu’il doit coter…). Dans pareils séminaires, les participants apportent des cas réels qu’ils ont rencontrés et qui leur posent problème. Ces situations sont jouées, l’animateur insistant sur le fait qu’il s’agit d’un laboratoire dans lequel les participants peuvent tenter différentes stratégies – même les plus absurdes – et que cela permet au groupe d’en évaluer les effets ou d’avoir d’autres idées ; de même, les tentatives des uns et des autres sont des brouillons qui permettent de dessiner peu à peu une esquisse qui prend sens. Dans les séminaires de supervision, l’animateur évite de mettre le participant dans son propre rôle où il risque de reproduire de manière stérile la difficulté qu’il vient d’évoquer. Par contre en le mettant à la place de son client, patient, il peut découvrir et ressentir l’effet des différentes interventions qui seront jouées par les autres participants.

o Les jeux d’apprentissage en relations humaines d’ordre groupal sont essentiellement utilisés dans des formations de conduite de réunion, prise de décision, négociation, délégation de pouvoir… Souvent ces jeux sont construit sur base de scénario relativement complexe reproduisant des situations similaires auxquelles sont confrontées chefs d’équipe, délégués syndicaux, médiateurs…

o D’autres jeux ont pour but un apprentissage d’ordre social, il s’agit notamment de sensibiliser aux différences culturelles ceux qui accueillent des réfugiés ou encore les coopérants, les casques bleus…

Les jeux de développement personnel

o Les jeux de formation et développement personnel visent à aider les participants à tester et acquérir des modes de fonctionnement qui peuvent les aider dans un cadre professionnel, social et personnel. Ainsi, par exemple apprendre à être tolérant, assertif… a autant d’utilité dans un groupe de travail, au restaurant ou dans sa famille. Ces types de jeux, proches du psychodrame s’en dégagent cependant parce qu’ils visent moins une introspection qu’un apprentissage (même si cet apprentissage peut par ailleurs renvoyer le participant à une réflexion sur lui même). Les jeux d’assertivité visent par exemple à acquérir une meilleure connaissance de soi-même, une attitude plus adéquate, une plus grande confiance en soi,…

o La technique du théatre forum qui utilise partiellement le jeu de rôle mérite d’être brièvement abordée ici dans la mesure où elle permet de travailler de manière très active avec un grand groupe. Le principe en est simple, quelques acteurs jouent caricaturalement une courte pièce : un ouvrier agricole demande une augmentation, une jeune fille propose un préservatif, un voleur est jugé… L’issue de cette première représentation n’est pas heureuse : l’augmentation est refusée, le petit ami claque la porte, le délinquant est lourdement condamné… Les spectateurs se disent « Il s’y est mal pris ; moi, je ferais comme ceci ou comme cela » L’animateur propose alors qu’ils modifient le cours de l’histoire en prenant la place de l’un ou l’autre acteur et en essayant de nouvelles interventions. Celui qui entre en scène est porté par les autres spectateurs ou une partie d’entre eux qui vivent la scène par identification. Afin de tester différentes stratégies, on rejouera l’ensemble de la pièce ou seulement une scène ou encore l’une ou l’autre variantes.

o Les jeux psychothérapeutiques visent à explorer les difficultés des participants, leur vie intrapsychique, essentiellement via le psychodrame ou l’inconscient collectif, la culture, la religion (bibliodrame)… et son influence sur le vécu du participant. En psychodrame, le participant joue des scènes de sa vie présente ou passée, un rêve ou un fantasme…

Jeu de rôle et psychodrame : prudence aux frontières

La structuration d’un jeu de rôle permet de baliser l’apprentissage et de protéger le participant. Dans un jeu de rôle où le participant est un demandeur d’emploi qui se présente auprès d’un futur employeur, l’animateur veille à ce que le cadre (se présenter à une secrétaire, frapper à la porte, attendre d’être invité à s’asseoir…) centre le participant sur son apprentissage. Il n’est pas question de mettre en place un patron qui inviterait le demandeur d’emploi à exprimer ses difficultés quotidiennes ainsi que les sentiments de découragement qui l’assaillent parfois.
Cependant dans certains cas, il n’est pas possible ni souhaitable de structurer le jeu de manière trop précise. Dans une supervision d’intervenant sociaux par exemple, il peut arriver qu’au détour d’un cas présenté (inceste, violence familiale, décès…) un participant soit pris d’une émotion relative à sa vie personnelle. Généralement dans les groupes de professionnels psychosociaux le niveau de tolérance des participants fait en sorte que cette émotion puisse avoir une place. Néanmoins, le rôle de l’animateur est de veiller à ce qu’une session centrée sur le travail ne dérive pas en pseudothérapie à la fois parce que tel n’est pas le contrat mais aussi parce que les condition d’un travail thérapeutique ne sont pas remplies. C’est pourquoi nous pensons nécessaire que les animateurs dont les jeux de rôle peuvent toucher à des situations personnelles aient eux-mêmes non seulement effectué un travail thérapeutique personnel mais également suivi une formation de psychodramatiste. Ceci est important non pas pour aller vers l’intervention thérapeutique mais au contraire pour faire face à l’émotion dans le groupe, l’accepter et la reconnaître et revenir ensuite à la situation professionnelle qui fait l’objet du travail. Les techniques de cooling off aident notamment l’animateur à permettre au participant de se recentrer sur le travail de groupe sans que son émotion n’ai été ni déniée, ni explorée.

PSYCHODRAME ANALYTIQUE ET MORENIEN

Qu’est-ce que le psychodrame ?:
Dans le discours des médias, le terme psychodrame est investit d’un contenu émotionnel. L’écart entre ce qu’il désigne précisément comme travail thérapeutique personnel en groupe et l’usage qui en est fait dans le langage courant est considérable.

le psychodrame est une démarche en lien avec l’évolution de la psychanalyse tout en restant originale. Inventé et codifié par Moreno, il a été ensuite utilisé et interprété par certains psychanalystes en fonction de leurs hypothèses de base propres (inconscient transfert, association libre).

Le jeu psychodramatique constitue un mode de représentation dans une action parlée, en présence d’un groupe et dans une recherche de vérité.

La thérapie psychodramatique permet un processus de changement toujours relancé par le jeu des autres et son propre jeu. L’utilisation du psychodrame tout comme celle du jeu de rôles peut également se concevoir en tant que moyen de formation et d’intervention dans de nombreux champs (thérapeutiques, pédagogiques, de formation.)

C’est à Moreno (1892-1974) que l’on doit le terme de psychodrame et l’exploitation systématique de l’improvisation dramatique à des fins psychologiques, d’investigation, de traitement ou de formation. Moreno découvre que le jeu dramatique peut aider certains participants à prendre conscience de difficultés psychologiques personnelles et à s’en dégager. En 1925, il émigre aux Etats-Unis. Il y développera le psychodrame, montrant son utilité thérapeutique et, plus largement, son intérêt pour la résolution des conflits humains et l’amélioration des rapports sociaux.

Le psychodrame est une méthode thérapeutique qui permet, par une représentation scénique spontanée, de concrétiser les images, les phantasmes, les rêves, les souvenirs; de faire revivre les conflits interpersonnels et intrapsychiques d’un individu. Le but du psychodrame est d’inciter les personnes, désireuses d’un changement personnel profond, de manifester ce qu’elles ressentent, de s’exprimer d’une façon plus libre et plus significative qu’elles ne le font dans la vie quotidienne et ce à partir d’une mise en scène psychologique. L’objectif thérapeutique du psychodrame est le développement de notre potentiel créateur, le recouvrement de la spontanéité naturelle – qui consiste en une réponse adéquate à une nouvelle situation ou une réponse nouvelle à une situation ancienne -, ce qui permet donc d’éviter la répétition d’un processus où l’on reste bloqué dans un rôle figé et de se rapprocher de la réalité.

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Du point de vue technique, le psychodrame constitue un processus d’action et des modes d’interaction spontanées entre les membres du groupe. Le sujet est encouragé à être spontané aussi bien sur le plan du langage que sur le plan de l’action dans le respect des règles de fonctionnement du groupe pour pouvoir explorer son monde personnel.

Par la représentation scénique, l’individu arrive à une prise de conscience intellectuelle, affective voire corporelle qui montre une situation familière en soi ou un événement passé, présent ou à venir sous un autre jour et l’incite à une nouvelle attitude.

L’attention des thérapeutes ne se limite pas au seul récit des expériences personnelles et à leur analyse.

Elle met l’accent sur le langage du corps, le langage non-verbal ; elle porte sur ce que le corps exprime au-delà des mots. Il arrive que l’un des protagonistes vive un problème avec une telle intensité que les mots ne suffisent plus. Au cours d’une séance de psychodrame, le jeu naît au départ d’un participant et d’un problème vécu qu’il voudrait explorer. L’animateur utilise un certain nombre de techniques pour la mise en scène de ce problème vécu. Au lieu de seulement parler, on agit et on parle. Après le jeu, les animateurs, en relation avec le groupe et sa dynamique interprètent et commentent ce qui a été joué. Chacun peut jouer et peut participer au jeu d’un autre. En ces diverses possibilités chacun peut faire un chemin de découverte de soi. Le jeu psychodramatique s’exprime émotionnellement certes, mais cette expression est réintégrée par la verbalisation. Le jeu psychodramatique par son support à l’expression personnelle, par l’expression mimique et gestuelle des émotions, par son caractère représentatif (revivre une situation) permet une réinsertion de l’individu dans un système de communication, une meilleure structuration de la difficulté et de nouveaux points d’ancrage à la réalité. Le psychodrame peut être utilisé en groupe et en individuel selon la situation. Il peut être réalisé dans un cadre neutre où dans le cadre même où se déroule le conflit. Il est indiqué dans le traitement des névroses et psychoses, dans les problèmes de couples, familles, dans les conflits de relations interpersonnelles ainsi qu’avec des personnes handicapées mentales en institution ou en phase de réinsertion sociale. Il peut également répondre, vu sa spécificité, à toute demande de groupe et travail en équipe.

Par Jacques Michelet

Psychodrame analytique: du singulier au collectif

Bernard ROBINSON

Le Psychodrame analytique

Exposé à l’occasion d’un hommage à Patrick De Neuter (UCL), lors de son accession à l’éméritat

J’ai intitulé mon exposé :

Passage du singulier par un collectif dans le psychodrame

Introduction

1) D’abord quelques mots sur le « analytique » qui affuble ici le “ psychodrame ”. C’est une expression que j’évite d’employer. Je trouve que le psychodrame peut se soutenir de lui-même, à partir de l’invention de Jacob Lévy Moreno. La technique est simple : on joue des scènes de sa propre vie. “ Mettre sa vie en scène ” dira Greta Leutz plus tard. L’épithète “ psychanalytique ” ne viendra que bien plus tard, en France particulièrement, pour signifier une petite différence. Ajouter « psychanalytique » c’est comme si on voulait dire : “ le psychodrame n’est plus seulement, voire plus du tout morénien ”. Implicitement, ce “ psychanalytique ” définit un territoire d’identité, en négativant ce qu’il rejette. Ce serait le comble de dire cela : “ ce n’est pas du psychodrame morénien ”. Qu’est-ce qu’il y a de plus morénien que le psychodrame ? Il y a dans cette invention suffisamment de choses à exploiter, à théoriser, à enrichir, sans qu’il soit besoin de l’enrichir avec la psychanalyse. Cela doit dater de l’époque où on pensait que la psychanalyse était susceptible d’enrichir tout, par annexion.

Historiquement, je crois que le “ analytique ” a tenté de démarquer le psychodrame en France du courant humaniste et existentiel, qui avait inondé l’Europe dans les années soixante, et qui a eu tôt fait de récupérer l’œuvre de Moreno. C’était d’autant plus facile que la psychanalyse n’en voulait pas. C’était méconnaître que l’œuvre morénienne va bien au-delà de l’idéologie humaniste ; elle s’appuie aussi sur l’expérience personnelle de Moreno, son destin dira-t-on, qui débouchera sur le concept de « rencontre », inventé par Buber. Ce concept, dont Schotte a produit des développements intéressants, est remis au centre de la médiation de la personne chez Gagnepain dans sa théorie de la médiation. L’œuvre morénienne a aussi des racines du côté de la psychologie de la forme, la Gestalt, par l’intermédiaire de Kurt Lewin : cela débouchera sur le concept de « rôle », capital en psychologie sociale. Anne Ancelin-Schützemberger n’a cessé de le rappeler, avec son psychodrame triadique.

Rendons donc à César ce qui appartient à César et à Moreno ce qui lui appartient. Ceci étant dit j’ai montré que la métapsychologie freudienne était un instrument très riche pour essayer de théoriser le psychodrame et comprendre les effets qu’il est susceptible de produire. Cela ne rend pas nécessairement le psychodrame psychanalytique. Rien n’empêche d’ailleurs de chercher aussi d’autres appuis.

2) Deuxième note d’introduction, qui nous rapproche de la question du singulier et du collectif : Ferenczi serait le précurseur du psychodrame. C’est Jean-Marc Dupeu, dans son livre “ L’intérêt du psychodrame analytique ”, qui nous propose cette idée. En effet, deux extraits des Œuvres Complètes nous mettent sur cette voie.

a) premier extrait : Le rôle du « par exemple » dans l’analyse (tome II) : Ferenczi sollicite du matériel, au-delà du récit de généralités en disant : “ par exemple ?”. Il insiste pour que le patient mette en scène l’idée énoncée en l’explicitant dans un souvenir, dans un exemple, dans une situation concrète. C’est manifestement pour dépasser l’obstacle d’une résistance qu’il utilise le procédé.

b) De façon encore plus précise, dans son article « Prolongements de la’ technique active ‘ en psychanalyse », en 1920, Ferenczi décrit des techniques de mise en scène, qu’il a utilisées dans certaines cures lorsque le mouvement d’associations libres semblait s’arrêter. Cette “ activité ” de l’analyste et du patient ne fait qu’expliciter que la psychanalyse a toujours été active et qu’elle le reste sous une apparence de passivité. Ici encore il s’agit de vaincre les résistances et de pallier aux difficultés du patient de se laisser aller aux associations vraiment libres

Dans une séance Ferenczi demande à la patiente, jeune musicienne qui craint le trac, de chanter cette chanson que sa sœur tyrannique lui chantait avec force gestes expressifs et non-équivoques. Ferenczi lui demande de jouer cette scène de la sœur, avec les mêmes gestes. (Remarquons le renversement de rôle, le psychanalyste étant dans la position de spectateur, rôle dans lequel la patiente se trouvait dans la scène d’origine). En fait, il lui demande de jouer ce qu’elle a vu, en se mettant dans une position d’actrice et non plus de spectatrice. C’est exactement ce que proposera Moreno. Mais qu’a-t-elle vu qu’elle ne peut pas dire ? Pour arriver à ce matériel refoulé Ferenczi lui fait répéter plusieurs fois la même scène, jusqu’à ce que disparaissent les signes qui montrent qu’elle joue maladroitement, jusqu’à ce que la scène corresponde plus exactement à son souvenir et à ses impressions.

“ Elle parut trouver du plaisir à ces exhibitions ”, dit Ferenczi. Il pense que cette scène l’a mise en contact avec son désir refoulé de plaire. Le travail d’associations libres pouvait, après cela continuer.

Ferenczi justifie sa technique de mise en scène en montrant que jouer une scène oblige à une dépense d’énergie telle, que cela mobilise, à son insu, des contenus psychiques refoulés. Il a indiqué dans l’exemple de la jeune chanteuse, que ce n’est pas non plus sans plaisir. Si on ajoute, comme il le fait dans ce texte, le facteur “ social ” (jouer en acte plutôt qu’en paroles devant le médecin, c’est en quelque sorte impliquer quelqu’un dans la remémoration, dans la reviviscence), on a tous les ingrédients par lesquels Freud a rendu compte du travail et de l’efficacité du mot d’esprit : surmonter une résistance, faire surgir le désir inconscient, utiliser une tierce personne, trouver du plaisir,… et, bien entendu, ne pas trop savoir ce qui s’est passé.

Ces exemples de Ferenczi permettent de poser la question du sujet dans l’analyse et dans le psychodrame : en quoi le sujet, qui associe librement dans la cure, est-il différent du sujet qui joue une scène en psychodrame avec des acteurs et des thérapeutes ?

Mais, poussons plus loin la question : qui est le sujet endormi ? le sujet ivre ? le sujet hypnotisé ? le sujet en foule ? le sujet névrosé ? le sujet en crise ? le sujet en amour ? le sujet en délire ?

C’est avec le psychodramatiste Serge Gaudé que je vais aborder et problématiser cette question dans le psychodrame, même s’il faudra faire un détour par Freud et Lacan pour approcher certaines dimensions du collectif.

Dans son livre “ De la représentation – L’exemple du psychodrame ”, au début du chapitre 5 : “ Discours de séance : thème et sujet ”, Serge Gaudé tente de comprendre comment les échanges langagiers entre les participants d’un groupe de psychodrame vont s’articuler de telle sorte qu’ils traduisent le travail d’un sujet à la recherche d’un sens par la parole. Si le psychodramatiste y met du sien, cette recherche peut devenir discours, discours de séance, pour autant qu’il y ait adresse à quelqu’un et que le questionnement fasse auditoire. Dans ces aléas de discours qui peuvent mener à un jeu, insiste Gaudé, et suite aux interventions du psychodramatiste, à la cantonnade, le participant comme sujet désirant, individu concret, se trouvera provisoirement mis entre parenthèses. C’est cette mise entre parenthèses qui m’intéresse.

Ce passage du livre de Gaudé indique à quel point le psychodrame opère un passage du singulier au collectif, ou, mieux, un passage du singulier par le collectif. C’est d’autant plus intéressant comme formulation qu’il me semble que cela était, à l’origine, l’intention même de Moreno. Mais ce passage Moreno le situait dans la mise en jeu, alors que Gaudé le situe dans la préparation au jeu par le groupe et le psychodramatiste dans l’élaboration d’un thème.

Le singulier et le collectif

Examinons cette question.

Présenter les choses comme cela m’oblige à préciser, provisoirement, ces deux dimensions : singulier et collectif.

Du côté du singulier je vise cette dimension du sujet de l’inconscient telle qu’elle s’est mise en place chez Freud progressivement, et que Lacan à développée. C’est en cela que la psychanalyse, dans la cure, fonde une éthique : l’enjeu majeur de la cure c’est de devenir sujet de son désir ; cette question est particulièrement aiguë dans les névroses.

Où est le sujet de l’inconscient dans l’irrationalité des symptômes ? Qui est-il ? En quoi le sujet est-il engagé dans la répétition symptomatique dont il se dit en même temps insatisfait ? En quoi est-il engagé dans une demande de jeu en psychodrame, dans une adresse au groupe ou au psychodramatiste ? Freud nous l’a montré, il y est question du sujet archaïque, tel qu’il s’est mis en place dans l’histoire psychique, elle-même contingente des conditions sociales et familiales. Cette perspective psychanalytique fonde une psychologie clinique, qui ne s’intéresse dans la parole qu’à ce qui est singulier, unique.

Mais en même temps elle indique en quoi la question du sujet est articulée au collectif familial, au collectif culturel, au collectif social, c’est-à-dire aussi au collectif en tant qu’il est toujours déjà universel et commun aux êtres de langage que nous sommes. Au collectif en tant qu’il est le lot, le destin, de notre structure commune d’être parlant.

C’est par une lecture parallèle de deux textes fondateurs, « Totem et tabou » et le « Discours de Rome » que je compte faire apparaître ce rapport du singulier et du collectif au fondement d’une éthique psychanalytique.

Il y a des questions auxquelles nous ne pouvons échapper, les tragiques grecs nous l’avaient déjà clairement indiqué. L’époque où Freud cherche le fondement de la structure du sujet, sur lequel vient buter toute entreprise psychothérapeutique, c’est l’époque de Totem et Tabou. Lacan ne l’a pas ratée puisque c’est à partir de là qu’il va tenter de comprendre pourquoi le pacte humain semble déraper dans la psychose. Pour Freud de Totem et tabou la structure humaine dont nous héritons commence mythiquement par une sorte de collectif : c’est celui de la horde primitive, soumise au pouvoir d’Un seul, le tyran. Mais ce premier collectif mythique, dont nous ne cesserons de rêver par nostalgie pense Freud, alimenté par la solidarité et la haine, laissera bientôt la place à un autre : le collectif du pacte qui lie symboliquement les frères entre eux et au Père, désormais sacralisé.

Traduisons : nous sommes unis par le langage que nous avons en partage, qui nous permet de traverser nos différences et de nous donner quelque chose en commun ; mais le langage ne nous appartient pas, ni individuellement, ni collectivement ; c’est, par définition, le lieu de l’Autre, le lieu du symbolique commun qui nous échappe, mais où nous avons à chercher une place de sujet singulier.

LACAN reprendra à sa manière les considérations freudiennes de « Totem et tabou ». Lorsqu’il promeut l’ordre du langage ce n’est pas tant celui de la désignation du réel par l’entremise des mots, c’est celui de la signification du sujet. Dans le Discours de Rome et dans le Séminaire I, la parole est ce par quoi nous sommes parlés avant de pouvoir le savoir, et sans pouvoir le savoir. Le langage, pour lui, est un espace de production des sujets ; les sujets sont des effets de parole.

Il n’y a donc pas un commencement du langage, il y a un commencement de la structure qui est aussi le commencement de l’homme lui-même. LACAN est en continuité directe avec le texte de FREUD : le commencement de l’homme est pensable à la limite opaque du biologique et du signifiant, là où le corps sexué se met à parler. C’est la prolongation du mythe freudien de Totem et tabou. Le mot neuf que le Discours de Rome fait surgir c’est le mot Loi.

D’abord LACAN repense ce que FREUD avait noté comme le premier mouvement de la cure : la remémoration. Ici commence la réalisation de la parole pleine. Le sujet raconte l’événement. LACAN dit : il le verbalise, il le fait passer dans le verbe, « ou plus précisément dans l’épos où il rapporte à l’heure présente les origines de sa personne ».

Le drame ainsi rejoué dans le même mouvement, et l’histoire du sujet en train de se récapituler, constituent le sujet comme étant celui qui a ainsi été. « C’est l’effet d’une parole pleine de réordonner les contingences passées en leur donnant le sens des nécessités à venir, telles que les constitue le peu de liberté par où le sujet les fait présentes »

Par là le sujet effectue l’assomption de son histoire en tant qu’elle est constituée par la parole adressée à l’autre.

LACAN redéfinit ainsi l’inconscient, à partir de son analyse de la situation d’intersubjectivité de la cure :

« L’inconscient est cette partie du discours concret en tant que transindividuel qui fait défaut à la disposition du sujet pour rétablir la continuité de son discours conscient », ou encore : « L’inconscient est ce chapitre de mon histoire qui est marqué par un blanc ou occupé par un mensonge : c’est le chapitre censuré. Mais la vérité peut-être retrouvée ; le plus souvent déjà elle est écrite ailleurs »

Lacan évoque ici le corps marqué, les souvenirs d’enfance, le langage propre, le style, le caractère, les traditions et les légendes de la culture à laquelle on appartient, etc., l’histoire repensée ne prenant son sens qu’à être entendue par quelqu’un dont la subjectivité n’est pas fondamentalement différente de celle de l’analysant.

Il fait ici référence à la notion de symbolisme analytique dont FREUD nous a donné un aperçu remarquable dans ses « Leçons d’introduction de la psychanalyse » (FREUD, 1965).

J’ai remarqué que ces pages de Freud préfigurent la lecture spécifiquement lacanienne de la parole et de la symbolisation.

Voici quelques phrases de ce texte :

“ Le symbolisme constitue peut-être le chapitre le plus remarquable de la théorie des rêves, dit Freud … (Les symboles) nous permettent, dans certaines circonstances, d’interpréter un rêve sans interroger le rêveur qui d’ailleurs ne saurait rien ajouter au symbole…Le symbolisme n’est pas une caractéristique propre au rêve…Le rapport symbolique est une comparaison d’un genre tout particulier et dont les raisons nous échappent. Les objets qui trouvent dans le rêve une représentation symbolique sont peu nombreux. Le corps humain, dans son ensemble, les parents, les enfants, frères, sœurs, la naissance, mort, la nudité…Comment pouvons-nous connaître la signification des symboles des rêves, alors que le rêveur lui-même ne nous fournit à leur sujet aucun renseignement ou que des renseignements tout à fait insuffisants ? Je réponds : cette connaissance nous vient de diverses sources, des contes et des mythes, de farces et facéties, du folklore, c’est-à-dire de l’étude des mœurs, usages, proverbes et chants de différents peuples, du langage poétique et du langage commun… Je n’affirme pas que le rêveur sache tout cela, mais j’estime aussi qu’il n’a pas besoin de le savoir…Le rêveur a à sa disposition le mode d’expression symbolique qu’il ne connaît ni ne reconnaît à l’état de veille…Les rapports symboliques n’appartiennent pas en propre au rêveur…On a l’impression d’être en présence d’un mode d’expression ancien, mais disparu. ”.(FREUD, 1965)

Je suis étonné de n’avoir trouvé aucune référence à ce texte chez LACAN, alors que la théorie du signifiant est ici en émergence.

Ainsi, LACAN s’avance vers une redéfinition du sujet, tel que l’expérience psychanalytique nous le fait entendre, définition qui précise du même coup le champ de la cure et de la discipline. Ce sujet va bien au-delà de ce que l’individu éprouve subjectivement. Il va jusqu’à la vérité de son histoire. LACAN ira encore plus loin, puisqu’il envisage la préhistoire de tout sujet humain, c’est-à-dire ce qui, dans sa structure, le fait parler de lui à un autre. Son propos est tout à fait dans le fil anthropologique du texte de FREUD .

FREUD ne découvre-t-il pas dans ce texte que la psychanalyse met en jeu non seulement la parole de l’un et l’écoute de l’autre, mais aussi ce qui détermine l’un et l’autre dans l’interlocution, et qui renvoie chacun, parlant et écoutant, à ce qu’ils sont sans le savoir par rapport à un pacte fondateur et à l’idéalisation d’un antécédent premier ? « Symbole et langage comme structure et limite du champ psychanalytique » dira LACAN dans son deuxième chapitre. C’est là qu’il va nous mener et y articuler la question de la Loi.

Le premier objet du désir de l’homme est d’être reconnu par l’autre. Le désir inclut toujours le rapport à l’autre. LACAN nous l’indique dans l’œuvre freudienne même : le rêve, l’acte manqué, le mot d’esprit, le symptôme. De la même façon que FREUD, LACAN va sauter de l’expérience de la cure et du nœud œdipien à la loi universelle de la communication.

FREUD, quant à lui, tente de fonder l’universalité de l’Œdipe et construit un mythe fondateur qui définit la structure spécifique de l’humanité, au-delà de toute donnée individuelle; le collectif commun au-delà du singulier.

LACAN, s’appuyant sur les découvertes linguistiques et anthropologiques de son époque (SAUSSURE, MAUSS, LEVI-STRAUSS), identifie l’interdit sexuel, fondateur du désir, à la loi du langage et de la parenté.

La Loi primordiale est celle qui règle l’alliance (on pourrait dire : le commun destin de solidarité et d’échange, au-delà de nos singularités), et nous fait passer de la nature à la culture permettant la communication. Il identifie la fonction symbolique repérée par les anthropologues et les linguistes à l’ordre signifiant tel qu’il est en jeu dans la parole dans la cure, en tant que cette fonction symbolique de la parole est en même temps une expérience de subjectivation, c’est-à-dire le fait que pour un humain, être sujet c’est un problème en soi.

Nul n’est censé ignorer la loi. Lacan applique les lois du langage au rapport humain : un élément quelconque d’une langue, un verbe par exemple, se distingue et se conjugue en référence à l’ensemble supposé constitué des éléments de la langue des usagers ; analogiquement, LACAN établit que notre existence individuelle de sujet parlant, de personne, renvoie automatiquement, comme dans le langage, à l’ensemble des distinctions et des combinaisons définies antérieurement à sa liaison possible à toute expérience particulière de sujet.

« Car la découverte de FREUD est celle du champ des incidences, en la nature de l’homme, de ses relations à l’ordre symbolique, et la remontée de leur sens jusqu’aux instances les plus radicales de la symbolisation dans l’être ” ( FCPL, p 154).

S’adresser à quelqu’un c’est d’emblée faire implicitement référence, en acte, à cette Loi qui structure l’échange entre les hommes et au pacte qui les lie symboliquement comme semblables et différents, distinguables et combinables arbitrairement, selon un ordre qui n’est pas de leur ressort.

Dans le texte de FREUD sur le symbolisme, écrit après Totem et tabou, les phrases “ Les rapports symboliques n’appartiennent pas en propre au rêveur ” ou “…dont les raisons nous échappent… qu’il n’a pas besoin de le savoir ” découvrent cet univers symbolique qui nous détermine dans l’être, c’est-à-dire dans la mise en rapport avec d’autres êtres humains.

Les humains sont définitivement libérés des rapports immédiats de l’un à l’autre, et ne peuvent communiquer qu’en référence implicite à cette Loi, qui est dans le même mouvement loi de séparation des êtres, de leurs distinctions, et de leurs rapprochements, de leur communication. En m’adressant à quelqu’un comme mon semblable, je fais implicitement référence au tiers symbolique qui nous permet de nous distinguer et de nous reconnaître comme égaux autrement que comme une illusion. Ma présence en acte de parole adressée à quelqu’un fait implicitement référence à l’absence qui me constitue dans cet ordre symbolique.

L’homme parle donc, mais c’est parce que le symbole l’a fait homme. De même dans une institution, dans toute institution humaine, et la cure en est une, chacun étant mis à une place définie dans l’ordre symbolique, échangeant des services, des rôles, des gestes ou des paroles, ne peut s’adresser à un autre qu’en dépassant singulièrement dans l’acte les déterminations qui lui échappent, aussi bien dans l’axe synchronique (les rôles) que dans l’axe diachronique (l’histoire), dans l’axe individuel comme dans l’axe concomitant du collectif.

« Disons seulement que c’est là ce qui objecte pour nous à toute référence à la totalité dans l’individu, puisque le sujet y introduit la division, aussi bien que dans le collectif qui en est l’équivalent. La psychanalyse est proprement ce qui renvoie l’un et l’autre à leur position de mirage. » (FCPL p 175)

LACAN accentuera l’axe diachronique, et c’est en cela qu’il est bien dans le prolongement de Totem et tabou, en insistant essentiellement sur la question de la filiation. La Loi primordiale règle l’alliance et la généalogie, et s’avère pour le groupe impérative en ses formes, mais inconsciente en sa structure, comme le langage. Cette Loi se fait donc suffisamment connaître comme identique à un ordre de langage, donnant à l’homme la possibilité d’exister singulièrement à travers cette détermination symbolique.

Cependant LACAN redéfinit l’Œdipe à sa façon. Si pour FREUD, on l’a vu, le mythe-récit implique d’abord un acte alimenté par les forces pulsionnelles (au commencement était l’acte), pour LACAN la prééminence et l’antériorité de l’ordre symbolique ne fait pas de doute (au commencement était le verbe). Et cet ordre symbolique n’est pas seulement porteur de l’interdit œdipien, il implique l’exigence d’échanges. LACAN radicalise la coupure faite par FREUD entre nature et culture et le meurtre, lié au désir œdipien, devient aussi le vide de l’être dans la référence du sujet à l’ordre symbolique.

En quoi les développements de LACAN concernant la Loi nous intéressent-ils dans la cure ? En quoi cela nous intéresse aussi dans le psychodrame ?

Précisément dans la mesure où la Loi règle le fait même de parler à quelqu’un et particulièrement lorsqu’il vient nous parler de son désir. Ce désir lui-même, pour être satisfait, exige d’être reconnu, par l’accord de la parole ou par la lutte de prestige dans le symbole ou dans l’imaginaire.

« Les symboles enveloppent en effet la vie de l’homme d’un réseau si total qu’ils conjoignent avant qu’il vienne au monde ceux qui vont l’engendrer “ par l’os et par la chair ”, qu’ils apportent à sa naissance avec les dons des astres, sinon avec les dons des fées, le dessin de sa destinée, qu’ils donnent les mots qui le feront fidèle ou renégat, la loi des actes qui le suivront jusque là même où il n’est pas encore et au-delà de sa mort même, et que par eux sa fin trouve son sens dans le jugement dernier ou le verbe absout son être ou le condamne, – sauf à atteindre à la réalisation subjective de l’être-pour-la-mort. » (FCPL p 158)

C’est là l’enjeu de la psychanalyse et notre voie est l’expérience intersubjective où ce désir se fait reconnaître.

Dans le psychodrame

Dans une séance, des gens se mettent à parler. Qui parle et à qui s’adressent-ils ?

Quelle est l’allure de ces discours particuliers créés par le dispositif d’une séance de psychodrame ?

On ne dit pas n’importe quoi. Sans doute, d’une part, le contexte impose une ou l’autre orientation de ces paroles adressées. D’abord, on est là pour parler de ce qui ne va pas chez soi et qui pourrait déboucher dans un jeu. Le malaise et le jeu sont deux déterminants de la parole Ensuite, les paroles s’adressent autant à l’animateur de séance, voire aux co-animateurs, s’il y en a, qu’au groupe à l’écoute. Au père, p.è.r.e et aux pairs, p.a.i.r.s.

On sait que l’animateur ne parlera pas de ce qui ne va pas chez lui et qu’il est là pour recueillir les paroles des participants et leurs effets. (il représente, il présentifie, le Un d’exception, nécessaire pour qu’une certaine parole et une certaine écoute soient possibles).

On sait que les autres sont là pour parler à leur tour et donner écho à ce qu’on dit.

Ce qu’un participant dit est donc fonction de ces buts et de ces adresses :

– le malaise en lui qui doit se transformer,

– le jeu à venir qui doit éclaircir quelque chose,

– l’animateur qui recueille et fait écho d’une certaine façon

– et le groupe qui écoute, donne écho, interprète déjà et relance.

On est dans une structure langagière particulière. Mais ce qui donne à ce discours en formation sa fonction langagière c’est le fait que tous ces éléments se réfèrent à la place de l’Autre, le lieu où le discours humain peut être entendu, le lieu où le sujet qui parle ici et maintenant peut trouver du sens à ses paroles, au-delà des souffrances, des répétitions et des malentendus.

Si chacun, qui se risque à la parole en groupe, hésite toujours avant de parler, c’est qu’il sait que ce qu’il dit peut l’amener à un jeu, là où il sera moins maître de ce qui se passe.

Mais ce risque qu’il appréhende, il le souhaite aussi, puisqu’il espère que c’est là que s’éclairciront ses énigmes, que c’est là qu’il pourra prendre place comme sujet de son dire.

Dans la mesure où le psychodramatiste ne s’engage pas dans l’échange de paroles, comme dans la vie quand nous nous parlons, dans la mesure où il est attendu que chacun des participants parlera de son malaise en écho, le participant qui parle, sait aussi que la structure langagière qui lui permet de parler et de s’adresser à quelqu’un implique qu’il ne sait pas exactement ce qu’il dit ; il sait que ses paroles (ses signifiants) en disent plus qu’il ne sait, et que les avatars de son dire peut amener des surprises. Il sait que la place qu’il occupe dans sa parole est en partie du semblant, qu’en quelque sorte il est dupe de son propre discours, du fait que le langage ne lui appartient pas. Il y prend place, dans le langage, mais sa place est déterminée ailleurs ; il y a comme une sorte d’usurpation de place.

Contrairement à un dispositif de réunion en groupe, ce dispositif implique que chaque personne est dans une structure d’expression interprétative : n’importe qui peut entendre autre chose que ce qu’elle croit dire, les membres du groupe et l’animateur. Il ne s’agit donc pas seulement d’être compris, entendu, mais aussi d’être interprété. La surprise est toujours possible qui révèlera une part cachée du sujet. C’est donc aussi le sujet qui est à advenir.

Si un autre participant réagit à ce que dit le premier c’est à la fois pour soutenir et amplifier ce que dit celui-ci, et dans ce sens il se sent éventuellement déjà entendu, mais c’est souvent aussi pour y mettre du sien, y aller lui-même dans la recherche d’un sens à sa parole.

La question qui se pose au psychodramatiste est alors de voir en quoi ce que dit le second est dans un certain rapport avec ce que dit le premier. Est-ce que le dire du premier est déployé de quelque manière par un élément, un signifiant du dire du second ; y a t il déjà interprétation du dire du premier ? Si c’est clair pour tout le monde, il suffit de le souligner ; si ce n’est pas clair on peut chercher à le faire préciser.

Cette ponctuation du psychodramatiste est essentielle, parce qu’elle permet que se tisse progressivement un thème, qui n’est plus le thème du premier, mais qui commence par être le thème de quelques uns. Ce n’est pas le thème du groupe, mais seulement de quelques uns.

Il suffit de quelques uns pour que le thème passe du singulier au collectif.

Du même coup, le premier qui a parlé est en quelque sorte dessaisi de l’aspect singulier de sa demande. Sa demande est devenue l’affaire de quelques uns. Le psychodramatiste a besoin de ce « quelques-uns » pour pouvoir jouer. Il faut que quelques uns soient pris, d’une manière ou d’une autre, dans le discours qui est en train de se créer. Sinon les acteurs ne pourront pas être crédibles.

Si le psychodramatiste n’intervenait pas, on risquerait d’aller d’un dire à l’autre, et c’est celui qui y apporterait le plus de poids, le plus d’émotion éventuellement, qui l’emporterait. Après, cela se créerait des alliances, des conflits, des compétitions, voire des rejets selon le jeu des identifications. Comme dans la vie.

Pour terminer, j’en reviens à Serge Gaudé.

Il insiste pour comprendre ce moment de passage dans la séance psychodramatique : c’est l’écoute du psychodramatiste et ses interventions particulières, à la cantonade dira-t-il, qui seront le déterminant essentiel pour faire passer la plainte ou la demande d’une personne à un collectif de thème qui s’élabore, à un discours de séance. Ce discours de séance est déjà un collectif qui devient susceptible de déboucher dans un jeu.

C’est dans ce jeu, dans lequel tout le monde est dorénavant impliqué, d’une manière ou d’aune autre, ne fut-ce que comme spectateur, qu’une personne, que Moreno appelle « le protagoniste », tentera d’en venir au moment de vérité de sa singularité propre.

Le meneur de jeu et les antagonistes, les autres acteurs, les Moi auxiliaires dit Moreno, doivent eux tenter de maintenir ce dispositif collectif de départ qui donne accès à une vérité singulière. Ce sera éventuellement à l’observateur de séance de souligner en quoi quelque chose a été atteint, a été traversé, a été évoqué, de la vérité d’un sujet. Une tradition veut que ces observations se fassent sur un mode impersonnel.

On ne sait pas prévoir à l’avance les effets d’un jeu. Le protagoniste est, dans une certaine mesure, dans la même galère que le meneur de jeu. Cela Moreno l’avait bien compris. On voit cela très bien dans les groupes didactiques où les participants apprennent à mener une séance, éventuellement après avoir été eux-mêmes protagonistes. Il y a aussi des risques à animer.

Le protagoniste lui, risque d’être démasqué, d’être surpris, d’être déçu, d’être abasourdi, d’être étonné, de ne pas être apaisé.

C’est pourquoi, pour convaincre que l’usurpation n’est pas absolue, qu’il y s’agit quand même de lui, le protagoniste peut y mettre les émotions nécessaires qui en disent plus que la parole. Quand les mots manquent, l’émotion prend la place ; le problème c’est qu’elle n’est que partageable ; elle ne donne pas une place comme l’énonciation de soi-même en donne une.

Compte tenu des risques qu’on prend dans un jeu, la scansion de la fin de séance permet de faire rupture provisoire avec ce dans quoi on s’était engagé, pour repartir, à la séance suivante, sans savoir qui parlera en premier.

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THERAPIE BREVE

La thérapie brève :
La thérapie brève systémique est une thérapie humaniste qui vise essentiellement le changement. Elle est une méthode de résolution de problèmes. Son modèle est non normatif, non pathologique.

Elle n’est pas une théorie explicative. Elle aide à changer surtout. La connaissance du pourquoi n’est ni nécessaire ni suffisante pour changer. Il n’y a pas de diagnostic psychiatrique et elle s’intéresse davantage aux cycles de vie, au « Comment » plus qu’au « Pourquoi ». Elle s’intéresse à la fonction du symptôme qui dans une famille, par exemple, sert au système familial à garder son homéostasie. La thérapie brève vise surtout les capacités créatrices du moi dans l’ici et maintenant. Le changement est toujours possible c’est pourquoi elle se base sur la participation active du client. La théorie du changement sur laquelle elle se base consiste en un changement de type 2 opposé au type 1. Le changement de type 1 consiste à faire + de la même chose. Le changement de type 2 consiste, quant à lui, à sortir du système c.-à-d. à trouver une solution tierce (cf. schéma z).La solution c’est souvent le problème ! D’où la nécessaire créativité. Il faut, dès lors, arrêter les tentatives de solutions qui entretiennent le problème. Elle analyse les paradoxes de la communication tels le « double bind », les messages contradictoires, ambigus, les relations de type complémentaires ou symétriques, les postions basses ou hautes etc.

La thérapie brève est constructiviste c.-à-d. qu’elle admet que la réalité est construite par nos représentations. L’homme est troublé non par les évènements eux-mêmes mais par la perception qu’il a de cette réalité. En fait il existe autant de perceptions que d’individus.

Trois règles importantes en thérapie brève :

– on ne peut pas ne pas communiquer

– toute communication est une influence

– celui qui dit qu’il n’influence pas est dès lors le plus manipulateur.

Quatre principes :

– Reconnaître

– Accepter

– Augmenter

– Utiliser

Les techniques :

– prescrire la rechute

– avancer lentement

– le pire du pire

– imaginer sa vie future

– etc.….

La grille de Palo Alto…

Elle adopte un point de vue anthropologique et cybernétique.

L’approche anthropologique est la suivante :

La position de l’anthropologue est celle qui reconnaît l’autre dans sa différence, sa singularité, son environnement socioculturel et respecte ses normes. Cette position, c’est simplement dire : « Vous avez sûrement de bonnes raisons d’agir comme ça. » Nous présupposons qu’il y a des raisons et que ces raisons sont bonnes : c’est donc une façon bienveillante de demander le pourquoi. C’est respecter l’autre et comprendre qu’il ne peut, actuellement, être, penser, ressentir ou agir que comme cela, même si pour lui, face à ses événements de vie, cela ne suffit pas. Mais pour lui, c’est du domaine de l’évidence et il lève les bras au ciel : « Mais bien sûr que j’ai de bonnes raisons de faire ceci, de dire cela ! » L’ensemble de ses expériences passées a fait de lui ce qu’il est, ce qu’il pense et ce qu’il ressent aujourd’hui. Et il nous en parle. Il nous informe. « Ainsi lue, l’anthropologie se situe parmi les ambitions les plus vastes, les plus généreuses et les plus nécessaires. Elle donne comme finalité à l’homme l’intelligibilité de la condition humaine. Elle le met en position de débiteur par rapport à lui-même. Elle l’enracine dans la conviction qu’il est en dette d’alliance envers l’humanité, qu’il est concerné au plus haut point par le cheminement de l’espèce, quelles que soient les aventures du moment où elle est engagée et qu’il doit donc contribuer, de sa place singulière, à la réussite de l’entreprise collective. Tout en se rendant attentif à la difficulté de préciser quand commence « l’humain », tant de crimes ayant été produits en son nom, l’anthropologue, comme Diogène, sa lampe allumée en plein jour, est à la recherche de l’homme vrai, aussi illusoire que soit cette ambition. »[1] Et comme chacun sait, il faut se garder de deux écueils : l’excès d’utopie et le trop peu d’utopie. Mais n’existe-t-il pas de pire utopie que celle qui prétend qu’on peut s’en passer ?

Le point de vue cybernétique est le suivant :

La cybernétique est une modélisation de l’échange, par l’étude de l’information et des principes d’interaction Elle peut ainsi être définie comme la science des systèmes autorégulés, qui ne s’intéresse pas aux composantes, mais à leurs interactions, où seul est pris en compte leur comportement global. L’approche globale de l’être humain est un axe central et une préoccupation éthique constante dans mon travail.

[1] Jacques Lévine, Michel Develay : Pour une anthropologie des savoirs scolaires, Issy-les-Moulineaux, ESF, p.11.