psychothérapie, guidance, accompagnement,formation,supervision,santé mentale,développement personnel,sortir de la dépression,sortir du burnout, du trauma, apaiser ses angoisses,hypnose,thérapie brève,projet de vie,orientation scolaire et professionnelle De la dépendance affective à l’indépendance effective - Psychotherapie

De la dépendance affective à l’indépendance effective

Par

La personnalité dépendante

Les personnalités dépendantes ont tendance à étouffer leur vie intérieure et à renoncer à leurs besoins réels. Ils cherchent parfois à disparaître dans l’autre et à n’exister qu’en fonction du jugement de l’autre. Une carence affective vécue durant l’enfance serait à l’origine de la dépendance affective. « Lorsque la dépendance est inhérente à la négligence et au manque d’attention de parents eux-mêmes vulnérables, assaillis de soucis ou englués dans une problématique non réglée, l’enfant se sentira constamment inquiet et cherchera une position de dépendance, imaginant y trouver une réelle sécurité. Le sempiternel manque risque de se faire ressentir dans l’ensemble de ses relations. Il acceptera toutes les situations, toutes les humiliations, épousant des rôles dans lesquels il se moulera en fonction des attentes de l’autre, niant ainsi sa propre existence. La peur du rejet et de l’abandon est au cœur de cette problématique. »[1]… « Les personnalités dépendantes étouffent leur vie intérieure et cherchent à disparaître dans l’autre, à se confondre jusqu’à effacer les frontières déjà vacillantes de leur moi, perdant tout contact avec leurs désirs et niant toute envie. N’osant pas solliciter d’attention, elles restent dans une éternelle attente, ignorant la plupart du temps leurs besoins réels, faute d’avoir pu nouer une relation authentique basée sur la parole. »[2] La dépendance interdit précisément toute intimité avec soi- même. La relation à l’autre est utilisée comme moyen de réassurance. Ce sont des personnes qui ne peuvent pas vivre seules car elles ont constamment besoin de quelqu’un pour valider leurs décisions. La décision de consulter est souvent déclenchée par la survenue d’un épisode dépressif ou d’un trouble anxieux. On retrouve souvent chez ces personnes un comportement soumis qui est lié à un besoin excessif d’être pris en charge et apprécié par les autres. Les relations interpersonnelles sont marquées par la soumission, le renoncement à exprimer ses propres désirs et l’effacement devant les autres. Ceci a pour effet de conduire les sujets à se sentir victime d’un système qu’ils qualifient de tyrannique mais qui est un système auquel ils participent en priorité par les comportements décrits précédemment. Ils ont un style enfantin et immature (dénomination par un diminutif, vêtement évoquant l’adolescence attardée). Ils présentent une incapacité à prendre des décisions sans en passer par les autres, et parfois de manière insistante. Cette manière d’agir peut tout aussi bien concerner des domaines importants de la vie du sujet (choix professionnels, familiaux) que des aspects moins importants (choix d’un restaurant, du programme télé etc.). Ils présentent également des difficultés à exprimer un désaccord avec les autres par crainte de perdre leur soutien, voire d’être rejeté. Ce besoin peut les conduire à certains comportements, attitudes incohérentes. Ils sont décrits comme ayant peu d’initiative par manque de confiance en eux. Ils vont souvent accepter d’effectuer des taches déplaisantes. Ce sont des sujets qui vont avant tout essayer de rendre service aux autres, et de combler les désirs des autres avant de réaliser leurs propres désirs. On souligne chez eux une anxiété qui va être massive à chaque fois que des décisions doivent être prises (d’où un besoin de réassurance perpétuel de la part d’autrui).

» your text

 

Les personnalités dépendantes recherchent constamment une autorité protectrice, le plus souvent un conjoint qui assume le rôle de protecteur et de décideur. Les relations de dépendance pathologique induisent un déséquilibre croissant au fil de l’histoire conjugale et débouchent sur des situations de crise, des ruptures ou des « maladies-refuges ». L’expression des affects est dominée par l’anxiété présentée par ces personnalités. L’inhibition affecte la plupart de leurs comportements. Ce sont des sujets qui vont avoir des difficultés à vivre les situations de séparation ; on dit d’eux qu’ils ont tendance à se « cramponner aux autres » et notamment aux relations qu’ils ont établies. Ce besoin de s’accrocher aux autres, nous le trouvons décrit dans la théorie de la pulsion d’agrippement décrite par Imre Hermann[3] ci-après.

La pulsion d’agrippement

« Hermann est, en effet, le premier à mettre en évidence chez l’homme la persistance de deux « instincts archaïques », de deux pulsions complémentaires : la pulsion de cramponnement à l’objet originel et la pulsion de « recherche » de la nouveauté. »[4] Cette pulsion se décline en trois temps à la manière lacanienne de définir la pulsion :

« Le premier temps est actif : ici, ce sera « agripper ». Et le bébé est, en effet, équipé pour, on le voit notamment avec le « grasping reflex ». Le deuxième temps est passif, soit : « être cramponné ». Ce dont l’enfant a le plus grand besoin. Le troisième temps est peut-être le plus important au moins à repérer. C’est cette sorte de forme réfléchie qui est « se faire agripper ».[5] En référence à Lacan on dira : « l’enfant vient crocheter la jouissance de l’Autre. En effet, le bébé, qui a beaucoup de compétences, vient s’accrocher à sa mère là où il suscite ce plaisir particulier du rire. Pour résumer, un être humain, bien au-delà de sa vie de bébé, a besoin de s’agripper, d’être agrippé et de se faire agripper pour assurer son équilibre et sa santé. Imre Hermann met en évidence cette tendance au cramponnement, il met aussi en évidence que, quand cela ne se passe pas suffisamment bien, la tendance au cramponnement va se maintenir chez le sujet de manière anachronique et donner lieu à une série de symptomatologies qu’il regroupera sous l’appellation « syndrome du cramponnement ». On y retrouve des formes de cramponnement compulsif qu’on observe malheureusement très bien chez des enfants psychotiques ou autistes. On pensera aussi à toutes les conduites addictives. Pour lui, par exemple, fumer est une manière très claire de s’auto-cramponner. Notamment parce que cela passe par l’accrochage manuel, mais aussi par un cramponnement buccal. Mais Hermann met en tension cette nouvelle pulsion qu’il dégage- la pulsion d’agrippement- avec une tendance antagoniste qu’il va appeler la recherche. Il y a donc une tendance originelle à se cramponner au premier objet, à savoir la mère, et puis une autre tendance originelle, pulsionnelle chez l’homme, instinctuelle chez l’animal, à aller à la recherche d’un second objet que Leopold Szondi va reprendre pour faire le vecteur du contact.

« La tendance au cramponnement peut faire l’objet d’échecs dont les effets sont traumatiques. Un enfant, qui ne pourra pas suffisamment expérimenter un cramponnement minimal, vivra passivement un traumatisme qu’il tendra à surpasser par un retournement actif…L’enfant traumatisé dans la passivité peut devenir un hyperactif du détachement ; et c’est bien ce que l’on observe si fréquemment dans ce qu’on appelle les troubles du détachement.[6] Rappelons avec Jacques Schotte[7] que les troubles du contact sont les pathologies de la base. La pensée anthropopsychiatrique de Schotte met en évidence que notre condition humaine est d’être chacun confronté à ces quatre registres de l’existence que sont les névroses, les psychoses, les perversions et les troubles du contact. Précisons ici ces troubles du contact.

Les troubles du Contact

Ce vecteur du Contact était défini par Schotte comme « basal » c-à-d constituant la base de toutes les existences humaines. Et au vecteur du Contact serait associée une série de troubles se retrouvant tout autant chez les enfants et les adolescents que chez les adultes : troubles de l’humeur, psychopathies, addictions.

 Le vecteur du Contact comporte quatre positions :

 m+ : (tendance originelle) s’agripper, prendre et tenir ;

 m- : (tendance défensive) se décrocher, lâcher et se détacher ;

 d+ : (tendance originelle) partir à la recherche ;

 d- : (tendance défensive) se cacher, prendre une position de repli, conserver et retenir.

Et comme le vecteur du Contact est celui des troubles de l’humeur, « m » correspond à la manie et « d » à la dépression alors que « + » correspond aux tendances pulsionnelles originelles et « – » aux tendances défensives.

Les troubles du Contact sont les troubles de l’humeur, appelés thymopsychopathies, représentées à l’extrême par la manie et la dépression; m et d ,initiales de manie et dépression, deviennent les deux facteurs constitutifs du vecteur du Contact; les troubles du contact sont les troubles de l’humeur qui sont des troubles de notre relation fondamentale au monde environnant, troubles de l’accordement (au sens musical du terme ,Stimmung) au rythme de la vie, troubles du rapport à l’ambiance; la mauvaise humeur, pour dire les choses simplement, est une humeur désaccordée.

Ce besoin vital de s’appuyer sur les autres, nous le retrouvons au point suivant dans un type de relation qualifié d’anaclitique.

La relation anaclitique

L’adjectif anaclitique a été introduit dans la littérature psychanalytique de langue anglaise et repris par des traducteurs français. Cet adjectif qualifie une personne qui a un besoin vital de s’appuyer sur les autres. Il a été introduit par Spitz et décrit comme l’appui nécessaire de l’enfant sur sa mère (plus précisément l’objet maternel). L’enfant ayant besoin de sa mère pour grandir et se développer, une séparation précoce et brutale conduit à un syndrome dépressif majeur nommé dépression anaclitique (hospitalisme). Ce terme inclut également le type de relation à l’objet des personnes souffrant d’état limite, où elles sont dépendantes de l’objet de leur amour.

Le fonctionnement anaclitique est souvent associé à un mode de fonctionnement dit « limite », « borderline[8] », « as if ». « Les organisations limites résistent mal aux frustrations qui réveillent d’anciennes frustrations infantiles significatives. Ces sujets, perçus comme « écorchés vifs », utilisent facilement des traits de caractère paranoïaque pour tenter d’effrayer celui qui pourrait les frustrer. Leur narcissisme est mal établi et fragile. Ils sont soumis à un excessif besoin de compréhension, de respect, d’affection et de soutien (153). Leur  » objet  » est ressenti comme persécuteur mais à double rôle censeur et protecteur ce qui entraîne une importante ambivalence…  » Anaclitique  » signifie se trouve renversé en arrière, couché sur le dos de façon passive. Le sens dérivé rend compte des mots de  » se replier sur  »  » incliner vers «  » se coucher contre  ». Ainsi le sujet, en attente passive, s’appuie sur l’interlocuteur en quête de satisfactions positives et le manipule parfois de manière agressive. La relation d’objet est une relation de grande dépendance. Elle implique, contrairement au psychotique ou au névrosé, autant les deux parents dont il faut être aimé et aidé (70). … Les organisations limites demeurent bloquées, dans leurs évolutions affectives, à une relation d’objet de type principalement anaclitique qui témoigne d’un attachement particulier à l’objet. »[9]

La psychothérapie peut aider les personnes dites dépendantes affectives à devenir effectivement plus autonomes. Nous le précisons ici.

La psychothérapie

La psychothérapie est un traitement thérapeutique sollicité dans de nombreux contextes : dépression, deuil, maladie. Les patients qui s’engagent dans une psychothérapie ou une psychanalyse s’engagent avant toute chose pour eux-mêmes. Il s’agit d’un sauvetage que l’on décide pour soi, pour sortir la tête de l’eau et s’autoriser à prendre un chemin qui n’est pas celui de la douleur. L’objectif de la psychothérapie est de guérir de ses souffrances. Que faire avec sa souffrance ? Et qu’est-ce que la souffrance ? Le mot « souffrance » vient de deux mots latins : le préfixe « sub » qui signifie « en dessous » et le verbe « ferre », qui signifie « porter ». Le mot implique donc l’image d’un support qui supporte tout ce qui se trouve dessus. La souffrance subie (ou niée qu’on s’inflige à soi-même) renvoie à d’autres mots dont l’étymologie est tout aussi éloquente : on parle de dépression (latin « de » et « premere » – impliquant une pression vers le bas tout le contraire de sub-ferre), d’affliction (latin « af » et « fligere » impliquant l’idée de soufflet). La souffrance est une expérience unique, subjective et globale. La thérapie est au moins une expérience à deux, quelque chose d’inéluctable qui permet au sujet d’advenir. La « cure » psychique est une rencontre pendant un laps de temps donné et en un lieu précis, de deux êtres humains. La parole dite, écoutée et entendue libère, en psychothérapie individuelle comme en analyse de groupe aussi parce qu’elle est, notamment, un contenant psychique et une forme de réparation symbolique. Françoise Dolto disait que la thérapie permet un allant-devenant. La thérapie est aussi « une ouverture à l’avant de soi » (Hiedegger)[10]. La psychothérapie est une co-création. La personne consultante est en demande d’une aide par un psychothérapeute pour retrouver à son tour ses propres potentialités perdues à un moment donné. Étant aidée à retrouver son propre potentiel d’autoguérison la personne en souffrance pourra devenir son propre thérapeute. La psychothérapie est aussi un accompagnement psycho-relationnel de personnes en difficultés, à des fins d’élucidation des causes de ces difficultés et d’émancipation vis-à-vis de celles-ci. La thérapie est un tremplin, un marchepied vers le changement.

La psychothérapie doit permettre le « processus de séparation-individuation » indispensable à l’autonomie. L’enjeu du processus de séparation est alors principalement la construction d’une représentation différenciée de soi. Quelle que soit la nature de la prise en charge, le problème majeur avec le type de personnalité décrite plus haut est la dépendance excessive au traitement qui est proposé. En effet, la dépendance au traitement peut tout aussi bien concerner le thérapeute que les médicaments. De plus, elles attendent du thérapeute qu’il résolve tous les problèmes à leur place.

La psychothérapie vise, notamment, à développer la confiance en soi et à sortir d’un certain enfermement.

La confiance en soi et la capacité d’être seul

La confiance implique une qualité de l’interaction pour laquelle la séparation ne constitue pas une menace, mais un défi créatif. L’absence d’autrui et les nouvelles distances dans l’interaction avec l’environnement sont une opportunité pour que le bébé développe la « capacité d’être seul » (Winnicott, 1958). Selon Winnicott, telle est l’une des conquêtes fondamentales de son processus de développement, qui est également le moyen par lequel il peut éprouver l’effet de son action sur le monde et sur soi-même, mesurant ainsi « la confiance en soi et en ce qu’il peut espérer de la vie » (1950 : 292). Apprendre à être seul en présence de l’autre c’est tout autant apprendre à être soi en présence de l’autre. La notion de solitude se met en place en même temps que s’élargissent les possibilités d’un espace intérieur. La capacité à être seul en présence de l’autre souligne cette solitude essentielle, et nécessaire, si l’on veut tenir debout, aller jusqu’au bout de ses projets, porter sa propre vie. Cette capacité à être seul en présence de l’autre – c’est-à-dire à être vraiment soi-même au cœur de la relation, sans avoir « besoin » de l’autre – conditionne la possibilité d’affronter la « vraie » solitude.

Sortir de l’enfermement, l’enfer-me-ment !

C’est précisément lorsque nous nous autorisons à choisir des actions qui sont en harmonie avec nous, qui respectent nos valeurs et expriment nos compétences que nous devenons très précieux pour les autres. Réussir sa vie ne doit pas être confondu avec réussir dans la vie. Une vie réussie est une vie que l’on a menée conformément à ses souhaits, à son éthique, en agissant en accord avec ses propres valeurs, en donnant le meilleur de soi-même dans ce que l’on fait, en restant en harmonie avec qui l’on est, et, si possible, une vie qui nous a donné l’occasion de nous dépasser, de nous consacrer à autre chose qu’à nous-mêmes et d’apporter quelque chose à l’humanité, même très humblement, même si c’est infime. « Il appartient à chacun de ne pas s’abuser et de cesser d’accuser autrui d’être le responsable de sa souffrance ou de ses manques. Passer de la victimisation à l’affirmation, et donc à la responsabilisation, suppose qu’on accepte de ne plus se complaire dans la dépendance ou l’impuissance. Accéder à la reconnaissance de ses blessures et de ses besoins, apprendre à développer des capacités d’autonomie et de prise en charge personnelle, des moyens visant à satisfaire ses propres besoins, telles sont les bases d’une liberté d’être à la fois plus centrée et plus ouverte. Cette responsabilité de conscience constitue un pas essentiel vers le respect de soi. »[11] Réussir sa vie c’est aussi « Rire souvent et sans restriction ; s’attirer le respect des gens intelligents et l’affection des enfants ; tirer profit des critiques de bonne foi et supporter les trahisons  des amis supposés ;  apprécier la beauté ;  trouver en chacun le meilleur ; laisser derrière soi quelque chose de bon,  un enfant en bonne santé, un coin de jardin, ou une société en progrès ; une vie qu’on a rendue plus belle ;  savoir qu’on a facilité l’existence de quelqu’un par notre simple présence ; voilà ce que j’appelle réussir sa vie. »[12]

« La santé psychique, justement, c’est quelque chose qui doit se décider, se conquérir à tout moment, qui est aussi toujours relatif à une histoire, à un milieu et, finalement même à une décision prise en commun par un patient, un homo patiens qui vit cette condition pathique[13], et un éventuel thérapeute, étant entendu que toujours, chacun est aussi son propre thérapeute : l’homme c’est l’animal malade, mais aussi auto thérapeutique. »[14]Je citerais ici les propos de Moussa Nabati dans son livre « Guérir son enfant intérieur »[15]dans la partie « Le plaisir de vivre » à propos de la biologie de l’espoir : « C’est là qu’une bonne et efficace psychothérapie délivrante-donnant l’envie de vivre-, autorisante, peut-être utile. Je ne dis pas et ne pense pas que seuls les égoïstes guérissent ! Mais il y a des limites aux droits d’autrui sur soi, une limite entre soi et autrui. …Lorsque le patient, de par son évolution personnelle avec l’aide d’une psychothérapie, devient une personne, une personne à part entière, et s’autorise ou s’accorde les petits et grands plaisirs de la vie, s’accorde le droit au temps et à l’espace, à ses désirs et à sa créativité, à lâcher ses rôles néfastes et son identification, sa loyauté invisible familiale – met de côté sa culpabilité et cesse de « payer pour vivre » -, on voit souvent des améliorations spectaculaires. S’autoriser à se faire plaisir, devenir soi, « s’éclater » dans la joie et le bonheur est une nourriture du corps et de l’âme. Ce plaisir de vivre et d’être, de plénitude, cela peut être le bonheur de petites choses, comme la joie de vivre, de respirer, de voir le ciel bleu, d’exister, simplement, d’être reconnu, d’aimer et d’être aimé…tout se passe comme si c’était une nourriture de l’âme et du corps, une nourriture affective transformante, la « biologie de l’espoir » transformant réellement la biologie du corps, son immunologie, ses réactions, et permettant ainsi de retrouver un meilleur fonctionnement biopsychocorporel, donc une meilleure santé, et parfois la vraie bonne santé – et la vie. » Ce qui vient d’être énoncé ressemble fort à la citation de Voltaire : « j’ai décidé d’être heureux, car c’est bon pour la santé » ! J’ajouterais que cette forme de bonheur n’a aucun effet secondaire indésirable !

« Fondamentalement, l’enjeu de ce processus au long cours est de pouvoir construire les limites entre ce qui est Moi et ce qui n’est pas Moi, de pouvoir ériger les frontières entre soi et l’autre, entre soi et le monde. Ces frontières permettront l’assomption d’une subjectivité et d’une existence singulière. La subjectivation et la différenciation impliquent nécessairement la séparation. Or toute séparation contient toujours des relents de délaissement, d’abandon et l’ensemble des affects douloureux qui y sont liés. L’autonomisation est donc une conquête, une lutte à mener contre ces premiers autres dont nous avons été dépendants, mais aussi contre le Soi lui-même qui cherche toujours en même temps à s’épargner ces ressentis pénibles de séparation. Ce processus au long cours s’effectue par étapes successives. En bout de course, l’enfant et par la suite, tout au long de son existence d’adulte, doit pouvoir renoncer à l’espoir de recevoir pleinement de l’autre ce qu’il attend. Il s’agit pour lui de s’approprier pas à pas l’autonomie, dit-on, d’acquérir de l’indépendance. Cela suppose un deuil, douloureux, celui de ne plus attendre de l’autre qu’il comble ses désirs et ses besoins, mais de prendre la responsabilité personnelle de les assumer soi-même. L’avantage obtenu est un gain indéniable de liberté, mais aussi le fait de n’être plus parlé par un autre, d’assumer à son tour sa propre parole. »[16]La psychothérapie est aussi un travail de « transitionnalité », de liberté d’action et d’affirmation de soi. C’est ce que nous allons préciser dans la suite de ce texte.

La transitionnalité

« La transitionnalité est l’aménagement d’une expérience de rupture dans la continuité. Elle se définirait aussi par l’incertitude quant au rétablissement de la continuité, de la confiance et de l’intégrité de Soi et de l’environnement. L’espace transitionnel est un espace de présence et d’absence (ni trop de l’un ni trop de l’autre, ni pas assez), de jeu dans un cadre, de contenu dans un contenant. La transitionnalité est ce passage d’un état d’union avec l’environnement à l’état où le sujet est en relation avec lui, en tant que quelque chose d’extérieur et de séparé. On peut faire l’hypothèse que toute rupture, peu ou prou, renvoie à une autre, fondamentale, qui a déjà eu lieu, et dont l’expérience a été marquée par le sujet par le drame de la Hilflosigkeit[17], la situation d’être sans secours et sans recours ; drame lié à l’état de prématuration spécifique de l’humain, celui de la dépendance foncière et vitale à la mère (à l’environnement maternel). Dans une étude de 1968, J. Oury écrit, s’inspirant de J. Lacan : « être dépendant de l’autre signifie ne pas avoir assumé la double coupure : l’une qui est le décollement du placenta de la mère, l’autre « plus institutionnelle », qui est la coupure du cordon ombilical. On peut dire que cet « entre-deux-coupures » constitue l’objet transitionnel »[18].

Nous pouvons retrouver un pouvoir sur soi c’est-à-dire s’appartenir !

S’appartenir

S’appartenir signifie « dépendre de soi-même ». Son synonyme : « être maître de soi ». Ne plus s’appartenir c’est ne plus être libre de ses actions, être dans un état de grande dépendance.

« S’appartenir, pour moi, c’est égal à être nomade, personne n’a de pouvoir sur toi. C’est toi qui as le pouvoir de toi-même. C’est ça moi dans ma langue. ». (Joséphine Bacon)[19]

La clinique montre la nécessité d’une emprise maternelle suffisante pour que l’enfant puisse développer un sentiment d’appartenance, nécessaire à la structuration de son identité. S’appartenir soi-même passe par la nécessaire reprise de l’emprise première dans la pulsion d’investigation… S’appartenir c’est se tenir à part !

Le simple fait de vivre implique une aptitude à l’innovation. Rien n’est plus stable que le changement ! Tout organisme pour s’adapter doit innover, tenter une aventure hors de la norme, engendrer de l’anormalité afin de voir si ça marche, car vivre, c’est prendre un risque. Tout change en permanence. La vie est un mouvement permanent de changement. On ne peut se baigner deux fois dans la même eau ! Un conte taoïste raconte qu’un pont était amoureux d’une rivière. Il le lui dit et ajoute : « j’aimerais que l’an prochain tu sois toujours la même ». Et la rivière lui répondit joliment : « si j’étais toujours la même, je serais devenue un marécage » ! Ce qu’il y a de plus constant c’est le changement. Vivre c’est s’adapter aux conditions de l’environnement. Il faut beaucoup de temps au petit d’homme et beaucoup d’expériences et d’étapes à franchir pour que, dans le meilleur des cas, un rapport d’altérité plus équilibré puisse s’installer. « Fondamentalement, l’enjeu de ce processus au long cours est de pouvoir construire les limites entre ce qui est Moi et ce qui n’est pas Moi, de pouvoir ériger les frontières entre soi et l’autre, entre soi et le monde. Ces frontières permettront l’assomption d’une subjectivité et d’une existence singulière. La subjectivation et la différenciation impliquent nécessairement la séparation. Or toute séparation contient toujours des relents de délaissement, d’abandon et l’ensemble des affects douloureux qui y sont liés. L’autonomisation est donc une conquête, une lutte à mener contre ces premiers autres dont nous avons été dépendants, mais aussi contre le Soi lui-même qui cherche toujours en même temps à s’épargner ces ressentis pénibles de séparation. Ce processus au long cours s’effectue par étapes successives. En bout de course, l’enfant et par la suite, tout au long de son existence d’adulte, doit pouvoir renoncer à l’espoir de recevoir pleinement de l’autre ce qu’il attend. Il s’agit pour lui de s’approprier pas à pas l’autonomie, dit-on, d’acquérir de l’indépendance. Cela suppose un deuil, douloureux, celui de ne plus attendre de l’autre qu’il comble ses désirs et ses besoins, mais de prendre la responsabilité personnelle de les assumer soi-même. L’avantage obtenu est un gain indéniable de liberté, mais aussi le fait de n’être plus parlé par un autre, d’assumer à son tour sa propre parole. »[20]« La vie, dit quelque part quelqu’un qui n’est pas analyste, Etienne Gilson, l’existence est un pouvoir ininterrompu d’actives séparations »[21].

S’appartenir c’est aussi devenir disponible et non plus être à disposition. On peut lutter contre un certain déterminisme, tels sont les propos de Boris Cyrulnik. En fait de déterminisme, je voudrais reprendre les quelques propos d’une patiente se condamnant par avance. Il s’agit d’une femme âgée d’une trentaine d’années qui demande un suivi thérapeutique suite à un « épisode dépressif majeur » (sic) vécu l’année passée. En quelques lignes très résumées, il s’agit d’une personne qui a été très tôt parentifiée. En effet, ses parents étant très fragiles psychologiquement elle a joué le rôle d’un enfant « pansement ». Ses symptômes principaux révèlent beaucoup d’anxiété, de culpabilité ainsi qu’une tendance dépressive importante. Ses propos sont très pessimistes et ont été dits par des spécialistes et entendus par elle selon son propre filtre : « je sais que je devrai prendre des antidépresseurs toute ma vie ; moins je fais, moins je ferai ; il y a tout ce lourd passé qui a conditionné ma vie à jamais ; tout le monde me voit malade », etc. Elle me dit aussi qu’elle a déjà été affublée de plusieurs diagnostics différents par plusieurs psychiatres à un certain moment. Il semble donc qu’elle n’arrive plus à se défaire de certaines étiquettes la coinçant, la figeant dans un statut de « malade » constituant une victimisation secondaire l’empêchant de guérir. En outre devenue très dépendante du regard de l’autre (la plupart du temps négatif) elle me dit avoir toujours besoin d’un spécialiste. On peut dire ici que la solution crée le problème. Le travail va consister à la dégager de cette toile d’araignée piégeante par un travail sur elle-même basée sur l’estime de soi (elle peut devenir son propre « spécialiste », c’est-à-dire son propre thérapeute), sur le comment, sur la pensée positive, à la rassurer sur elle-même c’est-à-dire sur ses propres capacités constructives, à la déculpabiliser, lui permettre de retrouver ses propres potentialités internes, à « s’appartenir », à « s’avoir » et développer un vrai self. En fait on peut se soigner, décider de changer, travailler à s’apprendre par la parole, l’interaction, une personne ressource appelée « tuteur », un thérapeute…si la parole rend malade, on peut guérir par la parole. Les mots qui sont des murs peuvent devenir des fenêtres. « L’essentiel n’est pas ce qu’on a fait de l’homme, mais ce qu’il fait de ce qu’on a fait de lui ».[22]

La psychothérapie peut être individuelle ou en groupe. Nous verrons ici les indications de la psychothérapie en groupe et spécifiquement les indications du psychodrame qu’il soit individuel ou en groupe. Pour aider une personne à devenir plus autonome, le psychodrame constitue une indication première.

S’avoir grâce au groupe

« Le psychodrame est indiqué pour les personnes qui ont un défaut d’introjection (défaut d’affirmation) ou en débordement (dont le moi est débordé, incapable de contenance). Ceci est le cas, par excellence, de l’enfant qui est incapable de dire ; « je suis responsable », qui n’a pas la responsabilité de ce qu’il est (cf. Tanguy !). En termes Szondien il y a absence de la fonction K+ (je suis) et présence de P- (projection qui évite l’introjection). Je rappelle ici les significations des différents symboles :

K+ : vecteur du Moi qui représente l’introjection soit le repli sur soi, l’introversion, l’autisme, le « je suis ».

K- : représente l’adaptation, le renoncement, le « je suis pas ».

P+ : représente l’inflation, le « je suis tout ».

P- : représente la projection, être un et semblable à l’autre.

L’introjection est :

  • Une protection
  • Une institution du Moi
  • Un espace psychique intime
  • Permet d’être quelqu’un
  • Permet la frontière entre l’extérieur et l’intérieur. »[23]

La notion d’« introjection » est synonyme de celle de « symbolisation ». L’introjection comme processus constitutif de l’inconscient a un caractère fondateur dans la constitution du monde intérieur. « Le caractère inhérent est le renversement du mode passif au mode actif : introjecter c’est proprement renverser les places de l’objet et du sujet. Procédé dont la technique psychodramatique fait un usage fréquent tout à fait concret, puisque, chaque fois qu’il le juge utile et intéressant, le meneur de jeu propose à son patient de jouer le rôle de l’autre, c’est-à-dire de reprendre en première personne ce qu’il a d’abord expérimenté dans le jeu comme une situation de passivité : « Ptolémisme » ici parfaitement légitime, puisqu’il encourage en toute connaissance de cause (exactement comme dans le jeu de la bobine) le mouvement du sujet lui-même dans son effort interminable pour s’approprier son destin. »[24]

Le Moi introjecté est un Moi constitué. Mettre du jeu dans le groupe permet de sortir de la pensée clivée et de la sidération. Les participants vont être aidé en étant stimulé à décoller du besoin de faire, de l’agir et en s’interrogeant sur ce qui les déborde. À ce niveau plusieurs techniques sont utilisées dont celle, notamment, du renversement de rôle qui va permettre de décoller du vécu émotionnel. Cette technique sera surtout utilisée lorsque qu’il y a trop de projection, quand l’autre n’est plus vu comme un partenaire, quand il n’y a pas suffisamment de conscience. Le jeu de rôle va redonner du poids à la parole. Le psychodrame permet une reprise en main de soi ainsi qu’une réinsertion dans le socius. Il va permettre de passer du singulier au collectif, grâce à la Projection (P-). Sur le plan technique, deux questions essentielles sont posées : « qui veut jouer » (qui veut prendre sa place ?) et « comment tu termines ce jeu ? » (Comment prendre sa part personnelle ?). En stimulant la participation rythmique à la matrice communicationnelle d’ensemble, qu’ensemble les participants sont en train de constituer, il permet à chacun une renarcissisation énergétique. »[25]

Mots-clés :

Cramponnement, soumission, inhibition, trouble du contact, pulsion d’agrippement, relation anaclitique, capacité d’être seul, subjectivation, différenciation, autonomisation, transitionnalité, s’appartenir, introjection, symbolisation.

[1] Psychanalyse Magazine n° 24 LA DEPENDANCE : Une maladie du lien ? La chronique de Michèle Freud*

Réf. : https://www.michelefreud.com/la-dependance.pdf p.1.

[2] Ibidem, p.2.

[3] Imre Hermann est un neurologue et psychanalyste hongrois, né le 13 novembre 1889 à Budapest et mort le 22 février 1984 dans la même ville. Dans la continuité de Freud et la fidélité à Sandor Ferenczi, il s’est notamment intéressé aux relations mères-enfants et a décrit la pulsion de cramponnement.

[4] Didier Robin, Dépasser les souffrances institutionnelles. Ed. PUF. 2013. P.109.

[5] Ibidem, p.113.

[6] Didier Robin, Dépasser les souffrances institutionnelles. Ed. PUF. 2013. p.116.

[7]Jacque Schotte (né le 26 juin 1928 à Gand – mort le 18 septembre 2007) est un psychiatre et psychanalyste belge. Il a développé sur base de sa connaissance profonde de la psychanalyse, de la phénoménologie et de la Daseinsanalyse de Binswanger, et de l’analyse du destin de Léopold Szondi, une nouvelle approche de l’homme malade mental, qu’il nomma « Pathoanalyse ». Il visait au-delà de cette discipline le développement d’une psychiatrie « autologique », recentrée sur ses fondements proprement humains : l’Anthropopsychiatrie.

[8]La traduction française du terme borderline par le terme état limite conduit Ç penser qu’il s’agit d’un concept frontière, entre normal et pathologique, entre névrose et psychose, entre fonctionnement névrotique et fonctionnement psychotique.

[9] Pellet Delphine, Les états limites et la dépressivité : un lien anaclitique Réf. :http://docnum.univ-lorraine.fr/public/SCDMED_T_2004_PELLET_DELPHINE.pdf

[10]Heidegger (1889-1976) est un philosophe allemand du 20ème siècle. Elève d’Husserl, il donne à la phénoménologie une orientation radicalement différente, consistant en une analytique existentiale de l’homme entendu comme Da-sein, c’est-à-dire « le- là de l’être » ou « celui par lequel l’être survient ». « Le Dasein (littéralement « Être-là » c’est-à-dire l’existence humaine pensée comme présence au monde ou « Être au monde ») est un étant (c’est-à-dire, l’existant, l’être réel, concret) qui ne se limite pas à apparaître au sein de l’étant. Il possède bien plutôt le privilège ontique suivant : pour cet étant, il y va en son être de cet être. […] La compréhension de l’être est elle-même une possibilité d’être du Dasein. Le privilège ontique du Dasein consiste en ce qu’il est ontologique. » (Être et Temps).

[11]Jacques Salomé, Le courage d’être soi, Ed. Du Relié, 1999.p.211.

[12] Ralph Waldo Emerson (1803-1882) essayiste, philosophe, poète américain et chef de file du mouvement transcendantaliste américain du début du XIXᵉ siècle.

[13]Je précise ici que le pathique est une communication immédiatement présente, intuitive-sensible, encore préconceptuelle, que nous avons avec le monde. Le champ du « pathique » est celui qui renvoie le malade à ce qu’il peut, à ce qu’il veut, à ce qu’il doit ou ose devenir ! Ce concept est développé plus loin, dans la deuxième partie de ce livre, avec l’intitulé « Diagnostic et psychiatrie ».

[14]Jacques Schotte, Un Parcours, Editions Le Pli, 2006, p.305-306.

[15]Moussa Nabati, Guérir son enfant intérieur, Ed Fayard, 2008, p.196-197.

[16]Anne-Françoise Dahin, La victime dans tous ses états, février 2013, Yapaka.be.

[17]« Détresse » serait une traduction possible pour *Hilflosigkeit

[18]René Kaës, Introduction à l’analyse transitionnelle, http://psycha.ru/fr/kaes/1979/crise_rupture_depassement3.html#toc23,

[19]Joséphine Bacon est une poète innue originaire de Pessamit, née en 1947. Réalisatrice et parolière, elle est considérée comme une auteure phare du Québec. Elle a travaillé comme traductrice-interprète auprès des aînés, ceux et celles qui détiennent le savoir traditionnel et, avec sagesse, elle a appris à écouter leur parole. Joséphine Bacon dit souvent d’elle-même qu’elle n’est pas poète, mais que dans son cœur nomade et généreux, elle parle un langage rempli de poésie où résonne l’écho des anciens qui ont jalonné sa vie. Chez Mémoire d’encrier, elle a écrit son premier recueil Bâtons à message/Tshissinuashitakana (2009) en pensant à ces nomades amoureux des grands espaces, et a reçu le Prix des lecteurs du Marché de la poésie de Montréal en 2010 pour son poème « Dessine-moi l’arbre ». Toujours chez Mémoire d’encrier, elle a publié en collaboration avec José Acquelin Nous sommes tous des sauvages (2011) et en 2013 Un thé dans la toundra/Nipishapuinetemushuat (finaliste du Prix du Gouverneur général et finaliste du Grand Prix du livre de Montréal). (2015).

[20]Anne-Françoise Dahin, La victime dans tous ses états, février 2013, Yapaka.be.

[21]J. Lacan, Le Séminaire livre X, L’angoisse, Ed. du Seuil, 2004, p.171.

[22]Citation de Jean-Paul Sartre , L’Être et le Néant ,1943.

[23]Jacques Michelet/Conférence/Journée de « Psychodrame et Transversalité » du 11/10/2008 à Namur.

[24]Jean-Marc Dupeu, L’intérêt du psychodrame analytique, PUF, 2005, Paris. P.259.

[25] Ophélia Avron, La pensée scénique, Ed. Eres. Paris, 1996.p.9.

» your text

Cet article vous a plu? Alors partagez-le ! Rendez-vous sur Hellocoton !

VOUS DEVRIEZ EGALEMENT AIMER CEUX-CI !