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Comment sortir de ces conduites répétitives qui nous mènent à l’échec et nous font souffrir ?

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La ré…pétition et la conscience créative

Ce mot vient du latin repetitio.signifiant réclamation. De cette petitio on retrouve en français la racine latine dans pétition, demande collective. Lacan l’écrit en deux mots : ré-pétition. L’étymologie du verbe « répéter » est « repetere » qui vient du verbe « petere », et signifie en latin chercher à atteindre. C’est en 1914, dans l’article Remémoration, répétition, perlaboration que Freud commença à conceptualiser la notion de répétition. La répétition serait quelque chose qui reviendrait sans cesse, le plus souvent à son propre insu. Ce retour du même et cette insistance prennent volontiers valeur compulsive et apparaissent généralement sous la forme d’un automatisme. L’automatisme de répétition serait-il un déterminisme d’essence magique ou puissance d’une rencontre manquée traduite par un « je cours à ma perte » ? « Comme l’écrit Safouan, « 1e tragi-comique de la destinée humaine réside sans doute en ceci que, d’une part, nous sommes condamnés à la répétition, puisque le désir n’est désir, que de se suspendre à un objet foncièrement perdu… et, d’autre part, nous sommes conviés à rompre avec cette répétition »[1].

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« La répétition est une mise en acte qui échappe au sujet et qui recèle en son cœur une part de jouissance. La répétition aurait donc pour fonction de diminuer le trauma. Mais cette fonction s’avère la plupart du temps inopérante. Elle a un caractère d’automatisme. Dans un troisième temps donc, et plus précisément dans L’Envers de la psychanalyse, en 1970, Lacan en parle explicitement. Selon lui, la répétition est corrélée à la jouissance. Il s’appuie sur la découverte de Freud, en 1920, pour dire que ce qui se répète est lié à la pulsion, à l’insistance de la pulsion de mort, qui, dans ce qu’elle a de réel, échappe à la représentation, au symbolique, et devient source de jouissance. « Ce qui nécessite la répétition, c’est [… ce] qui s’inscrit d’une dialectique de la jouissance, [et qui] est proprement ce qui va contre la vie. […] la répétition n’est pas seulement fonction des cycles que comporte la vie, cycles du besoin et de la satisfaction, mais de quelque chose d’autre, d’un cycle qui emporte la disparition de cette vie comme telle, et qui est le retour à l’inanimé. […] Il suffit de partir du principe de plaisir, qui n’est rien que le principe de moindre tension, de la tension minimale à maintenir pour que la vie subsiste. Cela démontre qu’en soi-même, la jouissance le déborde et que, ce que le principe du plaisir maintient, c’est la limite quant à la jouissance.»[2] La répétition est aussi une voie d’accès à son « la tuché »[3], c’est la rencontre, c’est ce qui n’a pas pu être évité, ce qui est impossible à symboliser pour le sujet, et que Lacan va nommer le réel. C’est la rencontre avec quelque chose d’inattendu, qui n’a pas été programmé. C’est le réel du trauma.

En tant que thérapeutes nous pouvons évoquer des situations où nous sommes témoins impuissants d’une répétition trop rapide et trop violente. Ces situations rendent compte de certaines consultations uniques après lesquelles nous nous demandons avec perplexité pourquoi le patient n’est pas revenu et si nous ne sommes pas responsables d’une erreur ou d’une maladresse ; en fait, nous n’y voyons que du feu ; on peut présumer qu’il y a pas mal de patients qui errent ainsi de thérapeute en thérapeute, ne trouvant leur salut que dans une fuite répétée. Cela nous renvoie à la question de la demande en psychothérapie.

La demande

Ce qui amène une personne à rencontrer un psychothérapeute c’est en général qu’il y a quelque chose qui ne va pas et souvent c’est  quand cette personne s’aperçoit qu’elle a beau faire, elle retombe toujours dans les mêmes problèmes, que quelque chose qu’elle ne comprend pas se répète. Les demandes de conseil, d’aide, d’orientation, voire parfois de psychothérapie, sont souvent sous-tendues par l’espoir initial d’une normalisation rapide avec une attente disproportionnée (« Réparez-moi cela en vitesse »). Ces personnes ne sont pas encore prêtes à admettre qu’elles  tiennent à leur symptôme.

«  Il n’en reste pas moins qu’à notre époque de « prétendue information », bien des sujets, après avoir évoqué cet éternel retour du même qui les tourmente caressent l’espoir, malheureusement vain, d’une reprise de contrôle moïque : mieux contrôler, mieux maîtriser, « mieux gérer ses sentiments » (quelle affreuse expression), leur espoir trop souvent déçu repose sur le postulat si répandu de l’unité du sujet, un sujet qui pourrait évacuer ses drames passés et enfin trouver l’oubli et la tranquillité. Ce type actuel de demande met en question l’activité des multiples psychothérapeutes qui foisonnent sur le marché, que leur pratique soit consolatrice, invigorante, d’accompagnement d’aide à la mise en mots, qu’elle se réfère à des techniques codifiées comportementales, pédagogiques, cognitives, qu’elles soient attentives ou non à la part de suggestion et de transfert. »[4]

« Donc retour à la vraie demande. À quoi ça se juge, et il faut bien que ça puisse s’évaluer, si on en fait la condition pour allonger le patient. Alors, pour approcher les vraies demandes, interrogeons les fausses demandes. Il me semble que dans la vie courante on n’a pas de mal à détecter les fausses demandes, celles faites juste pour entretenir le dialogue dans les dîners par exemple, pour manifester un intérêt de circonstances, pour faire plaisir, etc., et il suffit de chercher à y répondre pour s’apercevoir qu’elles n’étaient que des semblants de demande, soit des dits qui ne portaient aucun désir effectif. Là on peut utiliser la construction classique de Lacan, la vraie demande porte autre chose, qui n’est pas demande, qui est désir. Grosse différence, la demande va vers, vers des objets ou vers la présence, le désir, lui, est poussé, et on ne sait pas où il va ».[5]

 Face à une demande, il convient toujours de ne pas répondre avec empressement, mais de chercher le sens de la demande, c’est-à-dire le caché, le non dit, permettant ainsi un échange; mais face aux problèmes de temps et aussi parfois a une formation trop limitée, la réponse peut être faite sur la demande manifeste, ignorant la demande latente et ne permettant pas une ébauche de prise en compte du désir. En tant que soignants, devons-nous répondre à cette  » demande  » basée sur le besoin ? Pouvons-nous nous appuyer sur cette demande pour engager une réflexion  » thérapeutique « , montrer que l’on est capable d’entendre ce qui se dit à demi-mot ? L’exemple typique est celui du patient hospitalisé qui se plaint de difficultés pour dormir. S’appuyant sur le besoin, l’infirmière ou le médecin pourrait répondre en donnant un quart de lexomil….Passant ainsi a cote du désir qui peut être un besoin de parler ou une peur, une angoisse non exprimée (face à une opération par exemple). Et ce serait seulement dans cet écart entre demande et besoin que pourrait, dans certaines conditions, apparaître quelque chose du désir du sujet, comme primus movens, ne serait-ce qu’un désir insatisfait. Le désir est en quelque sorte lié à la possibilité d’émergence d’une demande intransitive, comme l’est une demande de changement, en tant qu’elle n’est pas demande de quelque chose. C’est pourquoi il nous semble que le travail psychothérapeutique, à quelque niveau que ce soit, n’est pas de combler des besoins, mais de susciter, autoriser, faciliter l’émergence d’une demande. C’est un travail de désaliénation, qu’il soit institutionnel, familial ou individuel. « D’où cette autre formule de Lacan que toute demande est une demande d’amour.
Demande nécessairement frustrante, dans la mesure où la mère ne saurait, et c’est heureux, être exclusivement et constamment tournée vers son enfant. Demande, de ce fait, jamais totalement satisfaite et toujours à renouveler. Est-ce à dire que l’enfant va ainsi passer son temps, de demande en demande, à tenter d’obtenir la confirmation impossible de l’amour maternel total ? Ce peut être le cas, si celle-ci, ne renonçant pas à être tout amour pour l’enfant, s’installe, imaginairement, dans cette position de toute-puissance, en voulant croire et lui laisser croire qu’elle peut répondre à toutes ses demandes, qu’elle a tout ce qu’il lui faut. Comment alors, pour l’enfant, lui signifier, autrement que par une surenchère de la demande, que ce qu’elle lui donne (son sein, ses bras, son temps, son argent…), ça n’est pas ça ? L’amour, disait encore Lacan, c’est donner ce que l’on n’a pas. Et c’est donc, au contraire, la défaillance de la mère qui va permettre à l’enfant de passer à un autre registre que cette frustration sans fin, celui du désir. Dans un texte de 1912, « Sur le plus général des rabaissements de la vie amoureuse », il conclut ainsi à une difficulté inhérente à la pulsion sexuelle : « Aussi étrange que cela paraisse, je crois que l’on devrait envisager la possibilité que quelque chose dans la nature même de la pulsion sexuelle ne soit pas favorable à la réalisation de la pleine satisfaction. » Et il rattache ce « quelque chose » à ce constat de la psychanalyse : « Lorsque l’objet originaire d’une motion de désir s’est perdu à la suite d’un refoulement, il est fréquemment représenté par une suite d’objets substitutifs dont aucun ne suffit pleinement. »  D’où ces conduites de répétition qui visent non pas à retrouver l’objet, irrémédiablement perdu, mais à le faire exister comme perdu en le ratant d’aussi près que possible, pourrait-on dire. Lacan pointera le caractère mythique de cet objet perdu freudien qui vient habiller de la nostalgie d’une jouissance première avec la mère, ce trou de l’origine, « ce réel au-delà de toutes les représentations qu’en a le sujet », qu’il nommera « la chose », dans le séminaire L’Éthique de la psychanalyse, c’est à partir de ce lieu hors signifiant, lieu du refoulement originaire, que s’organise la dialectique de la demande et du désir. Dialectique que Freud repère à travers les impasses de la répétition, par exemple dans les névroses d’échec, mais aussi bien et plus subtilement à l’œuvre dans les conduites ordinaires par lesquelles nous mettons régulièrement en perspective des objets à obtenir, des projets à réaliser, des récompenses à décrocher, des défis à relever, selon des modalités propres à chacun, et dont la satisfaction, sinon totalement ratée, laissera ce réel approché, mais hors d’atteinte et ne pourra être que partielle et temporaire, permettant la relance du désir vers d’autres objectifs. S’agissant des patients qui nous arrivent, et puisqu’ils nous arrivent, il est probable qu’ils sont, plus que d’autres, empêtrés dans la répétition, du côté de l’échec plutôt que de la réussite. Et leur demande à notre endroit est à considérer de la même façon, à la fois comme une tentative ultime de sortir du ratage et de la souffrance qui l’accompagne et comme une tentative supplémentaire de le reproduire et de s’en faire confirmer l’inéluctable, corroborer leur fantasme, certifier leur symptôme. Ce que nous ne manquerions pas de faire simplement en répondant à leur demande initiale, dans les termes où ils la posent. Ainsi, dans l’exemple de ce petit Johnny[6], répondre par un examen, un test et, éventuellement, par un certificat attestant que l’enfant est ou n’est pas, peu importe, plus agressif qu’un autre, reviendrait à certifier toute la détermination inconsciente qui préside à la demande, au prix d’y enfermer un peu plus l’enfant. C’est donc, là, la raison de la suspension de la réponse à la demande qui va permettre, au contraire, de déployer ces déterminations, au fil des demandes substitutives, explicites ou implicites, qu’elle va engendrer. »[7] Dans ma pratique avec les personnes handicapées mentales, j’ai constaté qu’à l’amélioration mentale des personnes correspond une augmentation des demandes explicites. Voici ce que j’en disais, en conclusion, dans mon livre « Handicap mental et techniques du psychodrame »[8] : «  Les résultats observés par le personnel institutionnel ainsi que par certains parents, révèlent, auprès des personnes handicapées mentales participant au psychodrame, un meilleur climat relationnel, une diminution de leur souffrance, des plaintes et corrélativement  une augmentation de demandes de plus en plus précises auxquelles des réponses sont possibles. Les personnes se révèlent moins agressives, plus dans l’écoute, le respect, la nuance et davantage engagées dans une perspective constructive, un projet. » La mobilisation du désir de vivre constitue une action essentielle de l’élaboration psychique des personnes en proie au trauma, car lorsque le désir de vivre fait son retour, les symptômes post-traumatiques s’en vont.

La répétition, n’est pas seulement le destin du sujet, elle est aussi une voie d’accès à son désir

Nos désirs peuvent être refoulés par notre morale, nos valeurs, notre éducation, la religion. Mais malgré cela ils sont en nous et exercent une poussée (pulsion). Le désir est alors en quelque sorte l’envers de la loi, d’où son attirance pour l’interdit. Ou encore, nous ne pouvons pas avoir ce qui est interdit, hors le désir étant issu d’un manque, je vais désirer ce qui est interdit, car je ne l’ai pas. Pour Lacan, comme dit précédemment, le désir c’est le désir de l’autre ou encore le désir de désir. Le désir est foncièrement position de l’altérité. Le désir humain est essentiellement le désir d’être reconnu par l’autre. Être reconnu dans son désir, comme un être désirant. Le désir est, chez le sujet humain, réalisé dans l’autre, par l’autre, chez l’autre. Pas d’interrogation sur le mot manque, mais être ? Manque à être quoi ? La réponse se situe dans l’autre phrase de Lacan sur le désir : le désir de l’autre. Le manque à être peut être alors compris comme le manque à être l’objet du désir de l’autre. Par exemple, quand la mère part, le nourrisson peut alors ressentir ce manque à être l’objet de son désir à elle (la mère). Nous sommes alors dans un désir de désir. « Etre » a plusieurs sens, il peut être le verbe, mais aussi le nom, je suis un être vivant et être vivant. Ce que nous pourrions alors voir dans ce manque à être, c’est que le sujet va se construire à partir de cette frustration. Il va aller chercher dans la quête d’autres objets d’amour ce manque à être. En faisant cela, il va construire son être. L’être humain se construit grâce à la frustration. En quelque sorte, le désir de l’autre c’est le désir de soi, d’être soi-même, à savoir un être désirant, c’est l’affirmation ultime du sujet. De la perte va alors naître un gain, et c’est cela le désir : de la perte il nait un gain et le désir étant né de la perte, on peut voir le désir comme le gain de la perte. Le manque c’est l’être ; le désir est à lui-même son propre manque – le désir est manque d’être. La formule du « manque à être » est venue à Lacan de cela. Dès que le sujet lui-même vient à l’être, il le doit à un certain non-être sur lequel il élève son être.

La répétition et l’objet « a »

Comme le dit Lacan, « le sujet a toujours à reconstituer l’objet, il cherche à en retrouver la totalité à partir de je ne sais quelle unité perdue à l’origine  ( …) »[9]. Cette conception de l’objet originellement perdu, est désignée par Lacan par la lettre a. Freud déduit de cette perte originelle une expérience de satisfaction mythique, que le sujet tentera désespérément de retrouver, ce qui fonde son désir. Le sujet est ainsi voué à une répétition de cette quête qui ne pourrait le satisfaire, puisque, à vouloir répéter l’expérience première, il en éprouve une perte inévitable : l’objet retrouvé n’étant jamais le même, il diffère à chaque fois, c’est une rencontre manquée qui se réitère, tout en rappelant systématiquement la perte initiale.  « L’objet «a», c’est ce qui «reste» (par exemple, d’une rencontre). On pourrait parler ici d’un «en plus». Ceci se rapproche de la façon dont Lacan définit l’objet «a»: «plus de jouir». Il est en effet cause du désir, lui-même articulé avec la jouissance; mais l’objet «a» est hors jouissance. C’est parce qu’il est hors jouissance que c’est du négatif qui devient du «pins de jouir»… Je dis ceci pour préciser ce que j’entends par «l’objet a, c’est ce qui reste». On est en train de converser poliment avec quelqu’un, et quand on se retrouve seul, on peut se dire: «Quel emmerdeur!» ou bien: « Quel moment agréable! », et on reste fasciné, pris dans le «regard» de l’Autre. De même à propos de la voix, etc. L’objet «a» est « hors jouissance», mais la jouissance, elle, est dans la rencontre. Et quelque chose va typifier ce mode de jouissance, sous forme d’un «sentiment», d’un «Einfühlung». À rapprocher ce phénomène de ce que Rümke désigne comme «Praecox Gehfühl» (il vaut mieux ne pas traduire cette expression) et de ce que Lacan appelle «l’instant de voir». Nous pourrions proposer aussi «l’instant de sentir», au sens pathique du terme: sensibilité pathique, immédiate, au style de celui qui se présente; une certaine qualité spécifique de son mode de présence… Ce qui permet de faire un diagnostic avant tout repérage de symptômes »[10]. Notre culture produit de l’objet a pour tous afin de combler les manques. Lacan parlait de la télévision, comme projetant l’objet a pour tous. Est-ce un monde de la jouissance consommatrice sans limites ? La science, d’après Lacan, nous donne des gadgets pour combler ce qui nous manque dans le rapport à l’(A) autre. La société de consommation serait-elle devenue une société de consolation ?

Le transfert et la répétition

« Le transfert est le processus constitutif de la cure analytique par lequel les désirs inconscients de l’analysant concernant les objets extérieurs viennent se répéter dans le cadre de la relation analytique, sur la personne de l’analyste, mis en position de ces divers objets.  Le transfert c’est un déplacement, un transport, une substitution d’une place à une autre. La répétition met en jeu en son cœur même un réel. Le transfert permet une symbolisation[11]. Ce que l’analyste répond est moins important que la place d’où il répond.. Lacan pose le transfert comme « mise en acte de la réalité de l’inconscient ». Il me semble que nous pouvons dire que le transfert permet à l’analysant de repérer sa façon répétitive de fonctionner car elle est à l’œuvre dans le transfert comme dans sa vie courante. Mais là, elle est mise en acte, l’analyste la considère comme un acte du sujet et, avec le temps pour comprendre, l’analysant en arrivera à cette même conclusion. »[12] 

La répétition et psychothérapie

La psychothérapie ne promet pas de miracle. Mais elle dit qu’en travaillant sur soi-même, on peut consentir à ne plus se voiler la face, et se saisir de la corde qui nous lie à notre souffrance. Il s’agit de retourner l’événement à l’origine de nos fourvoiements, de l’instrumentaliser plutôt que d’en être l’esclave. Et de libérer ainsi notre désir. Quand nous y arrivons enfin, nous acquérons une grande force intérieure. Ce n’est pas le bonheur, pas la complétude, pas l’unité de soi, mais une forme d’énergie et de satisfaction que nous ressentons dans tout ce que nous accomplissons. Choisir notre vie ? Décider de notre désir ? La psychothérapie le propose. Elle suggère de repérer les obstacles récurrents qui se dressent systématiquement devant nous à chaque fois que nous essayons d’être en accord avec nos désirs. Face à sa souffrance intérieure, un choix va s’imposer. Lequel ?  Soit de nous complaire et de nous laisser dominer par la souffrance, soit d’établir une rupture radicale et de passer à un second niveau, que l’on peut appeler « la conscience réfléchie ». Au cours de cette étape, nous apprenons à faire le tri entre nos désirs, nos projets, nos pensées, nos émotions… Nous devenons ainsi plus libres parce que nous nous détachons de nos désirs confus et contradictoires. Nous constatons que nous étions aveuglés par des fantasmes, des imaginations irréalistes où tout tournait uniquement autour de nous-mêmes  et de notre supposée grandeur. Ensuite, nous nous réalisons, parce que nous parvenons à des choix où nos aspirations s’accordent à la vie en société. Il s’agit en fait de choisir « avec » les autres, sans pour autant nous soumettre passivement à leur domination.

La répétition et le dispositif psychodramatique[13]

Dans le jeu psychodramatique la mobilisation de l’affect est plus intense sur la scène représentée que lors du récit de celle-ci. C’est dans le passage du récit au jeu que l’on appréhende toute la fécondité de la « représentation transférentielle ». La mise en scène est non plus seulement racontée mais représentée et ce en direct. Parfois une remémoration reste impossible et la répétition ou représentation[14] peut permettre d’amener par exemple un évènement enfoui, oublié, un traumatisme pour la première fois à la perception et à la décharge motrice dans des conditions favorables grâce au dispositif psychodramatique. La représentation a un effet cathartique dans le sens aristotélicien d’une purge. Le jeu stabilise complètement le rapport au corps du sujet qui se trouve engagé dans un rapport d’excitation. La répétition exprime une souffrance indicible. Il faut savoir rompre la répétition pour surprendre et passer à un autre plan car un enfant peut rester plusieurs années à jouer toujours à un même jeu répétitif. L’intérêt principal du travail de représentation n’est pas seulement dans les vertus de dialogue des propos qui libèrent l’expression. L’intérêt essentiel est clinique : la fonction poétique ouvre à la démultiplication du sujet. En psychodrame, la personne s’exprime verbalement, mais aussi corporellement par une représentation qui la replace dans une situation vécue et son contexte.  Entre parole et mimique une synergie s’installe. Je citerais l’exemple d’une représentation d’une situation qui a permis, très rapidement, une meilleure prise de conscience de soi. Il s’agit d’un patient  âgé d’une trentaine d’années (que j’appellerais ici Jules nom  d’emprunt-) qui, en général, est très soumis à l’autorité et ne supporte pas le conflit entre les personnes. Au cours de son évolution thérapeutique, il évoque une situation où il n’ose pas s’affirmer face à une personne âgée de septante ans environ (que j’appellerais François) qui cherche à s’imposer à lui. Il situe le contexte relationnel dans un cadre de loisir. Jules évoque son impossibilité de réagir face à  François. Nous représentons en séance individuelle la situation. Ce jeu nous apprend que Jules évite le conflit. Il se justifie et cherche à s’en aller. Je résume le « dialogue » : François : « tu aurais dû ranger le matériel ! » Jules : « je fais mon possible ici, je fais déjà le maximum ». Jules est visiblement excédé par les reproches de François. Au moment où François s’adresse à Jules et lorsque Jules répond à François, Jules opine sans arrêt du bonnet en bloquant sa respiration par ailleurs ! Jouant son rôle[15] (le thérapeute joue le rôle de Jules) reprenant le propos de Jules et son langage non verbal, il se rend compte de son attitude. Il interprètera cette scène en disant : « j’acquiesce tout le temps ! » En fait, il se sent très souvent coupable : « je ne suis pas d’accord, mais je l’accepte » dira-t-il. Questionné par l’animateur à ce sujet il se rappelle un souvenir d’enfance où ses parents étaient très stricts avec lui et ne voulaient entendre aucune justification. Pour ces derniers, les adultes avaient et auraient encore toujours raison ! Il s’agissait d’un devoir qu’il n’aurait pas remis à son instituteur alors qu’il affirme l’avoir donné, mais que l’instituteur aurait égaré. Jules a été puni deux fois et par son instituteur et par ses parents. Il a gardé de cette situation un profond sentiment d’injustice et le manque de confiance que ses parents avaient en lui. Pour Jules, s’affirmer, dire la vérité c’est pire ensuite ! À quoi bon, donc, dire la vérité si elle n’est pas entendue ! Pour Jules il vaut donc mieux fuir une situation conflictuelle sous peine de la voir prendre plus d’ampleur et de ne jamais trouver d’issue. Souvent il ne se sent pas à la hauteur comme il dit. En position de coupable (culpabilité qui n’en finit pas de ne pas se régler) il devient hyperactif pour éviter tout reproche. À force d’éviter le conflit, Jules le crée en lui-même et souffre de maux d’estomac et d’épuisement. Un travail portant notamment sur l’assertivité lui a permis ensuite de se dégager de ce cercle vicieux, de s’affirmer et de reprendre confiance en lui. Le travail d’analyse, de remémoration en place de la répétition, lui a permis de  s’affirmer dans sa singularité. Un travail en hypnose lui a permis également, à certains moments, un lâcher-prise indispensable, de mieux respirer et lui permettre d’être lui-même au lieu du devoir faire et agir continuellement.

Mots-clés :

L’insu – le réel du trauma – l’instant du sentir – l’automatisme – la jouissance – fausse demande – désir du sujet – désirs confus et contradictoires – le gain de la perte – la symbolisation – la représentation – choisir sa vie – la conscience réfléchie – décider.

[1] L’automatisme de répétition et les limites de notre pouvoir. Quelques illustrations,   Jean Delahousse. Réf.. : http://www.ecole-psy-nord.asso.fr/wp-content/uploads/2016/08/autorepetition-Quelques-illustrations.pdf

[2]Evelyne Hurtado, La répétition de Freud à Lacan « Répéter : destin du sujet et voie du désir * »  file:///C:/Users/jmich/Desktop/la%20répétition%20de%20freud%20à%20lacan%20.pdf

[3] Tuchè, c’est donc l’origine, la cause qui déclenche chez le patient le mécanisme de la répétition : une phobie, un cauchemar, une situation qui se répète interminablement pour le patient, toujours comme par hasard, et constitue sa névrose. Le problème, c’est qu’entre l’origine qui expliquerait tout, donc l’élucidation apporterait la guérison, et la névrose elle-même, il y a toujours la clocherie de la causalité. « La fonction de la tuché, du réel comme rencontre — la rencontre en tant qu’elle peut être manquée, qu’essentiellement elle est la rencontre manquée — s’est d’abord présentée dans l’histoire de la psychanalyse sous une forme qui, à elle seule, suffit déjà à éveiller notre attention — celle du traumatisme.

[4] L’automatisme de répétition et les limites de notre pouvoir. Quelques illustrations,   Jean Delahousse. Réf. :http://www.ecole-psy-nord.asso.fr/wp-content/uploads/2016/08/autorepetition-Quelques-illustrations.pdf

[5] Colette Soler, Travailleur * ? Séminaire EPFCL, Mensuel 104 https://www.champlacanienfrance.net/sites/default/files/soler_M104.pdf

[6] Exemple cité par l’auteur dans ce texte : Bon Norbert, ‘‘Analyser la demande, reconnaître le désir‘,

[7]Bon Norbert, ‘‘Analyser la demande, reconnaître le désir‘,https://www.jdpsychologues.fr/article/analyser-la-demande-reconnaitre-le-desir.

[8] Jacques Michelet, Handicap mental et techniques du psychodrame, Ed. L’Harmattan, 2008.p.144-145.

[9] J. Lacan, Le Séminaire. Livre II. [1954-1955] Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse Seuil, Paris 1978, pp. 332-333.

[10] Jean Oury, L’objet chez Lacan, Clinique LaBorde,http://www.revueinstitutions.com/articles/oury_objetlacan.pdf

[11]La symbolisation : ce terme désigne la fonction d’expression ou de représentation psychique de la vie pulsionnelle. Que signifie exactement symboliser ? Pour répondre à cette question, il nous paraît nécessaire de revenir au jeu de la bobine mis en évidence par Freud. C’est le jeu du « Fort-Da »[11] au cours duquel le petit-fils de Freud renouvelle le geste d’Hermès en créant son propre jouet. Dans ce jeu, la bobine (l’objet petit a) est l’équivalent de la mère (abandonnante) mais aussi de tout ce qui est susceptible de disparaître : personne ou objet. « Ce premier jeu inventé par l’enfant fonctionne comme un schème de représentation ».[11] Cette description ne va pas sans évoquer le processus que Winnicott place à l’origine des « objets transitionnels ». La symbolisation implique la représentation d’un objet absent. Dans la réalité, l’enfant a subi la séparation. Elle l’a fait souffrir. S’il arrive à la représenter symboliquement par un jeu, c’est d’abord qu’il a pu prendre un certain recul vis-à-vis d’elle, qu’il la voit de dehors, sur un certain plan, en provoquant la présence-absence du substitut, et qu’enfin il pourra interpréter pareillement des séparations comparables et ne plus être totalement surpris. L’enfant était passif, envahi par l’expérience mais, en la répétant, il acquérait un rôle actif. « Le moi qui a vécu passivement le trauma en répète maintenant activement une reproduction affaiblie, dans l’espoir de pouvoir en diriger le cours en agissant par lui-même. Nous savons que l’enfant se comporte de la même manière face à toutes les impressions qui lui sont pénibles en les reproduisant dans le jeu ;  par cette façon de passer de la passivité à l’activité, il cherche à maîtriser psychiquement ses impressions de vie ».[11]  Dès qu’il mime l’absence et la présence, l’enfant fait vivre l’objet « ici » et « maintenant ». La mère présente doit être appréhendée comme celle qui pourrait ne pas être là. Ce travail permet à l’enfant de ne pas s’enfermer dans l’imaginaire. Ce mouvement d’alternance, dans une relation d’ouverture et de fermeture est décomposé, aussi, par Sami Ali comme un mouvement agressif, comme un désir actif de l’enfant  de se séparer de sa mère (« Ma mère ne m’abandonne pas », « Je ne suis pas abandonné par elle » ou encore « Ce n’est pas toi qui me laisses tomber », « Je n’ai pas besoin de toi », « Je t’envoie promener moi-même »). Ce mouvement semble s’inscrire dans un contexte ambivalent qui fait naître chez l’enfant de l’angoisse et de la culpabilité. La plupart de ces jeux symboliques tentent à reproduire ce qui a frappé, à évoquer ce qui a plu ou participer de plus près à l’ambiance, bref, à construire un vaste réseau de dispositifs permettant au moi d’assimiler la réalité tout entière c’est-à-dire se l’incorporer pour la revivre, la dominer ou la compenser. C’est aussi la conscience du « comme si ».

[12]Répétition, transfert, désir de l’analyste – Joëlle HUBERT-LEROMAIN file:///C:/Users/jmich/Desktop/Repetitiontransfert.et_.desir_.de_.lanalyste.Liege_.13.02.2010.pdf

[13] Pour une information plus détaillée sur le psychodrame je renvoie le lecteur à l’article suivant : https://www.psychotherapie-psychodrame.be/2016/02/06/quest-ce-que-le-psychodrame/

[14] La représentation est une re-présentation c’est-à-dire une présentation nouvelle. Elle a une fonction de libération et de re-création. Elle constitue une reprise du vécu sur le plan symbolique (symbolisation). Elle permet à l’enfant d’accepter le traumatisme de la séparation sans en être détruit, sans non plus se réfugier dans l’imaginaire pur. Le jeu est là, précisément, pour maintenir en oeuvre la fonction de représentation qui lui permet en l’occurrence d’interpréter un fait nouveau au lieu de le subir. La fonction de représentation sert de clivage entre l’imaginaire et le réel. Elle sauve l’homme du délire en lui ouvrant le champ symbolique. Par la représentation, le mot commence par fonctionner comme signe c’est-à-dire non plus comme simple partie de l’acte mais comme évocation de celui-ci. « Parler, c’est désigner l’objet absent, passer de la distance à l’absence comblée par la représentation. Les mots, les signes représentent la présence dans l’absence. Le langage  « est »  une présence-absence, présence évoquée, absence remplie ».[14]

[15] Jouer le rôle du patient consiste à utiliser la technique psychodramatique du miroir qui consiste à lui faire prendre conscience de sa position, de son attitude et positionnement,  par sa propre représentation jouée par un protagoniste (participant du groupe s’il y a groupe ou thérapeute en individuel). Pour plus d’informations à ce sujet je renvoie le lecteur à mon livre : « Handicap mental et Techniques du psychodrame », Technique du miroir, p.84.

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