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Le séminaire de la lettre volée

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La scène se joue dans le boudoir royal où la reine reçoit une lettre, que l’entrée du roi la contraint à dissimuler parmi d’autres papiers, montrant par là que le contenu ne peut qu’en être compromettant pour son honneur ou sa sécurité. Profitant de l’inattention du roi, la reine a laissé la lettre sur la table. Celle-ci n’échappe cependant pas à la vigilance du ministre, entré à la suite du roi, qui voit l’embarras de la reine et en comprend la cause. Le ministre sort alors de sa poche une lettre identique et feignant de la lire, la substitue à la première, au grand désarroi de la reine qui n’a rien perdu du manège, mais n’a pu l’empêcher, craignant d’éveiller la suspicion du roi. La reine sait donc que le ministre possède cette lettre et le ministre sait que la reine a été témoin de son geste.

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La deuxième scène se passe dans le bureau du ministre et semble bien répéter la précédente. Depuis dix huit mois, la police profitant des absences nocturnes du ministre a fouillé l’hôtel et ses abords, sans parvenir à découvrir cette précieuse lettre. Le chef de la police se fait alors annoncer au ministre, et inspectant lui-même les lieux derrière ses lunettes vertes, découvre bientôt l’objet de tant de recherches. Il s’agit d’un billet froissé, abandonné comme par inadvertance aux regards de chacun, ce qui comme chacun sait est bien le meilleur moyen de ne le faire voir de personne. Il s’en empare prestement, répétant en cela le geste du ministre, qu’il quitte sans trop de hâte, assuré que celui-ci n’a rien vu de la substitution. La situation nouvelle ainsi créée, c’est que le ministre n’a plus la lettre et ne le sait pas, tandis que la reine sait désormais que la lettre n’est plus entre ses mains.

Ce qui est intéressant ici c’est la manière dont les sujets se relaient dans leurs déplacements au cours de cette répétition intersubjective. Leur déplacement est déterminé par la place que vient à occuper le pur signifiant qu’est la lettre volée, dans leur trio. C’est ce que Lacan va nommer, confirmant Freud,  comme automatisme de répétition.

Ce qui nous charme dans ce conte, c’est bien que tout le monde soit joué. Il y a une vérité qui affleure et se cache. Il y a une vérité qui aveugle parce qu’elle est évidente, qui se dérobe et que personne ne voit. C’est en vain que la police a cherché partout la lettre : elle était à sa place sur la table du ministre, là où tout le monde pouvait la voir, mais où personne ne la voyait. Il faut donc admettre que la vérité puisse être là, aux yeux de tous offerte, mais dans un champ où l’on n’a pas coutume de pousser ses investigations. Edgar Poe parle d’un autre lieu, Freud parlait d’une autre scène. C’est bien ce jeu du regard aveugle et de la vérité qui voit, que le fondateur de la psychanalyse nous a appris à reconnaître comme le lieu de l’inconscient.

Que dire de cette histoire de personnages aveugles et aveuglés par une vérité qu’ils ne voient pas, et qui régit tous leurs gestes ? Il faut reconnaître au signifiant de la lettre volée la véritable fonction de sujet, et c’est bien là ce qu’exprime le conte d’Edgar Poe. Le déplacement du signifiant détermine les sujets dans leurs actes, dans leur destin et nul ne saurait échapper à cette loi. « La lettre, pas plus que l’inconscient du névrosé, ne l’oublie. Elle l’oublie si peu qu’elle le transforme » nous dit Lacan.

Ce que Lacan dégage du récit, c’est une même structure sous-jacente se composant de trois positions distinctes chacune définissables par trois regards distincts (et trois temps ):

–          position I : celui qui ne voit pas ce qui se passe sous ses yeux = l’imbécile (le roi dans la première scène puis la police dans la seconde),

–          position II : celui qui voit que le premier ne voit pas et qui de ce fait  pense que ce qu’il a à cacher (à savoir la lettre) est bien caché = le présomptueux bien trop sûr de lui (la reine puis le ministre),

–          position III : celui qui voit que le second pense que ce qu’il a à cacher est bien caché du fait que le premier ne voit pas et qui de ce fait se saisit de ce qui a à saisir à savoir la lettre = le malin (le ministre puis Dupin)

Réf. :

La lettre volée,Edgar Allan Poe, 1844. Ed.EMSE EDAPP SL

http://staferla.free.fr/Lacan/La%20lettre%20volee.pdf

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