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Clinique de la dépression

Par

Osiris

Dépression et dépressivité :

La vie psychique  ne se construit que sur pertes et séparations, et cette capacité à les intégrer est concomitante de la capacité créatrice, la dépressivité est régulatrice du développement individuel. Le psychologique en général est une métaphore que se donne la vie psychique pour se défendre d’un anéantissement, en ce sens il a toujours rapport avec le deuil.

Fédida [1] propose une hypothèse celle de : « la différence qu’il convient d’établir entre la dépressivité, ou la capacité dépressive, inhérente à la vie psychique (la vie psychique est dépressive au sens où elle assure protection, équilibre et régulation à la vie et l’état déprimé qui représente une sorte d’identification à la mort ou à un mort ».

Si « la dépression peut être tenue pour une crise survenant dans une vie » à la suite de ruptures, de séparations ou de deuils, elle assure aussi une protection, douloureuse, certes, elle a une fonction de régulation des rythmes et des temps intérieurs, des changements.

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Si Fedida soutient que la dépression n’est pas une maladie, mais la maladie humaine de la modernité, il n’exclut pas que les avancées de la biologie vont faire disparaître la notion de dépression et avec elle la dimension tragique de l’existence. Être déprimé ou performant, telle sera la question. Et l’on trouvera la réponse en actionnant le bouton d’un distributeur automatique d’antidépresseurs.

Il souligne alors que le médicament n’est pas si antidépresseur qu’on le dit, puisqu’il provoque l’effacement de la souffrance par une action corticale plus que par une action sur les symptômes de la dépression. Il n’en reste pas moins que ce bien-être minimum restaure un autoérotisme nécessaire, et notamment nécessaire à ce que se reconstitue la fonction créatrice de la capacité dépressive, que la dépression avait anéantie. La molécule n’atteint son action que portée par une parole transférentielle, celle de l’analyste, qu’elle ne devient médicament qu’à cette condition.

Il faudrait simplement être conscient du fait que les anti-dépresseurs ne guérissent pas, mais qu’ils peuvent positivement servir de canne en aidant à passer un moment difficile.

Fedida invite chacun à devenir un peu moins sévère, un peu moins dur, un peu plus indulgent avec lui-même, en considérant surtout certaines fragilités ou faiblesses avec bienveillance, sans chercher à les déraciner, notamment par la chimie, dans la mesure où nos forces et nos créativités proviennent justement de ces supposés défauts que nous cherchons à éliminer de façon agressive.

La dépression :

La dépression est en effet cette fascination par un état mort qui serait la seule possibilité de rester vivant, sous la forme inanimée. de s’épuiser dans une sorte d’hémorragie vitale. Il y aurait dans toute dépression une mort inaperçue, et le déprimé mettrait en œuvre la conservation du mort par une identification au tombeau. La dépression serait en somme l’incapacité du psychique à porter ses morts, mais pour les avoir oubliés, deuil impossible qui neutralise l’action des morts par usage anesthésique de l’affect de dépression. La guérison de l’état déprimé passerait donc par la retrouvaille de cette mort inaperçue, et la sépulture serait la mémoire réminiscente, rendant l’oubli impossible.

Pou Moussa Nabati [2]La dépression est comme un clignotant, un avertisseur et elle ne peut être bénéfique que dans la mesure où, grâce à un travail sur son intériorité et sur son passé, on réussit à en découvrir les raisons et le sens.

En fait, ce n’est jamais l’adulte qui déprime, mais toujours son enfant intérieur, le petit garçon ou la petite fille en lui.

Un message important que l’on peut découvrir dans la dépression, c’est que on ne s’est pas occupé de soi durant de longues périodes, on n’a pas été présent à soi et à l’écoute de ses désirs. Sans doute, en raison du souci d’être parfait et irréprochable pour pouvoir se faire aimer. Donc, la dépression peut s’accompagner d’un bienfait dans la mesure où elle peut nous encourager à nous occuper plus de nous-mêmes sans forcément avoir besoin de trouver des justifications au dehors, mari enfants, travail, logement etc… En conclusion, ce n’est pas nous qui devons guérir la dépression mais c’est elle qui est venue nous guérir.

La dépression n’est pas héréditaire sur le plan biologique et génétique. Mais elle peut très bien se répéter au cours de plusieurs générations. Si on se donne la peine et le courage de l’accueillir et de l’écouter, on peut mettre fin à la répétition. « Quant à la culpabilité, elle est effectivement très présente dans la dépression dans la mesure où elle peut représenter une façon de s’auto-punir contre la dépression de la mère, comme si sa souffrance était de ma faute et que c’était à moi de la soigner. C’est exactement là la notion importante de l’enfant thérapeute. »[3]

La mélancolie :

D’après  Marie-Claude Lambotte[4]dans la mélancolie les jeux sont déjà faits. Cela se traduit par «  De toute façon, je suis né sous une mauvaise étoile, il n’y a rien à faire, et il est trop tard. C’est le destin ». Le « il est trop tard » reste sans doute à retenir pour l’indication qu’il exprime d’un « avant » et d’un « après » ; et cette perspective fait hésiter entre l’effet d’une privation originaire dont le sujet n’aurait rien su et celui d’une frustration de la part d’un Autre[5] dont il pensait à bon droit recevoir une réponse.

Ce négativisme va jusqu’à nier son propre moi dans le « je ne suis rien ». Mais on sait que le « rien » n’est pas rien , et qu’il renvoie à ce qui aurait pu être comme à cette déception fondamentale qui empêche, au début de l’analyse des patients mélancoliques, de s’appuyer sur de la représentation. Dans la position d’exception qu’il revendique et qui, par là même, lui offre quelque gratification narcissique, le sujet mélancolique exprime le manque de quelque chose dont auraient naturellement bénéficié les autres.

La mélancolie et la question du père :

Avec Gorana Bulat-Manenti dans la clinique lacaniène, nous abordons la question du père :

« nous allons essayer de différencier les deux entités cliniques, la dépression névrotique et la mélancolie, du fait de leur relation tout à fait différente au manque, à la privation qui, pour l’enfant, apparaissent sous le mode de la castration maternelle, évidemment imaginaire. C’est le père qui va être situé comme l’agent de ce dommage, de ce dam maternel, mais paradoxalement c’est ce père aussi qui va offrir l’espoir de regagner la jouissance perdue grâce au phallus, instrument de la jouissance par excellence. Dans la névrose, la haine du père va être refoulée et le père aimé car sauveur devant la menace de la demande maternelle, celle de l’identification à cette demande. Pour la psychose, les choses se passent différemment : la haine du père ne peut pas se transformer en amour pour ce père, le père ne peut pas être idéalisé. Il n’ouvre pas le chemin vers la stabilisation de l’Idéal du moi comme le montre le cas de Schreber observé par Freud, car non reconnu dans le désir de la mère, d’une part, et empêtré dans sa position d’hostilité flagrante envers le fils, d’autre part.

Cependant, pour les deux structures, pour la névrose comme pour la psychose, il y a éternellement un père excédent, gêneur, qui est celui qu’il convient de tuer pour jouir, accéder à la Chose perdue. Or, chez le névrosé, l’amour pour le père protecteur va aussitôt le faire renaître devant l’immensité de l’abîme maternel qui risque de s’ouvrir si ce père ne répond pas à l’appel. La fragilité de sa réponse va être saisie comme preuve de sa défaillance et symptomatisée : le symptôme abrite le souhait d’un père toujours à la hauteur, il maintient aussi l’espoir qu’il y ait du père qui libère de l’emprise maternelle. Certains symptômes, comme la spasmophilie, les vertiges, la peur du vide, relèvent directement de cette question de l’absence d’appui manifestée par le père ou un de ses substituts. »[6]

Au sujet de : « qu’il y ait du père », je trouve nécessaire de faire référence à « l’instance paternelle symbolique » définie par Jacques Lévine :

« La fonction paternelle, encore une fois, qu’elle soit exercée par une femme ou un homme, ce n’est pas seulement d’être quelqu’un qui sert de repère sexuel (le père-repère), ce n’est pas seulement le père-sévère qui opère des coupes progressives avec le monde maternel (le père-cutant), c’est également quelqu’un qui envoie des messages, des missives sur les bonheurs et difficultés de la vie (le père-missive) et celui qui accompagne l’enfant et l’adolescent dans sa croissance, qui joue le rôle d’un allié insuffleur de réalisme, de courage et de confiance pour affronter l’avenir (le père-perspective). »[7] Et dans un autre livre voici ce qu’il en dit : « On a, à juste titre, mis l’accent sur la fonction séparatrice du père par rapport à la fixation de l’enfant à la mère. En réalité, le père a deux autres fonctions qu’on ne peut banaliser : une fonction de message sur la réalité et la façon de s’y conduire et une fonction  de représentant de l’avenir qui invite l’enfant à se vivre dans une perspective de construction. »[8]

Lorsque le père manque dans le désir de la mère, le sujet s’équivaut au rien pourtant rempli du pulsionnel du désir de la mère et, dans ce cas, le corps peut venir colmater par sa chair la béance dont elle semble pâtir. La réponse du névrosé sera moins soumise à la pulsion de mort, pulsion incestueuse, enfermante, car le névrosé crée sa propre réalité psychique grâce au fantasme qui pose et transgresse l’interdit : « Jouir quand même. » Son corps retenu par le fantasme va être moins engagé vers une aspiration suicidaire que celui d’un mélancolique dont la dette imaginaire imposant une oblativité sans frein exige de répondre au désir de l’Autre, maternel, transgénérationnel, social, renonçant à sa propre existence pour devenir la barre qui manque à l’Autre. »[9]

Il est utile de remarquer qu’un deuil récent est présent comme toile de fond, dans quasiment tous les cas rapportés par Freud.

Freud cite cet exemple : « Ex : Les données qui concernaient son histoire et sa place dans la famille sont apparues très vite : un enfant mort – un garçon – avant sa naissance, et dont personne n’a jamais pu parler fit son apparition ».

Dans la névrose, après la chute d’un père, un autre père prend sa place, tandis que dans la mélancolie, il n’y a pas de substitution : « L’ombre de l’objet tombe sur le moi ».

L’addiction comme équivalent mélancolique :

Jacques Hassoun [10]appréhende l’addiction comme un véritable équivalent mélancolique, dans la mesure où elle serait « une tentative désespérée de créer de l’objet là où il n’y a rien ». L’objet addictif vient alors remplacer une absence énigmatique. En ce sens, J. Hassoun soutient que, finalement, si le deuil est impossible chez ces sujets, c’est que l’objet primordial est un objet non perdu, car non advenu. C’est donc l’impossibilité d’instaurer une « permanence mentale du Je », selon l’expression de Lacan, qui se joue ici. On peut relever que ce « trou psychique » résonne avec une sensation d’incomplétude, un vide intérieur assimilable à une brèche vertigineuse et menaçante. Le travail de reconnaissance est resté inachevé, la continuité entre le Moi et l’objet n’apparaît pas comme rompue, il y a comme un résidu du « sentiment océanique » évoqué par Freud dans Malaise dans la culture

La tristesse :

« Selon la théorie psychanalytique classique (Abraham, Freud, Klein), la dépression comme le deuil, cache une agressivité contre l’objet perdu.

La plainte contre soi serait donc une plainte contre un autre et la mise à mort de soi, un déguisement tragique du massacre d’un autre. Une telle logique suppose, on le conçoit, un surmoi sévère et toute une dialectique complexe de l’idéalisation et de la dévalorisation de soi et de l’autre.

L’analyse de la dépression passe, par conséquent, par la mise en évidence du fait que la plainte de soi est une haine de l’autre et que celle-ci est, sans doute, l’onde porteuse d’un désir sexuel insoupçonné. La tristesse serait plutôt l’expression la plus archaïque d’une blessure narcissique non symbolisable, innommable, si précoce qu’aucun agent extérieur (sujet ou objet) ne peut lui être référé. Pour ce type de déprimé narcissique, la tristesse est en réalité le seul objet : elle est plus exactement un ersatz d’objet auquel il s’attache, qu’il apprivoise et chérit, faute d’un autre.

Le dépressif narcissique est alors en deuil non pas d’un Objet mais de la Chose.

En même temps, cette tristesse désolante mais chérie et cultivée protège le sujet dépressif contre le passage à l’acte suicidaire. Cependant, cette protection est fragile. Le déni dépressif qui annihile le sens du symbolique annihile aussi le sens de l’acte et conduit le sujet à commettre le suicide sans angoisse de désintégration, comme une réunion avec la non-intégration archaïque aussi létale que jubilatoire, « océanique ».

Ajoutons ceci à la position d’Hanna Segal : ce qui rend possible un tel triomphe sur la tristesse, c’est la capacité du moi de s’identifier cette fois non plus avec l’objet perdu, mais avec une instance tierce – père, forme, schème. Condition d’une position de déni ou maniaque (« non, je n’ai pas perdu ; j’évoque, je signifie, je fais exister par l’artifice des signes et pour moi-même ce qui s’est séparé de moi »), cette identification qu’on peut appeler phallique ou symbolique est en effet une confiance, croyance, « investissement » au sens de credo, du sanskrit « kred », Glaubige Erwartungdit Freud. Elle assure l’entrée du sujet dans l’univers des signes et de la création. Le père-appui de ce triomphe symbolique n’est pas le père oedipien, mais bien ce « père imaginaire », « père de la préhistoire individuelle » selon Freud, qui garantit l’identification primaire.

Rappelons-nous maintenant la parole du déprimé : répétitive et monotone. Dans l’impossibilité d’enchaîner, la phrase s’interrompt, s’épuise, s’arrête. Les syntagmes mêmes ne parviennent pas à se formuler. Un rythme répétitif, une mélodie monotone, viennent dominer les séquences logiques brisées et les transformer en litanies récurrentes, obsédantes. Si l’état non dépressif était la capacité d’enchaîner (de « concaténer »), le dépressif, au contraire, rivé à sa douleur, n’enchaîne plus et, en conséquence, n’agit ni ne parle.

Le déprimé a acquis le langage (il n’est ni autiste ni psychotique), ce qui veut dire qu’il s’est séparé de la Chose (maternelle, naturelle) puisqu’il sait la nommer, et qu’il en parle. Mais il dénie cette séparation et le langage qui s’en est suivi.

Le mélancolique est comme un étranger dans sa langue maternelle. Il a perdu le sens – la valeur – de sa langue maternelle, faute de perdre sa mère. La langue morte qu’il parle et qui annonce son suicide cache une Chose enterrée vivante.

Aussi le dépressif est-il un observateur lucide, veillant nuit et jour sur ses malheurs et malaises, cette obsession inspectrice le laissant perpétuellement dissocié de sa vie affective au cours des périodes « normales » séparant les accès mélancoliques. Il donne cependant l’impression que son armure symbolique n’est pas intégrée, que sa carapace défensive n’est pas introjectée. La parole du dépressif est un masque – belle façade taillée dans une « langue étrangère ». L’échange verbal conduit à une rationalisation des symptômes mais non pas à leur élaboration (Durcharbeitung). L’expérience de nouvelles séparations, ou de nouvelles pertes, ravive l’objet du déni primaire. Cette tristesse est le filtre ultime de l’agressivité, la retenue narcissique de la haine qui ne s’avoue pas, non par simple pudeur morale ou surmoïque, mais parce que dans la tristesse le moi est encore confondu avec l’autre, il le porte en soi. Ainsi donc, si la tristesse retient la haine, c’est bien ma capacité de la nommer et de l’élucider –de nommer et d’élucider mes ambivalences amour/haine, mes latences dépressives – qui fait de cette transposition des affects dans le langage un antidépresseur. »[11]

La perte de l’objet et le trou du Moi :

La perte de l’objet est un moment fondamental de la structuration du psychisme humain et la position dépressive, événement inéluctable du développement. Green [12]s’intéresse à la notion d’angoisse.  L’angoisse de castration en rapport avec « la petite chose détachée du corps », sanglante, qu’il nomme angoisse rouge.  L’angoisse de la perte d’objet, perte du sein, perte de la protection du surmoi, d’abandon, dont le contexte n’est jamais sanguinaire, il la nomme l’angoisse blanche.

Cette dépression de transfert est la répétition d’une dépression infantile, qui n’est pas due à une perte réelle d’objet, mais en présence de l’objet. La mère absorbée par un deuil, aurait entrainé un désinvestissement libidinal de celle-ci vers son enfant. Il se produit un changement brutal, sans que l’enfant puisse en comprendre les raisons. La transformation dans la vie psychique, au moment du deuil soudain, est vécue par l’enfant comme une catastrophe, un traumatisme narcissique, une perte de sens dont il en résulte la constitution d’un noyau froid, dépassé par la suite, mais qui laissera son empreinte dans les relations amoureuses du sujet.

La triangulation est précoce et boiteuse. Dans la réalité le père ne répond pas à la détresse de l’enfant, le sujet est entre une mère morte et un père inaccessible qui laisse le couple mère-enfant sortir seul de cette situation. Deux séries de défense se mettent alors en place:

La première, un désinvestissement de l’objet maternel (meurtre psychique de l’objet, sans haine, un trou dans les relations d’objets avec la mère) et une identification inconsciente à la mère morte (identification miroir), après que la tentative de réanimation ait échoué, pour susciter de la sympathie et conserver l’objet dans l’inconscient sur un mode cannibalique, caractère aliénant. Dans les relations ultérieures, le sujets désinvestira l’objet en passe de décevoir, de manière inconsciente.

La deuxième, la perte de sens. Il déclenchera une mégalomanie négative. L’enfant s’attribue la responsabilité du changement de la mère. Il s’interdit d’être, afin de ne pas se laisser mourir, il trouve un autre responsable, le père.

Le trou du Moi :

Le sujet restera vulnérable dans sa vie amoureuse. La place est prise au centre par la mère morte. Le moment heureux entre la mère et l’enfant est resté en suspens, gelé. Son amour est retenu par la mère morte. Ce qui est craint par le sujet est la perte complète de l’objet, soit l’envahissement par le vide. Il n’y a pas de régression à la phase orale cannibalique, comme dans la mélancolie, mais une identification à la mère morte. L’analyse est fortement investie par le patient. Le style est narratif. Sur le fond de rationalisation le sujet nourrit l’analyste, par l’analyse, afin de la rendre interminable.

« Dans le cas complexe de la mère morte, il y a l’échec de l’expérience de séparation individuante. Le Moi primaire est resté confondu avec un objet mort, entrainant le Moi vers un univers déserté, mortifère, qui crée le vide dans les investissements. En fait si la mère demeure bien en vie, elle est psychiquement morte pour l’enfant. Cette relation asséchée provoquera chez l’enfant un état dépressif qui l’accompagnera jusque dans sa vie d’adulte. La perte de sens de la vie se succédant à l’expérience de la perte de l’amour maternel précoce. Par ce recueil, Green nous fait prendre conscience de l’importance de la relation mère-enfant et surtout les effets des dépressions postnatales qu’il faut prendre en charge rapidement, car aujourd’hui la famille est moins présente que dans le passé pour entourer la mère.

La technique Kleinienne d’interprétation systématique de la destructivité est dans ce cas d’un grand secours. Green propose d’aborder ce noyau par le détour d’une analyse du fantasme de la scène primitive, par l’’interprétation classique de la scène primitive sadique où la mère souffre et le père est violent et par la délibidinalisation érotique et agressive de la scène au profit d’une intellectualisation ou à la création artistique.

L’espace transitionnel, fait de l’analyste un objet toujours vivant, intéressé, éveillé. De cette façon l’analyste rend une vitalité à la mère, créant un renversement, c’est la mère qui devient dépendante de l’enfant. »[13]

Perspectives psychothérapeutiques :

jaune soleil

Le déprimé n’est pas un prunier que l’on pourrait impunément secouer. La meilleure attitude face au déprimé consiste à être vraiment présent, à l’écouter, à lui poser des questions sans chercher à lui démontrer de façon rationnelle, qu’il a tout pour être heureux et aucune raison de se plaindre, comparé à tant de malheureux. Cette attitude ne peut que l’enfoncer encore plus dans la dépression en intensifiant sa culpabilité.

Les chances de la dépression sont bien là, dans un renouveau de l’être, enfin capable de se laisser profondément animer par son désir. Cette nouvelle naissance par la mort est délicate et fragile comme toute naissance. Celui qui renaît, ressuscite après une dépression, doit être entouré de calme, de silence, de solitude.Il est comme un enfant, respectons ses jeux et ses rêves.

La souffrance (une dépression par exemple) ne revêt pas seulement des aspects négatifs, mais constitue souvent, à y regarder de plus près, une invitation au changement, à l’élargissement de nos horizons, une sorte de passage obligé à une métamorphose de la personnalité (un peu comme la chenille passe par la chrysalide avant de devenir papillon). Il existe donc au sein de l’inconscient humain des forces d’auto-guérison et de transformation. Jung a nommé ces forces « organisateurs inconscients » ou « archétypes ». Jung découvre donc qu’en se confrontant avec l’inconscient, le Moi se transforme. Il se produit une modification de la personnalité que Jung nomme « fonction transcendante », en prenant ainsi l’image d’une fonction mathématique. Cette fonction transcendante, nous la retrouvons à l’oeuvre en particulier dans les rêves, qui très souvent nous invitent au changement.

Si les antidépresseurs sont des alliés précieux contre la dépression, les psychothérapies restent la prise en charge de référence. Ce travail sur soi est essentiel pour identifier les causes de la maladie dépressive, et changer en profondeur pour guérir et éviter les rechutes.

A l’aide de jeux de rôles, d’hypnose, d’analyse clinique, systémique écosystémique, transactionnelle, par la thérapie brève voire l’emdr, des conseils de communication…il est possible de s’en sortir et de guérir. Il s’agit en quelque sorte de « mini-psychanalyses » focalisées sur une situation donnée. Elles sont  efficaces pour les dépressions d’intensité modérée. Pour les dépressions plus profondes, un suivi médicamenteux est nécessaire.

En général, les psychothérapies sont donc une aide précieuse, non seulement pour la guérison, mais pour éviter les récidives de dépression. Et ce travail sur soi peut également avoir d’autres bénéfices en matière de développement personnel et finalement permettre de sortir grandi et plus fort de cette épreuve de vie.

Si la dépression peut comporter certains bienfaits, ceux-ci consistent justement à retrouver cet enfant en soi et à écouter une souffrance qui a été pendant très longtemps combattue et refoulée.

Au « ça ne va pas » faire des hypothèses, chercher l’éprouvé qui introduit une rupture avec la certitude de la maladie qui fait destin. Rendre possible le deuil (acceptation d’une perte pour entrer dans les signifiants. Amener du jeu car le jeu est à l’arrêt, l’inconscient se trouve à l’arrêt. Enoncer des hypothèses, s’avancer, historiciser, être plus dans le semblant, le comme si, permet d’aborder le réel sans s’y abimer. Le thérapeute devient support du semblant, du comme si. Permettre un espace transitionnel par la création d’un lien, permettre une rencontre. Créer du nouveau à partir du transfert. N’oublions pas que le sujet mélancolique aurait subi un abandon, aurait été absent dans le regard de l’autre. L’Autre tout puissant a abandonné le sujet. Souvent il n’a pas été historicisé par le désir du père. L’investissement d’un possible va  à l’encontre de la perte de soi. Le mélancolique est rejeté du champ de reconnaissance qui commençait à se dessiner.

Klein, quant à elle, a considéré le transfert négatif comme la résistance par excellence au bon déroulement du processus analytique. S’appuyant sur la deuxième topique freudienne, la dernière théorie des pulsions (pulsion de vie / pulsion de mort) et la dernière théorie de l’angoisse (S. Freud, 1926), elle affirme très tôt dans son œuvre que la première forme d’angoisse, chez l’infans, est provoquée par le sentiment de mort imminente et de terreur de la désintégration comme effet de la pulsion de mort (M. Klein, 1933). Partant des avancées de S. Freud proposées dans La négation (S. Freud, 1925 b), elle voit dans le jugement d’attribution (« bon » à avaler, « mauvais » à recracher) la toute première opération de clivage, constitutive, de par l’introjection d’un objet « bon », des premiers linéaments du Moi. Avec le clivage, le déni, l’identification projective et l’idéalisation s’instaurent les premiers mécanismes qui organisent une position défensive qu’elle désigne comme position schizo-paranoïde (M. Klein, 1946), liée à un premier mode de relation d’objet (relation d’objet partiel). L’intégration progressive de ces angoisses primaires et l’expérience d’une réalité suffisamment bonne vont conduire l’infans à supporter d’éprouver tout à la fois de l’amour et de la haine pour un objet désormais reconnu comme objet total. La contrepartie de ce développement sera constituée par la souffrance liée à la culpabilité dépressive (la position dépressive; M. Klein, 1934). Progressivement, l’idée de séparation d’avec l’objet, constitutive du premier sentiment de soi, est rendue possible par la découverte (lors de la phase féminine primaire) du père comme tiers, comme Autre immédiatement investi et qui le sépare de la mère (Œdipe précoce). Dans la cure analytique, l’oscillation des défenses schizo-paranoïdes et des défenses dépressives est constante. Elle scande la douleur liée aux angoisses primaires de séparation et la révolte contre le sentiment de dépendance à l’égard de l’analyste comme objet de transfert (M. Klein, 1952).

Différentes pistes thérapeutiques :

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Hélichryse ( du grec hélios, soleil, et chrysos, or).

  • Favoriser la fonction du plaisir.
  • réinvestir la pensée, retrouver ses potentialités. Il s’agit d’une co-construction. Si je crois en toi, je te permets de croire en toi !
  • Supposer un sujet chez le mélancolique.
  • Mettre en scène une dramatisation active, acter, adresser un corps vivant avec un regard et la voix, la nomination. Nommer permet de s’auto-nommer.
  • Compter sur les effets de traduction comme acte imaginaire, comme écriture : le plus séduisant, le plus subtil des antidépresseurs. Ainsi donc, si la tristesse retient la haine, c’est bien la capacité de la nommer et de l’élucider – de nommer et d’élucider les ambivalences amour/haine, les latences dépressives – qui fait de cette transposition des affects dans le langage un antidépresseur.

Boris Cyrulnik [14]utilise une très belle image pour parler de «l’effet papillon» de la parole. Le simple fait de se préparer à parler allège la sensation que nous éprouvons de notre propre corps. «La parole est au corps ce que le papillon est à la chenille. Ce passage de la larve à l’imago (forme adulte définitive de l’insecte à métamorphose complète) s’effectue grâce à l’étonnant processus de la métamorphose.

  • Etablir une relation vivante, de réparation ou de régulation narcissique, construire un espace de pensée, de parole, d’énonciation, enrichir la vie imaginaire sinon « injecter du fantasme », solliciter le développement des déplacements métaphoriques et métonymiques, des inférences sémantiques en référence ou non à l’histoire du patient, encourager la « capacité de rêverie » et de pensée au plus près des affects, ralentir, déplier, défaire les condensations, établir des rapprochements, solliciter l’explicitation de la pensée, la datation des souvenirs, etc.
  • Aller vers un ailleurs où les choses iront mieux plutôt que d’expliquer et de comprendre.
  • Engager une relation véritablement thérapeutique où la dimension créative apparaît dans toute sa potentialité. Si je crois en toi, je te permets de croire en toi.  J.Schotte nous fait percevoir la relation thérapeutique plutôt comme un « concevoir » que réduite à un « expliquer ou un « comprendre ». L’ « expliquer » fait référence à une règle tangible admise par tous : « Votre coma vient d’une hypoglycémie ». Le « comprendre » renvoie à des références plus larges, d’ordre psychologique. Exemple dans le livre de Cocteau : « Je comprends que votre coma diabétique se soit passé au moment même où votre fils a découché pour la première fois, ce qui a rallumé en vous la problématique œdipienne. Sous-entendu, je vous ai compris ! ». Nous avons « compris » qu’il ne suffisait pas, justement, d’expliquer ou de comprendre, mais qu’il fallait encore aller plus loin, vers un « ailleurs » où les choses aillent mieux. C’est là que s’impose la nécessité de concevoir « cet ailleurs » et d’engager une relation véritablement thérapeutique où la dimension créative apparaît dans toute sa potentialité. C’est là qu’intervient la personnalité du thérapeute. C’est là que se trouve la nécessité de dépasser les simples résultats de biologie ou de l’imagerie médicale, aussi importants soient-ils ! C’est là que s’ouvre le champ « pathique » qui renvoie le malade à ce qu’il peut, à ce qu’il veut, à ce qu’il doit ou ose devenir ! »[15]

REFERENCES :

Pierre Fédida, Des bienfaits de la dépression, éloge de la psychothérapie, Paris, Odile Jacob, 2001, p., 22.

www.cairn.info/revue-figures-de-la-psy-2003-1-page-144.htm.

Moussa Nabati, La dépression : une épreuve pour grandir ?, Paru le 13 janvier 2010 Essai (poche)

http://www.psychologies.com/Psycho-chat/Les-bienfaits-de-la-depression

Marie-Claude Lambotte : L’objet du mélancolique, Essaim 2008/1 (n° 20), ERES.

https://www.cairn.info/revue-essaim-2008-1-page-7.htm

Gorana Bulat-Manenti : Cliniques de la dépression, abords de la mélancolie. La clinique lacanienne 2010/1 (n° 17)
https://www.cairn.info/revue-la-clinique-lacanienne-2010-1-page-55.htm
Hassoun, La cruauté mélancolique, Paris, Aubier, 1995.

Julia Kristeva : Conférence du 14 janvier 2012.Ecole internationale de Genève www.kristeva.fr/le-langage-comme-antidepresseur.html

André GREEN. La mère morte, Broché – 29 mai 2009.

http://www.fedepsy.fr/resources/R$C3$A9sum$C3$A9-synth$C3$A8se_La+m$C3$A8re+morte_C$C3$A9line+RIAUX.pdf

J.Schotte , « Un parcours », éditions Le Pli, 2006,p.426.

Boris Cyrulnik. Un merveilleux malheur.Odile jacob 1999. P.163.

[1] Pierre Fédida, Des bienfaits de la dépression, éloge de la psychothérapie, Paris, Odile Jacob, 2001, p. 22.

[2] Moussa Nabati. La dépression : une épreuve pour grandir ?  2010 Essai (poche).

[3] http://www.psychologies.com/Psycho-chat/Les-bienfaits-de-la-depression.

[4] Marie-Claude Lambotte : L’objet du mélancolique. Dans Essaim 2008/1 (n° 20), ERES.

[5] Autre : précisé comme grand autre c’est-à-dire comme premier autrui, ce qui est hors signifié, le paradis perdu. La mère est le premier Autre et le père le second Autre.

[6] Gorana Bulat-Manenti : Cliniques de la dépression, abords de la mélancolie. La clinique lacanienne 2010/1 (n° 17) .

[7] Jacques Lévine, Michel Develay. Pour une anthropologie des savoirs scolaires.ESF,2003.p.97.

[8] Jacques Lévine,Jeanne Moll. Je est un autre.ESF.2001.p.72.

[9] Gorana Bulat-Manenti : Cliniques de la dépression, abords de la mélancolie. La clinique lacanienne 2010/1 (n° 17) .

[10]J. Hassoun, La cruauté mélancolique, Paris, Aubier, 1995.

[11] Julia Kristeva : Conférence du 14 janvier 2012.Ecole internationale de Genève www.kristeva.fr/le-langage-comme-antidepresseur.htm

[12] La mère morte André GREEN. Essais sur la Mère morte et l’oeuvre d’André Green Broché – 29 mai 2009.

[13] La mère morte André GREEN. Essais sur la Mère morte et l’oeuvre d’André Green Broché – 29 mai 2009.

[14] Boris Cyrulnik. Un merveilleux malheur.Odile jacob 1999. P.163.

[15] J.Schotte , « Un parcours », éditions Le Pli, 2006,p.426.

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