Le contrat thérapeutique (en thérapie brève)

CONTRAT THERAPEUTIQUE (en thérapie brève):
 
« Le patient a le droit au soulagement le
plus rapide, le plus complet et le plus
durable possible de sa souffrance et ce
de la façon la moins envahissante qui
soit. Je ne lui demanderais rien
d’illégal, rien d’immoral, rien
d’impossible. En contrepartie il fera
tout pour me rendre inutile aussi vite
que possible. »
 
Nicolas CUMMINGS

Pourquoi le groupe ?

groupe_thérapeutique
Le groupe est une force pour certaines personnes. Il est indiqué pour certaines personnes qui éprouvent des difficultés en situations individuelles vécues comme frontales parfois, qui ne sentent pas prêts pour une analyse individuelle, qui ne demandent pas cette forme duelle de thérapie. Dans la mesure où certaines personnes n’ont pas accès facilement à une élaboration psychique par la parole, la représentation jouée dans un groupe de thérapie permet un travail sur soi à partir du ressenti, des émotions et impressions. On n’est pas seul avec ses difficultés. Celles-ci peuvent être partagées. Dans le groupe la personne n’est pas renvoyée à sa déficience, à sa difficulté à gérer seul son monde interne mais elle est accompagnée dans cette partie d’elle même pour en faire tout de suite, dans l’ici et maintenant, quelque chose d’autre. Le groupe, espace tiers de « confrontation » et cadré, libère la parole. Les mots et les émotions reliés aux gestes peuvent y être décodés. Dans cet espace tampon ou amortisseur, ce sas de décompression, les sensations éprouvées et les mots vont mettre du lien et donner du sens. Corps et psyché peuvent s’ordonner et une activité de pensée peut mieux prendre sa place. Le groupe, matrice à tricoter des liens, permet de retrouver une certaine unité et un espace psychique propre. Grâce à un autre, on passe dans une nouvelle perspective de communication. Chaque participant devient « co-thérapeute » de l’autre. L’identification à un semblable permet dans le cadre de l’enveloppe du groupe, d’aller mieux. Par la verbalisation des éprouvés, le groupe devient une enveloppe corporelle pour chacun. Cette enveloppe du groupe renforce l’enveloppe individuelle défaillante. La mise en scène de ses sensations apporte du contenant et les échos de chacun : souvenirs, images, scènes vécues, associations diverses. Le groupe thérapeutique favorise les échanges dans un cadre structuré, remet en circulation les émotions, les pensées et la parole. Il permet de différer et de réinstaurer du temps et de l’espace pour soi. Le but final est de permettre une meilleure autonomie psychique où il n’est plus question de se satisfaire uniquement d’être porté mais de trouver du plaisir à porter et à se transporter soi-même dans une mise en pro-jet[1]

 

vagues
[1] « Subjectif désigne à la fois la faille et le saut, l’obstacle et le jet », P. Fédida. « L’objeu », dans L’absence, Paris, Gallimard, 1978.

Cadre du groupe

Les règles en psychodrame en groupe:

règles du groupe

Dans le travail de psychothérapie de groupe, le thérapeute crée un cadre sécurisant qui favorise l’expression de soi et rend possible le travail du groupe. On peut faire le parallèle avec la notion de holding de Winnicott. Les règles délimitent un espace et des frontières entre l’extérieur (la vie quotidienne) et l’intérieur (la vie groupale et psychique).
Tout groupe de psychodrame commence par l’énonciation des règles du jeu, des conventions. Elles sont expliquées lors de la première séance ou lors de l’entretien préliminaire. Elles peuvent être rappelées et nuancées selon l’orientation des psychodramatistes et le contexte de travail. Le cadre du groupe (règles de fonctionnement) tout comme le cadre du suivi individuel constitue ce qui assure la confiance et rend le travail thérapeutique possible.

La spontanéité : les participants sont invités à laisser venir de la manière la plus libre tout ce qui vient à l’esprit. Tout peut être évoqué, toute situation peut-être représentée.La spontanéité, la liberté d’être soi.
Il s’agit de favoriser l’énonciation des émotions et de ce qui vient à l’esprit, sans exercer de censure. Dans un groupe, les expériences des uns relancent les associations des autres. Cette règle est donc fondamentale pour favoriser l’émergence du travail psychique individuel en groupe.
De même on peut tout jouer tout en restant dans le mode du « comme si », de la représentation. Particulièrement les gestes d’amour ou d’agressivité sont esquissés: on n’embrasse pas, on ne frappe pas, on fait comme si. Dans certains types de psychodrame, on ne se touche pas.
La plupart du temps, une convention veut que l’utilisation des prénoms dans le groupe favorise cette spontanéité. Chacun peut ainsi se sentir affranchi de certaines règles sociales qui déterminent les échanges, les fonctions, les hiérarchies spéciales de rôle, de statut…Cette convention favorise d’être au plus proche de ses ressentis sans barrière ni censure. Le protagoniste ainsi que le psychodramatiste doivent se sentir libre de proposer un jeu dans la mesure où toute proposition de jeu comme tout rôle peuvent être refusés.

La liberté et le respect: dans le groupe règne un esprit de liberté d’expression verbale et de respect du vécu de chacun. Les passages à l’acte, même verbaux, n’y ont pas leur place. Cette règle vise la liberté de la parole des participants comprenant l’expression de leurs désirs, même les plus violents, mais elle interdit toute violence agie, que ce soit en actes ou en paroles (insultes); il s’agit aussi que l’on s’y écoute et que l’on y accepte les personnes dans ce que les paroles révèlent d’elles.

L’abstinence : les participants n’ont pas de contact entre eux en dehors des séances. Il est demandé d’éviter les contacts entre les membres du groupe en dehors des séances de psychodrame. Dans les groupes thérapeutiques, les participants ne se connaissent pas à l’exception des groupes de vie et de famille.
Le travail s’élabore à partir des représentations. Dans ce sens tout membre du groupe peut être le support de personnage intériorisé qui tisse la carte des réseaux sociaux de chaque participant. L’abstinence garantit la solidité du cadre et le respect de chacun dans son individualité.

La restitution : les participants évoquent en séance les éléments liés au groupe qui se sont déroulés en dehors de lui.Chacun est invité à restituer au groupe tout élément ayant un rapport avec la dynamique de groupe. Il peut s’agir du cheminement personnel, de rêves, de conversations, de rencontres fortuites entre deux participants…Le travail individuel ainsi que le sentiment d’appartenance de chacun au groupe se trouvent par la même renforcés. Comme on le voit, le sens de la règle n’est pas d’interdire, mais bien d’offrir un cadre sécurisant qui permet d’ouvrir à l’élaboration des choix et des priorités.

La confidentialité : ce qui se dit dans le groupe appartient au groupe et ne sort pas du groupe.« Tout ce qui est personnel appartient au secret professionnel du groupe, chacun est thérapeute de l’autre. »
Il est demandé aux participants de ne pas révéler le contenu des séances en dehors du groupe. Chacun est tenu à un devoir de réserve par rapport à l’extérieur. Cette règle veille à renforcer le climat de sécurité et de confiance nécessaire à l’objectif commun qui rassemble tous les participants. Chacun se sentira ainsi libre de s’exprimer sans conséquences directes dans la vie réelle. L’espace de jeu groupal est un lieu unique, une co-construction qui facilite l’émergence de représentations refoulées ou non symbolisées. Pour ce faire le sentiment de confiance et de sécurité est absolument nécessaire.

La disponibilité des thérapeutes : la plupart des séances sont animées par deux psychodramatistes (quand c’est le cas). Par ailleurs, les participants qui le souhaitent peuvent demander un entretien individuel à l’un des thérapeutes de leur choix.

L’engagement, la régularité et la ponctualité: les participants s’engagent à participer de manière régulière. Le participant s’engage à régler sa séance au tarif convenu avec le thérapeute. Le participant s’engage pour une durée indéterminée fixée lors de l’entretien préliminaire avec le thérapeute.. Chacun s’engage à être présent à chaque séance et ce, de manière conforme à l’horaire préétabli. Il s’agit d’un engagement par rapport à soi même et par rapport aux autres qui vise à dépasser d’éventuelles résistances. L’équilibre d’un groupe ne se résume pas à la somme des présences individuelles. A partir du moment où quelqu’un est membre d’un groupe, il a des attentes vis-à-vis des autres pour la prise d’un rôle ou un écho. Dans ce sens quitter un groupe se fait selon des modalités pré- établies. Il prévient le groupe au moins 3 séances avant son départ. Aucun groupe ne ressemble à un autre ; chaque groupe est particulier, possède sa propre ambiance, texture, coloration. L’absence d’un des participants influe immanquablement sur le processus groupal et le travail psychique de chacun. Cette règle de l’engagement et de la ponctualité vise, dès lors à préserver un équilibre groupal essentiel. Dans la mesure où il est énoncé à chacun de s’engager dans le processus, toute séance manquée est due (le paiement de la séance manquée doit permettre la continuité du travail psychique nécessaire au dépassement de la répétition mortifère, permettre de s’arrimer au symbolique).

. Le paiement: Le tarif actuel (2019)est de 35€/séance/personne.
Le paiement fait partie de la thérapie en ce sens qu’il est non seulement réel (rétribution pour un service rendu) mais aussi et surtout symbolique et symboligène en ce sens  qu’il permet au participant de se prendre en charge. C’est un pas vers l’autonomie, vers la relation adulte. Le » sacrifice » financier est une motivation pour progresser plus rapidement. Faire le choix de payer sa thérapie, c’est déjà vouloir aller mieux. Payer sa séance c’est vraiment différent de payer son problème dans la vie ou de le faire payer à son entourage. Accepter la règle du paiement c’est rendre possible sa thérapie, s’y impliquer en vrai. Le paiement de la séance évite également au participant de se sentir symboliquement débiteur à l’égard du thérapeute. Notons aussi que dans les moments transférentiels, il revient à la surface pour dire quelque chose, il souligne une difficulté particulière. C’est ce surgissement qui va permettre d’évoluer vers une solution du conflit.