Être seul, séparé et l’angoisse de séparation

L’angoisse de séparation fonde notre sentiment d’identité. Lorsqu’elle est apprivoisée l’angoisse de séparation devient source d’élan de vie. Se sentir seul signifie prendre conscience qu’on est soi-même unique. « séparer » vient du latin separare, qui veut dire « se parer », « s’habiller », « se défendre », et surtout, « engendrer ».  La confiance implique une qualité de l’interaction pour laquelle la séparation ne constitue pas une menace, mais un défi créatif. L’absence d’autrui et les nouvelles distances dans l’interaction avec l’environnement sont une opportunité pour que le bébé développe la « capacité d’être seul » (Winnicott, 1958). Selon Winnicott, telle est l’une des conquêtes fondamentales de son processus de développement, qui est également le moyen par lequel il peut éprouver l’effet de son action sur le monde et sur soi-même, mesurant ainsi « la confiance en soi et en ce qu’il peut espérer de la vie » (1950 : 292). Apprendre à être seul en présence de l’autre c’est tout autant apprendre à être soi en présence de l’autre. La notion de solitude se met en place en même temps que s’élargissent les possibilités d’un espace intérieur. La capacité à être seul en présence de l’autre souligne cette solitude essentielle, et nécessaire, si l’on veut tenir debout, aller jusqu’au bout de ses projets, porter sa propre vie.  Cette capacité à être seul en présence de l’autre – c’est-à-dire à être vraiment soi-même au cœur de la relation, sans avoir « besoin » de l’autre – conditionne la possibilité d’affronter la « vraie » solitude.

Séparation et trauma

Pour D.W. Winnicott, qui prolonge les propositions de S. Ferenczi, le trauma est en relation avec la dépendance et la temporalité. « Le traumatisme est un « échec » en rapport avec la dépendance (D.W. Winnicott, 1965), car il « rompt l’idéalisation d’un objet au moyen de la haine d’un individu, en réaction au fait que cet objet n’a pas réussi à atteindre sa fonction » ; il provient de « l’effondrement dans l’aire de confiance à l’égard de ‘l’environnement généralement prévisible’ ».[1] « Le traumatisme originaire est une « déchirure » spéciale : la perte – la séparation d’avec la mère – est déjà advenue, est déjà là depuis toujours (plutôt que de dire que le sujet a perdu sa mère, il faudrait rappeler qu’il ne l’a jamais eue). Le rejet (Ausstossung) de la signification phallique du corps du sujet marque sa séparation inévitable d’avec l’Autre, sa castration originaire. En revanche, dans la maladie psychosomatique, il s’agit d’une perte effective. Pour Lacan, l’expérience inaugurale du sujet prend l’aspect d’une « mauvaise rencontre », ou d’une « rencontre manquée [2]», toujours traumatique, ce qui n’empêche pas que sa répétition ne soit recherchée avec acharnement. Le désir est désir de répétition de cette première jouissance ratée. La répétition réitère le ratage de la première rencontre, mauvaise et manquée[3]. Le désir étant bloqué, le sujet s’affectera d’un phénomène psychosomatique. Lacan explique dans le séminaire sur Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, que le premier signifiant (le S1, le signifiant qui vient de l’Autre symbolique, le signifiant « unaire », celui de la première identification avec le père) représente le sujet pour un autre signifiant (le S2, liée au savoir inconscient). Ce deuxième signifiant a comme effet l’aphanisis[4] (disparition) du sujet : d’où la division du sujet ($). Pour plus d’informations détaillées au sujet de la passion amoureuse j’invite le lecteur à lire l’article suivant sur mon site web : https://www.psychotherapie-psychodrame.be/2024/02/16/passion-amoureuse-masochisme-agrippement-emprise-et-clivage-du-moi-2/

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Le traumatisme de la naissance et la première séparation

Otto Rank a découvert un ensemble de faits ayant pour facteur commun la perte de l’objet maternel où le danger serait la peur de perdre l’amour de l’objet. L’angoisse de séparation de l’objet maternel, dont l’angoisse de la naissance ne serait qu’une forme, serait parmi les précurseurs de l’angoisse de castration correspondant à l’étape œdipienne terminale du développement.

« Pourquoi la mère est-elle tantôt objet d’amour, tantôt objet de haine ? Pourquoi les moments de séparation provoquent-ils une telle angoisse chez le nourrisson ? Le traumatisme de la naissance n’est pas celui de l’accouchement, mais d’une perte. Chaque nouvelle vie trouve son premier objet, la mère, pour le perdre aussitôt : c’est la catastrophe originaire. Même avec la plus douce des mères et la naissance la moins violente, l’être humain naît dans l’angoisse. »[1] « Le traumatisme de la naissance, est un fait humain d’une universalité absolue, avec toutes ses conséquences. »[2] « L’inconscient ne peut concevoir la séparation, le départ voire la mort, que comme une réalisation du retour tant désiré à la vie intra-utérine, car il ne connaît ni ne peut représenter aucun autre désir. » [3] Avec la naissance, le sentiment d’unité avec le tout est perdu et cette souche d’angoisse de la rupture est pour Rank le premier contenu psychique dont l’être humain soit conscient. Conscience et angoisse inhérentes à la séparation de la mère sont indissociables.

L’heureuse solitude ou l’amour que l’on n’obtient pas  

Aimer, c’est aussi laisser l’autre être seul. Effectivement seul et cependant aimé. Un tel amour n’unifie pas, ne fabrique pas du « un ». Il ne permet pas davantage d’« être à deux ». Qu’advient-il donc à l’aimé ? Il est aimé, mais pas pour autant d’un amour qui porterait atteinte à sa non moins précieuse solitude. Aimé, il pourra s’éprouver non aimé. Non aimé, il pourra s’éprouver aimé. Ce qui se laisse abréger ainsi : il aura obtenu l’amour que l’on n’obtient pas. Donald Winnicott cite ceci dans un article intitulé : « La capacité d’être seul » (1958) où il évoque ce que serait une heureuse solitude en présence de quelqu’un : « Je considère cependant que « je suis seul » est une amplification de « je suis » qui dépend de la conscience qu’a le petit enfant de l’existence ininterrompue d’une mère à laquelle on peut se fier ; la sécurité qu’elle apporte ainsi lui rend possible d’être seul et de jouir d’être seul, pour une durée limitée. De cette façon, j’essaye de justifier ce paradoxe que la capacité d’être seul est basée sur l’expérience d’être seul en présence de quelqu’un et que si cette expérience est insuffisante, la capacité d’être seul ne parvient pas à se développer. »[5] Et plus loin D.W. Winnicott cite encore ceci : « C’est seulement lorsqu’il est seul (c’est-à-dire en présence de quelqu’un) que le petit enfant peut découvrir sa vie personnelle. Le terme pathologique de l’alternative est une existence fausse, construite sur des réactions à des excitations externes. Quand il est seul dans le sens où j’emploie ce mot, et seulement quand il est seul, le petit enfant est capable de faire l’équivalent de ce qui s’appellerait se détendre chez un adulte. Il est alors capable de parvenir à un état de non-intégration, à un état où il n’y a pas d’orientation ; il s’ébat et, pendant un temps, il lui est donné d’exister sans être soit en réaction contre une immixtion extérieure, soit une personne active dont l’intérêt ou le mouvement suit une direction. »[6]

Dans le psychodrame avec des personnes vivant avec un handicap mental notamment, la personne que nous essayons d’aider a besoin d’une nouvelle expérience dans une situation particulière. L’expérience est celle d’un état qui ne donne pas de but, on pourrait parler d’une sorte de crédit ouvert à la personnalité intégrée. La situation créée permet au patient d’être sans qu’il y ait un but : “After being – doing and being done to. But first, being !”[1]

Il faut permettre au patient dans le groupe ou à l’enfant assis par terre, au milieu de ses jouets, de communiquer une succession d’idées, de pensées, d’impulsions, de sensations   qui  ne sont pas reliées entre elles.

Dans l’état de détente propre à la confiance et à l’acceptation de la fiabilité professionnelle du cadre thérapeutique, il y a place pour une séquence de pensées sans liens que l’analyste fera bien d’accepter telle quelle, sans supposer l’existence d’un fil conducteur. Peut-être faut-il admettre qu’il y ait des patients qui ont, à certains moments, besoin que le thérapeute remarque le non-sens qui fait partie de l’état mental de l’individu au repos, sans même que le patient éprouve le besoin de communiquer ce non-sens, c’est-à-dire sans qu’il éprouve le besoin de l’organiser. Le non-sens organisé est déjà une défense. L’occasion de se reposer a été manquée en raison du besoin éprouvé par le thérapeute de trouver un sens là où il y a non-sens.

Le patient a été incapable de se reposer en raison d’une défaillance de l’apport de l’environnement qui a annulé le sentiment de confiance. Le thérapeute a, à son insu, abandonné son rôle professionnel et il l’a fait en revenant au rôle de l’analyste intelligent qui veut mettre de l’ordre dans le chaos. Dans ces conditions très particulières, l’individu peut « se rassembler » et exister comme une unité, non comme une défense contre l’angoisse, mais comme l’expression du « je suis, je suis en vie, je suis moi-même ». A partir d’une telle position, tout devient créatif. Il faut donner une chance à l’expérience informe, aux pulsions créatives, motrices et sensorielles de se manifester ; elles sont la trame du jeu.

[1] « Après « être » – faire et accepter qu’on agisse sur vous. Mais d’abord « être » ! D. W. Winnicott, « Jeu et réalité », p. 118.

Comment vivre séparé-ensemble ?

L’amour désigne un sentiment d’attachement d’un être pour un autre, souvent profond, voire violent, mais qui peut aussi être marqué d’ambivalence et, surtout, qui n’exclut pas le narcissisme.

 « La question de S. Beckett « comment vivre séparé-ensemble ? » est une question posée à l’amour, si tant est que l’amour, dans sa structure narcissique même, serait ce qui permet de supporter le « deux » de la différence sexuelle, de suppléer à la béance du « deux ». Lacan dira de l’amour entre deux humains qu’il les met hors d’eux, hors deux. Ainsi serons-nous amenés à penser l’amour comme processus paradoxal où se vérifie qu’il y a en jeu, dans tout rapport, l’impossible d’un deux. Pour davantage de précisions quant à la question de l’amour, j’invite le lecteur à lire l’article suivant sur mon site web : https://www.psychotherapie-psychodrame.be/2021/10/24/le-desir-et-lamour/

Être, devenir autonome psychiquement

« Autonome » vient du grec autos : soi-même et nomos : loi, règle. L’autonomie est la faculté d’agir par soi-même en se donnant ses propres règles de conduite, sa propre loi. C’est la capacité à agir par soi-même, à choisir par soi-même et à penser par soi-même. Devenir autonome c’est pouvoir fonctionner selon les normes que l’on se fixe soi-même et exige donc une certaine dose de maturité. L’autonomie est donc définie par la capacité à se gouverner soi-même. Elle présuppose la capacité de jugement, c’est-à-dire la capacité de prévoir et de choisir, et la liberté de pouvoir agir, accepter ou refuser en fonction de son jugement. Cette liberté doit s’exercer dans le respect des lois et des usages communs. L’autonomie d’une personne relève ainsi à la fois de la capacité et de la liberté. Pour plus d’informations détaillées, j’invite le lecteur à lire l’article suivant sur mon site web : https://www.psychotherapie-psychodrame.be/2020/02/09/de-la-dependance-affective-a-lindependance-effective/

L’autonomie affective se traduit par la capacité de subvenir à ses propres besoins émotionnels. L’amour, la chaleur humaine, l’attention, la tendresse, la patience, l’empathie et la joie sont quelques-uns des ingrédients de cette nourriture émotionnelle nécessaire au développement d’une autonomie émotionnelle. L’indépendance affective est cet état dans lequel une personne a suffisamment d’amour d’elle-même pour ne plus être dépendante de l’amour des autres.

Ce que j’en dis, entre autres, dans mon livre « Prendre soin de soi et de l’autre en soi[7] » à la page 94.

« Il appartient à chacun de ne pas s’abuser et de cesser d’accuser autrui d’être le responsable de sa souffrance ou de ses manques. Passer de la victimisation à l’affirmation, et donc à la responsabilisation, suppose qu’on accepte de ne plus se complaire dans la dépendance ou l’impuissance. Accéder à la reconnaissance de ses blessures et de ses besoins, apprendre à développer des capacités d’autonomie et de prise en charge personnelle, des moyens visant à satisfaire ses propres besoins, telles sont les bases d’une liberté d’être à la fois plus centrée et plus ouverte. Cette responsabilité de conscience constitue un pas essentiel vers le respect de soi. »[8] Le « processus de séparation-individuation » est indispensable à l’autonomie.

Le processus d’individuation

Appartenance et individualité (appartenir et s’appartenir[9]) semblent correspondre à être seul et en groupe, être seul en groupe, être seul à seul et relié aux autres en étant soi. Être avec l’autre c’est être sans l’autre. On ne peut pas apprendre à être seul tout seul ! La subjectivation et la différenciation impliquent nécessairement la séparation. Or toute séparation contient toujours des relents de délaissement, d’abandon et l’ensemble des affects douloureux qui y sont liés. L’autonomisation est donc une conquête, une lutte à mener contre ces premiers autres dont nous avons été dépendants, mais aussi contre le Soi lui-même qui cherche toujours en même temps à s’épargner ces ressentis pénibles de séparation. Ce processus au long cours s’effectue par étapes successives. En bout de course, l’enfant et par la suite, tout au long de son existence d’adulte, doit pouvoir renoncer à l’espoir de recevoir pleinement de l’autre ce qu’il attend. Il s’agit pour lui de s’approprier pas à pas l’autonomie, dit-on, d’acquérir de l’indépendance. Cela suppose un deuil, douloureux, celui de ne plus attendre de l’autre qu’il comble ses désirs et ses besoins, mais de prendre la responsabilité personnelle de les assumer soi-même. L’avantage obtenu est un gain indéniable de liberté, mais aussi le fait de n’être plus parlé par un autre, d’assumer à son tour sa propre parole. »[10] »[11]« La vie, dit quelque part quelqu’un qui n’est pas analyste, Etienne Gilson, l’existence est un pouvoir ininterrompu d’actives séparations »[12]. Pouvoir construire les limites entre ce qui est Moi et ce qui n’est pas Moi, de pouvoir ériger les frontières entre soi et l’autre, entre soi et le monde. Ces frontières permettront l’assomption d’une subjectivité et d’une existence singulière.

L’individuation se fait à partir des autres et moyennant la réalité de l’autre comme autre. « L’individuation psychique, cela implique au moins quatre dimensions : la capacité de soutenir une identité, de l’assumer ; cela suppose une capacité d’existence psychique par soi-même ; une capacité de relation avec les autres ; et enfin, une capacité d’être en société, de jouer le jeu du collectif. »[13]

« C’est l’individuation psychique qui fait des humains des êtres pour eux-mêmes, des êtres d’action et des êtres pour les autres, des êtres en société. Autant de registres qui ne vont nullement de soi, qui ne sont nullement donnés par la nature, qui relèvent de processus de constitution problématiques puisque payés dans tous les cas de lourdes séquelles qui nous hantent d’une manière ou d’une autre. »[14]

Une des premières indications du psychodrame est de permettre un processus d’introjection manquant (cf. mon texte : « Psychodrame et introjection » : https://www.psychotherapie-psychodrame.be/2024/02/04/psychodrame-et-introjection-2/

La psychothérapie

La psychothérapie doit permettre le « processus de séparation-individuation » indispensable à l’autonomie. L’enjeu du processus de séparation est alors principalement la construction d’une représentation différenciée de soi. La psychothérapie doit permettre le « processus de séparation-individuation » indispensable à l’autonomie. L’enjeu du processus de séparation est alors principalement la construction d’une représentation différenciée de soi.

La psychothérapie est un lieu de symbolisation, de représentation et de remémoration. On s’y soigne en se remémorant. En se remémorant on rejoue. En rejouant on symbolise. On se « ré-origine ». On peut se soigner en symbolisant le non-approprié de l’histoire subjective vécue. Le tableau des années oubliées peut se ré-organiser dans une perspective devenue alors constructive. La représentation, quant à elle, est une re-présentation c’est-à-dire une présentation nouvelle.  Elle a une fonction de libération et de re-création. Elle constitue une reprise du vécu sur le plan symbolique (symbolisation). Elle permet à l’enfant d’accepter le traumatisme de la séparation sans en être détruit, sans non plus se réfugier dans l’imaginaire pur. Le jeu est là, précisément, pour maintenir en œuvre la fonction de représentation qui lui permet en l’occurrence d’interpréter un fait nouveau au lieu de le subir. La fonction de représentation sert de clivage entre l’imaginaire et le réel. Elle sauve l’homme du délire en lui ouvrant le champ symbolique. Par la représentation, le mot commence par fonctionner comme signe c’est-à-dire non plus comme simple partie de l’acte mais comme évocation de celui-ci. « Parler, c’est désigner l’objet absent, passer de la distance à l’absence comblée par la représentation…. Penser, c’est se représenter mais dépasser les représentations. Les mots, les signes représentent la présence dans l’absence. Le langage « est » une présence-absence, présence évoquée, absence remplie. »[15]    

La symbolisation

La symbolisation implique la représentation d’un objet absent. Dans la réalité, l’enfant a subi la séparation. Elle l’a fait souffrir. S’il arrive à la représenter symboliquement par un jeu, c’est d’abord qu’il a pu prendre un certain recul vis-à-vis d’elle, qu’il la voit de dehors, sur un certain plan, en provoquant la présence-absence du substitut, et qu’enfin il pourra interpréter pareillement des séparations comparables et ne plus être totalement surpris. L’enfant était passif, envahi par l’expérience mais, en la répétant, il acquérait un rôle actif. « Le moi qui a vécu passivement le trauma en répète maintenant activement une reproduction affaiblie, dans l’espoir de pouvoir en diriger le cours en agissant par lui-même. Nous savons que l’enfant se comporte de la même manière face à toutes les impressions qui lui sont pénibles en les reproduisant dans le jeu ; par cette façon de passer de la passivité à l’activité, il cherche à maîtriser psychiquement ses impressions de vie ».[16] Dès qu’il mime l’absence et la présence, l’enfant fait vivre l’objet « ici » et « maintenant ». La mère présente doit être appréhendée comme celle qui pourrait ne pas être là. Ce travail permet à l’enfant de ne pas s’enfermer dans l’imaginaire. Ce mouvement d’alternance, dans une relation d’ouverture et de fermeture est décomposé, aussi, par Sami Ali comme un mouvement agressif, comme un désir actif de l’enfant de se séparer de sa mère (« Ma mère ne m’abandonne pas », « Je ne suis pas abandonné par elle » ou encore « Ce n’est pas toi qui me laisses tomber », « Je n’ai pas besoin de toi », « Je t’envoie promener moi-même »). Ce mouvement semble s’inscrire dans un contexte ambivalent qui fait naître chez l’enfant de l’angoisse et de la culpabilité. La plupart de ces jeux symboliques tentent à reproduire ce qui a frappé, à évoquer ce qui a plu ou participer de plus près à l’ambiance, bref, à construire un vaste réseau de dispositifs permettant au moi d’assimiler la réalité tout entière c’est-à-dire se l’incorporer pour la revivre, la dominer ou la compenser. C’est aussi la conscience du « comme si ». Winnicott rappelle cette capacité à être seul en présence de quelqu’un dans sa théorie du jeu :

  1. a) Le bébé et l’objet sont confondus l’un avec l’autre.
  2. b) L’objet est répudié, ré-accepté et objectivement perçu.
  3. c) Le stade suivant, c’est être seul en présence de quelqu’un.
  4. d) L’enfant est maintenant prêt pour le stade suivant : permettre le chevauchement de deux aires de jeu et y prendre plaisir. Dans un premier temps, c’est à coup sûr la mère qui joue avec le bébé, mais elle se montre plutôt soucieuse de s’adapter aux activités de jeu de son enfant.

Mots clés :

Défi créatif – capacité d’être seul – espace intérieur – solitude essentielle – porter sa propre vie – appartenance et individualité (appartenir et s’appartenir[17]) – traumatisme de la naissance – heureuse solitude – subjectivation et différenciation – vivre séparé-ensemble – responsabilité personnelle – assumer à son tour sa propre parole – individuation psychiqueintrojection – psychothérapie – représentation – symbolisation – conscience du « comme si ».

[1] Thierry Bokanowski, « Le concept de traumatisme en psychanalyse », Sillages critiques [En ligne], 19 | 2015, mis en ligne le 15 juillet 2015, consulté le 24 février 2020. URL : http://journals.openedition.org/sillagescritiques/4153.

[2] Cf. mon texte : « Le concept de la rencontre » : https://www.psychotherapie-psychodrame.be/2020/08/22/le-concept-de-la-rencontre/

[3]22 Les positions de Freud et de Lacan à l’égard de la première rencontre du sujet et de l’Autre et du désir qui en découle sont différentes. Qu’est-ce que le sujet recherche quand il désire ? Selon Freud, la répétition de la première satisfaction liée a une expérience de plaisir, selon Lacan la répétition traumatique de la « mauvaise rencontre », de l’ordre de la jouissance. Voir Sigmund Freud, « Esquisse d’une psychologie scientifique », op. cit., p. 336 ; et aussi, Sigmund Freud, L’interpretazione dei sogni, Bollati Boringhieri, Turin, 1973, p. 490 ; et Jacques Lacan, L’éthique de la psychanalyse, op. cit., p. 129 ; et aussi Jacques Lacan, Le séminaire, Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Seuil, Paris, 1973, p. 53. 23 Terme que Lacan emprunte à Jones mais en en faisant un usage différent. Jones parle d’une disparition du désir comme effet de l’angoisse de castration. »

[4] Terme que Lacan emprunte à Jones mais en en faisant un usage différent. Jones parle d’une disparition du désir comme effet de l’angoisse de castration. Ernest Jones, « Le développement précoce de la sexualité féminine », dans Théorie et pratique de la psychanalyse, Payot, Paris, 1969, p. 401.

[5] Donald W. Winnicott, La mère suffisamment bonne, Ed. Payot,2006. P.83.

[6]Ibidem, p.84-85.

[7]Jacques Michelet, Prendre soin de soi et de l’autre en soi, Ed. L’Harmattan, Septembre 2020.

[8]Ibidem, p.211.

[9] Jacques Michelet, Prendre soin de soi et de l’autre en soi, 2020, L’Harmattan, p.191.

[10]Anne-Françoise Dahin, La victime dans tous ses états, février 2013, Yapaka.be.

[11]Anne-Françoise Dahin, La victime dans tous ses états, février 2013, Yapaka.be.

[12]J. Lacan, Le Séminaire livre X, L’angoisse, Ed. du Seuil, 2004, p.171.

[13]Marcel Gauchet, Pour une théorie psychanalytique de l’individuation in Se construire comme sujet, Sous la direction de Karl-Leo Schwering, Eres 2012, p.24.

[14] Marcel Gauchet, Pour une théorie psychanalytique de l’individuation in Se construire comme sujet, Sous la direction de Karl-Leo Schwering, Eres 2012, p.18.

[15]https://www.psychotherapie-psychodrame.be/2019/09/15/comment-ne-plus-subir-langoisse-qui-nous-affecte-effroyablement/#_ftn23

[16] S. Freud, « Inhibition, symptôme et angoisse », p. 79.

[17] Jacques Michelet, Prendre soin de soi et de l’autre en soi, 2020, L’Harmattan, p.191.

Références du  texte sur le traumatisme de la naissance :

1] Otto Rank, Le traumatisme de la naissance, 1928, Ed.Payot, 4ème de couverture.

[2] Otto Rank, Le traumatisme de la naissance, 1928, Ed.Payot, p.70.

[3] Otto Rank, Le traumatisme de la naissance, 1928, Ed.Payot, p.112.

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La psychothérapie: pour qui, pour quoi, comment ?

psychotherapie individuelle

Pour qui ? :

POUR ENFANTS, ADOLESCENTS , ADULTES, PERSONNES ÂGÉES, COUPLES ET FAMILLES

Également pour des personnes en situation de handicap mental (pour + d’info cliquez ici)

Pour quoi ?

Difficultés ( impasses, conflits, troubles, traumas) personnelles, alimentaires, sociales, scolaires, professionnelles, sexuelles, conjugales, familiales,…

Comment ?

psychothérapie, guidance, accompagnement, formation, supervision, santé mentale, développement personnel, sortir de la dépression, sortir du burnout, du trauma, hypnose, thérapie brève, projet de vie, orientation scolaire et professionnelle Psychothérapie, psychodrame – Thérapie brève, hypnose.

Les consultations sont strictement confidentielles.

En situation individuelle ou en groupe selon la demande:

  • Psychodrame individuel et/ou en groupe  (analytique et morénien)
  • Hypnose Ericksonienne.
  • Analyse systémique
  • Thérapie brève
  • Analyse transactionnelle
  • Gestion de conflits
  • Gestion du stress

Le contrat thérapeutique (en thérapie brève):

« Le patient a le droit au soulagement le plus rapide, le plus complet et le plus durable possible de sa souffrance et ce de la façon la moins envahissante qui soit. Je ne lui demanderais rien d’illégal, rien d’immoral, rien d’impossible. En contrepartie il fera tout pour me rendre inutile aussi vite que possible. » Nicolas Cummings

MODALITES PRATIQUES: cf. page suivante

Le regard de la psychothérapie

 

  • Un autre regard :

 

« Le regard est une peau pour pour la pensée » nous dit Didier Anzieu.

« J’ai besoin fondamentalement de l’autre pour savoir qui je suis » c’est ce que Jacques Lacan (1901- 1981) affirme dans sa théorie du stade du miroir. L’enfant cherche le regard : « Quand je regarde, on me voit. Donc j’existe ».  Le cri du nourrisson ne devient langage que s’il est entendu par la mère. L’enfant se regarde dans le visage de la mère. L’absence de regard, d’échange créée la pathologie. Le regard est désirant. Le désir de l’un est le désir de l’Autre c’est à dire celui de la mère, nous dit lacan. Tout cela implique que le thérapeute soit visible.

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  • Le co-inconscient et l’inconscient :

 

Alors que Sigmund Freud (1856-1939) développe le concept d’Inconscient, Jacob Levy Moreno (1892-1974) préférera nous parler de Co-Inconscient. Il va à l’encontre de la psychanalyse dont la croyance, actuellement, serait définie de la manière suivante :

1)      la psychanalyse est la meilleure thérapie.

2)      Plus on va profondément, mieux c’est.

3)      Plus il y a de séances et plus on peut aller profond.

4)      La psychothérapie serait une sous-psychanalyse.

Pour Freud, l’inconscient à toujours raison. Sa vision est déterministe. Le modèle médical psychopathologique en vigueur dont fait partie le manuel psychiatrique DSM 4, d’ailleurs, ne dit rien du sujet. Au contraire, il s’impose au sujet comme un «  cancer ». Le sujet réel semble évacué. Cette théorie psychopathologique  où le sujet est expliqué nous amène vers une impasse. Or  Moreno est beaucoup plus optimiste tout comme d’autres psychothérapeutes comme Milton H. Erickson (1901 -1980),  chef de file de la célèbre école de Palo Alto. Selon cette dernière, l’inconscient révèle nos possibilités sous-exploitées, constitue une ressource, un réservoir dans lequel on peut chercher ce dont on a besoin. L’inconscient serait véritablement un allié. Nous devons donc lui faire confiance. L’inconscient peut rester inconscient. La véritable relation psychothérapeutique se ferait d’inconscient à inconscient. Communiquer avec l’inconscient, c’est la communication hypnotique. Ne serait-ce pas ce que Moreno appelle la spontanéité ?

La connaissance du pourquoi n’est ni nécessaire ni suffisante. Le comment devient plus important que le pourquoi.

Ce modèle représente davantage celui de l’épanouissement personnel plutôt que celui d’un déficit à réparer.

La théorie du constructivisme de l école de Palo Alto s’avère très proche de celle du renversement de rôle chez Moreno. Ma réalité n’est pas celle de l’autre ! Ma carte n’est pas le territoire. Or la psychanalyse s’imposerait comme une « rencontre à sens unique », une «  paranoïa dirigée ». Le problème actuel du déprimé, pathologie mentale la plus répandue sur la planète, consiste à rester exclusivement fixé sur le passé. A ce niveau on pourrait dire que les tentatives de solutions créent le problème.

Au contraire, la prise en compte de l’individu, dans l’ici et maintenant, dans son contexte, une rencontre sécurisante, dans un premier temps, permet au patient de retrouver son pouvoir, de le rendre actif. On pourrait objecter à la méthode  psychothérapeutique d’être trop directive. Mais une part d’influence et de suggestion est inévitable. La psychanalyse est, elle aussi, pétrie de suggestion par les interprétations. La véritable question est celle de savoir comment l’influence de la suggestion doit être traitée pour espérer que le processus thérapeutique puisse arriver, à la longue, à pouvoir en sortir. Le type de « suggestion »pour sortir de la suggestion, telle paraît plutôt être la question pertinente. Sandor Ferenczy (1873-1983) psychiatre hongrois, un des pionniers de la psychanalyse freudienne, misant sur les capacités positives, constructives du Moi, a mis au point des techniques actives élaborées avec Otto Rank(1884-1939) et Walter Georg Groddeck (1866-1934). Leur approche des patients (borderlines et pré-psychotiques) étaient devenue chaleureuse. Avec certaines personnes Ferenczy  a pratiqué une analyse réciproque où le patient et l’analyste interchangaient leur rôle. De cette manière, cette technique  se rapproche fort du renversement de rôle dans le psychodrame morénien. Dans la thérapie existentialiste et phénoménologique il s’agit d’un travail de co-création, de découvertes. Cette psychothérapie dite  humaniste remet le sujet au centre des préoccupations. La position anthropologique de Gregory Bateson (1904-1980) comme celle de Ludwig Binswanger (1881-1966), lui-même contemporain et dissident de Freud, nous rappellent toute l’importance du contexte environnant. En effet, l’individu donne des réponses dans un contexte déterminé. Il s’agira, dès lors, de se rendre compte dans quel contexte un comportement révélé produit lui-même un sens. Nous savons très bien que la mort n’a pas la même signification  en Europe qu’en Afrique. Un malade peut l’être dans un certain type de société et pas dans une autre. Même le fou a sa propre logique. Le délirant, dont Freud nous dit qu’il a toujours raison, qui en sait plus long que nous sur la réalité psychique, cherche à faire connaître la vérité de l’inconscient, l’insistance du désir. Le patient c’est celui qui sait le mieux. Cette position permanente de non-savoir  du thérapeute éveille la créativité, une co-créativité. Tout ce que je ne sais pas de moi, de l’autre stimule l’originalité. Tout est, chaque fois, à réinventer.  Partenaire de la relation, le thérapeute renvoie une résonance quand l’autre parle. Le thérapeute devient contexte de changement. L’approche anthropologique participe non pas d’un « comprendre » mais d’un « prendre à » c’est à dire prendre au mot, et de « prendre par » c’est à dire par le sentiment. Selon Binswanger, le thérapeute s’attachera à détecter à la fois le monde originaire du malade et la manière qu’à celui-ci d’être présent au monde. Loin de Freud, il s’agira de discerner quel type de relation le sujet entretient avec ses semblables.trouver-aide

Dialoguer consiste, pour l’ego, à franchir la distance qui le sépare de son allocutaire. Le franchissement de la distance est réalisé ipso facto par l’établissement de la relation interlocutive. Dialoguer c’est croiser deux voix dans une parole pour produire un sens comme co-signifiance. La relation interlocutive produit donc une co-signifiance.

En effet, dans son déploiement concret et quotidien, la véritable relation est « réciprocité, présence et responsabilité » au sens buberien du terme. La doctrine philosophique de Martin Buber (1878-1965) est une philosophie de la rencontre, une synthèse de l’événement et de l’éternité.  La véritable rencontre n’est-elle pas une manière de vivre l’éternité dans (de) l’instant présent ?

  • La représentation :psychotherapie individuelle

 

L’homme déficitaire est, avant tout, objet de sa maladie. Il est objet au sens où il est défini sur le mode du pâtir. Le corps douloureux apparaît de plus en plus comme le prolongement de malaises intérieurs prenant leur source dans la psyché.

Il s’agira d’intégrer les émotions dans l’action et la parole comme dans les « ressource work » et permettre au sujet d ‘avancer dans son discours. La mise en jeu va l’y aider, déjà, dans le groupe qui fait circuler la parole et par une représentation ensuite. Cette mise en jeu peut aussi se réaliser dans une thérapie individuelle.

La mise en jeu qui trouve audience auprès des autres va permettre une publication, exposer le sujet et amener, par la remémoration, une autre perspective. Elle va produire du sens qui représente la marque reçue et ce que le sujet décide d’en faire. Il s’agira de refaire quelque chose de ce qui a fait souffrir, de ce qui a manqué. Sartre nous y invite quand il dit : « il y a ce que l’on a fait de nous et ce que nous décidons nous-mêmes de faire ce qu’on a fait de nous ».

Chaque être humain a en lui les clefs pour résoudre ses problèmes.

La représentation psychodramatique va nous y amener. Représenter équivaut à mentaliser c’est à dire symboliser nos douleurs. Celles-ci révélées par nos humeurs, par exemple, sont, d’ailleurs, des représentations non parvenues à la conscience. L’essentiel du comportement est suscité par nos représentations. C’est ainsi que revivre les premières situations ayant structuré les relations futures permet de sortir de son enfermement. Jouer sur la scène psychodramatique (en groupe ou en situation individuelle), sur cette aire psychothérapeutique transitionnelle c’est réactualiser, réorganiser le tableau des années oubliées. Se «  ré-originer permet alors de se soigner. Les nouvelles expériences vont modifier les précédentes. La personne doit muer, créer plutôt que s’accrocher.

Sortir de ses prisons secrètes c’est rejouer là maintenant ce qui a pris naissance ailleurs et autrefois. Nous constatons, ici, immédiatement qu’il ne s’agit pas de nier l’inconscient car il nous rattrape : « ce dont je ne veux rien savoir m’habite et me rattrape en fait ! ».

En résumé, nous pouvons donc admettre la réalité de deux concepts pertinents majeurs : l’Inconscient et le Co-Inconscient.

Mots-clés :

L’inconscient- le co-inconscient- le renversement de rôle- le regard- la rencontre-position anthropologique- la psychothérapie humaniste- le psychodrame en groupe et individuel- la représentation scénique- l’aire transitionnelle- le thérapeute devient contexte de changement.

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