La mé…chanceté et son contraire la bien…veillance

La méchanceté

Ceux qui préfèrent les contes de fées font la sourde oreille quand on leur parle de la tendance native de l’homme à la méchanceté, à l’agression, à la destruction, et donc aussi à la cruauté. (J. Lacan) [1]

« L’homme n’est pas méchant – disait Lacan – il est méprisant ». Et il est vrai que la méchanceté procède le plus souvent du mépris, auquel elle vient ajouter comme une touche cruelle de raffinement. Lacan insiste d’ailleurs sur l’étymologie commune de ces deux passions mauvaises. « Méchant a à faire avec le mal par sa première syllabe : mé – observe-t-il. Comme dans médire, dans mépris. La deuxième syllabe concerne le choir. Méchant, c’est méchéance, c’est tomber mal. » Et c’est souvent tomber dans un puits sans fond, la méchanceté se repaissant d’elle même, elle est comme le négatif du désir, avec lequel elle a plus d’un point commun et peut-être le même foyer d’origine. Comme la vengeance, la méchanceté ordinaire se pratique à froid, et sans ostentation, le but étant d’atteindre l’autre au cœur, alors qu’il a baissé la garde, quand la colère avec ses gros sabots élève immédiatement des résistances. Petites piques et coups de griffe, médisance, persiflage, propos vexatoires, moqueries : « Les flèches blessent le corps mais les pointes blessent l’âme » disait Baltasar Gracian. Tout un arsenal de basse intensité, qui opère dans la durée et dont la constance morbide finit par faire mouche. La méthode ici est le harcèlement – le mot vient de herse, l’instrument à dents qui laboure et retourne la terre. « La méchanceté ne détruit pas, elle désagrège » affirmait à juste titre Jankélévitch.[2] « Par-delà ses origines et les formes plus ou moins sadiques et perverses qu’elle épouse, la méchanceté reste une tare qui exige une riposte, à moins de renoncer à toute vie collective harmonieuse. C’est surtout parce que la volonté méchante est « une volonté qui fait sécession avec l’altérité, pour ne vouloir que soi » qu’il faut lui opposer le goût de l’esprit commun. Parce qu’ils font sécession avec les autres, ne respectent pas la loi, les méchants refusent « les devoirs liés à leur appartenance humaine ». Leur solitude est la conséquence du refus des autres et de la société en tant qu’ils symbolisent ce que nous appelons aujourd’hui le « vivre ensemble ». «Celui qui a fait sécession avec le monde comme système de normes morales ne vit que pour lui-même, éloigné de la destination la plus haute de l’humanité : une vie sociale apaisée », écrit Michaël Foessel. »[3] La méchanceté est une manière d’être  d’un individu. Le méchant commet le mal. Pour Socrate la faute est le résultat d’une méprise: désirer le mal, c’est se tromper, c’est croire que le mal est un bien. Il existe bien une volonté du mal. Le méchant n’est pas seulement celui qui fait le mal et qui le fait en fonction d’une intention délibérée, il est celui qui aime le mal. « La méchanceté est toujours une relation entre les personnes. Est méchant celui qui veut du mal à son semblable. Le méchant a besoin d’un autre, il ne veut pas le mal en général, mais la souffrance d’un être. La méchanceté vise toujours une autre personne, si elle s’adresse à une chose, c’est qu’elle la personnifie ou qu’elle voit en elle une humanité possible. …L’amour dit: je suis heureux de ton bonheur et malheureux de ton malheur. La méchanceté dit: je me complais à ta souffrance et je souffre de ton plaisir. Elle est «la joie gratuite de faire souffrir »[4]

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 « La méchanceté se combat par l’altérité, la politique, la réflexion ; autant dire, qu’elle n’est pas près d’être vaincue. »[5] « L’homme n’est pas méchant. Il est méprisant. » Ce propos de Jacques Lacan concerne l’Autre méchanceté, celle au quotidien : la méchanceté ordinaire. Nous sommes méchants sans le vouloir ou, pire, sans le savoir. Quand elle n’est pas   mais déduite, la méchanceté nous semble plus violente encore. L’injure la plus crue évite l’obscénité, les cris, les coups, et laisse le sujet à qui elle est destinée le soin de l’interpréter. Poètes, Baudelaire en tête, et écrivains savent qu’une part de méchanceté habite l’être humain : « tout le monde est méchant » dit Alexandre Dumas. Cet ouvrage prend à rebours la conception du pervers narcissique, selon quoi le méchant c’est toujours l’Autre. Issu d’une psychologie dégradée, ce concept est dangereux : il méconnait que la méchanceté est native, et que, si le sujet n’est pour rien dans le mal qui lui tombe dessus, il est responsable de la manière dont il y répond. L’ignorer, c’est risquer de provoquer répétitivement l’Autre méchant, de voir la méchanceté là où elle n’est pas, et ne pas la voir là où elle se trouve. »[6] « Par le seul fait que ses parents parlent de lui, tout un discours précède sa venue au monde. On parle à son sujet. Et cela, très probablement constitue un autre malveillant, un autre qui n’a pas de bonnes intentions. Ceci définit le statut primaire de l’Autre. A partir de là, nous pouvons supposer à n’importe quel Autre une jouissance mauvaise, parce que la jouissance de l’autre nous est toujours inconnue »[7]

La bienveillance

Définition

Le dictionnaire définit la bienveillance comme la capacité à se montrer indulgent, gentil et attentionné envers autrui d’une manière désintéressée et compréhensive. La bienveillance est la disposition affective d’une volonté qui vise le bien et le bonheur d’autrui. Le terme est calqué sur le latin benevolens qui par la suite, a donné le doublet lexical bénévolence. Quelqu’un qui montre de la bienveillance se montre attentif au bien et au bonheur des autres. Son antonyme est malveillant. Dans le boudhisme Bienveillance est l’une des traductions usuelles de maitrī en sanskrit (metta, en pali), signifiant à l’origine amitié,  impliquant une relation désintéressée. Dans l’hindouisme on parle d’Ahimsa, c’est-à-dire la non-violence, le respect de la vie, plus précisément « l’action ou le fait de ne causer de nuisance à nulle vie ».  Dans l’hindouisme l’image symbolique reste la vache et la lionne buvant côte à côté dans la rivière. Cette image est reprise dans la mythologie romaine avec la louve qui allaite Romus et Rémulus.

« Confucius et Mencius, l’un comme l’autre, l’ont souvent affirmé : la qualité fondamentale d’un chef est la bienveillance. Confucius aurait dit : « Que le prince cultive les vertus et le peuple viendra à lui en masse, avec le peuple viendront les terres, avec les terres la richesse. Cette richesse sera le bénéfice de la rectitude du prince. Vertu est racine, richesse est moisson ». Et encore «Jamais on ne vit de prince bienveillant, monarque d’un peuple qui n’aime pas la vertu ». Quant à Mencius, il mettait ses pas dans les siens en disant : « On peut citer des exemples d’hommes capables d’atteindre un pouvoir suprême dans certaines contrées malgré un total manque de bienveillance mais jamais je n’ai entendu parler d’empires entiers tombant dans les mains de l’un de ceux qui manqueraient de cette vertu. En outre, il est impossible à quiconque de devenir monarque d’un peuple qui ne lui aurait pas fait, au préalable, allégeance de son cœur. » – « La bienveillance, dit-il avec Confucius, fait l’homme ». »[8]

« Dans la langue française le terme est introduit en 1175 sous le vocable « bienvoillance » pour devenir au XIVème siècle « bienvaillance ». C’est en 1680 que la graphie actuelle bienveillance apparait encore qu’on l’écrive aussi « bienveuillance ». C’est-à-dire vouloir le bien pour quelqu’un.  Jusqu’au XXème siècle il y a un sous-entendu de condescendance on est bienveillant de supérieur vers un inférieur. Et donc le terme peut dériver vers la compassion, la complaisance envers autrui. Au final, la bienveillance c’est vouloir le bien. Il y a donc une notion claire de volonté, d’intention favorable envers une personne. On veut le bien et non le mal (d’où l’antonyme malveillance). S’y ajoute aussi un sous-entendu de protection (on pourrait donc vouloir le bien contre la volonté d’autrui, puisqu’on le protège….pour son bien).»[9]

Prendre soin de son « Moi »

« Si l’on a souffert d’un sentiment de ne pas être reconnu, ou d’incompréhension. Si on s’est senti rejeté, injustement traité. Si l’on a subi des traumatismes, des manques affectifs, si l’on n’a pas vécu une enfance épanouissante, ou si l’on a vécu une cassure venant briser le centre de soi…si l’on a entendu des cris, si l’on a été négligé, si l’on ne sait pas pourquoi on était là. Toutes ces expériences créent des blessures immenses, dont la souffrance est enfouie. Cependant, le refoulé ne disparaît pas, il est toujours agissant. Le psychisme n’oublie rien. L’individu alors s’enferme dans une carapace, créant des comportements de défense, vis-à-vis de ces blessures. Il construit des attitudes de rigidifications, visant à éviter à tout prix de se confronter à toute situation risquant de réveiller la peine issue de l’élan brisé. Pour ne pas souffrir à nouveau. Ainsi, il va vivre à côté de lui, n’étant pas lui-même, pas totalement lui-même. « Ces diverses expériences de non reconnaissance amènent un être à conclure qu’il ne peut pas vivre en étant lui-même. Le sens profond de la maladie est là, presque toujours. (Guy Corneau, Revivre !) Un trouble va naitre. En effet, cette partie de soi oubliée, négligée, dont on n’a pas pris soin, va s’étioler, se désagréger. Le prix à payer, est la maladie, d’être ou de corps. La maladie montre une désunion d’avec soi, un déséquilibre. L’harmonie qui préside est rompue. L’être est globalité avant tout. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de prendre soin de soi. Quelle que soit l’entrée : corps, énergie, psychisme, la technique sollicitée, le professionnel consulté, tout travail sur soi permet de prendre un peu de recul et de se rendre compte que l’on peut améliorer sa vie, la rendre meilleure. Il s’agit aussi de savoir manœuvrer les forces en soi qui sombrent, qui ne veulent pas évoluer, voire qui œuvrent en sourdine pour la destruction ! Ne pas les laisser dans l’ombre, ni aux commandes. Il s’agit donc de réveiller les forces de régulation, de réparation, qui se sont endormies, inhibées suite aux traumas vécus. En effet, toute guérison, toute amélioration d’être, est due à l’activation de l’auto-guérison, à la stimulation de la capacité autonome de rééquilibrage propre aux  fonctionnements psychiques et physiques. La reconnaissance, en soi, pour soi, des souffrances niées et enfouies est la condition première pour commencer à être vraiment soi. Toute souffrance intense et durable engendre une dissociation psychique. Une partie du psychisme fait comme si l’autre partie, la souffrante, la malade, n’existait pas. Celle-ci s’enferme dans le non-dit. Une barrière invisible l’entoure et l’empêche d’être au jour. Avec elle, c’est une part de soi qui s’isole et s’anéantit. Le dialogue avec l’inconscient est nécessaire pour faire réunir ces morceaux disparates de la psyché. La psychanalyse permet la fluidité entre conscient et inconscient. Elle place la reconnaissance du sujet au centre de son dispositif. La faculté de réparation provient du sujet lui-même, de sa renaissance à lui-même, dans une place enfin occupée. C’est une thérapie par la mise en valeur du moi. Un moi qui s’est ouvert et a quitté ses compulsions de défense, qui l’enfermaient dans une attitude figée. Un moi qui n’est plus replié sur ses peurs. La fluidité apporte le mouvement, la possibilité de l’action. Elle permet à la force vitale, au désir de vie de se propulser à l’extérieur. Sans cette fluidité, des cuirasses psychiques, et physiques se mettent en place. Un moi qui occupe le centre de l’être, et peut regarder autour de lui avec bienveillance,  interagir en combinant indépendance et accomplissement, se relier en gardant sa liberté d’être. « La santé est globale, elle inclut le corps, l’âme et l’esprit. » (Guy Corneau, Revivre.) Il s’agit de découvrir le sens de ce qui nous arrive. Un sens est découvert quand il parle à notre conviction profonde, intime. Cela arrive comme un éclairage subit, suivi d’un soulagement émotionnel. La conscience s’enrichit. A chaque situation, à chaque évènement ne correspond pas un mais plusieurs sens. Ils sont à cueillir au fur et à mesure de l’avancement, et viennent se mutualiser, renforcer l’élaboration globale. Le chemin vers les prises de conscience, en ramenant du mouvement intra et inter psychique, conduit à la sortie de l’impasse où nos peurs nous ont enfermés. Une nouvelle circulation s’instaure, ce qui était fixé se dénoue, la vision des choses en est modifiée. Suite à ce travail de conscientisation, l’harmonie entre ressenti et action est rendue possible. L’action juste, issue de la synthèse entre le ressenti et la réalité extérieure, ancre le sujet dans sa vie. Elle lui permet l’incarnation de ce qu’il est vraiment. »[10]

Le bien vivre ensemble

« Jamais on n’aura autant parlé de bienveillance : colloques d’enseignants, de soignants, conférences de philosophes, de méditants autour de ce thème se multiplient. Ces appels à travailler avec précision et persévérance, comme les muscles abdominaux, une disposition plutôt naturelle et désintéressée peuvent sembler contre-productifs. A force d’appeler à la bienveillance, ne risque-t-on pas d’en altérer les élans spontanés ? Pour Jacques Lecomte, la bienveillance précède l’action. Elle est « la bonté» déclinée dans la vie quotidienne, ordinaire, et n’a rien de spectaculaire. « Ceux qui la pratiquent ne sont pas des  » héros sauveteurs » mais ont un regard a priori positif sur autrui, la capacité à ressentir ce qu’il ressent, notamment s’il souffre – c’est l’empathie – et leur altruisme s’exprime en actes. » Bernadette Lemoine, psychologue et psychothérapeute expérimentée, développe une même approche dans l’aide aux parents. Pour elle qui publie (avec Diane de Bodman) Petites Phrases à leur dire pour les aider à grandir (Albin Michel), être bienveillant avec les enfants qu’on éduque, c’est d’ abord veiller sur eux, être attentif à eux. Une attitude profonde qui influence chaque geste et décision. «Éduquer, ce n’est plus donner des ordres de manière raide, à la militaire, mais dans un coeur à coeur avec l’enfant, avec souplesse … Toute l’ambiance familiale en est transformée. Attention cependant, être bienveillant avec son enfant, ce n’est pas seulement lui faire plaisir : « le problème de nombreux adultes, c’est qu’ils n’entendent dans le mot bienveillance que  » ce qui est bien et facile pour l’enfant  » », observe la psychologue. Or, si jusqu’ à 3 ans, l’enfant est en effet le centre du monde, les parents doivent ensuite veiller à le décentrer de lui-même afin que son plaisir seul ne domine pas, mais qu’il apprenne à faire plaisir aux autres. Sinon, le risque est de donner des enfants « no limits » qui, en fin de compte, ne savent ni se respecter, ni respecter l’autre dans le « bien vivre ensemble».»[11]

Bien veiller

Les orientaux insistent sur la volonté du bien et du bonheur d’autrui, le christianisme également, tout en soulignant qu’elle ne suppose pas la réciprocité, et n’instaure pas de liens durables avec l’autre. Il s’agit de veiller à son bien, de « veiller »
Bien veillance ; veiller au bien de. Veiller sur.., veiller sur soi est aussi en lien avec le concept de la vigilance. J’invite le lecteur à consulter mon article sur la vigilance à cette adresse : https://www.psychotherapie-psychodrame.be/2018/08/24/le-concept-de-la-vigilance/

Mots-clés :

Mépris ; négatif du désir ; herse ; rupture avec l’altérité ; vivre ensemble ; l’Autre ; relation désintéressée ; vertu est racine, richesse est moisson ; prendre soin de soi ; activation de l’auto-guérison ; fluidité ; sens ; conscientisation ; empathie.

[1] J. LACAN, Séminaire, livre VII, L’éthique de la psychanalyse, Leçon du 23 mars 1960.

[2] Article de Jacques Munier (auparavant professeur de philosophie, il rejoint ensuite France Culture en tant que producteur en 1983, et a longtemps piloté l’émission « les Chemins de la connaissance ».) https://www.franceculture.fr/emissions/lessai-et-la-revue-du-jour-14-15/la-mechancete-ordinaire-revue-le-portique

[3] https://www.lesinrocks.com/2014/06/14/actualite/sommes-mechants-11510205/

[4] https://www.psychaanalyse.com/pdf/MECHANCETE%20ET%20PERVERSITE%20-%206%20pages%20-%20246%20Ko.pd

[5] https://www.lesinrocks.com/2014/06/14/actualite/sommes-mechants-11510205/

[6] https://journals.openedition.org/lectures/14212

[7] Santiago Castellanos, « Paranoias et folies de la vie quotidienne ». Réf. : https://congresoamp2018.com/fr/textos-del-tema/paranoias-et-folies-de-la-vie-quotidienne/

[8] https://fr.wikipedia.org/wiki/Bienveillance

[9] https://www.philcodev.com/la-bienveillance-mot-a-la-mode

[10] Genviève Abrial, psychanalyste, Paris 8ème. Réf. :http://www.genevieveabrial.com/tag/bienveillance/

[11]Pascale Senk (journaliste), article : « La bienveillance, une prise de risque », Le Figaro, 3 septembre 2018. Réf. : http://www.psychologie-positive.net/IMG/pdf/Figaro_3_septembre_2018.pdf

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L’assertivité

Par l’assertivité il s’agit de s’affirmer sans agresser, sans s’effacer. L’assertif postule le respect réciproque des opinions. Les compétences liées à l’assertivité sont :

  • se respecter et se faire respecter,
  • développer une bonne assurance interne,
  • identifier ses attitudes les plus fréquentes,
  • savoir faire face à des comportements passifs, agressifs et manipulateurs,
  • communiquer efficacement,
  • La position de l’assertif correspond au « je suis OK, vous êtes OK et pas KO ! ».

La position de vie de l’assertif correspond au « je suis OK, vous êtes OK » (relation idéale selon l’analyse transactionnelle). L’assertif postule le respect réciproque des opinions : ce n’est pas parce que moi j’aime telle chose que les autres ont tort de ne pas l’aimer.

Un comportement assertif consiste à s’exprimer en respectant le plan suivant :

Exprimer les faits…

Puis donner votre sentiment sur les faits exposés en utilisant le JE plutôt que le TU

Exprimer votre demande suite aux faits. Vous pouvez être aidé en reprenant le schéma de la communication violente (OSBD)[1]– cf. article suivant : https://www.psychotherapie-psychodrame.be/2019/03/19/la-communication-non-violente-cnv/

L’assertivité, cela s’apprend…

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Comment être assertif ?

L’assertivité est une attitude de fermeté; fermeté par rapport aux événements, par rapport à ce que vous considérez comme acceptable ou non.

Ce n’est pas de l’agressivité. Ce n’est pas l’expression de la rancoeur, le défoulement des frustrations. C’est plutôt un moyen de les éviter. Ce n’est pas une menace. C’est la délimitation d’un territoire qui n’est pas accessible à l’autre, qui n’appartient qu’à vous.

C’est un peu comme un panneau sens interdit. Un automobiliste ne se fâche pas lorsqu’il voit un tel panneau à l’entrée d’une rue. Il est là dans l’intérêt de tous. C’est la même chose avec une attitude assertive. Elle est là, dans l’intérêt de la victime et de celui qui tente de la harceler en établissant clairement les comportements acceptables et répréhensibles.

L’assertivité n’est pas donnée à tout le monde. Elle est trop peu développée.

La plupart des personnes, lorsqu’elles étaient enfant ont plutôt appris à accepter, à obéir et à ne pas poser de questions. Se révolter n’était pas nécessairement bien vu. Cela part d’une bonne intention, mais cela n’aide pas la personne à apprendre à exprimer ses sentiments, à trouver la manière de les exprimer et à fixer ses propres limites.

Si vous n’avez pas appris à être assertif dans votre enfance, rien ne vous empêche de rattraper votre retard une fois adulte. Comme pour les langues, l’informatique, la photographie, …

C’est probablement l’apprentissage le plus utile pour un adulte et pas uniquement pour ceux ou celles qui sont victimes de harcèlement moral.

Assertivité:

Le mot vient du mot anglais ASSERTIVENESS. Initié par Andrew SALTER psychologue New-yorkais dans la première moitié du siècle dernier. Développé plus récemment par Joseph Wolpe, psychiatre et professeur de médecine américain comme « Expression libre de toutes émotions vis à vis d’un tiers, à l’exception de l’anxiété ».

L’assertivité est définie comme une attitude dans laquelle on est capable de s’affirmer tout en respectant autrui. Il s’agit de se respecter soi-même en s’exprimant directement, sans détour, mais avec considération. Cela conduit à diminuer le stress personnel, à ne pas en induire chez autrui et à augmenter l’efficacité dans la plupart des situations d’entretien. Cette attitude est particulièrement importante dans toutes les situations de la vie, mais elle l’est particulièrement dans toutes les situations d’entretiens professionnels et notamment dans le management (domaine où elle est trop souvent ignorée)

Nous trouvons quatre attitudes pour définir un grand nombre de comportements humains:

1 – La fuite,
2 – La manipulation
3 – L’agressivité 
Ces trois premières  attitudes sont beaucoup moins performantes que l’assertivité. Elles ont tendance à s’exprimer de façon réflexe dans les situations difficiles. Elles sont génératrices de tensions, de défenses, d’incompréhension et de perte de temps.

4 – L’assertivité 
Cette attitude, elle, au contraire, définit parfaitement une grande qualité de la communication dans laquelle on se respecte soi-même autant que l’on respecte autrui. Elle s’exprime de façon sensible et réfléchie. Elle permet des actions adaptées avec les situations. Ceci est important dans toutes les circonstances de l’existence, personnelles et professionnelles.

Le non-verbal : certificat d’authenticité

Lorsque nous échangeons des propos, l’information qui passe de nous à l’autre et de l’autre à nous est constituée de verbal (mots – sémantique) et de non-verbal (attitudes, gestuelles, intonations de la voix). Ce qui est étonnant c’est que la plus grande partie de l’information échangée est surtout non-verbale. Il paraît même que ce non-verbal représente au moins 90% de l’information.

Une des bases fondamentales de la communication et de l’assertivité est de ne pas avoir peur de s’ouvrir à ce que l’autre a à dire, car quoi qu’il dise nous savons qu’il a une raison et nous n’avons pas peur de l’entendre. Nous cessons alors de nous comporter comme un animal menacé par un prédateur, les oreilles aux aguets, prêt à mordre au moindre danger… voir même sans qu’il y ait danger, comme ces chiens qui aboient dès qu’on passe près de la barrière de leur maison.

L’assertivité, c’est humaniser ses comportements et se détendre un peu… tout en permettant ainsi à son entourage de se détendre aussi… car notre entourage également réagit trop souvent comme s’il était menacé. Le moins qu’on puisse dire est que nous ne sommes pas entourés par un environnement communicant. Raison de plus pour adopter un comportement plus performant qui apaisera les situations et désamorcera les mines posées ça et là dans les conversations.Cependant, cela ne doit jamais nous empêcher d’exprimer ce que nous avons à dire sans détour, car le respect d’autrui ne doit pas s’exercer au détriment du respect  qu’on s’accorde à soi-même. D’ailleurs, l’efficacité de notre façon de gérer les situations qui se présentent en dépend. L’assertivité n’est surtout pas une attitude dans laquelle on accepte tout sans rien dire. Celui qui fait tout pour les autres mais ne veut rien pour lui, celui qui accepte tout sans jamais rien dire, n’est pas dans l’assertivité mais dans la négation de soi. Dans la négation de soi, même si on est généreux, on reste absent et inefficace. L’autre se plaindra de notre inexistence et les situations seront tendues et embrouillées. Donc s’affirmer et oser dire est très important pour la qualité des échanges.

En finir avec la fausse communication

Il est de bon ton de parler de communication. Utilisé pour tout et pour rien, ce mot devient commun au point de s’être un peu vidé de sa substance. Pour qu’un échange entre deux personnes mérite le label « communication », il doit pourtant répondre à certains critères très précis. L’assertivité, mot beaucoup moins galvaudé, définit parfaitement un état dans lequel on est communicant. Pour comprendre ce que signifie « être communicant », nous devons différencier la communication et la relation. Être communicant, c’est d’abord être ouvert, alors qu’être relationnel, c’est être relié (attaché, dépendant). Ce sont deux attitudes fondamentalement différentes. La relation est fréquente, puisque c’est le minimum incontournable de tout échange, volontaire ou non. La communication, elle, est plus rare car elle suppose une conscience et une humanisation des échanges, qui malheureusement n’a rien de spontané. Être communicant, c’est sortir des réflexes (quasi animaux) pour entrer dans une dimension humanisée.

Quand nous utilisons notre intellect de la même manière qu’un animal utilise ses griffes et ses crocs (pour se défendre ou pour attraper une proie), il y a juste changement d’outil: l’attitude, elle, reste animale.  Il y a réel passage d’un comportement animal à un comportement humain quand on passe de la relation à la communication.

Le tableau ci-dessous reprend quelques critères dans un listage comparatif entre la communication et la relation. Dans les deux cas l’information va bien d’un point à un autre, mais elle ne circule pas de la même façon et ne produit pas le même effet. On ne peut pas parler d’assertivité si on n’a pas clairement différencié  la relation de la communication

Etre communicant Etre relationnel
Être ouvert Être relié
Être libre Être attaché
Chaleur humaine Affectivité
Sensibilité Émotivité
Considération Manipulation (même involontaire)
Respect Copinage
Constructif Conflictuel
Responsabilité Culpabilisation
Attention (pour quelqu’un) Intérêt (pour quelque chose)
L’individu compte plus que l’information L’information compte plus que l’individu
Information proposée par l’émetteur Information imposée par l’émetteur
Information accueillie par le récepteur Information subie par le récepteur
Les deux interlocuteurs sont gagnants L’un gagne au détriment de l’autre
Partager une différence de point de vue Imposer un point de vue, convaincre
Actions (réfléchies, adaptées) Réactions (involontaires, inadaptées)
Stratégies (intellectuelles, manipulatrices)
Information mieux transmise Information déformée

On notera que quand on dit « J’ai des relations », on parle plus  des gens dont on peut se servir, que de ceux vis à vis desquels on a une ouverture d’esprit.

 Différencier le « quelqu’un », du « quelque chose »

Plus le quelque chose est important (information, projet), et plus on souhaite atteindre son objectif, plus il est nécessaire, pour y parvenir, de considérer le quelqu’un plus que le quelque chose : c’est à dire avoir plus de considération pour l’individu (l’autre et soi-même) que pour le propos (ce que l’on échange). Cela peut sembler paradoxal de lâcher un peu quelque chose pour mieux l’obtenir… mais il en est ainsi.

Respect d’autrui

Le respect d’autrui ne peut être que naturel. S’il est forcé, il n’y a pas respect de l’autre mais manipulation (même avec de bonnes intentions). Rappelons nous que, dans le meilleur des cas, le non-verbal ne se contrôle que partiellement. De plus, dans un tel contrôle, on ne se respecterait pas soi-même non plus car alors, on y refoulerait son ressenti.

Pour mieux respecter l’autre, plutôt que de tenter de se forcer, mieux vaut augmenter sa sensibilité à la réalité. Le non-verbal s’ajustera automatiquement. Nous sommes d’autant plus touchés par les circonstances que nous ne percevons pas la réalité de ce qui se passe.

Le mot respect d’ailleurs vient du latin re-spectus qui veut dire « regarder en arrière, porter attention, regarder avec égards ».

Au premier regard, souvent, nous sommes surtout « scotchés » à l’apparence immédiate du propos. Au deuxième regard, nous pouvons tenter de nous ouvrir à l’individu et à ce qui motive son attitude ou son discours (qui se trouve souvent hors de la circonstance présente).

Alors qu’au premier passage, l’intérêt que nous portons au « quelque chose » (le discours) nous égare et nous porte à réagir, au deuxième passage l’attention que nous portons au « quelqu’un » (l’interlocuteur) nous sensibilise à sa raison. Avec un peu de sensibilité, nous découvrons alors que sa raison (la raison, le fondement, l’origine de son propos) est tout autre que ce que nous croyions.

C’est ce qui s’appelle « voir en 4 dimensions« : les trois de l’espace et celle du temps. En effet un individu n’est pas seulement  ce qu’il nous montre, il est aussi tout ce qu’il a vécu et  tout ce qu’il a été auparavant.

Ce que nous considérions trop souvent comme une attaque personnelle n’est en fait qu’une tentative (consciente ou inconsciente) de l’autre pour exprimer ce qu’il ressent. Par exemple quand quelqu’un vous agresse ou vous fait un reproche, il ne fait que vous parler de ses craintes ou de son inconfort. En lui donnant l’opportunité de les préciser et d’être entendu, vous pouvez désamorcer les bombes relationnelles.

Le secret, pour un authentique respect d’autrui, est de comprendre que l’autre a une raison et de l’aider à l’exprimer. Cependant cela ne doit pas s’opérer au détriment du respect de soi (par soi).

Respect de soi-même

Autant il est important de respecter autrui, autant il est important de se respecter soi-même. L’assertivité décrit une attitude où les deux sont présents sans que l’un le soit au détriment de l’autre.

re-spectus (re- spectus) c’est aussi se regarder en 4 D. Au premier regard nous ne voyons que l’apparence de notre comportement immédiat ou de notre réaction, au deuxième regard, nous cernons mieux, dans le temps, le fondement, la raison, l’origine de celui-ci. Alors, plutôt que de le maîtriser ou de le refouler, nous pouvons mieux l’entendre et l’apaiser. Ce respect de soi n’est ni plus ni moins qu’une meilleure capacité à communiquer avec soi-même. Il ne s’agit pas là d’un monologue pour malade mental, mais au contraire d’une rencontre avec ce qu’il y a de précieux en soi et d’une validation authentique de ces richesses. Cela permet d’assurer ses bases dans une réelle affirmation de soi

Par exemple, quand quelqu’un nous demande quelque chose que nous ne souhaitons pas lui donner: par exemple de lui prêter un de nos livres… alors que nous ne le souhaitons pas, car nous en avons besoin. Le respecter peut sembler être de le satisfaire à notre détriment. Mais dans ce cas on ne se respecte pas soi-même. Si au contraire on lui oppose un refus sans l’écouter, c’est lui qu’on ne respecte pas.

Le problème, dans un premier temps, n’est pas de savoir ce qu’on va décider, mais de l’écouter lui et de s’écouter soi, dans un esprit réellement communicant.

Par exemple nous pouvons l’aider à exprimer ce qui motive sa demande et le valider (voir les cinq points de validation de la communication). Il nous explique alors qu’il voudrait que nous lui prêtions notre livre car ça lui ferait plaisir de pouvoir le commencer rapidement, et aussi qu’il n’a pas trop le courage d’aller l’acheter. Il nous expliquera d’autant mieux cela sans détour que nous serons capable de l’entendre sans réagir négativement. Nous devons pouvoir valider ses raisons et lui manifester que, compte tenu de cela, nous comprenons que ce serait mieux pour lui que nous le lui prêtions. Mais aussitôt, si cela reste pertinent compte tenu de ses raisons, nous lui affirmons que de notre côté, cela nous pose un problème car nous avons besoin de cet ouvrage. Nous sommes désolés de ne pouvoir lui donner la commodité qu’il sollicite.

Autant il est important d’être généreux, autant il faut savoir se respecter soi-même. Sinon, on court le risque de se retrouver rapidement exsangue. C’est l’aptitude à dire non tout en restant ouvert à l’autre, c’est à dire tout en restant communicant. Trop souvent, comme nous n’osons pas dire non, nous préférons intuitivement reprocher à l’autre de nous avoir fait une telle demande. Pour la délicatesse, c’est loupé car alors, même si nous ne sommes plus le méchant qui dit non, c’est seulement l’autre qui est stupide d’avoir posé sa demande! Naturellement, c’est pire.

D’un autre côté, ce respect de soi-même ne doit pas motiver de ne rien accorder à autrui. on deviendrait alors un monstre d’égoïsme sous le couvert d’un faux respect de soi qui n’est qu’un protectionnisme nous faisant manquer la vie.

Pour trouver un équilibre convenable, il est souhaitable d’être capable de s’ouvrir avant d’expliquer quoi que ce soit, puis ensuite d’oser dire ce qu’on a à dire. Nous allons examiner ces deux éléments d’un échange dans l’assertivité.

S’ouvrir avant d’expliquer

Quand vous souhaitez sortir d’une pièce, vous respectez intuitivement un excellent protocole qui consiste d’abord à ouvrir la porte et ensuite à sortir. Il ne vous viendrait pas à l’idée de faire l’inverse, d’essayer de sortir avant d’ouvrir la porte.

Quand nous sommes communicants, nous respectons aussi ce protocole: d’abord j’ouvre mon esprit, ensuite je peux faire sortir des informations de moi vers l’autre.

Dans le mode relationnel, la tendance est d’essayer de forcer l’autre à s’ouvrir à nous sans, nous, nous être ouvert à lui. Nous nous plaindrons ensuite de son manque d’ouverture car il aura tendance à ne pas nous entendre.

Oser entendre

Nous trouvons cela fréquemment dans les services d’accueil où, quand on ne peut satisfaire la demande d’un client, on lui explique directement cette impossibilité, sans entendre le problème que ça lui pose. Pareillement, dans les services de soin quand un patient refuse un traitement, une toilette, sa nourriture… etc… on lui explique ce qu’il doit faire sans entendre sa raison. Voir à ce sujet le chapitre « Douceurs et violences ordinaires » dans l’article de mai 2001 « Personnes âgées« 

Une des bases fondamentales de la communication et de l’assertivité est de ne pas avoir peur de s’ouvrir à ce que l’autre a à dire, car quoi qu’il dise nous savons qu’il a une raison et nous n’avons pas peur de l’entendre. Nous cessons alors de nous comporter comme un animal menacé par un prédateur, les oreilles aux aguets, prêt à mordre au moindre danger… voir même sans qu’il y ait danger, comme ces chiens qui aboient dès qu’on passe près de la barrière de leur maison.

L’assertivité, c’est humaniser ses comportements et se détendre un peu… tout en permettant ainsi à son entourage de se détendre aussi… car notre entourage également réagit trop souvent comme s’il était menacé.

Le moins qu’on puisse dire est que nous ne sommes pas entourés par un environnement communicant. Raison de plus pour adopter un comportement plus performant qui apaisera les situations et désamorcera les mines posées ça et là dans les conversations.

Cependant, cela ne doit jamais nous empêcher d’exprimer ce que nous avons à dire sans détour, car le respect d’autrui ne doit pas s’exercer au détriment du respect qu’on s’accorde à soi-même. D’ailleurs, l’efficacité de notre façon de gérer les situations qui se présentent en dépend.

L’assertivité n’est surtout pas une attitude dans laquelle on accepte tout sans rien dire. Celui qui fait tout pour les autres mais ne veut rien pour lui, celui qui accepte tout sans jamais rien dire, n’est pas dans l’assertivité mais dans la négation de soi. Dans la négation de soi, même si on est généreux, on reste absent et inefficace. L’autre se plaindra de notre inexistence et les situations seront tendues et embrouillées. Donc s’affirmer et oser dire est très important pour la qualité des échanges.

Oser dire

Oser dire est aussi important que de savoir entendre, même si « savoir entendre » doit toujours  précéder « oser dire ». Même quand il est nécessaire de s’exprimer, sans auparavant permettre à notre interlocuteur de donner le fondement de son attitude ou de son propos, il y aura néanmoins toujours un état d’esprit ouvert, dans lequel on accorde à l’autre qu’il a une raison. Cela modifiera favorablement notre non-verbal et évitera les réactions intempestives de celui à qui on s’adresse.

Oser dire est trop rare. Alors, sous prétexte de ménager l’autre, nous n’avons en fait que trop peur de sa réaction, ou trop honte de nous affirmer. C’est plus cette peur qu’un souci de délicatesse qui nous anime quand nous n’osons pas dire.

Alors, par cette pseudo délicatesse, nous taisons ce que nous aurions souhaité exprimer… puis nous adoptons involontairement une attitude frustrée ou un peu coléreuse. Ce reproche non-verbal conduira l’autre à réagir. Lui même n’osant pas dire, les échanges vont devenir complexes, tendus et stressants. Dans le meilleur des cas ils seront  stériles, dans le pire des cas ils seront destructeurs.

Oser dire peut paraître simple, mais en fait  il nous arrive souvent lors d’un mécontentement, de nous taire avec une personne, puis de ruminer… pour ensuite nous plaindre à une autre de ce qui vient de se passer. Les ragots, les cancans et le « radio couloir » sont généreusement alimentés par ce genre de verbiage qui n’est plus une expression de soi mais seulement une situation dans laquelle on tente de se soulager… j’oserai même dire « se soulager comme si on allait aux toilettes » pour y déverser ce qu’on n’a pas digéré. Prenant ainsi notre interlocuteur pour un déversoir (et je choisis là un terme pudique) nous ne faisons que l’encombrer, pour ne pas dire le souiller, et générons ainsi toute une succession de tensions… car suite à l’échange avec nous, ce dernier fera pareil avec un autre.

Oser dire c’est, sans attendre, exprimer ce qu’on ressent, ce qui nous semble important, ou ce qui doit être dit 

– Si par exemple quelqu’un nous dit « Tu viens au cinéma voir ce film? », alors que ce film ne nous intéresse pas, nous lui dirons simplement « Tu sais, ça ne me dit pas trop » plutôt que de lui lancer d’un air faussement délicat « Tu es sûr que ce film vaut le coup? » (comme si nous voulions lui éviter un mauvais spectacle).

– Si nous sommes avec quelqu’un en voiture, et qu’il se gare sans fermer sa portière alors que nous avons notre sac dans son coffre. Nous lui dirons simplement « Je serai plus tranquille si tu fermes tes portières » plutôt que de jouer le donneur de conseils, faussement délicat, du genre « Tu es sûr que c’est prudent de ne pas fermer ta voiture? ».

– Dans le travail, si un collaborateur passe trop de temps à la pose café, nous lui dirons simplement « Tu sais, ton absence prolongée pose des problèmes », plutôt que de sous-entendre d’un air faussement humoristique « Alors! il était bon le café? »

– Dans un hôpital, une infirmière s’approchant d’un patient à qui elle doit faire une piqûre lui dit simplement « Je vais vous faire votre piqûre » et non une phrase du genre « On va faire une petite piqûre »

 – Face à un patient lui demandant « Dites moi ce que j’ai », un médecin annoncera directement le diagnostic plutôt que d’utiliser des paraphrases, des mots techniques incompréhensibles ou pire encore, des mots inadaptés du genre « grosseur » ou « kyste » pour « cancer ». Nous trouvons souvent cela dans l’annonce de pathologies graves où le médecin argumente son attitude en disant qu’il faut protéger le malade. En vérité, c’est surtout le médecin qui se protège lui-même de la réaction du patient, car il ne saurait pas quoi en faire. D’autres, croyant avoir compris cela, annoncent au contraire le diagnostic brutalement et sans aucun accompagnement. Je pense par exemple à cette patiente accidentée, dont le médecin se met à distance au pied du lit, et lui annonce « Eh bien mon petit, pour vos jambes, c’est foutu! » pour lui dire qu’elle est dorénavant paraplégique… puis il s’en va. C’est évidemment abominable!

Dire directement c’est bien, mais encore faut-il le faire avec humanité et ne pas s’esquiver au moment où il faut gérer le retour de ce qu’on vient de dire. En aucun cas, être dans l’assertivité ne doit signifier « lancer dans la figure de l’autre ce qu’on a à lui dire » et ensuite « qu’il se débrouille! ».

Dire et surtout « gérer le retour »

Dans l’assertivité, on ose dire, mais aussi on sait rester présent pour entendre et pour gérer (si nécessaire) le retour que l’autre nous adresse.

Là encore, nous n’avons pas peur de ce retour car nous savons que l’autre a sa raison et nous n’avons pas peur de l’entendre. L’affirmation de soi dans laquelle nous sommes ne nous fait pas craindre de nous y ouvrir. Nous le ferons d’autant mieux que nous ne nous mettrons pas à sa place (sur ce site, voir à ce sujet l’article de novembre 2000 « Les pièges de l’empathie« ). Par contre, nous serons prêts à entendre ce qu’il vit, pense ou ressent à la place où il se trouve. Cette ouverture est beaucoup plus efficace et tranquille que tout l’imaginaire que nous pouvons mettre en jeu. Quand nous nous mettons à la place de l’autre, nous cessons aussitôt de le comprendre pour n’avoir plus accès qu’à notre imaginaire.

Dans les exemples du paragraphe précédant: 

– Si pour le cinéma, notre ami nous dit en retour qu’il aurait aimé aller voir ce film avec nous, nous pourrons l’aider à exprimer ce qui, pour lui, motive ce souhait. Nous devons savoir faire cela, même si nous savons que nous n’irons pas. Ce n’est pas parce qu’on ne peut accorder quelque chose, qu’il ne faut pas permettre à l’autre d’en avoir le désir.

– Si pour la voiture restée ouverte l’ami nous dit « oui, mais en la fermant, je crains que pour l’ouvrir, un voleur ne brise la vitre et que ce soit pire ». Nous saurons valider cela et trouverons une autre solution, à moins que ce ne soit lui. De toute façon nous saurons respecter sa crainte sans pour autant nier la notre.

– Si pour la pause café le collaborateur nous retourne « Oui, mais si je ne m’arrête pas quelques minutes de temps en temps, je pète un câble! J’en ai marre de ce boulot! » certes il a la réaction que nous aurions aimé éviter. « Ne rien dire » ne pouvait convenir, « dire » risquait d’engendrer cela! Mais justement nous ne devrions pas craindre une telle réaction. Elle est seulement l’opportunité de mettre à plat une situation tendue et refoulée chez le collaborateur. Ce dernier doit certainement ruminer et refouler depuis un moment et se sentir enfin compris ne peut que l’apaiser (même si on ne peut changer sa situation). Pour plus de détails sur ce point, lire sur ce site l’article de janvier 2001  « La bonne distance dans le management« 

– Pour l’infirmière qui fait la piqûre, si le patient rétorque « J’ai peur des piqûres », l’infirmière ne sera pas gênée pour lui demander « Qu’est ce qui vous fait peur dans les piqûres? ». Le non verbal sera correct si l’infirmière accorde au patient qu’il a une raison d’avoir peur. Ce dernier se sentira d’autant plus rassuré que sa raison sera entendue et validée (même s’il doit quand même subir la piqûre). Il ne sera pas du tout rassuré si celle-ci dit « Mais non. Ne vous inquiétez pas, ça  va aller vite. Vous ne sentirez rien! » Même si l’infirmière dit vrai, elle vient de nier l’autre et de le mettre en situation d’inexistence. Cela sera néfaste pour la suite des soins.

– Pour le médecin devant annoncer une pathologie lourde, s’il voit face à lui son patient s’effondrer sans rien dire ou au contraire exploser en larmes, il saura l’aider à préciser son ressenti, ses peurs, ses angoisses, son effondrement. Cela suppose que le médecin est capable de l’accompagner. S’il ne l’est pas (car ce n’est pas ce métier qu’il a appris) il peut faire appel à la collaboration d’un psy à qui il délèguera la suite. Pour mieux comprendre ce qu’est l’aide, vous pouvez lire sur ce site le dossier psychothérapie.

Donc, ce qui est important, c’est d’oser dire, mais tout en étant capable d’accueillir le retour que l’autre nous adresse et de  l’accompagner si nécessaire.

Cela peut sembler prendre du temps… et on n’a pas que ça à faire! Certes, si on a l’impression que ça prend du temps, je comprends une telle réticence! Mais en réalité,  ne pas faire ainsi prend beaucoup plus de temps. A force de ne pas dire vraiment, de nier ce que l’autre exprime (même pour le rassurer), de ne pas entendre… nous ne faisons que fonctionner tous sur notre imaginaire sans entendre personne. Cela génère de multiples malentendus, du stress et d’innombrables fuites d’énergie.

Des échanges sans gaspillage d’énergie

Faire semblant consomme beaucoup d’énergie. Cela nous épuise. Nous allons rapidement nous en plaindre. Ce mécanisme étant contagieux, il va s’étendre à notre environnement. Tout cela engendre la fuite d’une phénoménale quantité d’énergie et un grand gaspillage de temps. Nous avons là une importante source du stress quotidien.

Il suffit, dans un environnement, qu’une seule personne soit dans l’assertivité pour qu’une régulation s’opère. C’est justement parce que dans notre entourage les gens ne sont pas ainsi qu’il est urgent que nous le soyons le plus possible. Peu importe notre imperfection, car chaque fois que nous y parvenons, c’est un peu de mieux être et d’efficacité gagnée.

Attention de ne jamais pour autant prétendre en savoir plus que les autres. Se prétendre proche de la perfection ne fait que développer un mépris pour autrui et produira à coup sûr l’inverse de l’effet attendu. Soyons simples, y compris avec nos défauts, et assumons nous. C’est ce qui fait notre richesse, c’est ce qui fait que nous existons vraiment. Je vous renvoie pour cela au début de cet article dans le paragraphe « Le leurre de la maîtrise de soi »

Mots-clés : je suis OK, vous êtes OK et pas KO ; Être communicant ;  se respecter, se faire respecter et respecter l’autre (re-spectus) ; oser dire, oser dire non, modifier son environnement.

REFERENCES :

  • « Analyse transactionnelle et psychothérapie », Eric Berne, Petite Bibliothèque Payot, 1977.
  • « Cessez d’être gentil, soyez vrai! », Thomas d’Ansembourg, Edition de l’Homme, 2001.
  • « Manuel d’Analyse Transactionnelle », Stewart Ian et Vann Joines, Intereditions, 2005.
  • « Etre soi dans les relations », Sylvie Grivel, Eyrolles, Editions d’organisation,2010.
  • « Le courage d’être soi », Jacques Salomé, Editions du Relié, 1999.
  • « Oser être soi-même », René de Lassus, Editions Marabout,1992.
  • « http://www.maieusthesie.com/chemin_decouverte_communication/communication.htm».

[1][1] Anne Van Stappen « Ne marche pas si tu peux danser », Editions Jouvence, 2009.

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