L’angoisse

Un seul affect intéresse Lacan, l’angoisse. Pour Lacan, l’angoisse est un « affect qui ne trompe pas », une « atroce certitude ». Certitude de la survenue imminente d’un réel. L’angoisse est l’affect qui ne trompe pas parce qu’il renvoie directement à la structure. Avec tel signifiant, il est toujours possible de se tromper ; le monde de la représentation est tissé d’illusions ; mais la structure qui est à la fois la structure de la représentation et la structure du refoulement s’impose et l’angoisse – l’affect qui ne trompe pas — tient toujours sa place à partir de cette structure antérieure à tout ce qui viendrait s’y sentir ultérieurement. « L’angoisse, c’est cette coupure – cette coupure nette sans laquelle la présence du signifiant, son fonctionnement, son sillon dans le réel, est impensable – c’est cette coupure (…) laissant apparaître (…) l’inattendu, la visite, la nouvelle (…) le pré-sentiment, ce qui est avant la naissance du sentiment ». L’angoisse c’est « ce qui ne trompe pas, le hors du doute », parce que c’est « la cause du doute ». Mais par là même, elle est ce sur quoi se fonde la certitude de l’action : « c’est peut-être à l’angoisse que l’action emprunte sa certitude ». Dès lors, Lacan peut dire qu’« agir, c’est opérer un transfert d’angoisse » et construire sa montée de l’inhibition (sans mouvement) via le symptôme (avec empêchement et émotion) jusqu’à l’angoisse, comme valant au cœur de l’acte, avec sa dimension d’embarras et d’émoi. L’angoisse n’est dès lors pas sans objet, elle est l’angoisse d’un objet très peu objectif, l’objet a en tant qu’il est non pas l’objet représenté et désiré, mais l’objet cause de toute représentation et cause du désir ; l’âme en tant qu’elle est l’organe avec lequel on pense dans le cadre du principe de plaisir est une forme de l’objet a : c’est en fonctionnant dans le principe de plaisir que s’ouvre la dimension du désir qui dépasse le principe de plaisir.

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 Le fantasme du retour au sein maternel, qui est, pour d’autres, l’image même de la félicité, est, pour Lacan, la source première de toutes les angoisses  : « Ce qui provoque l’angoisse, c’est tout ce qui nous annonce, nous permet d’entrevoir qu’on va rentrer dans son giron  » Ce type d’angoisse est très important dans la psychopathologie de la vie amoureuse, où un sujet, après avoir obtenu la réponse favorable qu’il désirait de l’objet aimé, recule brusquement en se demandant ce que l’autre va lui faire, illustrant « le rapport essentiel de l’angoisse au désir de l’Autre » : « Que me veut-il/elle ? » On le rencontre aussi presque constamment dans le mouvement par lequel les adolescents se déprennent de leurs objets maternels. La crainte que l’excès de sollicitude maternelle n’aboutisse à l’abolition du désir du sujet est primordiale pour Lacan . C’est aussi en plaçant ce type d’angoisse dans une position centrale que Laplanche a développé par la suite sa théorie personnelle des « signifiants énigmatiques » : que me veut ce sein qui s’approche de moi ?

L’apport de Lacan, dans son séminaire sur l’angoisse, ne manquera pas ici de nous éclairer . Lacan, à partir du texte freudien Inhibition, symptôme, angoisse, y situe l’inhibition à l’intérieur d’un tableau ordonné selon les deux axes du mouvement et de la difficulté, et l’articule à plusieurs autres termes : l’émoi, l’émotion, l’empêchement, l’embarras, et les deux formes d’agir que sont  l’acting-out et le passage à l’acte. Sans entrer dans un commentaire détaillé de ce tableau, nous retiendrons que l’inhibition s’y trouve positionnée comme un mécanisme élémentaire de défense par rapport au développement du symptôme et au risque de surgissement de l’angoisse. L’inhibition permet d’éviter le trop d’émotion et d’embarras, mais se place surtout dans l’axe de la motricité comme une mesure d’empêchement ou d’arrêt de l’acte. C’est dire que, même sous la forme de l’empêchement, l’inhibition est à penser comme un acte, un acte en négatif.

L’inhibition est également abordée par Lacan dans son rapport au désir qu’elle désigne et recouvre à la fois. Elle est toujours inhibition d’un désir, dissimulant lui-même un autre désir sous-jacent. Ce qui conduit Lacan à nous dire qu’« être inhibé, c’est un symptôme mis au musée », évoquant ainsi la mise en réserve muséale : ces collections d’œuvres non exposées, remisées et conservées intactes, prêtes à ressortir un jour.

Lacan (1962) a tenté de définir le passage à l’acte et l’acting-out en fonction du contexte psychique dans lequel l’acte s’inscrit.

Selon lui, l’acte est une coupure structurante qui permet au sujet de se retrouver changé dans l’après-coup. Donc, pour qu’il y ait acte, il faut que le sujet ne soit plus le même, qu’il soit changé.

L’acting-out est quelque chose dans la conduite du sujet qui se montre. C’est un agir qui se donne à voir et que l’Autre doit déchiffrer. C’est le fait de montrer ce qui ne peut être dit, afin d’éviter une angoisse trop violente. To act out= jouer, donner à voir. C’est un « coup de folie » destinée à éviter une angoisse, une mise en scène du rejet aussi bien que du dévoilement du dire angoissant de l’autre, sourd, qui n’entend pas. C’est un aspect du transfert, sans analyse, une monstration, un geste, un mime, une charade, une histoire sans parole de ce que le sujet ne peut dire ! « tu n’as rien compris, regarde bien, ce n’est pas ça ! ». Il débarque dans la réalité au lieu d’être exposé dans le rêve ou d’être dit sur le « terrain de jeu » du transfert.

 Le passage à l’acte est, selon Lacan, l’évacuation, la séparation avec l’autre. Le sujet ne cherche pas à montrer quelque chose, il ne s’adresse à personne et n’attend aucune interprétation.

Ces agirs sont une carence d’élaboration psychique. En effet, il y a un défaut d’élaboration psychique des tensions pulsionnelles et une régression vers le registre comportemental visant à échapper à ces tensions. Toute symbolisation étant devenue impossible, le sujet, angoissé, réagit sur le mode impulsif, immédiat, en se laissant choir, en s’éjectant.

L’acting-out renvoie plutôt à des modalités du fonctionnement névrotique alors que le passage à l’acte renvoie plutôt à un fonctionnement psychotique.

En résumé l’acting out est un ticket aller-retour sur une scène faussement réelle, on peut « zapper » sans grave conséquence. Le sujet prend l’air de la réalité. Le passage à l’acte est un ticket aller simple, sans retour possible. Le sujet plonge sur un théâtre des opérations terriblement réel. Dans l’acting out le sujet sollicite de l’autre une interprétation qui le renarcissise, dans le passage à l’acte le sujet s’inscrit dans un réel mortifère dénarcissisant. Du point de vue de la psychanalyse, le passage à l’acte est mis sur la sellette dans la logique du langage, c’est l’acte qui vient dans un trou de parole, une parole adressée, d’un sujet qui en assume la responsabilité. Dans l’immédiateté, le sujet ne peut rien en dire au point que l’on peut se demander s’il y a du sujet dans le passage à l’acte : très souvent, il n’y est pas. « un blanc », «  je ne pensais pas », « comme poussé ». Comment se sentir responsable d’un acte qui est souvent énigmatique à la personne même qui le commet ?

L’enfant traumatisé dans la passivité peut devenir un hyperactif du détachement ; et c’est bien ce que l’on observe si fréquemment dans ce qu’on appelle les troubles du détachement.[i] Rappelons avec Jacques Schotte que les troubles du contact sont les pathologies de la base. La pensée anthropopsychiatrique de Schotte met en évidence que notre condition humaine est d’être chacun confronté à ces quatre registres de l’existence que sont les névroses, les psychoses, les perversions et les troubles du contact. L’hyperactivisme a un pouvoir calmant : l’hyperactivité fonctionne alors comme un « procédé autocalmant ». Ce qu’on appelle « workaholic » (bourreau du travail) désigne à la fois une conduite et une cause précise : la compulsion, la dépendance psychique à l’égard de l’activité et l’incapacité de s’octroyer et de jouir de temps de repos. La conception étiologique sous-jaente fait plus ou moins rigoureusement référence à la théorie de l’addiction (McDougall, 1978).

L’urgence amène aussi l’hyperagitation. Dans l’ hyperactivité la pensée n’a plus de recul pour s’apaiser, apaiser, se faire confiance et faire confiance. Dès lors tout devient urgent alors qu’il est urgent de se mettre à penser. L’urgence, pour nous, consiste à prendre du temps et aussi de ne pas toujours faire. Accepter de ne pas toujours faire (être toujours dans l’agir) c’est permettre d’être. Un espace de parole respectant le rythme de chacun, permettant une décharge-recharge émotionnelle, permettant de passer de la plainte à la demande, l’expression de ses difficultés singulières reste indispensable. Quand la capacité de symbolisation et la protection imaginaire échouent la panique de l’angoisse et l’épouvante du réel, reste le recours à l’agir, reste le recours à la motricité comme fuite, défense, évasion. L’agir vient alors à la place d’un remémorer, ce remémorer quik est le prémisse nécessaire à une élaboration symbolique apaisante. Nous tombons malade à force de ne pas faire de nous-mêmes des « patients », alors que se faire « patient » guérit !

[i]Didier Robin,Dépasser les souffrances institutionnelles. Ed. PUF. 2013..p.116.

Réf. :

Scilicet 6/7 p.111 à 125. Ecole freudienne de Paris. Edition du Seuil, Paris.

[1] Jacques Lacan, Le séminaire X l’Angoisse, Editions du Seuil, mai 2004,

Joyce McDougall,   L’économie psychique de l’addiction 75004 Paris  Revue française de psychanalyse,2004/2 (Vol. 68)

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Désirez sa vie et vivre son désir

Tantôt nous désirons ce que nous n’avons pas, et nous souffrons de ce manque ; tantôt nous avons ce que dès lors nous ne désirons plus, et nous nous ennuyons.
Mais « On peut désirer celle qui ne manque pas, qui est là, qui se donne, qui s’abandonne, et c’est pourquoi c’est si bon, si doux, si fort ! Ce n’est plus le vide dévorant de l’autre ; c’est la plénitude comblante et comblée de son existence, de sa présence, de sa jouissance, de son amour…Après le coït, quoi ? La gratitude, la douceur, la joie d’aimer et d’être aimé. C’est le désir, selon Spinozza et non selon Platon ou Sartre. Non le manque, mais la puissance. Non plus le néant mais l’être.

Non plus la passion, mais l’acte. Non plus l’amour qu’on rêve, mais celui qu’on fait. Sagesse du corps, du désir : puissance de jouir, et jouissance en puissance !
Désirer la nourriture que l’on a, celle qui ne manque pas, c’est manger de bon appétit : c’est un acte, et c’est un plaisir. C’est pourquoi il n’y a pas d’amour heureux, tant qu’on n’aime que ce qui manque, ni de bonheur sans amour, lorsqu’on se réjouit de ce qui est. Le bonheur de désirer vaut mieux que le désir de bonheur, qui n’est qu’espérance. »
« Un thème connexe à celui du goût de vivre sa vie est celui du « pouvoir dire oui, pouvoir dire non » aux situations sources de satisfaction de désirs personnels ou, à l’opposé, aux désirs envahissants ou intrusifs des autres, à leurs empiètements. »

Réf.:

Le goût de vivre, André Conte Sponville, Albin Michel 2010, P.178.
De la survivance à la vie, Essai sur le traumatisme psychique et sa guérison, Jacques Roisin, PUF. 2010.

L’urgence

Urgent est emprunté au bas latin urgens « pressant, qui ne souffre pas le retard », participe présent du latin classique urgere « pousser, presser, sans origine certaine malgré plusieurs rapprochements indoeuropéens.

Urgence (1550) se dit de la nécessité d’agir vite ; le mot, inusité à l’époque classique, a été repris à la fin du XVIIIe s., dans d’urgence (1789( !!), cas d’urgence ), puis employé seul (1792) avec une spécialisation médicale courante pour « cas nécessitant une intervention et des soins rapides », avec des métonymies : les urgences « le service des urgences », une urgence « un patient relevant de ce service ».

Urger v.intr., construit sur le modèle de presser/pressant (1891) est surtout employé dans il urge (1903), ça urge , familiers

La tyrannie de l’immédiateté

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Le mal qui nous menace aujourd’hui est un rapport dysfonctionnel à la temporalité. À trop vivre dans l’immédiat, nous perdons peu à peu les bénéfices de la durée. Que se passe-t-il donc? Y a-t-il péril en la demeure? On pourrait dire que justement «rien ne demeure: tout passe trop vite et nous ne nous y retrouvons pas. Les nouvelles technologies nous ayant désormais plongés dans le règne de l’instantanéité, nous avons perdu un certain sens de la temporalité et sommes souvent déchirés entre deux instances: le temps social, extérieur, celui de nos contraintes organisationnelles pour nous adapter au monde pressé dans lequel nous vivons, et le temps intérieur, appelé aussi temps psychologique, qui nous invite à goûter ce qui se passe dans nos vies à notre propre rythme, cette fois-ci subjectif. Il semble qu’actuellement beaucoup d’entre nous soient comme déphasés dans leur perception de ces différents temps. Jacques André, psychanalyste et auteur notamment des Désordres du temps[i], observe certaines contradictions contemporaines: «Nous avons gagné en allongement de vie, et pourtant, la préoccupation du vieillissement semble arriver chez certains dès l’âge de 30 ans. Très tôt, ils souffrent de leur première ride alors qu’ils ont beaucoup d’années devant eux.»  Le diktat de l’urgence s’est imposé dans le temps social. «Avant, celui-ci était rythmé par les saisons, rappelle le psychanalyste. Aujourd’hui, beaucoup semblent poussés par l’envie de brûler les étapes: ils vivent dans la précipitation, la sur-occupation, se retrouvent à sortir tous les soirs, à multiplier les relations éphémères.» Ainsi le règne du non-durable en vient-il à colorer nos existences. Or cette «sommation cumulative d’instants» que les médias notamment diffusent à profusion (cf. la culture du «scoop») ne s’accorde pas avec nos besoins profonds d’élaboration psychique. Car on peut remarquer que toutes les grandes initiations dans nos vies: grandir, apprendre, aimer, éduquer, traverser un deuil par exemple demandent du temps. «Aujourd’hui, nous n’avons plus le temps d’incuber les événements et de les élever au statut d’événements psychiques, regrette le psychanalyste Roland Gori. Alors, bien sûr, nous pouvons nous adapter en développant un “faux-self”, un moi d’emprunt, mais que deviennent nos rêves, nos mémoires, les mythes dans cette société qui matérialise le temps à ce point?» Et de citer Winnicott: «Pour pouvoir être et avoir le sentiment que l’on est, il faut que le faire-par-impulsion l’emporte sur le ­faire-par-réaction.» Réflexion, anticipation et intégration nous sont donc aussi nécessaires que l’air et l’eau.

 De l’immédiateté à la médiateté, à la médiation d’un évènement

En effet, nous sommes souvent amenés à penser et agir dans l’urgence quand au contraire il est urgent de se mettre à penser dans la durée et une relative sérénité. La médiation consiste à privilégier un travail favorisant les processus de symbolisation difficiles à mettre en place seulement par des interventions verbales. La médiation nous protège de l’immédiat, elle nous protège d’un contact direct. L’immédiat, au sens étymologique, serait de l’ordre de la violence, de l’action directe. La médiation permet que l’on passe en quelque sorte de deux (la relation duelle) à trois. C’est un espace où nous pouvons y affronter toutes les sortes de menaces qui pèsent sur nous, tout en étant hors menace. Le groupe thérapeutique, en raison de son cadre bienveillant, est un lieu dont on peut dire qu’on s’y exprime, s’y confronte avec des problèmes qui nous déstabilisent, tout en entrant dans un processus de structuration.

L’urgence amène l’hyperagitation. Je pense que dans cette hyperactivité la pensée n’a plus de recul pour s’apaiser, apaiser, se faire confiance et faire confiance. Dès lors tout devient urgent alors qu’il est urgent de se mettre à penser. L’urgence, pour nous, consiste à prendre du temps et aussi de ne pas toujours faire. Accepter de ne pas toujours faire (être toujours dans l’agir) c’est permettre d’être. Un espace de parole respectant le rythme de chacun, permettant une décharge-recharge émotionnelle, permettant de passer de la plainte à la demande, l’expression de ses difficultés singulières reste indispensable. Nous tombons malade à force de ne pas faire de nous-mêmes des « patients », alors que se faire « patient » guérit !

 L’urgence et l’instantanéité

Notre société est devenue une société du présent immédiat et trois nouvelles façons de vivre le temps sont apparues au premier plan : l’urgence, l’instantanéité et l’immédiateté. L’instantanéité technologique, jointe aux exigences d’une concurrence mondialisée, a entraîné le règne de l’immédiateté. Et l’exigence d’immédiateté contribue à produire l’urgence, même quand celle-ci n’est pas nécessaire. Impliquant l’idée d’une intervention immédiate pour éviter que se produise un scénario aux conséquences dramatiques (Jauréguiberry, 1998), l’urgence était autrefois réservée à des domaines bien circonscrits où l’irréversible était en jeu (urgence médicale, urgence juridique avec la procédure du référé). Elle s’est maintenant étendue au domaine économique et elle est devenue un mode de fonctionnement usuel dans les entreprises, comme si l’irréversibilité d’une possible mort économique de celles-ci était en jeu. Elle s’accompagne même d’une sorte de surenchère dans la demande : de la catégorie « urgent », qui correspondait il n’y a pas encore si longtemps à un mode de traitement des dossiers un peu exceptionnel, on est passé au « très urgent » pour à peu près tout et certaines entreprises ou administrations vivent maintenant sous le règne du TTU permanent, tout étant demandé en « très très urgent », comme si l’escalade dans la pression était susceptible d’apporter une réponse au caractère non extensible du temps. Selon le philosophe et sociologue Edgar Morin, l’accélération financière et technologique, déconnectée du rythme de l’être humain, mène la société à l’épuisement.

Du temps pour soi

Mais alors, comment s’en sortir? Pour le philosophe Marcel Gauchet[ii], tel est le nouveau défi qui nous incombe: réconcilier ces deux temps qui rythment nos vies, le temps de la construction sociale, qui est artificiel mais auquel nous obéissons, et notre temps intérieur, qui nous fait traverser les événements d’une manière irrémédiablement solitaire. «Nous ne pouvons nous passer d’aucun de ces temps, précise le philosophe, et nous ne cessons d’osciller de l’un à l’autre. Mais il est possible de vivre au mieux cette dualité: en prenant conscience notamment que le temps “objectif” ne se réduit pas à la contrainte sociale et au conformisme.» On peut ainsi l’envisager comme « le temps de l’action en commun, du travail réfléchi de construction partageable avec les autres et en mesure de produire des effets durables au-delà des limites de nos vies». Alors que des algorithmes accentuent de manière exponentielle la spéculation financière hors de tout contrôle, des citoyens, heureusement, refusent de se soumettre aux diktats de l’urgence et de l’immédiateté, pour redonner du sens au temps qui passe. De manière plus pragmatique, le psychiatre Laurent Schmitt recommande dans son livre Du temps pour soi (Éd. Odile Jacob)[iii] de multiplier les occasions de se mettre en contact avec sa propre temporalité: micropauses d’environ une minute nous permettant d’interrompre nos activités trois ou quatre fois par jour, aménagement de nos activités et de nos loisirs en fonction de notre rythme individuel, culture d’un jardin secret…j’invite le lecteur, à ce sujet, à lire l’article que j’ai rédigé : « cultiver son jardin »[iv] Des propositions qui deviendront peu à peu incontournables pour tous ceux qui ne veulent plus perdre leur temps.

En guise de conclusion je dirais ceci : « On dit qu’il faut prendre son mal en patience ». Et si l’on prenait notre bien en urgence ?

[i] Les désordres du temps, Jacques André, 2010 Essai (broché).
[ii] Marcel Gauchet est un philosophe et historien français né en 1946 à Poilley (Manche)Directeur d’études émérite à l’École des hautes études en sciences sociales (Centre de recherches politiques Raymond Aron), il est rédacteur en chef de la revue Le débat (Gallimard), l'une des principales revues intellectuelles françaises, qu'il a fondée avec pierre Nora en 1980
[iii] Du temps pour soi : conquérir son temps intime Laurent Schmitt, 2010 Essai(broché)

[iv] http://www.psychotherapie-psychodrame.be/2016/01/31/cultiver-son-jardin

Autres références :

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2011/01/16/10675-comment-resister-diktat-lurgence

https://communicationorganisation.revues.org/3365

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