HYPNOSE ERICKSONIENNE

PRATIQUE DE LA NOUVELLE HYPNOSE :

L’hypnothérapie est l’application de l’hypnose à un vaste éventail de troubles médicaux et psychologiques. Avant de pratiquer l’hypnose, il faut avoir reçu une bonne formation en psychothérapie, que l’on soit psychologue, médecin, travailleur social ou dentiste. En fait, la formation en psychothérapie et en hypnothérapie est un processus sans fin.

La nouvelle hypnose, cette hypnothérapie intégrative, est une orientation éclectique et multidimensionnelle qui cherche à être complète et incorpore des méthodes issues de beaucoup d’approches de l’hypnose. L’hypnose est utilisée pour explorer des fonctions préconscientes et inconscientes, résoudre des problèmes du passé, et utiliser les ressources inconscientes. Elle est souvent encore plus efficace quand on la combine à d’autres interventions (non hypnotiques). L’hypnose est un don de la nature, comme le dessin ou la musique, résume Marie-Elisabeth Faymonville (Anesthésiste au Centre de la douleur du CHU de Liège qui utilise l’hypnose). L’état diissociatif favorisé par l’hypnose va permettre une mobilisation rapide des mécanismes réparateurs et d’entrer en contact avec son potentiel d’autoguérison. Respectueuse de chaque individu, l’hypnose Ericksonienne constitue un moyen de solliciter la créativité thérapeutique des patients.L’hypnose permet une manière d’être différent, une autre façon d’être soi-même. Elle est un mode de relation à soi différent de celui qui est habituel. Elle permet de prendre soin de soi, d’être plus proche de soi, de prendre le temps d’apprécier une autre façon d’être soi dans une relation plus douce à soi-même, de respecter son rythme et ses besoins.

L’hypnose n’est pas un sérum de vérité, encore moins du spectacle qui utilise une certaine forme d’autorité aveugle. Elle ne marche qu’avec des personnes qui veulent y entrer.En dehors de toute suggestion, la pratique de la Nouvelle Hypnose permet d’obtenir un mode de fonctionnement psychique particulier caractérisé par le lâcher-prise (la transe hypnotique). L’état de bien être est un état hypnotique. Parler ne suffit pas. L’inconscient va être utilisé pour donner de l’inspiration à sa créativité et à ses prises de décision. En hypnose ericksonienne, contrairement à l’hypnose traditionnelle, le suggestion n’est pas un ordre mais plutôt « une possibilité de faire une expérience nouvelle dans une attitude de disponibilité (Godin).Une suggestion n’est qu’une suggestion et l’inconscient du sujet est libre de la refuser ou de l’accepter en partie ou totalement.
L’hypnose permet d’effectuer un travail de réaménagement psychique, l’utilisation de nos ressources. La transe hypnotique a par elle-même un effet thérapeutique. L’utilisation de nos ressources et de nos apprentissages fournissent le matériel nécessaire à ce travail. Pendant ces quelques instants, les limitations acquises au cours de notre vie sont mises de côté.L’hypnose mobilise les ressources d’auto-guérison, de changement et rend le patient plus actif dans sa prise en charge de soi (être plus acteur dans le soin, dans la guérison. L’état d’hypnose est un état de bien être. C’est notre guérisseur intérieur, une réserve de ressources, la voie royale vers notre puissance (la puissance apprise est différente de l’impuissance acquise !).

Milton H. Erickson affirme que la transe hypnotique a par elle-même un effet thérapeutique. L’apparition de phénomènes particuliers au cours de l’hypnose serait en partie liée à la spécialisation des hémisphères cérébraux.
Lors de la transe hypnotique le fonctionnement du côté droit du cerveau est privilégié par rapport au gauche. Le sujet reçoit différemment les informations ; ceci augmente sa disponibilité psychique et permet un travail au niveau inconscient. Voici un rappel du fonctionnement des 2 hémisphères cérébraux :
Fonctionnement particulier du cerveau gauche (éveil), conscient prédominant :
– verbal
– logico-grammatical
– rationnel
– concret analytique
– dirigé
– focalisé
– tension
Fonctionnement particulier du cerveau droit (transe hypnotique), inconscient prédominant :
– non verbal
– visuo-spatial
– intuitif
– abstrait
– synthétiques
– spontané
– diffus
– confort

Lors de cette rencontre particulière, patient-thérapeute, l’attente, fonction de l’Histoire des uns et des autres, se manifeste à deux niveaux:
– chez le patient, elle permet de solliciter ses ressources et de les rendre disponibles. – chez le thérapeute elle permet de mettre en pratique ses acquisitions et ses ressources.
L’espérance d’un changement participe aussi de la mobilisation des acteurs. Chez le patient comme chez le thérapeute c’est une nécessité agissante.

L’hypnose, enfin, est un phénomène naturel. Le lâcher-prise est un phénomène banal que nous rencontrons quotidiennement. Au cours de la journée, nous connaissons des moments de rêverie, de distraction, d’absence, qui traduisent un relâchement de notre attention. Certaines situations favorisent ce phénomène (spectacle, voyage, conduite automobile, salle d’attente, lecture).
Ce phénomène naturel a des particularités :
– Ernest Rossi a démontré, en s’appuyant sur des études neurophysiologiques, que toutes les quatre-vingt-dix minutes nous lâchons prise quelques instants ;
– lors de la transe hypnotique la prédominance du cerveau droit diminue la réflexion habituelle qui accompagne tout comportement volontaire ;
– ce mode de fonctionnement psychique nécessite l’acceptation du patient. En effet, même lors d’une transe profonde, il n’est pas possible de demander n’importe quoi à quelqu un ;
– comme l’a montré Milton H. Erickson il diffère des états d’hypersuggestibilité que les hypnothérapeutes traditionalistes reliaient systématiquement à l’hypnose. La suggestibilité peut augmenter au cours de la transe hypnotique mais elle ne constitue pas un élément spécifique et constant de ce phénomène.

INDICATIONS ET UTILISATION DE L’HYPNOSE:

L’hypnose, cette méthode reconnue par le monde médical, permet de se débarrasser d’une dépendance ou de surmonter un traumatisme. Elle n’est pas seulement utile pour arrêter de fumer par exemple. Elle a également fait ses preuves dans la lutte contre les troubles du sommeil ou de troubles alimentaires, l’anxiété, la dépression, les phobies, les tocs, etc. Dans le cas d’un traumatisme, elle aide à réduire petit à petit l’impact émotionnel. Le traumatisme peut être vu, alors, sous forme d’une métaphore, mais aussi de plus en plus loin ou au ralenti, comme spectateur et plus comme victime…. jusqu’à, pourquoi pas, y apporter une conclusion plus heureuse. L’hypnose s’accompagnant communément d’une grande relaxation et d’une détente morale, permet de réduire l’anxiété, la nervosité, les tensions ainsi que la détresse morale et la dépression. En réduisant le stress l’hypnose vient généralement à bout des difféents troubles du sommeil. Elle aide un grand nombre de personnes à retrouver une meilleure qualité de vie.

TEXTE SUR LA DOULEUR CHRONIQUE: Le Soir du 12-13/8/2012

Sur la première RTB-forum du midi: audio

Le Forum de Midi 8/5/2012-Hypnose: faut-il juste y croire pour que ça marche? Audio uniquement -pas de vidéo ici. Cliquer sur le lien ou copier coller cette adresse sur votre explorateur si pas de lien direct::http://www.rtbf.be/radio/player/lapremiere?id=1727147&e=

JEUX DE ROLES

Les jeux de rôles : apprendre en jouant, en vivant…
Chargé de sensibiliser un groupe de bénévoles qui accompagneront des aveugles en vacances, plusieurs méthodes s’offrent à moi. Je puis leur faire un exposé sur l’œil et ses maladies, les causes de la cécité, les difficultés rencontrées par les aveugles et les attentions particulières qu’ils nécessitent. Une deuxième manière de procéder serait de nouer un bandeau sur les yeux de la moitié des moniteurs et de demander aux autres de les guider. Après un certain temps on intervertit les rôles ; suite à quoi, chacun peut exprimer ce qu’il a vécu et poser les éventuelles questions auxquelles participants et animateur répondrions.
Tel est le jeu de rôle : in-corporer une problématique, la comprendre non pas uniquement avec son cerveau mais avec ses fibres, la faire sienne et, de là, se mettre en mouvement.

Différents types de jeu de rôle

Les jeux de rôle sont utilisés dans de nombreuses situations. Ils permettent notamment de faciliter le démarrage du travail, d’apprendre de manière active, d’acquérir des connaissances techniques ou des compétences relationnelles ou encore de favoriser le développement personnel.
Le jeu de rôle permet d’explorer les rôles de parent, professionnel… tandis que le psychodrame – bien que reposant en partie sur des bases similaires – vise plutôt l’exploration de l’univers intrapsychique des participants. La frontière est parfois difficile à cerner, nous y reviendrons.

Les jeux de rôles concernent généralement:
o des situations présentes et réelles auxquelles on désire réfléchir et que l’on souhaite améliorer : notre manière d’être avec un client, dans une réunion, face à son employeur, à son conjoint.
o des situations nouvelles auxquelles on va être confronté : passer un examen, vivre dans un autre pays, se présenter à un entretien d’embauche, avoir des enfants, sortir de l’hôpital.
o des situations auxquelles les personnes que l’on côtoie sont confrontées : être analphabète, aveugle, sourd, malade, mourant…
o des situations passées sources de souffrance : une dispute familiale, le décès de quelqu’un, un divorce…
o des situations imaginaires, afin de développer la créativité : un conte de fée, une autre époque, des personnages caricaturaux…

En fonction de leurs objectifs, de nombreux jeux de rôles existent ou peuvent être construits :

Les jeux d’animation

Nous nous sommes tous ennuyés lors d’un début de séminaire où chacun se présente et exprime ses attentes. Un jeu d’animation permet de mettre rapidement les participants en train d’une manière dynamique et de leur ouvrir des portes vers plus de spontanéité et de créativité. Les membres du groupe font connaissance d’une manière ludique, ont leur intérêt éveillé, sont motivés pour le suite du travail. En choisissant un jeu, l’animateur signale d’emblée, de façon non verbale : « notre travail est en mouvement ».
Bien entendu – et c’est le cas pour tous les jeux – le choix du jeu d’animation est fonction du type de public et du niveau d’introspection nécessaire au séminaire. L’animateur veille à ne pas mettre ses participants dans une situation vécue comme puérile ou, à l’inverse, comme trop impliquante. Il va de soi que les jeux d’échauffement seront différents pour un groupe de chefs scouts, de guichetiers ou d’infirmières d’un service d’oncologie.

Les jeux pédagogiques

Ces jeux visent un apprentissage, par exemple dans le cadre d’un programme scolaire ou de formation continue. À l’école primaire, nous préférions jouer magasin plutôt que d’aller faire des additions au tableau. De même, les professeurs de langues rencontrent souvent l’inhibition quand quelqu’un doit « se lancer » dans une langue étrangère. Il pourrait inviter chacun à endosser un rôle imaginaire : entrer dans un hôtel de Barcelone, participer à un cocktail à Édimbourg ou, si le groupe s’y prête, transporter les participants à la fête du Grand Meaulne. Charge aux invités ensuite de faire connaissance et de se rencontrer en anglais ou en espagnol… Il en résulte un fameux brouhaha dans lequel chacun aura pu se risquer. Au cours du jeu ou après, l’enseignant reprendra l’un ou l’autre mot et indiquera une formulation ou une expression. Et, si nécessaire, de séance en séance, une histoire peut se construire, l’imagination est en route, une intrigue se tisse et les participants se retrouvent partie prenante d’une lutte interstellaire, d’un roman d’Agatha Christie ou de Stephen King…

Les jeux pédagogiques peuvent utiliser des techniques complémentaires : théâtrale, d’impro-mimes, de drama ainsi que des techniques scripturales, musicales ou corporelles. Il s’agit de simulation de situations imaginaires, réelles ou symboliques, de personnage ou de groupements qui peuvent être mise en scène dans de nombreux cours Ainsi, par exemple, l’élève aura joué le traité de Yalta en comprendra sans doute mieux les enjeux, il en irait de même pour la classe qui, pendant un trimestre, tenterait de mettre en scène les mécanismes économiques de la seconde moitié du XX° siècle.

Les jeux d’apprentissage professionnel

Des compétences professionnelles peuvent être acquises par jeu de rôle. Il peut s’agir de compétences techniques précises ou de compétences d’ordre relationnelles en terme individuel (une infirmière avec un patient) ou de groupe (un responsable avec son équipe).

o Souvent, les jeux de rôles visant un apprentissage technique sont complétés par un travail relationnel. En effet, dans un service après vente, ou dans un service d’aide par téléphone, il faut savoir donner une information précise (apprentissage technique) sur un ton adéquat (apprentissage relationnel). Ces jeux visent par exemple à la formation des vendeurs, guichetiers, téléphonistes, réceptionnistes, délégués médicaux…

o Les jeux d’apprentissage en relations humaines d’ordre individuel, il s’agit de sensibiliser les participants aux facteurs humains qui entrent en ligne de compte dans leur profession tels l’écoute. ou l’empathie. Ces jeux cherchent à aider le participant à être plus adéquat notamment en le rendant mieux capable de s’identifier à son public tout en gardant sa place, son rôle. Les écoutants d’un centre de prévention du suicide, des infirmières confrontées à des patients en stade terminal, des animateurs chargés d’adolescents, des médecins,… mais également des juges de la jeunesse ou gendarmes, peuvent être formés par des mises en scènes qui reprennent des situations professionnelles.

o Si ces jeux de rôles peuvent prendre place dans une formation, ils peuvent également être utilisé dans le cadre de supervision d’équipe ou d’intervision de personnes exerçant une même profession. Afin que les participants puissent se sentir libres et mettre en œuvre leur spontanéité, il est important que l’animateur ne soit pas dans une position d’évaluateur ni de supérieur hiérarchique (un directeur avec son équipe, un médecin avec les infirmières de son service, un professeur avec des stagiaires qu’il doit coter…). Dans pareils séminaires, les participants apportent des cas réels qu’ils ont rencontrés et qui leur posent problème. Ces situations sont jouées, l’animateur insistant sur le fait qu’il s’agit d’un laboratoire dans lequel les participants peuvent tenter différentes stratégies – même les plus absurdes – et que cela permet au groupe d’en évaluer les effets ou d’avoir d’autres idées ; de même, les tentatives des uns et des autres sont des brouillons qui permettent de dessiner peu à peu une esquisse qui prend sens. Dans les séminaires de supervision, l’animateur évite de mettre le participant dans son propre rôle où il risque de reproduire de manière stérile la difficulté qu’il vient d’évoquer. Par contre en le mettant à la place de son client, patient, il peut découvrir et ressentir l’effet des différentes interventions qui seront jouées par les autres participants.

o Les jeux d’apprentissage en relations humaines d’ordre groupal sont essentiellement utilisés dans des formations de conduite de réunion, prise de décision, négociation, délégation de pouvoir… Souvent ces jeux sont construit sur base de scénario relativement complexe reproduisant des situations similaires auxquelles sont confrontées chefs d’équipe, délégués syndicaux, médiateurs…

o D’autres jeux ont pour but un apprentissage d’ordre social, il s’agit notamment de sensibiliser aux différences culturelles ceux qui accueillent des réfugiés ou encore les coopérants, les casques bleus…

Les jeux de développement personnel

o Les jeux de formation et développement personnel visent à aider les participants à tester et acquérir des modes de fonctionnement qui peuvent les aider dans un cadre professionnel, social et personnel. Ainsi, par exemple apprendre à être tolérant, assertif… a autant d’utilité dans un groupe de travail, au restaurant ou dans sa famille. Ces types de jeux, proches du psychodrame s’en dégagent cependant parce qu’ils visent moins une introspection qu’un apprentissage (même si cet apprentissage peut par ailleurs renvoyer le participant à une réflexion sur lui même). Les jeux d’assertivité visent par exemple à acquérir une meilleure connaissance de soi-même, une attitude plus adéquate, une plus grande confiance en soi,…

o La technique du théatre forum qui utilise partiellement le jeu de rôle mérite d’être brièvement abordée ici dans la mesure où elle permet de travailler de manière très active avec un grand groupe. Le principe en est simple, quelques acteurs jouent caricaturalement une courte pièce : un ouvrier agricole demande une augmentation, une jeune fille propose un préservatif, un voleur est jugé… L’issue de cette première représentation n’est pas heureuse : l’augmentation est refusée, le petit ami claque la porte, le délinquant est lourdement condamné… Les spectateurs se disent « Il s’y est mal pris ; moi, je ferais comme ceci ou comme cela » L’animateur propose alors qu’ils modifient le cours de l’histoire en prenant la place de l’un ou l’autre acteur et en essayant de nouvelles interventions. Celui qui entre en scène est porté par les autres spectateurs ou une partie d’entre eux qui vivent la scène par identification. Afin de tester différentes stratégies, on rejouera l’ensemble de la pièce ou seulement une scène ou encore l’une ou l’autre variantes.

o Les jeux psychothérapeutiques visent à explorer les difficultés des participants, leur vie intrapsychique, essentiellement via le psychodrame ou l’inconscient collectif, la culture, la religion (bibliodrame)… et son influence sur le vécu du participant. En psychodrame, le participant joue des scènes de sa vie présente ou passée, un rêve ou un fantasme…

Jeu de rôle et psychodrame : prudence aux frontières

La structuration d’un jeu de rôle permet de baliser l’apprentissage et de protéger le participant. Dans un jeu de rôle où le participant est un demandeur d’emploi qui se présente auprès d’un futur employeur, l’animateur veille à ce que le cadre (se présenter à une secrétaire, frapper à la porte, attendre d’être invité à s’asseoir…) centre le participant sur son apprentissage. Il n’est pas question de mettre en place un patron qui inviterait le demandeur d’emploi à exprimer ses difficultés quotidiennes ainsi que les sentiments de découragement qui l’assaillent parfois.
Cependant dans certains cas, il n’est pas possible ni souhaitable de structurer le jeu de manière trop précise. Dans une supervision d’intervenant sociaux par exemple, il peut arriver qu’au détour d’un cas présenté (inceste, violence familiale, décès…) un participant soit pris d’une émotion relative à sa vie personnelle. Généralement dans les groupes de professionnels psychosociaux le niveau de tolérance des participants fait en sorte que cette émotion puisse avoir une place. Néanmoins, le rôle de l’animateur est de veiller à ce qu’une session centrée sur le travail ne dérive pas en pseudothérapie à la fois parce que tel n’est pas le contrat mais aussi parce que les condition d’un travail thérapeutique ne sont pas remplies. C’est pourquoi nous pensons nécessaire que les animateurs dont les jeux de rôle peuvent toucher à des situations personnelles aient eux-mêmes non seulement effectué un travail thérapeutique personnel mais également suivi une formation de psychodramatiste. Ceci est important non pas pour aller vers l’intervention thérapeutique mais au contraire pour faire face à l’émotion dans le groupe, l’accepter et la reconnaître et revenir ensuite à la situation professionnelle qui fait l’objet du travail. Les techniques de cooling off aident notamment l’animateur à permettre au participant de se recentrer sur le travail de groupe sans que son émotion n’ai été ni déniée, ni explorée.

PSYCHODRAME ANALYTIQUE ET MORENIEN

Qu’est-ce que le psychodrame ?:
Dans le discours des médias, le terme psychodrame est investit d’un contenu émotionnel. L’écart entre ce qu’il désigne précisément comme travail thérapeutique personnel en groupe et l’usage qui en est fait dans le langage courant est considérable.

le psychodrame est une démarche en lien avec l’évolution de la psychanalyse tout en restant originale. Inventé et codifié par Moreno, il a été ensuite utilisé et interprété par certains psychanalystes en fonction de leurs hypothèses de base propres (inconscient transfert, association libre).

Le jeu psychodramatique constitue un mode de représentation dans une action parlée, en présence d’un groupe et dans une recherche de vérité.

La thérapie psychodramatique permet un processus de changement toujours relancé par le jeu des autres et son propre jeu. L’utilisation du psychodrame tout comme celle du jeu de rôles peut également se concevoir en tant que moyen de formation et d’intervention dans de nombreux champs (thérapeutiques, pédagogiques, de formation.)

C’est à Moreno (1892-1974) que l’on doit le terme de psychodrame et l’exploitation systématique de l’improvisation dramatique à des fins psychologiques, d’investigation, de traitement ou de formation. Moreno découvre que le jeu dramatique peut aider certains participants à prendre conscience de difficultés psychologiques personnelles et à s’en dégager. En 1925, il émigre aux Etats-Unis. Il y développera le psychodrame, montrant son utilité thérapeutique et, plus largement, son intérêt pour la résolution des conflits humains et l’amélioration des rapports sociaux.

Le psychodrame est une méthode thérapeutique qui permet, par une représentation scénique spontanée, de concrétiser les images, les phantasmes, les rêves, les souvenirs; de faire revivre les conflits interpersonnels et intrapsychiques d’un individu. Le but du psychodrame est d’inciter les personnes, désireuses d’un changement personnel profond, de manifester ce qu’elles ressentent, de s’exprimer d’une façon plus libre et plus significative qu’elles ne le font dans la vie quotidienne et ce à partir d’une mise en scène psychologique. L’objectif thérapeutique du psychodrame est le développement de notre potentiel créateur, le recouvrement de la spontanéité naturelle – qui consiste en une réponse adéquate à une nouvelle situation ou une réponse nouvelle à une situation ancienne -, ce qui permet donc d’éviter la répétition d’un processus où l’on reste bloqué dans un rôle figé et de se rapprocher de la réalité.

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Du point de vue technique, le psychodrame constitue un processus d’action et des modes d’interaction spontanées entre les membres du groupe. Le sujet est encouragé à être spontané aussi bien sur le plan du langage que sur le plan de l’action dans le respect des règles de fonctionnement du groupe pour pouvoir explorer son monde personnel.

Par la représentation scénique, l’individu arrive à une prise de conscience intellectuelle, affective voire corporelle qui montre une situation familière en soi ou un événement passé, présent ou à venir sous un autre jour et l’incite à une nouvelle attitude.

L’attention des thérapeutes ne se limite pas au seul récit des expériences personnelles et à leur analyse.

Elle met l’accent sur le langage du corps, le langage non-verbal ; elle porte sur ce que le corps exprime au-delà des mots. Il arrive que l’un des protagonistes vive un problème avec une telle intensité que les mots ne suffisent plus. Au cours d’une séance de psychodrame, le jeu naît au départ d’un participant et d’un problème vécu qu’il voudrait explorer. L’animateur utilise un certain nombre de techniques pour la mise en scène de ce problème vécu. Au lieu de seulement parler, on agit et on parle. Après le jeu, les animateurs, en relation avec le groupe et sa dynamique interprètent et commentent ce qui a été joué. Chacun peut jouer et peut participer au jeu d’un autre. En ces diverses possibilités chacun peut faire un chemin de découverte de soi. Le jeu psychodramatique s’exprime émotionnellement certes, mais cette expression est réintégrée par la verbalisation. Le jeu psychodramatique par son support à l’expression personnelle, par l’expression mimique et gestuelle des émotions, par son caractère représentatif (revivre une situation) permet une réinsertion de l’individu dans un système de communication, une meilleure structuration de la difficulté et de nouveaux points d’ancrage à la réalité. Le psychodrame peut être utilisé en groupe et en individuel selon la situation. Il peut être réalisé dans un cadre neutre où dans le cadre même où se déroule le conflit. Il est indiqué dans le traitement des névroses et psychoses, dans les problèmes de couples, familles, dans les conflits de relations interpersonnelles ainsi qu’avec des personnes handicapées mentales en institution ou en phase de réinsertion sociale. Il peut également répondre, vu sa spécificité, à toute demande de groupe et travail en équipe.

Par Jacques Michelet

Psychodrame analytique: du singulier au collectif

Bernard ROBINSON

Le Psychodrame analytique

Exposé à l’occasion d’un hommage à Patrick De Neuter (UCL), lors de son accession à l’éméritat

J’ai intitulé mon exposé :

Passage du singulier par un collectif dans le psychodrame

Introduction

1) D’abord quelques mots sur le « analytique » qui affuble ici le “ psychodrame ”. C’est une expression que j’évite d’employer. Je trouve que le psychodrame peut se soutenir de lui-même, à partir de l’invention de Jacob Lévy Moreno. La technique est simple : on joue des scènes de sa propre vie. “ Mettre sa vie en scène ” dira Greta Leutz plus tard. L’épithète “ psychanalytique ” ne viendra que bien plus tard, en France particulièrement, pour signifier une petite différence. Ajouter « psychanalytique » c’est comme si on voulait dire : “ le psychodrame n’est plus seulement, voire plus du tout morénien ”. Implicitement, ce “ psychanalytique ” définit un territoire d’identité, en négativant ce qu’il rejette. Ce serait le comble de dire cela : “ ce n’est pas du psychodrame morénien ”. Qu’est-ce qu’il y a de plus morénien que le psychodrame ? Il y a dans cette invention suffisamment de choses à exploiter, à théoriser, à enrichir, sans qu’il soit besoin de l’enrichir avec la psychanalyse. Cela doit dater de l’époque où on pensait que la psychanalyse était susceptible d’enrichir tout, par annexion.

Historiquement, je crois que le “ analytique ” a tenté de démarquer le psychodrame en France du courant humaniste et existentiel, qui avait inondé l’Europe dans les années soixante, et qui a eu tôt fait de récupérer l’œuvre de Moreno. C’était d’autant plus facile que la psychanalyse n’en voulait pas. C’était méconnaître que l’œuvre morénienne va bien au-delà de l’idéologie humaniste ; elle s’appuie aussi sur l’expérience personnelle de Moreno, son destin dira-t-on, qui débouchera sur le concept de « rencontre », inventé par Buber. Ce concept, dont Schotte a produit des développements intéressants, est remis au centre de la médiation de la personne chez Gagnepain dans sa théorie de la médiation. L’œuvre morénienne a aussi des racines du côté de la psychologie de la forme, la Gestalt, par l’intermédiaire de Kurt Lewin : cela débouchera sur le concept de « rôle », capital en psychologie sociale. Anne Ancelin-Schützemberger n’a cessé de le rappeler, avec son psychodrame triadique.

Rendons donc à César ce qui appartient à César et à Moreno ce qui lui appartient. Ceci étant dit j’ai montré que la métapsychologie freudienne était un instrument très riche pour essayer de théoriser le psychodrame et comprendre les effets qu’il est susceptible de produire. Cela ne rend pas nécessairement le psychodrame psychanalytique. Rien n’empêche d’ailleurs de chercher aussi d’autres appuis.

2) Deuxième note d’introduction, qui nous rapproche de la question du singulier et du collectif : Ferenczi serait le précurseur du psychodrame. C’est Jean-Marc Dupeu, dans son livre “ L’intérêt du psychodrame analytique ”, qui nous propose cette idée. En effet, deux extraits des Œuvres Complètes nous mettent sur cette voie.

a) premier extrait : Le rôle du « par exemple » dans l’analyse (tome II) : Ferenczi sollicite du matériel, au-delà du récit de généralités en disant : “ par exemple ?”. Il insiste pour que le patient mette en scène l’idée énoncée en l’explicitant dans un souvenir, dans un exemple, dans une situation concrète. C’est manifestement pour dépasser l’obstacle d’une résistance qu’il utilise le procédé.

b) De façon encore plus précise, dans son article « Prolongements de la’ technique active ‘ en psychanalyse », en 1920, Ferenczi décrit des techniques de mise en scène, qu’il a utilisées dans certaines cures lorsque le mouvement d’associations libres semblait s’arrêter. Cette “ activité ” de l’analyste et du patient ne fait qu’expliciter que la psychanalyse a toujours été active et qu’elle le reste sous une apparence de passivité. Ici encore il s’agit de vaincre les résistances et de pallier aux difficultés du patient de se laisser aller aux associations vraiment libres

Dans une séance Ferenczi demande à la patiente, jeune musicienne qui craint le trac, de chanter cette chanson que sa sœur tyrannique lui chantait avec force gestes expressifs et non-équivoques. Ferenczi lui demande de jouer cette scène de la sœur, avec les mêmes gestes. (Remarquons le renversement de rôle, le psychanalyste étant dans la position de spectateur, rôle dans lequel la patiente se trouvait dans la scène d’origine). En fait, il lui demande de jouer ce qu’elle a vu, en se mettant dans une position d’actrice et non plus de spectatrice. C’est exactement ce que proposera Moreno. Mais qu’a-t-elle vu qu’elle ne peut pas dire ? Pour arriver à ce matériel refoulé Ferenczi lui fait répéter plusieurs fois la même scène, jusqu’à ce que disparaissent les signes qui montrent qu’elle joue maladroitement, jusqu’à ce que la scène corresponde plus exactement à son souvenir et à ses impressions.

“ Elle parut trouver du plaisir à ces exhibitions ”, dit Ferenczi. Il pense que cette scène l’a mise en contact avec son désir refoulé de plaire. Le travail d’associations libres pouvait, après cela continuer.

Ferenczi justifie sa technique de mise en scène en montrant que jouer une scène oblige à une dépense d’énergie telle, que cela mobilise, à son insu, des contenus psychiques refoulés. Il a indiqué dans l’exemple de la jeune chanteuse, que ce n’est pas non plus sans plaisir. Si on ajoute, comme il le fait dans ce texte, le facteur “ social ” (jouer en acte plutôt qu’en paroles devant le médecin, c’est en quelque sorte impliquer quelqu’un dans la remémoration, dans la reviviscence), on a tous les ingrédients par lesquels Freud a rendu compte du travail et de l’efficacité du mot d’esprit : surmonter une résistance, faire surgir le désir inconscient, utiliser une tierce personne, trouver du plaisir,… et, bien entendu, ne pas trop savoir ce qui s’est passé.

Ces exemples de Ferenczi permettent de poser la question du sujet dans l’analyse et dans le psychodrame : en quoi le sujet, qui associe librement dans la cure, est-il différent du sujet qui joue une scène en psychodrame avec des acteurs et des thérapeutes ?

Mais, poussons plus loin la question : qui est le sujet endormi ? le sujet ivre ? le sujet hypnotisé ? le sujet en foule ? le sujet névrosé ? le sujet en crise ? le sujet en amour ? le sujet en délire ?

C’est avec le psychodramatiste Serge Gaudé que je vais aborder et problématiser cette question dans le psychodrame, même s’il faudra faire un détour par Freud et Lacan pour approcher certaines dimensions du collectif.

Dans son livre “ De la représentation – L’exemple du psychodrame ”, au début du chapitre 5 : “ Discours de séance : thème et sujet ”, Serge Gaudé tente de comprendre comment les échanges langagiers entre les participants d’un groupe de psychodrame vont s’articuler de telle sorte qu’ils traduisent le travail d’un sujet à la recherche d’un sens par la parole. Si le psychodramatiste y met du sien, cette recherche peut devenir discours, discours de séance, pour autant qu’il y ait adresse à quelqu’un et que le questionnement fasse auditoire. Dans ces aléas de discours qui peuvent mener à un jeu, insiste Gaudé, et suite aux interventions du psychodramatiste, à la cantonnade, le participant comme sujet désirant, individu concret, se trouvera provisoirement mis entre parenthèses. C’est cette mise entre parenthèses qui m’intéresse.

Ce passage du livre de Gaudé indique à quel point le psychodrame opère un passage du singulier au collectif, ou, mieux, un passage du singulier par le collectif. C’est d’autant plus intéressant comme formulation qu’il me semble que cela était, à l’origine, l’intention même de Moreno. Mais ce passage Moreno le situait dans la mise en jeu, alors que Gaudé le situe dans la préparation au jeu par le groupe et le psychodramatiste dans l’élaboration d’un thème.

Le singulier et le collectif

Examinons cette question.

Présenter les choses comme cela m’oblige à préciser, provisoirement, ces deux dimensions : singulier et collectif.

Du côté du singulier je vise cette dimension du sujet de l’inconscient telle qu’elle s’est mise en place chez Freud progressivement, et que Lacan à développée. C’est en cela que la psychanalyse, dans la cure, fonde une éthique : l’enjeu majeur de la cure c’est de devenir sujet de son désir ; cette question est particulièrement aiguë dans les névroses.

Où est le sujet de l’inconscient dans l’irrationalité des symptômes ? Qui est-il ? En quoi le sujet est-il engagé dans la répétition symptomatique dont il se dit en même temps insatisfait ? En quoi est-il engagé dans une demande de jeu en psychodrame, dans une adresse au groupe ou au psychodramatiste ? Freud nous l’a montré, il y est question du sujet archaïque, tel qu’il s’est mis en place dans l’histoire psychique, elle-même contingente des conditions sociales et familiales. Cette perspective psychanalytique fonde une psychologie clinique, qui ne s’intéresse dans la parole qu’à ce qui est singulier, unique.

Mais en même temps elle indique en quoi la question du sujet est articulée au collectif familial, au collectif culturel, au collectif social, c’est-à-dire aussi au collectif en tant qu’il est toujours déjà universel et commun aux êtres de langage que nous sommes. Au collectif en tant qu’il est le lot, le destin, de notre structure commune d’être parlant.

C’est par une lecture parallèle de deux textes fondateurs, « Totem et tabou » et le « Discours de Rome » que je compte faire apparaître ce rapport du singulier et du collectif au fondement d’une éthique psychanalytique.

Il y a des questions auxquelles nous ne pouvons échapper, les tragiques grecs nous l’avaient déjà clairement indiqué. L’époque où Freud cherche le fondement de la structure du sujet, sur lequel vient buter toute entreprise psychothérapeutique, c’est l’époque de Totem et Tabou. Lacan ne l’a pas ratée puisque c’est à partir de là qu’il va tenter de comprendre pourquoi le pacte humain semble déraper dans la psychose. Pour Freud de Totem et tabou la structure humaine dont nous héritons commence mythiquement par une sorte de collectif : c’est celui de la horde primitive, soumise au pouvoir d’Un seul, le tyran. Mais ce premier collectif mythique, dont nous ne cesserons de rêver par nostalgie pense Freud, alimenté par la solidarité et la haine, laissera bientôt la place à un autre : le collectif du pacte qui lie symboliquement les frères entre eux et au Père, désormais sacralisé.

Traduisons : nous sommes unis par le langage que nous avons en partage, qui nous permet de traverser nos différences et de nous donner quelque chose en commun ; mais le langage ne nous appartient pas, ni individuellement, ni collectivement ; c’est, par définition, le lieu de l’Autre, le lieu du symbolique commun qui nous échappe, mais où nous avons à chercher une place de sujet singulier.

LACAN reprendra à sa manière les considérations freudiennes de « Totem et tabou ». Lorsqu’il promeut l’ordre du langage ce n’est pas tant celui de la désignation du réel par l’entremise des mots, c’est celui de la signification du sujet. Dans le Discours de Rome et dans le Séminaire I, la parole est ce par quoi nous sommes parlés avant de pouvoir le savoir, et sans pouvoir le savoir. Le langage, pour lui, est un espace de production des sujets ; les sujets sont des effets de parole.

Il n’y a donc pas un commencement du langage, il y a un commencement de la structure qui est aussi le commencement de l’homme lui-même. LACAN est en continuité directe avec le texte de FREUD : le commencement de l’homme est pensable à la limite opaque du biologique et du signifiant, là où le corps sexué se met à parler. C’est la prolongation du mythe freudien de Totem et tabou. Le mot neuf que le Discours de Rome fait surgir c’est le mot Loi.

D’abord LACAN repense ce que FREUD avait noté comme le premier mouvement de la cure : la remémoration. Ici commence la réalisation de la parole pleine. Le sujet raconte l’événement. LACAN dit : il le verbalise, il le fait passer dans le verbe, « ou plus précisément dans l’épos où il rapporte à l’heure présente les origines de sa personne ».

Le drame ainsi rejoué dans le même mouvement, et l’histoire du sujet en train de se récapituler, constituent le sujet comme étant celui qui a ainsi été. « C’est l’effet d’une parole pleine de réordonner les contingences passées en leur donnant le sens des nécessités à venir, telles que les constitue le peu de liberté par où le sujet les fait présentes »

Par là le sujet effectue l’assomption de son histoire en tant qu’elle est constituée par la parole adressée à l’autre.

LACAN redéfinit ainsi l’inconscient, à partir de son analyse de la situation d’intersubjectivité de la cure :

« L’inconscient est cette partie du discours concret en tant que transindividuel qui fait défaut à la disposition du sujet pour rétablir la continuité de son discours conscient », ou encore : « L’inconscient est ce chapitre de mon histoire qui est marqué par un blanc ou occupé par un mensonge : c’est le chapitre censuré. Mais la vérité peut-être retrouvée ; le plus souvent déjà elle est écrite ailleurs »

Lacan évoque ici le corps marqué, les souvenirs d’enfance, le langage propre, le style, le caractère, les traditions et les légendes de la culture à laquelle on appartient, etc., l’histoire repensée ne prenant son sens qu’à être entendue par quelqu’un dont la subjectivité n’est pas fondamentalement différente de celle de l’analysant.

Il fait ici référence à la notion de symbolisme analytique dont FREUD nous a donné un aperçu remarquable dans ses « Leçons d’introduction de la psychanalyse » (FREUD, 1965).

J’ai remarqué que ces pages de Freud préfigurent la lecture spécifiquement lacanienne de la parole et de la symbolisation.

Voici quelques phrases de ce texte :

“ Le symbolisme constitue peut-être le chapitre le plus remarquable de la théorie des rêves, dit Freud … (Les symboles) nous permettent, dans certaines circonstances, d’interpréter un rêve sans interroger le rêveur qui d’ailleurs ne saurait rien ajouter au symbole…Le symbolisme n’est pas une caractéristique propre au rêve…Le rapport symbolique est une comparaison d’un genre tout particulier et dont les raisons nous échappent. Les objets qui trouvent dans le rêve une représentation symbolique sont peu nombreux. Le corps humain, dans son ensemble, les parents, les enfants, frères, sœurs, la naissance, mort, la nudité…Comment pouvons-nous connaître la signification des symboles des rêves, alors que le rêveur lui-même ne nous fournit à leur sujet aucun renseignement ou que des renseignements tout à fait insuffisants ? Je réponds : cette connaissance nous vient de diverses sources, des contes et des mythes, de farces et facéties, du folklore, c’est-à-dire de l’étude des mœurs, usages, proverbes et chants de différents peuples, du langage poétique et du langage commun… Je n’affirme pas que le rêveur sache tout cela, mais j’estime aussi qu’il n’a pas besoin de le savoir…Le rêveur a à sa disposition le mode d’expression symbolique qu’il ne connaît ni ne reconnaît à l’état de veille…Les rapports symboliques n’appartiennent pas en propre au rêveur…On a l’impression d’être en présence d’un mode d’expression ancien, mais disparu. ”.(FREUD, 1965)

Je suis étonné de n’avoir trouvé aucune référence à ce texte chez LACAN, alors que la théorie du signifiant est ici en émergence.

Ainsi, LACAN s’avance vers une redéfinition du sujet, tel que l’expérience psychanalytique nous le fait entendre, définition qui précise du même coup le champ de la cure et de la discipline. Ce sujet va bien au-delà de ce que l’individu éprouve subjectivement. Il va jusqu’à la vérité de son histoire. LACAN ira encore plus loin, puisqu’il envisage la préhistoire de tout sujet humain, c’est-à-dire ce qui, dans sa structure, le fait parler de lui à un autre. Son propos est tout à fait dans le fil anthropologique du texte de FREUD .

FREUD ne découvre-t-il pas dans ce texte que la psychanalyse met en jeu non seulement la parole de l’un et l’écoute de l’autre, mais aussi ce qui détermine l’un et l’autre dans l’interlocution, et qui renvoie chacun, parlant et écoutant, à ce qu’ils sont sans le savoir par rapport à un pacte fondateur et à l’idéalisation d’un antécédent premier ? « Symbole et langage comme structure et limite du champ psychanalytique » dira LACAN dans son deuxième chapitre. C’est là qu’il va nous mener et y articuler la question de la Loi.

Le premier objet du désir de l’homme est d’être reconnu par l’autre. Le désir inclut toujours le rapport à l’autre. LACAN nous l’indique dans l’œuvre freudienne même : le rêve, l’acte manqué, le mot d’esprit, le symptôme. De la même façon que FREUD, LACAN va sauter de l’expérience de la cure et du nœud œdipien à la loi universelle de la communication.

FREUD, quant à lui, tente de fonder l’universalité de l’Œdipe et construit un mythe fondateur qui définit la structure spécifique de l’humanité, au-delà de toute donnée individuelle; le collectif commun au-delà du singulier.

LACAN, s’appuyant sur les découvertes linguistiques et anthropologiques de son époque (SAUSSURE, MAUSS, LEVI-STRAUSS), identifie l’interdit sexuel, fondateur du désir, à la loi du langage et de la parenté.

La Loi primordiale est celle qui règle l’alliance (on pourrait dire : le commun destin de solidarité et d’échange, au-delà de nos singularités), et nous fait passer de la nature à la culture permettant la communication. Il identifie la fonction symbolique repérée par les anthropologues et les linguistes à l’ordre signifiant tel qu’il est en jeu dans la parole dans la cure, en tant que cette fonction symbolique de la parole est en même temps une expérience de subjectivation, c’est-à-dire le fait que pour un humain, être sujet c’est un problème en soi.

Nul n’est censé ignorer la loi. Lacan applique les lois du langage au rapport humain : un élément quelconque d’une langue, un verbe par exemple, se distingue et se conjugue en référence à l’ensemble supposé constitué des éléments de la langue des usagers ; analogiquement, LACAN établit que notre existence individuelle de sujet parlant, de personne, renvoie automatiquement, comme dans le langage, à l’ensemble des distinctions et des combinaisons définies antérieurement à sa liaison possible à toute expérience particulière de sujet.

« Car la découverte de FREUD est celle du champ des incidences, en la nature de l’homme, de ses relations à l’ordre symbolique, et la remontée de leur sens jusqu’aux instances les plus radicales de la symbolisation dans l’être ” ( FCPL, p 154).

S’adresser à quelqu’un c’est d’emblée faire implicitement référence, en acte, à cette Loi qui structure l’échange entre les hommes et au pacte qui les lie symboliquement comme semblables et différents, distinguables et combinables arbitrairement, selon un ordre qui n’est pas de leur ressort.

Dans le texte de FREUD sur le symbolisme, écrit après Totem et tabou, les phrases “ Les rapports symboliques n’appartiennent pas en propre au rêveur ” ou “…dont les raisons nous échappent… qu’il n’a pas besoin de le savoir ” découvrent cet univers symbolique qui nous détermine dans l’être, c’est-à-dire dans la mise en rapport avec d’autres êtres humains.

Les humains sont définitivement libérés des rapports immédiats de l’un à l’autre, et ne peuvent communiquer qu’en référence implicite à cette Loi, qui est dans le même mouvement loi de séparation des êtres, de leurs distinctions, et de leurs rapprochements, de leur communication. En m’adressant à quelqu’un comme mon semblable, je fais implicitement référence au tiers symbolique qui nous permet de nous distinguer et de nous reconnaître comme égaux autrement que comme une illusion. Ma présence en acte de parole adressée à quelqu’un fait implicitement référence à l’absence qui me constitue dans cet ordre symbolique.

L’homme parle donc, mais c’est parce que le symbole l’a fait homme. De même dans une institution, dans toute institution humaine, et la cure en est une, chacun étant mis à une place définie dans l’ordre symbolique, échangeant des services, des rôles, des gestes ou des paroles, ne peut s’adresser à un autre qu’en dépassant singulièrement dans l’acte les déterminations qui lui échappent, aussi bien dans l’axe synchronique (les rôles) que dans l’axe diachronique (l’histoire), dans l’axe individuel comme dans l’axe concomitant du collectif.

« Disons seulement que c’est là ce qui objecte pour nous à toute référence à la totalité dans l’individu, puisque le sujet y introduit la division, aussi bien que dans le collectif qui en est l’équivalent. La psychanalyse est proprement ce qui renvoie l’un et l’autre à leur position de mirage. » (FCPL p 175)

LACAN accentuera l’axe diachronique, et c’est en cela qu’il est bien dans le prolongement de Totem et tabou, en insistant essentiellement sur la question de la filiation. La Loi primordiale règle l’alliance et la généalogie, et s’avère pour le groupe impérative en ses formes, mais inconsciente en sa structure, comme le langage. Cette Loi se fait donc suffisamment connaître comme identique à un ordre de langage, donnant à l’homme la possibilité d’exister singulièrement à travers cette détermination symbolique.

Cependant LACAN redéfinit l’Œdipe à sa façon. Si pour FREUD, on l’a vu, le mythe-récit implique d’abord un acte alimenté par les forces pulsionnelles (au commencement était l’acte), pour LACAN la prééminence et l’antériorité de l’ordre symbolique ne fait pas de doute (au commencement était le verbe). Et cet ordre symbolique n’est pas seulement porteur de l’interdit œdipien, il implique l’exigence d’échanges. LACAN radicalise la coupure faite par FREUD entre nature et culture et le meurtre, lié au désir œdipien, devient aussi le vide de l’être dans la référence du sujet à l’ordre symbolique.

En quoi les développements de LACAN concernant la Loi nous intéressent-ils dans la cure ? En quoi cela nous intéresse aussi dans le psychodrame ?

Précisément dans la mesure où la Loi règle le fait même de parler à quelqu’un et particulièrement lorsqu’il vient nous parler de son désir. Ce désir lui-même, pour être satisfait, exige d’être reconnu, par l’accord de la parole ou par la lutte de prestige dans le symbole ou dans l’imaginaire.

« Les symboles enveloppent en effet la vie de l’homme d’un réseau si total qu’ils conjoignent avant qu’il vienne au monde ceux qui vont l’engendrer “ par l’os et par la chair ”, qu’ils apportent à sa naissance avec les dons des astres, sinon avec les dons des fées, le dessin de sa destinée, qu’ils donnent les mots qui le feront fidèle ou renégat, la loi des actes qui le suivront jusque là même où il n’est pas encore et au-delà de sa mort même, et que par eux sa fin trouve son sens dans le jugement dernier ou le verbe absout son être ou le condamne, – sauf à atteindre à la réalisation subjective de l’être-pour-la-mort. » (FCPL p 158)

C’est là l’enjeu de la psychanalyse et notre voie est l’expérience intersubjective où ce désir se fait reconnaître.

Dans le psychodrame

Dans une séance, des gens se mettent à parler. Qui parle et à qui s’adressent-ils ?

Quelle est l’allure de ces discours particuliers créés par le dispositif d’une séance de psychodrame ?

On ne dit pas n’importe quoi. Sans doute, d’une part, le contexte impose une ou l’autre orientation de ces paroles adressées. D’abord, on est là pour parler de ce qui ne va pas chez soi et qui pourrait déboucher dans un jeu. Le malaise et le jeu sont deux déterminants de la parole Ensuite, les paroles s’adressent autant à l’animateur de séance, voire aux co-animateurs, s’il y en a, qu’au groupe à l’écoute. Au père, p.è.r.e et aux pairs, p.a.i.r.s.

On sait que l’animateur ne parlera pas de ce qui ne va pas chez lui et qu’il est là pour recueillir les paroles des participants et leurs effets. (il représente, il présentifie, le Un d’exception, nécessaire pour qu’une certaine parole et une certaine écoute soient possibles).

On sait que les autres sont là pour parler à leur tour et donner écho à ce qu’on dit.

Ce qu’un participant dit est donc fonction de ces buts et de ces adresses :

– le malaise en lui qui doit se transformer,

– le jeu à venir qui doit éclaircir quelque chose,

– l’animateur qui recueille et fait écho d’une certaine façon

– et le groupe qui écoute, donne écho, interprète déjà et relance.

On est dans une structure langagière particulière. Mais ce qui donne à ce discours en formation sa fonction langagière c’est le fait que tous ces éléments se réfèrent à la place de l’Autre, le lieu où le discours humain peut être entendu, le lieu où le sujet qui parle ici et maintenant peut trouver du sens à ses paroles, au-delà des souffrances, des répétitions et des malentendus.

Si chacun, qui se risque à la parole en groupe, hésite toujours avant de parler, c’est qu’il sait que ce qu’il dit peut l’amener à un jeu, là où il sera moins maître de ce qui se passe.

Mais ce risque qu’il appréhende, il le souhaite aussi, puisqu’il espère que c’est là que s’éclairciront ses énigmes, que c’est là qu’il pourra prendre place comme sujet de son dire.

Dans la mesure où le psychodramatiste ne s’engage pas dans l’échange de paroles, comme dans la vie quand nous nous parlons, dans la mesure où il est attendu que chacun des participants parlera de son malaise en écho, le participant qui parle, sait aussi que la structure langagière qui lui permet de parler et de s’adresser à quelqu’un implique qu’il ne sait pas exactement ce qu’il dit ; il sait que ses paroles (ses signifiants) en disent plus qu’il ne sait, et que les avatars de son dire peut amener des surprises. Il sait que la place qu’il occupe dans sa parole est en partie du semblant, qu’en quelque sorte il est dupe de son propre discours, du fait que le langage ne lui appartient pas. Il y prend place, dans le langage, mais sa place est déterminée ailleurs ; il y a comme une sorte d’usurpation de place.

Contrairement à un dispositif de réunion en groupe, ce dispositif implique que chaque personne est dans une structure d’expression interprétative : n’importe qui peut entendre autre chose que ce qu’elle croit dire, les membres du groupe et l’animateur. Il ne s’agit donc pas seulement d’être compris, entendu, mais aussi d’être interprété. La surprise est toujours possible qui révèlera une part cachée du sujet. C’est donc aussi le sujet qui est à advenir.

Si un autre participant réagit à ce que dit le premier c’est à la fois pour soutenir et amplifier ce que dit celui-ci, et dans ce sens il se sent éventuellement déjà entendu, mais c’est souvent aussi pour y mettre du sien, y aller lui-même dans la recherche d’un sens à sa parole.

La question qui se pose au psychodramatiste est alors de voir en quoi ce que dit le second est dans un certain rapport avec ce que dit le premier. Est-ce que le dire du premier est déployé de quelque manière par un élément, un signifiant du dire du second ; y a t il déjà interprétation du dire du premier ? Si c’est clair pour tout le monde, il suffit de le souligner ; si ce n’est pas clair on peut chercher à le faire préciser.

Cette ponctuation du psychodramatiste est essentielle, parce qu’elle permet que se tisse progressivement un thème, qui n’est plus le thème du premier, mais qui commence par être le thème de quelques uns. Ce n’est pas le thème du groupe, mais seulement de quelques uns.

Il suffit de quelques uns pour que le thème passe du singulier au collectif.

Du même coup, le premier qui a parlé est en quelque sorte dessaisi de l’aspect singulier de sa demande. Sa demande est devenue l’affaire de quelques uns. Le psychodramatiste a besoin de ce « quelques-uns » pour pouvoir jouer. Il faut que quelques uns soient pris, d’une manière ou d’une autre, dans le discours qui est en train de se créer. Sinon les acteurs ne pourront pas être crédibles.

Si le psychodramatiste n’intervenait pas, on risquerait d’aller d’un dire à l’autre, et c’est celui qui y apporterait le plus de poids, le plus d’émotion éventuellement, qui l’emporterait. Après, cela se créerait des alliances, des conflits, des compétitions, voire des rejets selon le jeu des identifications. Comme dans la vie.

Pour terminer, j’en reviens à Serge Gaudé.

Il insiste pour comprendre ce moment de passage dans la séance psychodramatique : c’est l’écoute du psychodramatiste et ses interventions particulières, à la cantonade dira-t-il, qui seront le déterminant essentiel pour faire passer la plainte ou la demande d’une personne à un collectif de thème qui s’élabore, à un discours de séance. Ce discours de séance est déjà un collectif qui devient susceptible de déboucher dans un jeu.

C’est dans ce jeu, dans lequel tout le monde est dorénavant impliqué, d’une manière ou d’aune autre, ne fut-ce que comme spectateur, qu’une personne, que Moreno appelle « le protagoniste », tentera d’en venir au moment de vérité de sa singularité propre.

Le meneur de jeu et les antagonistes, les autres acteurs, les Moi auxiliaires dit Moreno, doivent eux tenter de maintenir ce dispositif collectif de départ qui donne accès à une vérité singulière. Ce sera éventuellement à l’observateur de séance de souligner en quoi quelque chose a été atteint, a été traversé, a été évoqué, de la vérité d’un sujet. Une tradition veut que ces observations se fassent sur un mode impersonnel.

On ne sait pas prévoir à l’avance les effets d’un jeu. Le protagoniste est, dans une certaine mesure, dans la même galère que le meneur de jeu. Cela Moreno l’avait bien compris. On voit cela très bien dans les groupes didactiques où les participants apprennent à mener une séance, éventuellement après avoir été eux-mêmes protagonistes. Il y a aussi des risques à animer.

Le protagoniste lui, risque d’être démasqué, d’être surpris, d’être déçu, d’être abasourdi, d’être étonné, de ne pas être apaisé.

C’est pourquoi, pour convaincre que l’usurpation n’est pas absolue, qu’il y s’agit quand même de lui, le protagoniste peut y mettre les émotions nécessaires qui en disent plus que la parole. Quand les mots manquent, l’émotion prend la place ; le problème c’est qu’elle n’est que partageable ; elle ne donne pas une place comme l’énonciation de soi-même en donne une.

Compte tenu des risques qu’on prend dans un jeu, la scansion de la fin de séance permet de faire rupture provisoire avec ce dans quoi on s’était engagé, pour repartir, à la séance suivante, sans savoir qui parlera en premier.

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THERAPIE BREVE

La thérapie brève :
La thérapie brève systémique est une thérapie humaniste qui vise essentiellement le changement. Elle est une méthode de résolution de problèmes. Son modèle est non normatif, non pathologique.

Elle n’est pas une théorie explicative. Elle aide à changer surtout. La connaissance du pourquoi n’est ni nécessaire ni suffisante pour changer. Il n’y a pas de diagnostic psychiatrique et elle s’intéresse davantage aux cycles de vie, au « Comment » plus qu’au « Pourquoi ». Elle s’intéresse à la fonction du symptôme qui dans une famille, par exemple, sert au système familial à garder son homéostasie. La thérapie brève vise surtout les capacités créatrices du moi dans l’ici et maintenant. Le changement est toujours possible c’est pourquoi elle se base sur la participation active du client. La théorie du changement sur laquelle elle se base consiste en un changement de type 2 opposé au type 1. Le changement de type 1 consiste à faire + de la même chose. Le changement de type 2 consiste, quant à lui, à sortir du système c.-à-d. à trouver une solution tierce (cf. schéma z).La solution c’est souvent le problème ! D’où la nécessaire créativité. Il faut, dès lors, arrêter les tentatives de solutions qui entretiennent le problème. Elle analyse les paradoxes de la communication tels le « double bind », les messages contradictoires, ambigus, les relations de type complémentaires ou symétriques, les postions basses ou hautes etc.

La thérapie brève est constructiviste c.-à-d. qu’elle admet que la réalité est construite par nos représentations. L’homme est troublé non par les évènements eux-mêmes mais par la perception qu’il a de cette réalité. En fait il existe autant de perceptions que d’individus.

Trois règles importantes en thérapie brève :

– on ne peut pas ne pas communiquer

– toute communication est une influence

– celui qui dit qu’il n’influence pas est dès lors le plus manipulateur.

Quatre principes :

– Reconnaître

– Accepter

– Augmenter

– Utiliser

Les techniques :

– prescrire la rechute

– avancer lentement

– le pire du pire

– imaginer sa vie future

– etc.….

La grille de Palo Alto…

Elle adopte un point de vue anthropologique et cybernétique.

L’approche anthropologique est la suivante :

La position de l’anthropologue est celle qui reconnaît l’autre dans sa différence, sa singularité, son environnement socioculturel et respecte ses normes. Cette position, c’est simplement dire : « Vous avez sûrement de bonnes raisons d’agir comme ça. » Nous présupposons qu’il y a des raisons et que ces raisons sont bonnes : c’est donc une façon bienveillante de demander le pourquoi. C’est respecter l’autre et comprendre qu’il ne peut, actuellement, être, penser, ressentir ou agir que comme cela, même si pour lui, face à ses événements de vie, cela ne suffit pas. Mais pour lui, c’est du domaine de l’évidence et il lève les bras au ciel : « Mais bien sûr que j’ai de bonnes raisons de faire ceci, de dire cela ! » L’ensemble de ses expériences passées a fait de lui ce qu’il est, ce qu’il pense et ce qu’il ressent aujourd’hui. Et il nous en parle. Il nous informe. « Ainsi lue, l’anthropologie se situe parmi les ambitions les plus vastes, les plus généreuses et les plus nécessaires. Elle donne comme finalité à l’homme l’intelligibilité de la condition humaine. Elle le met en position de débiteur par rapport à lui-même. Elle l’enracine dans la conviction qu’il est en dette d’alliance envers l’humanité, qu’il est concerné au plus haut point par le cheminement de l’espèce, quelles que soient les aventures du moment où elle est engagée et qu’il doit donc contribuer, de sa place singulière, à la réussite de l’entreprise collective. Tout en se rendant attentif à la difficulté de préciser quand commence « l’humain », tant de crimes ayant été produits en son nom, l’anthropologue, comme Diogène, sa lampe allumée en plein jour, est à la recherche de l’homme vrai, aussi illusoire que soit cette ambition. »[1] Et comme chacun sait, il faut se garder de deux écueils : l’excès d’utopie et le trop peu d’utopie. Mais n’existe-t-il pas de pire utopie que celle qui prétend qu’on peut s’en passer ?

Le point de vue cybernétique est le suivant :

La cybernétique est une modélisation de l’échange, par l’étude de l’information et des principes d’interaction Elle peut ainsi être définie comme la science des systèmes autorégulés, qui ne s’intéresse pas aux composantes, mais à leurs interactions, où seul est pris en compte leur comportement global. L’approche globale de l’être humain est un axe central et une préoccupation éthique constante dans mon travail.

[1] Jacques Lévine, Michel Develay : Pour une anthropologie des savoirs scolaires, Issy-les-Moulineaux, ESF, p.11.

GESTION DU STRESS

Groupe de relaxation et de gestion du stress :

Les prémisses théoriques qui sous-tendent cette approche en groupe sont notamment les suivantes:

La réaction de stress est une réaction psychophysiologique de l’animal ou de l’être humain quand il y a perception d’un danger (réel ou imaginaire) ; cette réaction prépare l’organisme à l’attaque ou à la fuite. Dans le cas de l’être humain, nombre de ces dangers sont largement imaginaires. Ils suscitent des comportements d’évitement ou de contrôle qui ont pour effet, au-delà du soulagement immédiat et passager qu’ils procurent, d’aggraver les choses. Éviter ce qui fait peur, ou tenter de le contrôler revient en effet à légitimer la peur et à la renforcer.
Ces boucles de rétroactions aggravantes fonctionnent tout particulièrement avec les peurs liées à l’image de soi (son statut, sa valeur). Comprendre l’origine de ces boucles de rétroaction peut avoir son intérêt mais n’est souvent pas indispensable pour travailler à leur interruption. L’interruption des boucles de rétroaction pathogènes peut s’opérer à deux niveaux: celui de l’action (exercices, tâches thérapeutiques) et celui des représentations (recadrages thérapeutiques à l’état de veille et en relaxation).
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GESTION DE CONFLIT

GESTION DE CONFLITS et COMMUNICATION NON VIOLENTE (CNV):
Les conflits surgissent lorsque deux personnes attribuent un sens différent à une réalité qui est perçue en commun. La plus périlleuse de toutes les illusions serait de croire qu’il n’existe qu’une seule réalité. L’essentiel de nos comportements n’est-il pas suscité par nos représentations ? L’ennemi de la « vérité » n’est-il pas la conviction, le jugement définitivement porté ? Ce qui éloigne, ce qui oppose, c’est l’ignorance. Quand nous ignorons, nous construisons des représentations arbitraires que nous tenons pour des vérités.

Dans une approche anthropologique, nous essayons de comprendre l’univers de l’autre, de savoir quel est le statut de la personne en face de nous. La manière de parler avec l’autre va engager la relation dans un sens ou dans un autre. Qu’est-ce que l’autre éveille en nous ?

Nous essayons d’être présents à ce qui est possible, d’être une personne significative, ressource, qui développe les compétences. Pour que le professionnel soit reconnu comme compétent, il faut qu’il reconnaisse les compétences de l’autre.

Nous allons nous situer en tant qu’apprenant et essayer de garder un système ouvert. L’expérience créative est une sorte de crédit ouvert à la personnalité non-intégrée.

C’est parce que nous sommes différents dans notre manière de penser que nous avons des différends !

LES PRINCIPES DE BASES DE LA CNV :

Tout d’abord, il est important de prendre le temps de s’arrêter et de se pencher sur ses sentiments ! Etre conscient de ce que l’on vit et savoir dire ce l’on ressent joie, tristesse, peur ou colère. Ce sont les indicateurs qui nous permettent de connaître nos besoins pour agir.

Il faut pouvoir nommer ses besoins pour les dire à l’autre.

Il faut savoir recevoir également la gratitude de l’autre, car l’appréciation positive fait aller de l’avant. Et tout ça engendre un espace de bienveillance avec l’autre, car les petites attentions font les grandes relations : comme l’essence dans une voiture, ça fait aller de l’avant.

Puis, savoir transformer les reproches et les ressentis en essayant de comprendre l’autre. Bref, faire preuve d’une qualité d’écoute…

Les 4 étapes de la CNV : (en détail p.2)

1. Observation objective des faits
2. Expression des sentiments
3. Expression des besoins
4. Formulation d’une demande claire et précise.

Par exemple, votre compagnon passe du temps devant l’ordinateur et vous avez tendance à lui dire « j’en ai marre, tu passes ta vie devant l’ordi et tu ne m’aides jamais !  » Si vous lui disiez plutôt :  » Ce soir depuis que tu es rentré, tu t’es installé derrière l’ordi et je me suis occupée de tout ce qu’il fallait faire dans la maison (observation factuelle et objective). Je me suis sentie abandonnée et pas soutenue (sentiment). J’ai besoin que tu m’ rapportes un peu d’attention et de savoir que tu partages toi aussi les soucis de la maison (besoin). Lorsque tu rentres, pourrais-tu me demander s’il y a des choses à faire pour m’aider (demande précise). Le ton de la discussion peut paraître artificiel, et pourtant formuler ses émotions un peu conventionnellement pacifie la discussion.

En résumé, la CNV c’est, d’après Anne van Stappen[1], ceci : « prenez 2 hommes, chacun sur sa montagne regardant la même fleur avec finalement un point de vue différent ! Sin l’un ne descend pas de sa montagne pour rejoindre le second sur la sienne, il ne pourra pas prendre conscience des besoins et attentes de l’autre » Alors, en fait, la communication non violente, c’est accepter les différences de besoins !
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Nous pouvons établir un parallèle avec le schéma de la médiation suivant :
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LES 4 TEMPS DE LA COMMUNICATION NON VIOLENTE

L’efficacité de la CNV tient ensuite dans 4 étapes simples qui la composent : O-S-B-D

1.Observer la situation – Observer les faits sans les évaluer :

Cette étape implique d’apprendre à distinguer l’évaluation de l’observation. Cela consiste à remplacer généralisations et jugements par une description circonstanciée et précise des faits.

2. Reconnaître le Sentiment- Exprimer des sentiments et non des interprétations – :

Il s’agit ici de prendre conscience du ressenti provoqué par la situation précédente, et de le nommer en utilisant tout le registre du vocabulaire affectif.

3. Identifier le Besoin sous-jacent -Exprimer les besoins à l’origine de ces sentiments – :

Prendre conscience et verbaliser le besoin qui engendre le sentiment permet en retour de déterminer les moyens à mettre en œuvre pour le satisfaire.

4. Exprimer une Demande négociable- Formuler des demandes d’actions claires et concrètes:

L’objet de la demande est d’expliquer dans un langage clair les actions que nous aimerions voir mener pour satisfaire le besoin.

L’ ESPACE DE MEDIATION :

C’est un espace, dans un cadre bien précis avec des règles de fonctionnement(*) où nous pouvons y affronter toutes les sortes de menaces qui pèsent sur nous, tout en étant hors menace.
Le groupe de parole, en raison de sa règle de non-conflictualité, est un lieu dont on peut dire qu’on s’y affronte avec des problèmes qui déstabilisent, tout en entrant dans un processus de structuration. L’espace de médiation est un jeu de miroir : un espace renvoie à l’autre qui renvoie à un troisième…Mais cet espace les contient tous et permet de les situer d’un seul tenant dans leurs divergences ou non-convergences.

Qu’est-ce que la médiation :
« Dans médiation, il y a média, médium, et un philosophe aujourd’hui disparu, Vladimir Jankélévitch, a beaucoup écrit sur le problème du « médiat » et de l’immédiat. La médiation nous protège de l’immédiat, elle nous protège d’un contact direct. L’immédiat, au sens étymologique, serait de l’ordre de la violence, de l’action directe. (…) ». La médiation permet que l’on passe en quelque sorte de deux (la relation duelle) à trois. Le troisième terme peut être un sujet, dans ce cas on parlerait alors de médiateur. Il peut être aussi un objet, un support, une substance, quelque chose d’inanimé mais qui va faire changer la nature de la relation intersubjective.

Comment intégrer les ruptures, cassures et traumas ?
Ce lieu amène la transformation de l’insupportable en supportable.
Qu’une chose impensable trouve des mots, c’est déjà un travail de médiation.
(*) : Règles du respect de l’autre où l’on parle pour soi en toute confidentialité, où chacun s’engage volontairement.

[1] « Ne marche pas si tu peux danser », Editions Jouvence, 2009.

MODELE ECOSYSTEMIQUE:

Le système écologique a été développé par Bronfenbrenner (1986). Il s’agit d’un modèle centré sur la personne. Le modèle écosystémique constitue le paradigme le plus adapté pour rendre compte de la nature et de la complexité des interactions.  La pensée de Bronfenbrenner s’inscrit dans les courants de pensées socio-constructiviste et systémique. La théorie de Bronfenbrenner est avant tout interactionniste : l’individu se développe en interaction avec son environnement. La prise en compte de l’écosystème implique le prise en considération de plusieurs niveaux logiques: individu,famille,services, société; implication des sujets tout au long du processus d’évaluation, équilibre entre les analyses qualitatives et quantitatives; prise en compte des interactions avec les intervenants y compris les chercheurs.


(Illustration de Paul Boudreault)

MICROSYSTÈME :
Le microsystème réfère aux relations entre la personne et son environnement immédiat.
MÉSOSYSTÈME :
Le mésosystème réfère aux réseaux de services dans l’environnement immédiat de la personne.
EXOSYSTÈME :
L’exosystème réfère aux services sociaux qui concernent la personne, mais dans lesquels elle n’est pas impliquée directement.
MACROSYSTÈME :
Le macrosystème réfère aux aspects culturels entourant la personne.

LA THERAPIE SYSTEMIQUE :

La thérapie systémique (Ecole de Palo Alto) représente un mode d’utilisation de l’approche systémique avec un système qu’est la famille. Considérant que l’individu est indissociable de sa famille et que sa symptomatologie, support de tensions familiales, est engendrée et/ou maintenue par l’ensemble des relations, le travail du thérapeute ne porte pas sur la réduction du symptôme de celui qui est désigné comme malade, mais sur la manière dont les individus de cette famille communiquent entre eux.

L’état intrapsychique et le vécu subjectif du « malade » et des autres membres de la famille vont changer sous l’effet des modifications survenant au niveau des relations interpersonnelles. D’où les objectifs et l’originalité de la thérapie familiale. Son modèle théorique se base :

– sur la représentation circulaire du métabolisme transactionnel familial ;

– sur la théorie générale des systèmes et l’utilisation pragmatique de la communication humaine.

L’approche systémique est une orientation théorico-pratique qui se concentre essentiellement sur le processus d’interaction et de communication entre les membres d’un système plutôt que sur les dynamiques intrapsychiques ou la reconstruction psychogénétique des problèmes individuels. Le patient désigné n’est pas un malade en soi mais il se montre ainsi en rapport avec sa situation interpersonnelle. Le patient exprime la dysfonction d’un système. Il est le bouc émissaire d’un dysfonctionnement du système caractérise par la rigidité des modèles d’échanges.µ

L’ANALYSE TRANSACTIONNELLE:

Le modèle structural des États du moi :
Les États du moi se visualisent par trois cercles superposés intitulés Parent, Adulte et Enfant (l’usage de la majuscule signifie que nous parlons des États du moi et non d’un parent, d’un adulte ou d’un enfant).

Etats du moi structuraux

Pour Eric Berne1 la structure de la personnalité se compose (quel que soit l’âge) de trois États du moi :

* Parent (P) : qui conserve l’ensemble des pensées + sentiments + comportements de modèles parentaux et intégrés tels quels,
* Adulte (A) : qui conserve l’ensemble des pensées + sentiments + comportements liés au “touché” de la réalité, à l’ici et maintenant,
* Enfant (E) : qui conserve l’ensemble des pensées + sentiments + comportements tels que la personne les a vécus dans son enfance.

Cela signifie que, tout au long de sa vie, une personne :

* Observe comment ses parents (ou grands-parents, tuteurs, puis une figure spirituelle ou un grand professionnel) se comportent, ce qu’ils disent, ce qu’ils transmettent de leurs émotions face aux différentes situations de la vie. Ces observations lui serviront de modèles ultérieurement. Imaginez qu’il s’agisse d’un “regard” tourné vers l’Autre,
* Fait des expériences, appréhende la réalité de tous les jours et en enregistre les conclusions. Ici, “le regard” vise devant et autour de soi.
* A ses propres ressentis, émotions, et besoins, évolutifs par nature et qu’elle va s’attacher à satisfaire avec plus ou moins de succès : “le regard” est alors tourné vers soi.

Ainsi, à chaque instant nous abordons la réalité avec trois possibilités : y plaquer des modèles (”être dans le Parent“), reproduire des vécus personnels d’autrefois (”être dans l’Enfant”), ou prendre la réalité telle qu’elle est – et non pas telle que nous voudrions qu’elle soit – avec ce que nous sommes et non ce que nous avons été ou ce que nous voudrions être (”être dans l’Adulte”).

P, A et E s’appellent les États du moi structuraux (pour la structure de la personnalité) et concernent donc le contenu intrapsychique. Voyons à présent les États du moi visibles de l’extérieur et que l’on nomme fonctionnels. Ensuite, nous verrons l’articulation entre les deux.
Le modèle fonctionnel des États du moi :

Il se visualise ainsi :

Etats du moi fonctionnels

Vous retrouvez l’État du moi Parent mais avec d’un côté une partie intitulée Parent Normatif (PNF) et l’autre Parent Nourricier (PNR), l’Adulte n’est pas divisé et l’État du moi Enfant est scindé en deux parties : Enfant Adapté (lui-même subdivisé en Enfant Adapté Rebelle (EAR) et Enfant Adapté Soumis (EAS)) et Enfant Libre (EL).

La manifestation de ces États du moi est observable, c’est-à-dire qu’à chacun de ces États du moi correspondent un comportement (ton, volume de la voix, mimiques, gestuelles, postures…) et un vocabulaire spécifiques.

Il n’y a pas de “bons” ou de “mauvais” États du moi, tous ont une fonction différente essentielle et complémentaire. Voici les fonctions de chacun :

* Parent Normatif : fonction de protection et de transmission de valeurs
* Parent Nourricier : fonction de permission et d’encouragement
* Adulte : fonction d’exploration de l’environnement
* Enfant Adapté Rebelle : fonction d’opposition légitime
* Enfant Adapté Soumis : fonction d’adaptation à l’environnement
* Enfant Libre : fonction d’expression des besoins et des émotions de base

Exemples :

* Parent Normatif : un enfant veut traverser la route alors qu’une voiture arrive, un passant lui dit vivement : “Recule-toi !”, éventuellement en accompagnant le geste à la parole,
* Parent Nourricier : à un collègue qui vient de se voir confier une nouvelle mission délicate : “Tu vas y arriver, le patron a raison tu es notre meilleure ressource pour ce projet !” sur un ton chaleureux,
* Adulte : chez un concessionnaire : “Combien coûte cette voiture ?” avec un ton neutre,
* Enfant Adapté Rebelle : quelqu’un me parle avec un ton que je n’accepte pas, je lui dis avec vigueur : “Tu me parles sur un autre ton s’il te plaît“,
* Enfant Adapté Soumis : sans raisons apparentes, un policier m’arrête et me demande mes papiers ; sans poser de questions je les lui donne,
* Enfant Libre : en pleine réunion de travail, un collègue propose une pause parce qu’il a soif : “Allez hop, pause café !” sur un ton cordial et dynamique.

En revanche, l’utilisation d’une manière excessive d’un État du moi, sans nécessité par rapport à la situation, conduit à rendre inopérationnelle l’usage de sa fonction : si une personne parle régulièrement vivement à son enfant, celui-ci ne saura plus faire le distinguo entre l’avertissement face à un danger avéré et une situation banale, si quelqu’un fait systématiquement ce qu’on lui dit, il ne fera plus la différence entre l’adaptation adéquate et ce que l’on nomme la suradaptation, c’est-à-dire l’adaptation au détriment de ses propres besoins, ou si un collègue interrompt une réunion toutes les deux minutes parce qu’il a soif, il est probable qu’au bout d’un moment il n’aura plus voix au chapitre.
Quels sont les liens entre les deux modèles ?

Ce que vous êtes à l’extérieur de vous trouve son origine à l’intérieur de vous. C’est un peu comme un iceberg, la partie immergée ce sont les États du moi structuraux, la partie émergée ce sont les États du moi fonctionnels.

On peut dire en quelque sorte que les États du moi structuraux commandent les États du moi fonctionnels. Plus précisément, une personne dans son État du moi Enfant (E) sera aussi, le plus souvent, dans l’un des États du moi Enfant fonctionnel, ou si elle est dans son Parent (P) elle sera sûrement dans l’un des États du moi Parent fonctionnel, mais : l’Adulte (A) peut choisir l’État du moi fonctionnel qu’il veut. Tout l’intérêt est même d’être dans l’Adulte structural (A) pour nous permettre d’adopter l’État du moi fonctionnel le plus approprié face à une situation.

Reprenons l’exemple du contrôle d’identité :

* Si je suis dans mon Parent (P), je peux réagir ainsi : “Bien sûr mes papiers, j’approuve tout à fait ces contrôles inopinés, et même je pense qu’ils sont très utiles pour attraper les délinquants”, sur un ton urbain (Parent Normatif) – et probablement à chaque fois que je verrai un policier je réagirai dans ce cadre.

* Si je suis dans mon Enfant (E), je peux réagir ainsi (et probablement à chaque fois que je verrai un policier je réagirai dans ce cadre) :

1. “J’ai rien fait, jamais je ne vous donnerai mes papiers !”, sur le ton de l’injustice (Enfant Adapté Rebelle)
2. “Mes papiers, bien sûr, je peux vous donner ma carte d’identité, mon passeport… Ohlala dites-moi ça suffira ?” sur un ton inquiet et empressé (Enfant Adapté Soumis)
3. “Oh, vous voulez pas boire un coup plutôt ?” (Enfant Libre – délicat…)

* Si je suis dans mon Adulte (A), je peux choisir entre plusieurs possibilités (et à chaque fois que je verrai un policier je pourrai choisir mon type de réaction) :

1. De donner mes papiers sans poser de questions (en tant qu’observateur, j’identifie ici un État du moi Enfant Adapté Soumis, mais ce n’est pas la même manifestation que lorsque l’État du moi Enfant (E) est aux commandes, aucune angoisse ou inquiétude ne transparaissent ; j’ai un objectif : que ce contrôle dure le moins de temps possible et je fais tout pour que ce soit le cas )
2. De dire : “Pour quelles raisons me demandez-vous mes papiers ?”, sur un ton neutre (en tant qu’observateur, j’identifie ici un État du moi Adulte) parce que j’ai du temps, ou que je n’exclus pas que je puisse avoir commis une infraction par inadvertance et que je veux savoir laquelle, etc.

C’est pourquoi vous trouviez peut-être la réponse Enfant Adapté Soumis tout à fait adulte. Oui, adulte avec un petit a. Parce que la personne est dans son Adulte (A), elle adopte l’État du moi qui lui convient, il est adapté à la fois à l’environnement et à son souhait.
À noter :

* Ne confondez pas l’Adulte structural (A) et l’Adulte fonctionnel (aussi A)… Le premier décrit le contenu intrapsychique et intègre des pensées, comportements et sentiments, le second se définit par sa fonction d’exploration dont la manifestation la plus classique est l’usage de phrases interrogatives ou informatives.
* L’Adulte structural (A) est parfois présenté comme un ordinateur, un État du moi qui fait des essais “froidement” et qui enregistre le résultat : ce n’est pas exact. Il intègre des pensées, comportements et sentiments. Ainsi, si vous réussissez un examen vous pouvez ressentir une joie justifiée et la manifester d’une façon qui vous est propre et authentique et sans que ce soit la répétition d’un passé ou la reproduction d’un modèle.
* Qu’il s’agisse de l’Enfant Adapté Rebelle ou de l’Enfant Adapté Soumis, ils sont tous les deux adaptés. C’est-à-dire que les personnes qui ont souvent recours à ces États du moi ont tendance à définir leur cadre de vie par rapport à une référence extérieure au sens large (parents, travail, conjoint, amitiés…) à laquelle ils réagissent en opposition (Rebelle) ou en acceptation (Soumis), plus qu’en fonction de leurs propres besoins.
* Pour améliorer la cohérence de certaines de nos décisions, ou pour éviter d’éventuelles déconvenues, il peut être intéressant d’interroger nos États du moi. Imaginons qu’un ami dise vouloir vivre de sa plume : son Enfant peut dire “Chouette, j’en rêve !”, son Adulte “Vérifions au préalable la faisabilité financière”, et son Parent “Ce n’est pas un métier convenable” : il est préférable qu’il ait conscience et qu’il prenne en compte ce discours interne avant d’aller plus loin.

APPROCHE ORIENTANTE

L’APPROCHE ORIENTANTE :

Cette approche dite de counceling, de coaching permet de rendre le consultant acteur, explorateur et producteur de sa découverte professionnelle.

Il s’agit de développer ses compétences à s’orienter, de trouver, retrouver ses ressources, changer notre représentation du monde.

En changeant notre représentation du monde, en accompagnant dans une meilleure connaissance de soi, estime de soi, nous pouvons être davantage capable de gérer notre parcours de vie.

S’orienter:

L’orientation consiste à donner une direction à son existence. L’important est que l’on puisse s’orienter selon un projet construit et non, comme c’est le cas trop souvent, au gré des influences subies, contraint par des circonstances extérieures, aveuglé par des représentations sociales sans fondement tant sur ces capacités que sur la réalité du marché de l’emploi.

L’orientation est un processus continu tout au long de savie, avec des temps forts qui demandent un appui à travers des structures d’information et d’aide à l’orientation : choix de métier, d’études, de formation, ou encore et surtout la construction d’un projet personnel.

S’orienter suppose des compétences :

– Des connaissances ou savoirs (le monde de la formation et du travail)

– Un savoir-faire (s’informer, prendre des décisions)

– Un savoir être ou attitudes (la motivation, la créativité, responsabilités, discernement, etc.)

– Des méta-compétences (réponses aux questions : « qui suis-je ?, « qu’est-ce que je vaux ?, « qu’est-ce que je dois ou sais ou peux dire sur moi » ?, soi et représentation de soi).

L’approche orientante :

L’approche orientante considère le choix plus comme un processus qu’un simple produit ; l’accent est mis davantage sur le « comment choisir ? » plus que sur le « quoi choisir ? ».

Elle est la capacité à gérer son parcours de vie et tente de permettre au sujet d’être acteur, explorateur et producteur de sa propre découverte professionnelle. Il s’agira, dans ce cadre, de développer des compétences à s’orienter, trouver des ressources, changer notre mode de représentation du monde. L’approche sera positive et non pas engluée dans un conditionnement, formatage hypnotisant d’un monde actuel anxiogène.

Apprendre comme choisir est un processus présentant plusieurs types d’implication :

– l’existence de possibles : apprendre comme choisir, c’est pouvoir identifier les ressources et les outils fournis par la culture, (LS Vygotsky),

– la nécessité de la perte : apprendre comme choisir, c’est mettre en cause, renoncer à ses représentations, (G.Bachelard),

– la prise de risque : apprendre coomme choisir, c’est accepter de devenir différent, de se perdre, (JY Rocheix).