Le Psychodrame du Sphinx

Le Psychodrame du  Sphinx par Pierre Weill[1]

Introduction :

Moreno, le fondateur du mouvement psychodramatique, affirme s’être inspiré entre autres de thèmes mythologiques et de coutumes de peuples de l’antiquité. On pourrait citer notamment, comme il l’a fait lui-même dans ses écrits, l’inversion de rôle tirée de la méthode socratique, la boutique magique du père Noël, la technique du miroir extraite de Hamlet et le double, issu de Dostoïevski. Moreno nous dit qu’il s’est limité à découvrir les idées et à les adapter aux objectifs thérapeutiques. Le Sphinx est en réalité un symbole de la structure évolutive et psychosomatique de l’homme.  Le sphinx comme symbole signifierait l’homme à la recherche de sa propre énigme. Il existe en effet, dans certaines publications d’ordre ésotérique, une tradition selon laquelle les animaux qui composent le Sphinx représentent des parties inter liées de l’homme, et en même temps son devenir humain à partir de son origine animale :

– Le Bœuf représente notre vie instinctive, végétative, sensuelle.

– Le Lion symbolise notre vie émotive, le courage, le sentiment, l’affectivité.

– L’Aigle signifie l’intelligence, l’acuité, le pouvoir d’imposer des lois, la raison.

– Le Serpent de l’Uranus frontal symbolise l’énergie cosmique, la puissance Kundalmique du Yoga.

– L’homme c’est en même temps l’ensemble, l’unité, et l’être conscient qui peut diriger cette énergie et la sublimer volontairement, dans un but autrefois initiatique de révélation et d’illumination cosmique. Les principes d’unité micro et macrocosmique, de bipolarité dialectique, de structure tertiaire et du symbole quaternaire qui se rencontrent dans les principales traditions ésotériques de 1’antiquité (Brahmanisme, Égypte, Bouddhisme, Yoga, Zen, Kabbale juive et chrétienne, rose-croix, francs-maçons) et systèmes philosophiques sont encore vivants et font partie des préoccupations des structuralistes modernes. Les différences entre les Sphinx quant à leur nombre d’éléments sont probablement le reflet de la mise en relief d’un ou plusieurs de ces principes. Le modèle freudien de Libido (serpent), Surmoi (Aigle), ça (Bœuf-Lion), de l’Inconscient (Animaux) et Conscient (Homme) se retrouvent également dans le Sphinx.

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La métaphore de la voiture-carrosse chez P.Weil et L.Szondi :

« Il y a une tradition orientale qui compare l’organisme humain à un véhicule, ou plus précisément à un carrosse. La voiture est tirée par un cheval et dirigée par un cocher. Ces trois éléments permettent au véhicule d’avancer. »[2] :

  • Le cocher est le principe directeur de cet ensemble. C’est lui qui commande et gouverne. C’est la tête. Cocher = tête= aigle. Le véhicule en est le principe en mouvement, qui suppose la charge. C’est le corps. Véhicule = corps=bœuf.
  • Le cheval en est le principe moteur. C’est l’intermédiaire entre le cocher et la voiture. C’est la vie. Cheval = vie = lion. C’est aussi le lien entre la matière et la volonté (c’est le « cœur » de la voiture).
  • Le cocher est l’aigle, le cheval est le lion et la voiture correspond au bœuf.

Szondi, pour y faire référence, dans sa théorie du champ pulsionnel, identifie les démons humains à huit pulsions. « L’originalité de cette pensée est de proclamer que la psyché peut être comparée à un attelage tiré par huit chevaux et que chaque possibilité de folie peut être caractérisée par un cheval fou, mais qu’il n’y a que huit possibilités au total. Ce schéma pulsionnel (sans doute réducteur pour certains) permet de coupler les chevaux et de les conjuguer en hystérie et épilepsie, paranoïa et catatonie, manie et dépression, … »[3].

Le psychodrame du Sphinx

Parmi les techniques psychodramatiques, il existe celle du doublage multiple dans laquelle un ego auxiliaire entre en rapport avec un autre ego auxiliaire, chacun d’eux représentant, derrière le dos du protagoniste, un de ses rôles en conflit: par exemple l’ami et le chef, le professionnel et l’être humain, l’amant et le mari. Le psychodrame du Sphinx est en grande partie une adaptation du doublage multiple; deux ou trois auxiliaires représentant, en doublage, respectivement l’aigle, le bœuf et le lion.

Les objectifs du psychodrame du Sphinx sont les suivants:

  • Renforcer le Moi du protagoniste et l’aider à prendre des décisions au sujet de ses conflits de rôle, ainsi que de distinguer ce qui est décision personnelle et ce qui est conditionnement aliénant.
  • Permettre l’apprentissage de l’usage de l’énergie et de son utilisation consciente aux différents niveaux du Sphinx, ainsi que de la possibilité de sublimation volontaire et consciente.
  • Donner au protagoniste la notion de son unité psychosomatique ainsi que des rôles et grandes instances psychiques qui règlent son
  • Donner au protagoniste au groupe une meilleure autoconnaissance, grâce à la prise de conscience du conflit fréquent entre le bœuf, l’aigle et le lion, entre les rôles psychosomatiques et les rôles sociaux entre le Ça et le Surmoi.
  • Permettre une prise de conscience des alternatives suivantes pour le protagoniste et le groupe: être dominé par ses conditionnements et les conserves culturelles ; les accepter et vivre en paix avec eux ; se déconditionner et changer de voies.
  • Favoriser une prise de conscience de l’introjection des comportements parentaux, des rôles appris et de leur origine familiale.
  • Permettre une catharsis de sentiments réprimés.

Description de la méthode :

« L’usage de la méthode telle que nous la décrivons est susceptible d’adaptation dans le « hic et nunc », comme c’est le cas de toute technique de psychodrame. Son usage se fait en obéissant aux principales phases décrites par J.L. et Zerka Moreno. Il convient néanmoins d’avoir présent a l’esprit les objectifs que nous venons de décrire, ainsi que la symbologie du Sphinx et de ses origines, tels que nos la décrivons dans un livre sous presse. On part en général d’actes automatiques simples qui constituent certains problèmes, par exemple se brosser les dents, se lever tôt le matin, prendre une douche ou se laver, écrire une lettre, fumer, etc. Le thème est choisi par un protagoniste du groupe, soit parce que l’on en a parlé incidemment, soit parce que le psychodrame est proposé par le directeur. On explique au protagoniste ce que c’est que la Sphinx, que chacun de nous a un Sphinx en lui et on explique le symbolisme des différentes parties du Sphinx. Pour simplifier, nous présentons en général deux des animaux: l’Aigle et le Bœuf. On présente les ego- auxiliaire au protagoniste. L’Aigle monte sur une échelle ou une chaise et pose les mains sur les épaules du protagoniste, en exerçant une certaine pression pour symboliser physiquement les pressions sociales des rôles sociaux ou du Surmoi. De temps en temps il prend la pose d’un aigle avec ses ailes. Le Bœuf s’assoit sur une chaise et entoure de ses bras les reins du protagoniste. Celui-ci se tient debout. Si l’on emploie aussi un ego auxiliaire comme Lion, celui-ci entoure le protagoniste de ses bras au niveau du thorax. On demande alors au protagoniste de se mettre dans la situation temporelle et spatiale et à commencer son acte automatique: se brosser les dents par exemple. On lui demande aussi de commencer un soliloque. Pendant le soliloque, les doubles commencent à parler. Ils disent ce que probablement le protagoniste ressent, mais n’explicite pas assez, par exemple:

  • Bœuf: Je n’aime pas ça, me brosser les dents. Je préférerais être en train de dormir encore.
  • Aigle: Il faut que tu te brosses les dents. Une personne bien élevée et propre se brosse les dents tous les jours. C’est bien de se brosser les dents. Tu es une personne civilisée qui doit se brosser les dents tous les jours, matin, midi et le soir.

Au moment opportun, quand l’aigle parle, le Directeur demande « qu’est-ce que ça te rappelle, qui est-ce qui parlait comme ça? » Dans tous les cas que nous avons traités, le protagoniste indiquait une autorité: le père, la mère ou un substitut. Suivant le contrat avec le groupe et les objectifs tracés, on peut alors aller en profondeur et reconstituer les événements importants qui ont présidé à la formation du comportement. En moins de cinq minutes on dépasse la frontière de cinq ans, si difficile à franchir en psychanalyse classique et on rencontre les premiers stimuli, renforcements positifs ou négatifs, qui ont modelé le comportement opérant. Après la représentation on revient à la position initiale du protagoniste et de ses doubles et on résume la scène initiale. Le Directeur demande alors au protagoniste: « Qui est en réalité ton Aigle? » – «  C’est Papa, ou Maman, ou les deux » est la réponse que l’on obtient en général. « Alors tu as Papa et Maman en toi, n’est-ce pas? » Tel est le dialogue qui peut s’ébaucher, et qui permet au protagoniste de conscientiser et conceptualiser son vécu. En plus de cette prise de conscience de ses conditionnements ou introjections, il est important de poser la question au protagoniste « et maintenant que penses-tu faire? Comment te sens-tu en relation de tout ce qui a été vécu ? » C’est la phase de décision personnelle et de renforcement du Moi. »[4] Le modèle du Sphinx rappelle beaucoup le modèle psychanalytique : nous avons d’un côté notre vie instinctive : le ça et de l’autre côté notre sur-moi, produit de l’introjection des valeurs parentales et sociales. Le sur-moi est généralement rigide. Voici un exemple simplifié d’une situation concrète :

Dialogue du « ça » : « je n’ai pas envie de me lever le matin. J’ai plutôt envie de continuer à dormir ». Dialogue du « sur-moi » : « je ne peux pas rester au lit parce qu’il faut aller travailler ». Dialogue et décision du Moi : « je décide d’aller travailler ». Ici c’est le moi qui s’affirme par un choix personnel entre la pulsion et les contraintes qui sont imposées de l’extérieur. Une variante de la technique du Sphinx est utilisée dans le but de favoriser un lâcher-prise et indiquée aussi pour des patients qui se prennent «  trop la tête » c’est-à-dire qui cérébralisent trop. Celle-ci consiste à retourner essentiellement à l’expérience sensorielle, à écouter le corps. Sur la scène thérapeutique, en séance individuelle ou en groupe, on joue l’être et le sentir qui permet l’écoute de soi, du corps, de l’être. Au lieu d’être dans  » je dois, je devrais, il faut, il faudrait… »,nous jouons, représentons les émotions, les perceptions, les sensations. Le travail sera surtout intrapsychique et non plus interrelationnel. Nous donnons au participant l’occasion de retrouver l’inspiration, de se donner la permission de ressentir, de se laisser-aller. Plutôt que de chercher « qu’est-ce qu’il faut que je fasse, que je dise », etc. Le corps, que vit-il, que veut-il ? La méthode consiste à demander au patient de s’allonger sur le dos (nous lui donnons un tapis). Le thérapeute peut aider le participant en posant ses mains sur le bas des jambes afin qu’il se sente davantage et avec le sol et avec son corps. Se retrouver sur le sol, dans son bassin, avec ses mains, pieds, sa tête, éprouvant des sensations (froideur, chaleur, picotements, etc.) permet de faire une pause, permet une re-création, de faire l’inventaire. Cette technique permet aussi de vivre des impasses, des tensions, des tensions bipolaires inhérentes à la personnalité humaine et en définitive permet au Moi d’émerger. Les tensions peuvent provenir de l’écart entre le Moi et l’idéal du Moi (le sur-moi) entre le Moi et le Moi idéal (l’idéal narcissique de toute-puissance) entre la réalisation d’un désir et sa non-réalisation par exemple.

[1] Professeur de psychothérapie de groupe ct psychodrame à l’ l’Université fédérale de Belo Horizonte (Brésil). Exposé présenté au Congrès international de Psychodrame à  Amsterdam 1971. Référence :Folia Psychodramatica.

[2] Pierre Weil, Le sphinx, mystère et structure de l’homme, Ed. EPI, Paris, 1972.

[3] J.Schotte, Un Parcours, Editions Le Pli, Montreuil, 2006. p.424.

[4]Pierre Weil, Le psychodrame dus sphinx, Folia Psychodramatica.

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Le concept de la vigilance

 

« L’emblême de la vigilance est une femme dans l’attitude de marcher, tenant sous son bras un livre, et de la main droite une lampe allumée. Le coq est son attribut particulier ; les iconologistes y joignent l’oye, comme symbole de la vigilance, parce que ce sont les oyes qui, par leurs cris, sauvèrent le capitole. Illustration de Charles-Nicolas Cochin dans Iconologie, ou Traité de la science des allégories en 350 figures gravées avec les explications relatives à chaque sujet par Gaucher.(tome 4, 1796). » [1]

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En héraldique la vigilance est le nom de la pierre que la grue tient dans sa patte droite. La grue est le hiéroglyphe de la vigilance, parce qu’on prétend que ces oiseaux, lorsqu’ils sont arrivés en un lieu, y établissent un guet qui se fait tour à tour par l’un d’eux. Afin d’éviter la surprise au sommeil, il se soutient sur un seul pied, et tient un caillou de l’autre pour avertir la troupe à la moindre apparence de danger, au moindre bruit.

La vigilance est une expression utilisée à plusieurs niveaux que nous retrouvons notamment dans les informations météorologiques (les orages, incendies, intempéries, les quatre niveaux de couleurs de la vigilance météo,..). Nous retrouvons diverses expressions de vigilance au travers de messages médiatiques tels que : « La vigilance reste maintenue dans sept départements ».

Dans les entreprises on utilise le terme de vigilance pour définir des devoirs et des plans de vigilance (lois sur la sécurité). Il est également question de « vigilance » dans le cadre d’attaques terroristes.

Une autre façon de parler de vigilance dans l’actualité : « Depuis le début des vacances, près de 600 enfants ont échappé à la vigilance de leurs parents ou accompagnateurs sur les plages belges. Il s’agit d’un record à la hausse, précise mercredi l’Intercommunale des services de sauvetage de la Côte de Flandre occidentale (IKWV). Sains et saufs, tous ont finalement retrouvé leurs parents. »[2]

Dans l’actualité, encore, on parle beaucoup de « vigiles ». L’origine de ce mot se retrouve dans « Les vigiles urbains » (en latin : vigiles urbani, littéralement « les yeux de la ville »). Les vigiles urbains sont, sous la Rome Antique, les troupes chargées de la lutte contre les incendies et de la police nocturne.

Définition du concept :

Le mot « vigilance » vient du latin vigilantia, de vigilans, vigilant. Son étymologie désigne l’insomnie, la veillée, la surveillance, l’attention[3].

Dans sa définition générale la vigilance correspond à une capacité de perception, d’interprétation et de réponse rapide et fiable face à une situation problématique ou impromptue.[4]

Différents dictionnaires définissent la vigilance comme une attention soutenue à veiller sur

quelqu’un ou quelque chose. La psychothérapie permet, quant à elle, de s’aider à veiller sur soi.

Vigilance et environnement :

« La métaphore du chasseur énoncée par Oury (1983) atteste du caractère dynamique et parfois inventif de la vigilance confrontée à un environnement toujours en mouvement. Ainsi, la vigilance peut être définie, à la fois comme un comportement réactif, mais aussi anticipatif (pré-actif au sens de Godet, 1991) et parfois créactif. Entre spontanéité et intention, elle apparaît multimodale. Elle fait appel aux réflexes sensori-moteurs autant qu’aux représentations cognitives. La vigilance est pour l’individu, indissociablement, affrontement de la durée et maintien sur le « qui vive » pour qu’il soit prêt à répondre à l’imprévisible et à l’inattendu, et donc pour ne pas réagir « trop tard ».[5]

Les états de vigilance ont fait l’objet de nombreuses études, notamment dès lors que l’on se préoccupa du sommeil. Car la vigilance regroupe sous un terme apparemment simple, tous les phénomènes d’éveil et de veille, que l’on peut rencontrer dans la vie d’un homme : sommeil proprement dit, éveil caractéristique ou état de transe et d’hypnose… En ce sens, l’attention se distingue de la vigilance, car elle n’en est qu’un état particulier d’éveil, un niveau d’éveil relativement élevé : une valeur de vigilance.

Quelques définitions selon le domaine d’investigation :

  • Dans le domaine de l’éthologie, la vigilance est l’un des comportements-clé pour la survie de l’individu (et du groupe chez les animaux sociaux ou élevant leurs petits), notamment vis à vis des prédateurs et d’autres sources de danger ainsi que lors de la recherche de nourriture (tant pour les prédateurs que pour les populations proies).
  • En psychologie, la vigilance est une forme d’attention soutenue de la part d’un individu (ou d’un groupe) occupé à accomplir une tâche particulière. Dans le cerveau humain, l’Amygdale joue un rôle central dans l’attention vigilante, l’émotion [] et de l’apprentissage des réponses apportées à la peur. De nombreux métiers (ex gardiens de nuit, contrôleurs aérien, opérateurs sur machines dangereuses, chauffeurs, chirurgiens…) nécessitent une capacité à maintenir un haut niveau de vigilance durant de longues périodes ; capacité qui fait l’objet d’études en neurologie[.
  • En neurologie on s’intéresse plus particulièrement aux aspects déficitaires de la vigilance. La neuro-imagerie dont l’échographie Doppler transcrânienne a apporté des preuves des changements de ressources liés à la diminution de la performance dans les tâches de vigilance[. Le niveau de vigilance peut être évalué par diverses échelles et sert à classifier les altérations de l’état de conscience. La plus connue des échelles d’évaluation de la vigilance est l’échelle de Glasgow, utilisée notamment en neuro-traumatologie pour déterminer la profondeur d’un coma.
  • En philosophie certains courants spirituels et philosophiques appellent vigilance l’état d’attention non dirigée (voir méditation). À l’inverse de l’acception du domaine de la psychologie, cette attention n’est pas concentrée sur une tâche ou un objet, mais « ouverte » sur l’ensemble du champ perceptif, aussi bien externe qu’interne (environnement visuel, auditif, respiration, douleurs, démangeaisons, etc.). Le sujet est ainsi réceptif à la totalité de son environnement.
  • En médecine et dans le domaine de la gestion des risques, notamment pour limiter le risque nosocomial, on parle par exemple de vigilance sanitaire avec un système de veille sanitaire incluant : biovigilance, hémovigilance, infectiovigilance, matériovigilance, réactovigilance et pharmacovigilance.
  • En technologie on parle d’un bouton, d’un levier de vigilance. Il s’agit d’un bouton, d’un levier mettant en alerte un système de contrôle, de sécurité.
  • En psychophysiologie il s’agit d’un état du système nerveux permettant à l’organisme de s’adapter et d’échanger avec le milieu. Les variations du taux d’activation nerveuse sont exprimées par des variations du niveau de vigilance   : sommeil, veille diffuse, veille attentive, émotion, hyperexcitation.

Traditionnellement, la psychophysiologie occidentale reconnaît deux états de conscience propre à tous les individus : le sommeil d’une part, considéré comme une période de repos, l’état de veille, d’autre part, qui correspond classiquement à la période pendant laquelle l’organisme est éveillé. À propos de cette dernière, on parle aussi de vigilance active, de conscience ordinaire ou encore de conscience de « surface », « d’état unique de vigilance reposant » pendant la méditation transcendantale. La vigilance c’est aussi  le fait d’être conscient de sa situation au niveau du corps et de l’esprit ; conscient de ses pensées, de sa posture physique, de ce que l’on est en train de faire ou sur le point de faire. C’est être attentif, naturellement aux aguets. Dans la méditation, c’est être présent à ce qui est ressenti sans en faire quoi que ce soit, c’est une qualité de conscience, la capacité qu’a l’esprit à être là. Plus nous développons l’attention, plus la vigilance prend place.

  • En hypnose la « transe hypnotique » correspond à une modification de la vigilance normale – celle qui nous permet de raisonner et de vivre au quotidien. Mais elle a ses caractéristiques : dans un environnement monotone où rien ne se passe, où les stimuli sont peu intenses, notre cerveau est en « manque » d’informations. Il se met alors à en produire lui-même en puisant des images dans notre inconscient. En quelque sorte, on « rêve » tout en restant conscient. En outre, contrairement à l’état de vigilance normale, où l’attention embrasse de nombreux centres d’intérêt en même temps et passe rapidement de l’un à l’autre, elle est concentrée, en hypnose, sur un sujet beaucoup plus restreint. C’est ainsi que, peu à peu, la personne hypnotisée oublie la réalité extérieure pour entrer dans une réalité intérieure, mais qu’elle vivra comme extérieure. « Hypnos en grec signifie sommeil. De quel sommeil s’agirait-il lorsque l’état d’hypnose est réalisé ? De la mise en veilleuse de la conscience claire et distincte (que l’on peut nommer aussi conscience consciente ou esprit conscient) au profit de l’éveil d’une conscience inconsciente. La conscience est dite consciente (conscious awareness) dans la mesure où elle est restreinte, car elle ne peut porter son attention qu’à un nombre limité d’éléments. La conscience est dite inconsciente (unconscious awareness) dans la mesure où elle supporte la totalité des souvenirs, des perceptions des sens externes et internes, des résultats et des possibilités d’apprentissage. Ces éléments sont trop nombreux – ils sont infinis – pour être distingués par la conscience consciente : elle s’en trouve donc obscurcie. La conscience inconsciente qui supporte ce grand nombre peut être identifiée à la totalité de la personne incarnée, donc au corps vivant en tant qu’il est esprit. Cette conscience inconsciente pourrait tout aussi bien être appelée vigilance généralisée. Entre vigilance restreinte et vigilance généralisée, il existe tous les degrés possibles de vigilance. Ce qui pourrait faire comprendre que l’on définisse l’hypnose comme un état modifié de conscience. Encore faudrait-il souligner qu’il ne s’agit plus de la conscience proprement dite à laquelle se réfère le sens commun. L’induction de l’hypnose est le passage de la vigilance restreinte à la vigilance généralisée. Ce passage qui est toujours le fruit d’un accord ou d’une décision du patient, est favorisé par diverses techniques (fixation du regard, attention portée aux différentes parties du corps, confusion, etc.) et par l’état de vigilance généralisée dans lequel se trouve le thérapeute. C’est par ces techniques et par cet état que le thérapeute peut être dit : user de suggestion. Le pouvoir du thérapeute a donc pour fondation la largeur et l’intensité de sa veille généralisée. Là où les modifications opérées par l’exercice de l’hypnose peuvent être comprises comme la transformation de la rigidité des habitudes, enregistrées par l’esprit conscient, en souplesse et fluidité grâce à l’expérience de la complexité et de la force de la vigilance généralisée. L’esprit inconscient met à la disposition du patient les nouvelles possibilités et capacités qui vont lui permettre de changer. Dans cette perspective, il est facile d’admettre que l’hypnose puisse être considérée comme médicale. Elle est en effet capable de guérir certains troubles ou comportements nocifs (contrôle de la douleur, addictions, difficultés alimentaires, dysfonctionnements psychiques ou psychosomatiques). Quelqu’un, par exemple, voudrait bien ne plus fumer. Son passage par la vigilance généralisée lui permettra d’une part de mesurer et d’approfondir le degré de sa détermination, d’autre part de prendre appui sur des forces et des intérêts nouveaux qu’il ne soupçonnait pas et qui rendent dérisoire en comparaison le plaisir de la cigarette. L’hypnose guérit alors parce que, modifiant le contexte d’une habitude, elle en détruit le ressort. L’hypnose est aussi médicale, au sens traditionnel du terme, car elle est une manière privilégiée de développer certains aspects de cette pratique : la présence du médecin, son attention au patient, l’échange entre patient et médecin. On sait que ces traits constituent le premier remède et rendent possible l’efficacité des autres remèdes. »[6]
  • En relaxation « un aspect fondamental de la vigilance réside dans la notion de détente. Vous ne pouvez pas être vigilant si vous n’êtes pas totalement détendu. Dans la vigilance, vous ne vous projetez plus sur les objets de perception. De ce fait, vous cessez de vous contracter physiquement, émotionnellement ou mentalement. L’existence humaine est sans cesse traversée par de multiples tensions, car lorsqu’il y a désir une tension est dirigée vers son objet. Il y a également les tensions qui résistent à ceci ou cela lorsqu’il y a un refus. Comprenez clairement que, dans la vigilance, toute tension disparaît. Vous acceptez ce qui EST, d’instant en instant, en conservant une attention lucide et détachée vis-à-vis de toutes les catégories de perceptions. La tension physique, c’est la tension qui est la plus aisément perceptible et contrôlable. De plus, en raison de l’interdépendance entre le corps et le psychisme, toute tension mentale ou émotionnelle se répercute dans le corps. Voici pourquoi vous devez prêter une grande attention à cette forme de tension afin de progresser sur le chemin de la vigilance. A de fréquentes reprises quotidiennes, prenez conscience de votre corps. Passez en revue ses différentes parties et regardez s’il n’y a pas de tensions inutiles. Des tensions qui ne sont pas nécessaires pour l’accomplissement de votre activité. Toute attitude de vigilance engendre une détente au niveau du corps et toute détente corporelle favorise l’accomplissement de la vigilance. Apprendre à vivre avec vigilance, c’est apprendre à vivre d’une manière physiquement décontractée. »[7]
  • En psychothérapie être vigilant c’est veiller sur soi, être son propre vigile, c’est prendre soin de soi, être attentif à ses émotions et son corps.  Etre vigilant ne serait-ce pas une façon de guetter la vie, de rester dans  l’être qui rayonne, qui donne en-vie, de  chercher l’essentiel au fond de soi ?

Mots clés :

Attention soutenue-méditation-conscience inconsciente-attention lucide et détachée-être son propre vigile-veiller sur soi.

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Vigilance

[2] http://www.vivreici.be/article/detail_pres-de-600-enfants-perdus-a-la-cote-au-cours-de-la-premiere-quinzaine-de-juillet?id=185363

[3] Étymol. et Hist. a) Fin xives. vigilance « insomnie » (Aalma, 6047 ds Roques t. 2, p. 207); 1487 « veillée » (Vocab. lat.-fr., Loys Garbin); b) 1530 « surveillance qui a pour but de prévoir, de prévenir ou de signaler » (Palsgr., p. 287). Empr. au lat.vigilantia « habitude de veiller, soin vigilant, attention », dér. de vigilare (vigilant*). http://www.cnrtl.fr/etymologie/vigilance

[4] http://www.strategie-aims.com/events/conferences/13-xeme-conference-de-l-aims/communications/2423-les-pratiques-de-vigilance-au-sein-des-projets-de-conception-de-produits/download

[5]Ibidem p.1-2.

[6] http://www.hypnose-medicale.com/quest-ce-que-lhypnose-medicale/ François Roustang

[7] http://www.maieutique.org/fr/approches-de-la-transcendance/vigilance

Autres références : https://fr.wikipedia.org; différents dictionnaires.

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